Conflits et guerres actuelles

Le terrorisme est le prix à payer pour le soutien aux despotes et aux dictateurs


Loin de protéger sa souveraineté, le gouvernement égyptien l’a vendue à l’étranger pour continuer à toucher des subsides et maintenir son despotisme dynastique, sacrifiant toute prétention à son rôle historique de leader du monde arabe, écrit Seumas Milne.

Seumas Milne - The Guardian


Seumas Milne
Lundi 11 Janvier 2010

Collaborateur toujours soucieux de mieux faire, Hosni Mubarack a parfaitement joué son rôle de potiche au service de l’impérialisme occidental et de son agent local israélien. Ici, Hosni serre la main de son maître, l’apprenti criminel de guerre
Collaborateur toujours soucieux de mieux faire, Hosni Mubarack a parfaitement joué son rôle de potiche au service de l’impérialisme occidental et de son agent local israélien. Ici, Hosni serre la main de son maître, l’apprenti criminel de guerre

Si une survivante de l’Holocauste, âgée de 85 ans, avait fait la grève de la faim en soutien d’un peuple assiégé dans une autre partie du monde, et si des centaines de manifestants plutôt occidentaux avaient été pris pour cible et battus par la police, vous pouvez être sûr que nous aurions entendu parler de tout cela. Mais parce que cela s’est passé dans l’Egypte soutenue par l’Occident plutôt qu’en Iran, et parce que le peuple soutenu par les manifestants était les Palestiniens de Gaza au lieu de, disons, les Tibétains, la plupart des gens en Europe et en Amérique du Nord n’en ont rien su.

Ces deux dernières semaines, deux groupes composés de centaines de militants se sont affrontés avec des policiers et des officiels égyptiens pour pouvoir pénétrer dans la bande de Gaza afin d’exprimer leur solidarité avec la population sous blocus, à l’occasion du premier anniversaire de l’assaut dévastateur d’Israël.

Hier soir [6 janvier], le convoi Viva Palestina de George Galloway, fort de 500 personnes et transportant de l’aide médicale, a finalement été autorisé à entrer dans Gaza, déduction faite de 50 de ses 200 véhicules, après avoir été bloqué plusieurs fois, détourné et soumis à des menaces->] par la sécurité égyptienne - avec une agression brutale le mardi soir [5 janvier] dans le port égyptien d’El Arish qui a eu pour résultat des dizaines de blessés malgré la présence d’un député britannique et de 10 députés turcs.

Ceci succédait à une tentative [d’entrer dans GAza] des 1400 manifestants de « la Marche pour la Liberté de Gaza » venus de plus de 40 pays - seuls 84 d’entre eux ayant été autorisés à traverser la frontière. C’est ce qui a conduit Hedy Epstein, dont les deux parents sont morts à Auschwitz, à refuser de s’alimenter au Caire tandis que les manifestants étaient violemment dispersés et que le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, était reçu à bras ouverts non loin de là.

Hier, des manifestations organisées du côté de la frontière de Gaza par les Palestiniens contre le harcèlement subi par le convoi « Viva Palestine » ont conduit à des affrontements violents avec les forces de sécurité égyptiennes au cours desquels un soldat égyptien a été tué et de nombreux Palestiniens blessés.

Mais bien que la confrontation ait été largement ignorée en Occident, cela a été un événement médiatique majeur au Moyen-Orient et qui n’a fait de tort qu’à l’Egypte. Et tandis que le gouvernement égyptien affirme qu’il ne fait que maintenir sa souveraineté nationale, ces événements ont en revanche clairement exposé sa complicité avec le blocus de Gaza et la punition collective imposée à ses 1,5 million d’habitants - blocus voulu par les Etats-Unis et soutenu par l’Union Européenne.

Le principal protagoniste de l’état de siège, Israël, ne contrôle que trois côtés de la bande de Gaza. Sans l’Egypte qui contrôle le quatrième, le blocus serait inefficace. Mais après avoir toléré des tunnels qui ont sauvé les habitants de Gaza de l’état d’extrême mendicité, le régime du Caire a lancé, afin de rendre le blocus total, la construction d’un mur souterrain en acier - appelé « le mur de la honte » par beaucoup d’Égyptiens - sous l’étroite supervision des Etats-Unis.

C’est en partie parce que le dictateur égyptien vieillissant, Hosni Mubarak, craint une contamination à travers la frontière de l’administration du Hamas élue à Gaza dont les alliés idéologiques dans l’organisation interdite des Frères Musulmans seraient susceptibles de remporter des élections organisées librement en Egypte.

Mais deux autres facteurs semblent avoir joué un rôle décisif pour convaincre le Caire de se plier aux pressions américaines et israéliennes et de serrer la vis sur les Palestiniens de Gaza ainsi que sur ceux qui les soutiennent. Le premier était une menace américaine de supprimer des centaines de millions de dollars d’aide si l’Egypte ne sévissait pas contre la « contrebande » d’armes et autres produits. Le second est le besoin d’un acquiescement de la part des États-Unis dans la succession très attendue et héréditaire de Gamal, ex-banquier et fils de Moubarak, à la présidence.

Ainsi loin de protéger sa souveraineté, le gouvernement égyptien l’a vendue à l’étranger pour continuer à toucher des subsides et maintenir son despotisme dynastique, sacrifiant toute prétention à son rôle historique de leader du monde arabe.

D’un point de vue international plus large, c’est précisément cet appui par l’Occident de régimes tels que l’Egypte, répressifs et qui ne représentent qu’eux-mêmes, en même temps que son soutien indéfectible à l’occupation israélienne et à la colonisation des terres palestiniennes qui sont au cœur de la crise au Moyen-Orient et dans le monde musulman.

Des décennies d’un soutien, affamé de pétrole, de despotes, de l’Iran à Oman, de l’Egypte à l’Arabie saoudite, en même temps que l’échec du nationalisme arabe à achever la décolonisation de la région, ont alimenté en premier lieu l’islamisme puis l’éruption de sa variante Al-Qaida il y a maintenant plus d’une décennie.

Mais, loin de comprendre que l’hostilité naturelle à un contrôle étranger sur la région et à ses ressources était au centre du conflit, la réponse désastreuse a été d’étendre la présence de l’Occident encore plus profondément, avec de nouvelles et encore plus destructrices invasions et occupations en Irak, Afghanistan et ailleurs. Et le court flirt de l’administration Bush avec la démocratisation dans les États clients tels que l’Egypte a été rapidement abandonné une fois qu’il est devenu clair qui était susceptible d’être élu.

Sous Barack Obama la logique empoisonnée de ce bourbier impérial conduit inexorablement à la propagation de la guerre. À la suite de l’attentat manqué sur un vol à destination de Detroit le jour de Noël, le président américain a annoncé cette semaine deux nouveaux fronts dans la guerre contre le terrorisme, Gordon Brown emboîtant fidèlement le pas : le Yémen où le candidat à l’attentat aurait été formé, et la Somalie où Al-Qaida a également pris racine dans le bourbier de la guerre civile et de la désintégration sociale chronique.

Le renforcement de l’intervention militaire occidentale dans ces deux pays va certainement aggraver le problème. En Somalie, il l’a déjà fait, après que les États-Unis aient soutenu l’invasion éthiopienne de 2006 qui a renversé la relativement pragmatique « Union des tribunaux islamiques » et a engendré le mouvement Shabab, plus extrémiste, lié à Al-Qaida et qui exerce maintenant son contrôle sur de grandes parties du pays.

L’extension du soutien américain à l’impopulaire gouvernement yéménite, déjà confronté à une rébellion armée dans le nord et à la menace d’une sécession du sud rebelle - qui a été le seul a réussir en 1967 à pousser au départ le régime colonial britannique - ne peut que jeter de l’huile sur le feu.

Le premier ministre britannique a essayé cette semaine de nous convaincre que la croissance d’Al-Qaida au Yémen et en Somalie illustrait le fait que la stratégie occidentale « fonctionnait », parce que l’escalade de la guerre en Afghanistan et au Pakistan aurait contraint Al-Qaeda à chercher à établir des sanctuaires ailleurs. En réalité, il s’agit d’une manifestation de l’échec grotesque de toute la guerre contre le terrorisme. Depuis son lancement en octobre 2001, Al-Qaida s’est propagé à partir des montagnes de l’Afghanistan à travers toute la région : l’Irak, le Pakistan, la corne de l’Afrique et bien au-delà !

Plutôt que de réduire l’aide occidentale aux dictatures et aux occupations qui alimentent le terrorisme dans sa variante Al Qaeda, et plutôt que de concentrer ses ressources policières pour la contrer, les États-Unis et leurs alliés ont répété et étendu inexorablement les monstruosités qui ont produit ce terrorisme. C’est une recette pour une guerre sans fin contre le terrorisme.

(JPG)
Seumas Milne





* Seumas Milne est journaliste et éditeur associé au journal britannique The Guardian



The Guardian - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.guardian.co.uk/commentis...
Traduction : Claude Zurbach
http://www.info-palestine.net/


Lundi 11 Janvier 2010


Commentaires

1.Posté par redk le 11/01/2010 12:52 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Ca existe encore des journalistes de cette trempe?, vraiment analyse lucide et conforme à l'état actuel du monde et de ses réels terroristes!!

2.Posté par larguet le 11/01/2010 14:44 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler




Je tien à faire résumer à certains en quoi consiste ce cycle ElQaida. Qui est une création israélo-américaine.

UN EXEMPLE :

Je viens avec mes troupes envahir Marseille, sans aucune raison. Je tue quelques villageois, bombarde une dizaine de maisons. Et avec mes relais, j’annonce à tous le monde, Al-Qaïda qui s’est redéployé à Marseille. Les citoyens du monde, qui ont déjà vu les actes terroristes qui se sont produits, qui ont été marqués par la violence des 2 tours du WTC, réagissent instinctivement par le rejet de ce terrorisme, et c’est normal.

Il y a du gaz dans cette région Marseillaise et je veux créer ce problème pour pouvoir intervenir et faire en sorte que toute cette région soit sous ma coupe. Il n’est pas question de laisser quelqu’un d’autre s’installer.

Ces habitants de Marseille vont réagir chercher à se défendre. Mais une fois qu’ils ont été qualifiés de cette tare de terroristes qui va les croire. Qui va les entendre. D’autant que tous les terroristes arrêtés ou tués sont come eux ils portent comme par hasard des bérets.

Comment voulez vous qu’une voix qui émerge d’un village perdu au fin fond de la campagne marseillaise se fasse entendre et avoir raison, des minables villageois terroristes.

Comment voulez vous qu’ils fassent le poids et se fasse entendre face à ce fleuve d’information et fausse nouvelles qui émanent de relais spécialisés dans la désinformation implantés à travers le monde.

Ce village et ses habitants sont voués à la disparition avec la complicité de plusieurs gouvernants et la passivité des peuples.

El Qaida sera en fonction du besoin activé là ou il faut et quand il faut.
C’est un ennemi invisible, pour faire vrai de temps à autre un énergumène un individu des plus anonyme sera montré au public. Et le tour est joué.

La tactique marche à cent pour cent, car la majorité des citoyens utilisés sont facilement manipulables, corvéables et le physique s’y prête.

Et d’ici peu ils vont nous sortir des terroristes type européen, blond aux yeux bleus.

Maintenant transposez cette situation au Yémen, en Afghanistan dans n’importe quelle région même en France, où vous voulez, et le tour est joué.

Les israélo-américains sont en train de nous faire un copié-collé à travers le monde.



3.Posté par MISTER NO le 11/01/2010 23:31 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

qui les entend???ne t inquiète pas LARGUET.CELUI qui les a créés ne les laissera pas tomber. amicalement...a suivre

4.Posté par Tommy le 12/01/2010 01:44 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

al qaida est une histoire qui se répète et qui marche pour les cerveaux de mouton manipulable, al qaida est l'imperialiste US qui a fait sauter les wtc "un spectacle" émotionnel qui ne reste pas inaperçu et qui reste dans les esprits, spectacle émotionnel créé par les terroristes imperialistes yankees afin d'envahir et profiter des richesses des pays en saignant les peuples au passage, des peuples Musulmans spoliés par la secte imperialiste et les dirigeants corrompus des pays arabes soumis et lèche botte adepte du diable.

5.Posté par Idir le 12/01/2010 13:31 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

MOBARAK EST PAYER POUR FAIRE CE TRAVAIL SINON COMMENT UN PETIT SOLDAT COMME LUI DEVIENT PRESIDENT D´UN PAYS SI CE N´ETAIT PAS AVEC L´APPUI DES SIONISTES , DES USA , DES EUROPEENS AINSI QUE LA FAMILLE AL-SAOUD, LES AUTRES VALETS DE LA REGION QUAND A LA MANIFESTATION DES EUROPEENS EN PLEIN COEUR DE LA CAPITALE EGYPTIENNE L INFORMATION EST PASSER INAPERCU PARCE QUE CES GENS MANIFESTER CONTRE LE REGIME SIONISTE DEVANT LEURS AMBASSADES POUR LES LAISSER RENTRER DANS GAZA MOBARAK EST PAYER POUR CE BOULOT ET IL SAIT TRES BIEN QUE L HERITAGE DU POUVOIR EN EGYPTE PASSE OBLIGATOIREMENT PAR LE LOBBY SIONISTE+EU+USA+AINSI QUE LES AL-SAOUD MAIS LA MANIFESTATION D UNE TOUTE PETITE MINORITE A TEHERAN ON VOYER ET ENTENDRE TOUTE LES HEURES C EST COMME SI TOUT LE PEUPLE IRANIEN ETAIT CONTRE LE REGIME C EST LES 2 POIDS 2 MESURES MAIS PAS EN 2010 CA NE PASSE PLUS LES GENS ONT COMPRIS LES MENSONGES DE L´OCCIDENT.

Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires