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« Le talk » d’Orange et du Figaro : les médias ridicules


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Ils sont de plus en plus ridicules, mais le savent-ils ? Entendez-les jargonner sur les antennes, dans les journaux ou sur Internet ! On en vient, comme pour les films en version originale, à souhaiter des sous-titres. À se parer des plumes du paon, savent-ils qu’en faisant la roue comme lui, ils exhibent leur croupion ? Pensent-ils vraiment qu’en truffant de mots anglo-américains leur langue maternelle, leurs « news » seront reçus comme des oracles ?


pierre.chereul@wanadoo.fr
Jeudi 5 Juin 2008

« Le talk » d’Orange et du Figaro : les médias ridicules

L’art du maquillage linguistique

Connaissez-vous « le talk » d’Orange et du Figaro ? Non, pas le talc dont on saupoudre les fesses de bébé pour lui éviter des rougeurs, mais « le talk » qui met du brillant et du clinquant à un simple et terne entretien télévisé. Car le mot « entretien » est bien trop commun. Pensez ! Tout le monde l’emploie et en connaît le sens : il désigne un échange entre une rédaction et un invité qui se soumet à ses questions et lui réserve les réponses qui lui chantent. C’est l’exercice par excellence de « l’information donnée », cette variété d’information qui, parce qu’elle est livrée volontairement par l’émetteur, n’a pour cette raison qu’une fiabilité limitée.

Aussi faut-il faire croire que l’entretien télévisé proposé n’est pas un entretien ordinaire. La preuve ? Il se déroule souvent dans un décor des « mille et une nuits », un tantinet mégalomaniaque avec bureau ou bar contorsionniste sorti tout droit d’une toile de Dali, et des murs qui ont des yeux et des oreilles partout, sous forme d’écrans inutiles pour persuader les gogos que tout ce qui se passe dans le monde est aussitôt capté dans le studio. Dans un pareil laboratoire de pointe, un entretien n’est plus un entretien. Il fallait l’affubler d’un nom prestigieux : Orange et Le Figaro n’ont rien trouvé de mieux que « Le talk », pas « The talk », mais « Le talk ». Pour sûr ça en jette ! Mais quoi au juste ? Sinon de la poudre aux yeux ! Ce n’est sans doute que l’abréviation d’une expression déjà répertoriée au dictionnaire médiatique, « le talk show », choisie pour désigner une émission de télévision qui se réduit à un entretien qu’on déguise en spectacle sous des myriades de projecteurs avec autour une clique réunie pour la claque.

La distinction technique comme argument d’autorité

Voilà où en est le microcosme des médias de masse. Pour tenter d’être pris au sérieux et de s’arroger une prétendue autorité, il s’invente une distinction douteuse. Il en est à afficher auprès d’un auditoire qu’il juge assez ignare pour s’y laisser prendre, un sabir semé de termes anglo-américains. L’allure faussement technique de celui-ci doit faire croire que, sous ses vocables exotiques, se cache une haute technologie du dernier cri.

En d’autres temps, ces médias seraient allés piquer des mots dans la langue latine ou grecque pour y draper l’ insuffisance de leur suffisance. Aujourd’hui, ces emprunts incessants à l’anglo-américain sont les indices d’une prétendue distinction par une apparente insertion dans la culture de la première puissance scientifique du monde. Il paraît que l’habit fait le moine et que le premier inculte venu peut passer pour un expert en soignant son « look ». Même l’italien s’y met en vantant piteusement « il look professionale ». Quelle dégaine ! (Voir la photo ci-desous)

Va donc pour « le talk show » au lieu de l’entretien télévisé, « le desk » pour le bureau, « le live » pour le direct, « le prime time », au lieu de la première partie de soirée , « le morning », en guise d’émission matinale, le « off (the record) » pour « confidentiel », un « gap » pour un manquement, un ratage ou une lacune, un « outing off » pour un aveu, un « coach » pour un entraîneur ou un animateur, un « jingle » pour un indicatif, un « single » pour un disque d’une chanson, et tutti quanti comme on dit en italien.

Justement, Mme Carla Bruni-Sarkozy vient d’ajouter sa pierre, ou plutôt de la lancer, selon le Nouvel Observateur du 4 juin 2008, citant une biographie autorisée c’est-à-dire hagiographique : elle parle de « blind date » pour sa première rencontre avec son futur mari chez le publicitaire Séguéla, c’est-à-dire tout bêtement d’« un rendez-vous arrangé » entre les deux tourtereaux. C’est tellement plus élégant pour désigner ce type de service d’entremetteur !

Le mot « pool » inventé par les forces armées américaines lors de la 1ère guerre du Golfe en 1990-1991, est aussi assurément plus distingué que ce qu’il cache : le mot résonne comme l’animal de basse-cour avec raison pour une fois. Un « pool » était, en effet, une sorte de poulailler où le service d’informations des armées enfermaient, pour les tenir sous son contrôle, les correspondants de guerre en échange d’ « informations données » livrées gentiment tous les matins lors d’une « point de presse », comme une fermière jette par poignées son grain de la poche de son tablier. Des transports sur les lieux étaient même organisés pour assister à des simulacres de combat, histoire de se dégourdir les jambes et de nourrir leurs médias d’ « informations indifférentes ».

Un sort particulier doit être réservé à l’expression « presse people », écrit parfois « pipeul ». Elle a remplacé l’appellation « presse à scandales », afin sans doute de masquer le contenu méprisable de cette presse mais aussi le rôle joué par ses auteurs qui ne l’est pas moins. Mais c’est au prix d’une dévaluation méprisante du mot « people » qui, à l’origine, signifie « le peuple », et qui ici en est venu à désigner une populace de voyeurs.

Une nouvelle préciosité ridicule

Tout ce maquillage ne saurait pourtant faire illusion. Ce sabir caricatural vire à la farce, comme cette préciosité que Molière a brocardée dans « Les précieuses ridicules » et « Les femmes savantes ». L’un et l’autre ont en commun de nommer les choses les plus communes en termes ésotériques, incompréhensibles du non-initié à seule fin de le désorienter et de l’impressionner pour en tirer vanité. Que pouvaient bien être « les commodités de la conversation » ou « le conseiller des grâces » ? Un simple fauteuil et un miroir ! Quant au « trône de la pudeur », non, non, ce n’était pas une chaise percée placée sous un dais mais une simple joue qui peut rougir de honte, comme ne sont pas près de le faire ces gens des médias en confessant aussi pitoyablement leur ignorance et leur mépris de la langue française.

Il y a plus de 40 ans, en 1964, René Étiemble mettait en garde dans un livre contre la corruption de la langue française par l’emploi inutile de termes anglais : « Parlez-vous franglais ? » demandait-il. On ne peut pas dire qu’il ait été entendu. Les médias jouent au contraire avec plus d’ empressement encore les supplétifs d’une colonisation en douceur des esprits en détruisant mot à mot la langue française comme on ruine méthodiquement pierre par pierre un édifice. Basta ! Paul Villach




Jeudi 5 Juin 2008


Commentaires

1.Posté par redk le 05/06/2008 13:35 | Alerter
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la langue de moliere se meurt peu à peu, mais la jeunesse des banlieues riche en artistes re donne respect et gout a cette langue, Grand corps malade, NTM, abdel malik, IAM, Kery james etc... loin du cliché que ces justement "talk show" et autres "prime time" donne des banlieues.

*message perso à l'ami Aigle tes réflexions et analyses sur les divers infos du cite manque comme pour Al akl.

2.Posté par emi23 le 05/06/2008 20:06 | Alerter
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Juste une petite correction, à moins que je n'aie pas compris le sens de la phrase : "Mais c'est au prix d'une dévaluation méprisante du mot « people » qui, à l'origine, signifie « le peuple », et qui ici en est venu à désigner une populace de voyeurs".

Il me semble en effet que dans l'expression "presse people", le mot people désigne les "personnalités publiques" dont il est question dans les magazines, et non les lecteurs. De fait, la polysémie du mot devient alors intéressante : les "people" sont à la fois les personnalités auxquelles la foule, le peuple accorde de l'importance; et en même temps les "personnalités people" sont des "gens" (people signifie d'abord "population", "gens"), des personnes comme tout le monde. Autrement dit, "être un people" s'approcherait de l'expression "être quelqu'un" au sens de "quelqu'un de connu", et en même temps n'être que "quelqu'un" (plutôt qu'une "célébrité", une "star", etc). Or, si ce genre de magazine présente un intérêt limité, sa vocation est néanmoins de présenter les célébrités comme des gens ordinaires, avec leurs défauts et leurs déboires amoureux, etc.

Tout ça, non pas pour vous contredire ou pour pinailler sur une expression, mais pour vous dire que , si l'emploi du "franglais" frise parfois l'insupportable, je vous l'accorde, il est néanmoins par moments créateur de sens. Et la langue anglaise, si souvent et injustement critiquée pour sa pauvreté, peut au contraire apporter des images, des connotations nouvelles, voire nous permettre de prendre de la distance (au sens noble) avec notre propre langue.
De plus, certaines expressions sont tellement connotées en français, que les calquer artificiellement sur des concepts appartenant à la culture anglo-saxonne sonne parfois faux.
Même thème mais autre langue: le mot "paparrazzi" est intraduisible en français ou en anglais. Son étymologie est d'ailleurs très intéressante ("Paparazzo", le personnage de la Dolce Vita de Fellini / ses sonorités proches de "paperasse"? sa proximité avec "pappare"=manger? )

Bien évidemment, je me doute que votre attaque visait l'utilisation "marketing" (encore un mot à traduire...), "commerciale" si vous voulez, des termes anglais pour "faire jeune", "faire moderne", "faire mieux", et au final utiliser des mots tiroirs, des concepts vides. Mais je voulais ainsi vous faire part de la richesse de sens que, parfois, ces mots peuvent receler.

Pour conclure sur une note plus légère, saviez-vous que les américains adorent utiliser le mot "rendez-vous" (probablement très romantique dans leur esprit) quand la Première Dame de Franc préfère parler de "(blind) date"...?

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