Politique Nationale/Internationale

Le syndrome de l’Irak poursuit Bush



Carmen Carrasco
Dimanche 10 Septembre 2006

Le syndrome de l’Irak poursuit Bush
Carmen Carrasco

Traduit par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice

Pour la seconde fois dans son histoire, les USA sont, aujourd’hui en Irak, au bord d’une déroute politique et militaire, comme il y a trente ans au Vietnam, déroute qui aurait des conséquences étendues.
Il y a une trentaine d’années, s’est installé ce qu’on a appelé le "syndrome du Vietnam", à savoir le refus du peuple usaméricain d’appuyer les sanglantes guerres qui laissaient des milliers de victimes pour les intérêts obscurs des multinationales et du Pentagone.
A la suite des attaques du 11 septembre 2001, le président George W. Bush a cru que le "syndrome" était passé et que le peuple usaméricain, blessé, apporterait à nouveau son soutien à ses aventures belliqueuses. Ce fut effectivement le cas... pour une brève période, laquelle a désormais pris fin.

Le syndrome de l’Irak poursuit Bush
Au début de l’année 2005, alors que le nombre de morts usaméricains atteignait les 1.500, le pourcentage de l’opinion qui considérait la guerre comme une erreur — presque la moitié — était alors le même qu’en 1968 lors de la guerre du Vietnam, durant l’offensive du Têt, alors que 20.000 soldats avaient déjà trouvé la mort (1).
Avec des pertes usaméricaines s’élevant à 2.500 et le coût des guerres en Irak et en Afghanistan atteignant les 500 milliards de dollars, la popularité de Bush est tombée en chute libre, comme ce fut le cas pour le président Richard Nixon il y a trente ans. Les généraux critiquent le ministre de la Défense, les officiers critiquent les généraux, les soldats critiquent les officiers, la population rejette les crimes de guerre comme le massacre d’Haditha (2), les scandales de corruption se multiplient, le prix de l’essence s’envole, le mouvement de masse fait irruption par la mobilisation des immigrants, le Parti Républicain au pouvoir s’enfonce dans la division, et la possibilité augmente qu’il perde le contrôle du Parlement aux élections de novembre, alors que Bush a encore deux bonnes années et demi de mandat.
Le rejet croissant de la guerre aux USA est parallèle au rejet dans les pays alliés. La coalition qui avait commencé l’invasion de l’Irak a volé en éclats, les associés de Bush sont tombés en disgrâce, comme Silvio Berlusconi, défait électoralement en Italie, et Tony Blair, qui vit ses pires moments en Grande-Bretagne. La majorité des troupes des autres pays s’est déjà retirée et on annonce le retrait des troupes italiennes et japonaises. Aux USA, le puissant sentiment contre la guerre en Irak met aussi à l’ordre du jour le retrait des troupes. Le mot d’ordre du mouvement pacifiste durant la guerre du Vietnam, "Ramenez les garçons à la maison", est la priorité et est devenu le sujet obligatoire des candidats qui se présentent aux élections parlementaires de novembre 2006.


Le syndrome de l’Irak poursuit Bush

Crise au sein des Forces Armées

Les fantômes du Vietnam sont revenus. Le résultat désastreux des opérations en Irak a ouvert une crise au sein des Forces Armées. Plusieurs généraux se sont prononcés publiquement contre le ministre de la Défense Donald Rumsfeld, l’artisan de cette guerre. Le 19 mars le général de division en retraite Paul Eaton, qui a eut en charge l’entraînement de l’armée irakienne, a déclaré que Rumsfeld était "incompétent stratégiquement, opérationnellement et tactiquement"(3). Le 2 avril le général en retraite Anthony Zinni, ex-chef du Commandement Central, a indiqué : "On a fait des analyses militaires très faibles pour cette opération". Le 9 avril, le général de corps d’armée en retraite Gregory Newbold a écrit : "Je déplore qu’on n’ait pas débattu ouvertement avec ceux qui étaient déterminés à envahir un pays dont les actions étaient périphériques à la menace réelle - Al Qaïda". Le 13 avril, le général en chef en retraite John Riggs et le général Charles Swannack, ex-commandant de la 82e Division Aéroportée, ont accusé Rumsfeld de solliciter des conseils quand ça l’arrange et l’ont rendu responsable des tortures dans la prison d’Abou Ghraïb.
La révolte des généraux se nourrit du profond mécontentement des militaires à l’égard des politiques de réduction des coûts mises en oeuvre par le gouvernement Bush, en vertu de la "doctrine Rumsfeld" dont le baptême du feu — et l’enterrement — ont eu pour cadre l’Irak : réduire l’armée, opérer avec des petites unités plus légères pourvues d’armes et d’instruments de haute technologie - produites par les entreprises amies du Pentagone - et tertiariser ou privatiser la majorité des services nécessaires à l’armée, quel magnifique négoce pour les alliés de Bush, comme Halliburton !
La rébellion des généraux est la partie visible de l’iceberg constitué par le profond mécontentement des jeunes soldats vis-à-vis de la guerre. Après la guerre du Vietnam, les USA ont supprimé la conscription. Leur armée est formée de volontaires salariés qui sont à la recherche d’un meilleur salaire et de quelques prébendes. Pour cette raison, les Forces Armées sont pleines de pauvres, de noirs et de latinos. En 2004, 16,4% des recrues étaient noires alors qu’ils ne composent que 14,3 % de la population. Quelque 70% des soldats noirs et 64% des soldats latinos viennent de milieux dont le revenu est inférieur au revenu national moyen, à comparer aux 57% de recrues blanches.
Au fur et à mesure que la guerre est devenue plus impopulaire, les chiffres du recrutement ont chuté, car les noirs et les latinos sont les secteurs où le rejet de la guerre en Irak est le plus fort (4). Le plus préoccupant pour le haut commandement militaire est que de plus en plus de jeunes officiers, y compris un nombre croissant de capitaines, démissionnent le plus vite possible.
Pour trouver une solution au manque d’hommes, les officiers se sont faits moins exigeants, recrutant des soldats qui en d’autres temps étaient exclus pour des problèmes de drogue, d’alcoolisme, ou de bas rendement. C’est pourquoi aussi le Ministère de la Défense a dû recourir aux services de plus de 30 000 mercenaires privés, qui gagnent six fois plus que les recrues classiques.
Selon le quotidien USA Today, il y a au moins 8.000 déserteurs et le 7 juin le lieutenant Ehren Watada est devenu le premier officier à refuser publiquement d’aller en Irak en estimant que la guerre est illégale.
Les militaires désapprouvent de plus en plus les méthodes génocidaires, les assassinats de civils comme à Haditha en novembre et Ishaki en mars, qui ont été dénoncés par les soldats eux-mêmes et qui font resurgir dans la mémoire l’assassinat de centaines de civils dans le village de My Lai, au Vietnam, en 1968, qui constitua le moment décisif de la guerre, du fait de l’énorme rejet qu’il provoqua au sein de la population et des soldats. Selon un sondage de l’Institut Zogby International, 72% des soldats interrogés pesent que l’armée usaméricaine devrait faire ses valises dès cette année (5).

Le syndrome de l’Irak poursuit Bush

Crise au sommet

Le désastre en Irak a provoqué la dégringolade de la popularité de Bush. Toutes les enquêtes donnent 37% d’approbation et 58% de désapprobation. Le sentiment qui domine est résumé comme suit par un analyste conservateur : "Auparavant Bush était perçu comme un homme qui contrôlait les événements et aujourd’hui il est perçu comme quelqu’un qui ne dirige plus rien. Le dur mot incompétence s’entend ici et là. Si on prend la politique extérieure, les problèmes du président ne sont pas seulement l’Irak, mais de savoir s’il a le contrôle des prix du carburant" (6).
De hauts membres de l’administration Bush sont éclaboussés par des scandales et le mot corruption est de plus en plus utilisé. Le vice-président Dick Cheney est compromis dans l’affaire Lewis Libby, son ex-chef de Cabinet, qui a révélé l’identité de Valerie Plame, agente de la CIA, par vengeance contre son époux, un des premiers à démentir que l’Irak avait des armes de destruction massive.
Porter Gross, chef de la CIA, a démissionné très rapidement. En un peu plus d’un an, trois patrons se sont succédés à la tête de la CIA. Un des principaux lobbyistes républicains au Congrès, Jack Abramoff, a été emprisonné pour corruption, ce qui a eu pour conséquence la démission de Tom DeLay de sa fonction de chef du groupe républicain à la Chambre des Représentants, assénant un rude coup au parti de Bush au Parlement. Enfin, Kenneth Lay, ce dirigeant d’Enron coupable de la plus grande faillite frauduleuse de l’histoire usaméricaine, qui a escroqué des millions d’actionnaires, a été condamné. Or il faut savoir que DeLay était un ami intime de Bush et l’un des principaux donateurs des campagnes du Parti républicain.



J'emmerde la conscription, Dirty Linen Corp., sans date
J'emmerde la conscription, Dirty Linen Corp., sans date

La crise du Parti républicain

Bush a gagné deux élections présidentielles grâce à l’appui militant des conservateurs purs et durs, qui se proposaient de réduire au minimum la dépense publique, une politique ferme contre les immigrants, la tolérance zéro sur des sujets comme l’avortement ou les mariages de personnes du même sexe. C’est ce secteur qui aujourd’hui le laisse tomber, mécontent de l’augmentation colossale des dépenses, de l’échec à contenir l’immigration illégale et de l’abandon des principes républicains essentiels.
L’explication de cette érosion est dans le dégoût consécutif à "l’abandon complet du gouvernement restreint", selon le Républicain Pat Toomey. L’engagement de faire un gouvernement plus petit avait été une idée unificatrice pour la majorité des conservateurs sous la présidence de Ronald Reagan (7), mais depuis que Bush a accédé au pouvoir, la dépense publique a augmenté de plus de 25%, le plus fort pourcentage depuis l’administration du président démocrate Lyndon B. Johnson.
D’après une enquête d’Associated Press, 52% des conservateurs ont une opinion favorable de Bush et 33% seulement du Congrès à majorité républicaine.
Selon Zogby Interactive, seulement un quart des conservateurs approuvent la gestion par Bush de la question de l’immigration (8).
Plusieurs des plus importants alliés religieux chrétiens s’éloignent toujours plus de Bush, menaçant de ne pas voter pour les candidats républicains aux prochaines élections. Les religieux exigent que Bush oppose son veto à la loi qui autorise les mariages homosexuels, mais le président usaméricain, qui a perdu son énorme pouvoir, n’a pas réussi à empêcher l’adoption de la loi, suscitant l’écoeurement de la droite religieuse (9).

La responsabilité des Démocrates
Bien que les Démocrates escomptent gagner les élections parlementaires en novembre, ils payent eux aussi le coût de leur soutien à la guerre. Ils ont voté en faveur de l’Acte Patriotique (Patriot Act) qui a réduit les libertés démocratiques des Usaméricains pour poursuivre d’éventuels terroristes et ont approuvé l’invasion de l’Irak, et aujourd’hui le parti est divisé sur la meilleure issue à la guerre. Alors que la sénatrice Hillary Rodham Clinton, probable candidate présidentielle pour 2008, se refuse à fixer une date pour le retrait des troupes, d’autres dirigeants, comme John Kerry, l’ex-candidat présidentiel en 2004, s’autocritiquent publiquement pour avoir approuvé la guerre. Dans une mégaconférence démocrate réalisée destinée à lancer la campagne pour les élections parlementaires de novembre, Hillary Clinton a été conspuée pour son refus de fixer une date pour le retour des troupes, tandis que Kerry reconnaissait que la guerre était une erreur et qu’il s’était trompé en votant pour la guerre (10).

Emory Douglas, journal des Panthères noires, 1970
Emory Douglas, journal des Panthères noires, 1970

Rébellion intérieure

Rébellion intérieure
Profitant du rejet des attentats du 11 Septembre, le gouvernement de Bush a accompagné les guerres contre l’Irak et l’Afghanistan d’une offensive contre les libertés démocratiques du peuple usaméricain — détentions sans jugement ni procès, écoutes téléphoniques, espionnage de courrier électronique — et un énorme dispositif policier et de renseignement, pendant que les troupes yankees recouraient aux méthodes génocidaires, comme les massacres de Falloujah, Haditha et Ishaki, aux tortures comme dans la prison d’Abou Ghraib et aux détentions illégales à Guantanamo, ainsi qu’aux détentions dans des prisons secrètes localisées dans neuf pays européens avec des vols charter illégaux, s’agissant de prisonniers de guerre.
La grande contradiction de l’impérialisme usaméricain est que, si d’un côté il incarne la plus puissante machine contre-révolutionnaire de la planète, d’un autre côté il se fonde sur un régime de considérables libertés démocratiques, qui sont la principale conquête de son peuple.
Quand les Usaméricains constatèrent que Bush avait menti en assurant que l’Irak avait des armes de destruction massive, la mémoire du Vietnam revint à la surface avec plus de force que jamais et le soutien à la guerre se mit à baisser. Avec les premières pertes, le mécontentement ouvrit la voie à la mobilisation, qui parvint à prendre une dimension nationale. Un mouvement contre le recrutement se propagea dans les collèges secondaires et dans les universités : les étudiants expulsaient les recruteurs de l’armée des campus universitaires, la contestation s’étendant à tout le pays, pendant que la mobilisation des vétérans et des familles de soldats et de victimes croissait, symbolisée par Cindy Sheehan, la mère d’un soldat mort, qui campa au cours de l’été dernier devant le ranch de Bush au Texas.
Dans les principales villes du pays il y a eu de grandes mobilisations au cours de toute l’année 2005 et depuis le début de l’année en cours.

L’irruption du mouvement de masse par l’action des immigrants
La raison de fond du rapide désappointement contre la guerre est l’appauvrissement de larges secteurs de la population, en particulier ceux qui alimentent les forces armées en soldats. C’est pourquoi le mouvement contre la guerre s’enchaîna pratiquement sans problème de continuité au mécontentement face aux effets désastreux de l’ouragan Katrina et se poursuivit par la mobilisation de millions d’immigrants en mars et avril suivie de la grande manifestation du Premier Mai, qui pour la première fois fut célébré massivement aux USA(11).
Avant, il y a eu d’importantes actions ouvrières, comme la grève des travailleurs des transports de New York, qui paralysa cette grande ville durant plusieurs jours. A tout cela s’ajoute la sensation de malaise collectif résultant de l’une des plus graves et délicates conséquences de la guerre pour l’Usaméricain moyen : l’augmentation du coût de l’essence, dont le prix a doublé depuis que Bush est président, passant de 1,46 dollars le gallon à 2, 91 — ce qui se fait sentir dans le budget de tous les foyers (12).

La tâche immédiate : le retrait d’Irak
La question incontournable de ces élections est le retrait des troupes. Le 15 juin, pour la première fois en quatre ans, la Chambre des Représentants a abordé le sujet, et bien que le gouvernement ait promis de maintenir les forces en Irak, il y a plusieurs plans qui parlent de retrait. Parmi ceux en circulation, un texte des dirigeants du Parti démocrate. Le plan, élaboré par deux auteurs républicains du Center for American Progress, propose le départ de 60 000 soldats pour la fin de l’année et de la totalité pour la fin 2007 (13).
En novembre 2005, un sénateur démocrate très lié aux conservateurs, John Murta, a fait scandale en présentant une résolution pour le retour immédiat de toutes les troupes usaméricaines.
Les élections étant traversées par la question de la guerre, la perspective d’une victoire démocrate affaiblit encore plus Bush, qui a encore à assumer deux années et demie de mandat. Aussi, pour se maintenir au pouvoir, Bush doit mettre de côté sa base conservatrice pure et dure en recherchant, dans les faits, un accord avec les Démocrates, comme on l’a vu lors du vote décisif de la Loi sur l’Immigration.
A la demande de la Maison Blanche, les Démocrates et une partie des Républicains ont fait voter en mai au Sénat un projet pour s’opposer à la loi adoptée par la Chambre des Représentants fin 2005, qui criminalisait l’immigration et a déclenché la vague de mobilisations. Le projet légalise la situation des immigrants qui justifient de plus de cinq années de présence dans le pays, s’efforçant de la sorte de désactiver les grandes mobilisations. Seulement 32 Républicains votèrent contre alors que 23 ont voté avec les Démocrates en faveur du projet.
L’autre défaite pour Bush a été la décision du Sénat du 7 juin de rejeter l’amendement demandé par la Maison Blanche qui prohibait le mariage entre personnes de même sexe, un recul clair pour les conservateurs purs et durs qui le portèrent au pouvoir, et le 15 juin le Sénat vota une loi dans laquelle s’il approuve bien une nouvelle ligne budgétaire pour la guerre, il limite les dépenses militaires du Pentagone.

Halifax, Canada, novembre 2004
Halifax, Canada, novembre 2004

Le syndrome de l’Irak

On ne sait toujours pas quand les troupes vont rentrer, mais on parle déjà du "syndrome de l’Irak". La différence avec le Vietnam est que le géant impérialiste est plus fragile qu’alors, quand l’existence de l’Union Soviétique le protégeait de l’ascension révolutionnaire mondiale.
La première victime du "syndrome de l’Irak" est la doctrine Bush qui consiste à lancer des guerres préventives contre l’Afghanistan, alors qu’on ne répond à aucune agression, de manière unilatérale, en passant par-dessus tous les organismes internationaux, afin de venger l’orgueil usaméricain blessé par les attaques du 11 septembre.
Pour la revue conservatrice Foreign Affairs, "le scepticisme va croître concernant plusieurs notions fondamentales : l’obligation des USA d’engager des actions militaires préventives unilatérales pour corriger des situations ou renverser des régimes qui les contrarient mais qui ne sont pas une menace immédiate, la possibilité et la nécessité d’apporter la démocratie à d’autres nations, la tâche de délivrer le monde du mal, le fait que le plus gros budget mondial pour la défense est nécessaire et profitable, la coopération internationale présente très peu d’intérêt et les Européens et les autres étrangers sont naïfs et décadents (14).
C’est pourquoi, pour la revue, "la probabilité d’une application de la puissance militaire ou même d’une menace militaire focalisée contre l’un ou l’autre des pays figurant sur la liste des ennemis de Bush, a diminué de manière substantielle... En fin de compte, les principaux bénéficiaires de la guerre en Irak vont être les compagnons de l’Irak sur la liste de l’ "axe du mal" (15).
La défaite politique et militaire des USA en Irak, qui a été possible grâce à la mobilisation du peuple usaméricain et au rejet mondial de la guerre, offre aux travailleurs usaméricains les meilleures conditions pour développer leurs luttes contre le gouvernement et les patrons. Les peuples du monde, cette fois, se réjouissent de cette nouvelle défaite impérialiste : la bête est blessée. C’est le moment d’en profiter.


(1) John Mueller, professeur de Sciences Politiques à l’Université de l’Ohio, revue Foreign Affairs, article intitulé "The Irak Symptome" novembre-décembre 2005, www.foreignaffairs.org
Additif du traducteur : c’est le diagnostic lui-même de John Mueller qui est foncièrement critiqué par Christopher Gelpi, professeur de Sciences Politiques à Duke University, dans un article intitulé "The Cost of War", à la même source, édition de janvier/février 2006. Pour ce chercheur, Mueller utilise les sondages de manière décontextualisée : il ne tient compte ni du niveau d’acceptation des pertes par la population usaméricaine, variable en fonction du rapport coûts-avantages de la guerre, ni des avancées technologiques, ni de l’appréciation que porte l’opinion sur les chances de succès, une opinion qui peut avoir plus la "phobie de la défaite" que la "phobie des pertes", ceci toujours en fonction du contexte et des différents facteurs, objectifs et subjectifs. Le point de vue de Gelpi est suivi de la réponse de Mueller, également bien argumentée.

(2) Très bref rappel des faits : Les Marines sont accusés d’avoir massacré, le 19 novembre 2005, dans la ville irakienne d’Haditha, une vingtaine de civils désarmés, dont des vieillards, des femmes et des enfants. Plusieurs médias, usaméricains et arabes, ont révélé l’affaire, notamment grâce à une vidéo tournée par un jeune étudiant en journalisme irakien. L’armée est en outre soupçonnée d’avoir voulu dissimuler cette "bavure", et même d’avoir détruit des preuves, selon l’édition du New York Times du 18 août 2006. On considère qu’Haditha est le "My Lai" irakien, par référence au massacre de centaines de civils villageois commis au Vietnam en 1968. Pour de plus amples informations, voir notamment les articles publiés sur le site Quibla en juin 2006, ainsi que l’article "La propagande et la guerre" traduction de Jean-Marie Flémal à partir d’un texte de Dahr Jamal et de Jeff Pflueger, en ligne sur le site Agir contre la guerre http://agir contre la guerre.free.fr/article.php3?id_article=477
Les conclusions du Service d’Enquête criminelle de la Navy se font toujours attendre. (NdT).

(3) Paul Eaton a fait connaître son opinion dans un article intitulé "For his failures, Rumsfeld must go" ("En raison de ses défaillances, Rumsfeld doit partir") paru dans le New York Times et l’International Herald Tribune du 20-03-2006. Plus généralement, sur ce qu’on appelé la "révolte des généraux", d’une ampleur publique inédite, on pourra lire, en français, la traduction d’un article de Bill Van Auken, paru le 25-04-2006 sur le site www.mondialisation.ca, sous le titre "La révolte des généraux et le déclin de la démocratie américaine" (NdT).

(4) Le même phénomène a été constaté en Angleterre où cette année l’objectif de recrutement accuse un déficit de 3.000 soldats.

(5) Quotidien français Libération du 17 avril 2006.

(6) Interview de James M. Lindsay, réalisée par Bernard Gwertzman, sous le titre "Lindsay : Irak Has Largely Shattered Bush’s Popularity", qu’on peut traduire par "Lindsay : l’Irak a en Grande Partie fait Voler en Eclats la Popularité de Bush", in Council on Foreign Relations (ce think tank — "groupe d’experts" — est généralement reconnu comme bi-partisan, Républicain et Démocrate), 11 mai 2006, www.cfr.org

(7) Cela n’était là que paroles car en réalité les déficits budgétaires gigantesques ont commencé avec Reagan et son projet de guerre des Etoiles. Paradoxalement, c’est Clinton qui a rétabli un excédent budgétaire.

(8) The Washinton Post, 11 mai 2006.

(9) The New York Times, 15 mai 2006.

(10) The Washington Post, 14 juin 2006.

(11) Il peut sembler paradoxal que les travailleurs des USA aient cessé de manifester massivement le Premier mai, alors que ce pays est à l’origine de cette célébration universelle. C’est en effet à la suite de la mobilisation massive de Chicago en mai 1886 et d’une provocation (une explosion d’origine incertaine qui tua une dizaine de policiers et en blessa de nombreux autres) que les chefs du mouvement furent accusés, arrêtés et pour 5 d’entre eux finalement pendus (5 anarchistes, comme par hasard immigrés récents, dont 4 en fait ont été pendus et le 5e trouvé "suicidé" dans sa prison après un procès inique). Depuis, les martyrs de Chicago appartiennent au prolétariat international et la célébration du Premier mai commémore le crime atroce perpétré aux USA par les paladins de la "libre-entreprise" (pour reprendre les propos de Daniel Guérin, in "Le mouvement ouvrier aux Etats-Unis, 1867-1967", FM/Petite collection Maspero, 1968). Aux USA il faut distinguer le Premier Mai, du "jour des travailleurs", le Labor Day, jour férié qui est célébré chaque année le premier lundi de septembre (pour 2006, le Labor Day vient d’être célébré, le lundi 4 septembre).
Pour un point de vue sensiblement différent, mais plus fourni, voir aussi le texte de Gabriel Deville, en date d’avril 1896, "Historique du Premier Mai" : www.marxists.org/francais/deville/works/1896/04/deville_18960400.htm — 64k - Pour cet auteur, si la date du Premier Mai vient effectivement des Etats-Unis, l’idée vient de France
[NDT].

(12) Ce n’est pas pour rien que Bush est un représentant de l’industrie pétrolière qui fixe les prix du carburant. Durant son mandat, la dépendance à l’égard du pétrole importé a augmenté à raison de 1.000 millions de barils, pendant que la guerre en Irak a privé le marché de 900.000 barils qui provenaient de ce pays.

(13) "La proposition centrale du document établi par le CAP (Center for American Progress) rcommandee un retrait quasi-complet des troupes US dans les 18 mois qui viennent. Il faut pour cela :
- Diminuer immédiatement notre présence militaire à un niveau de 9.000 par mois pour aboutir au total de 60.000 à la fin 2006 et "virtuellement à zéro" pour la fin de 2007.
- Ramener dès cette année toutes les troupes de la Garde Nationale.
- Doubler la quantité de troupes US en Afghanistan, positionner une division de l’Armée au Koweit, et une force expéditionnaire dans le Golfe arabo-persique ainsi qu’ajouter 1000 hommes des Forces Spéciales en Afrique et en Asie.
- Déplacer le paradigme central de la politique en Irak. Il ne doit plus s’agir de "construire une nation" mais de "solutionner le conflit".
(Tom Hayden, "Hawks for Withdrawal" qu’on traduira par "Des Faucons pour le Retrait", Hebdomadaire The Nation, édition en ligne du 29-05-2006, www.thenation.com).

(14) John Mueller, Idem.

(15) Id.





Original : Correspondencia Internacional n° 22, septembre 2006. Publié sur www.aporrea.org/internacionales/a24941.html

Traduit de l’espagnol en français par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique ((www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner son auteur et sa source.


Dimanche 10 Septembre 2006


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