Palestine occupée

Le simulacre et la déception continuent


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Hasan Abu Nimah fut le représentant permanent de la Jordanie aux Nations Unies. Cet article est d'abord paru dans The Jordan Times.

Lorsque le Président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas est parti pour Damas la semaine dernière pour rencontrer Khaled Mishaal, le chef du bureau politique du Hamas, il a emporté avec lui beaucoup d'espoirs.

Par Hasan Abu Nimah


Hasan Abu Nimah
Vendredi 26 Janvier 2007

Le Président palestinien Mahmoud Abbas rencontre Khaled Mishaal dans la capitale syrienne Damas, le 21 janvier 2007. (MaanImages/POOL/PPO)
Le Président palestinien Mahmoud Abbas rencontre Khaled Mishaal dans la capitale syrienne Damas, le 21 janvier 2007. (MaanImages/POOL/PPO)
On espérait que cette rencontre mettrait un terme aux luttes politiques internes, en cours depuis que le Fatah, mouvement d'Abbas, ait refusé, avec le soutien de l'Occident, d'accepter il y a un an le résultat des élections qui ont donné au Hamas une large majorité de sièges et le droit de former le Cabinet.

Avec les deux partis nominalement engagés dans un "gouvernement d'unité nationale", on espérait aussi qu'un accord mettrait fin au siège et au boycott US-israélien-Union Européenne de l'Autorité Palestinienne, qui a mené un peuple occupé à un niveau sans précédent de souffrance et de misère.

Après un retard résolu grâce à la médiation syrienne, Abbas et Mishaal se sont enfin rencontrés, mais ils n'ont pas atteint l'accord recherché. Ils se sont engagés tous les deux dans des discussions, et Mishaal a réitéré la position du Hamas, qui ne permettra pas que les Palestiniens soient poussés dans une guerre civile voulue et planifiée pour eux par leurs ennemis extérieurs.

Pourquoi les efforts répétés pour persuader les deux côtés palestiniens en conflit de s'entendre sur un programme politique ont-ils échoués ? La réponse est simple : il n'est pas possible de concilier l'inconciliable ; il n'est pas possible d'inventer une formule qui puisse facilement dissimuler les aspects significatifs de deux programmes politiques contradictoires.

Dans tout conflit politique, il est courant d'adopter un langage qui permette à chaque parti d'interpréter la formulation d'une manière qui permette de faire des concessions, sans se dédire vis à vis de ses électeurs. Mais ceci ne peut se produire que lorsque les deux partis partagent l'engagement à surmonter les obstacles.

L'été dernier, le "Document des Prisonniers" constituait une base d'accord entre les deux partis. Il incluait implicitement tous les éléments qu'on demande au Hamas d'accepter comme conditions pour une réconciliation avec Abbas et ses soutiens occidentaux, mais lorsque le Hamas a accepté ce document, Israël a sapé toutes les chances d'avancée en lançant une attaque à grande échelle sur Gaza, tuant des centaines de personnes et privant d'électricité près d'un million d'autres, sous le prétexte de représailles pour la capture d'un soldat de l'occupation israélienne par les combattants de la résistance palestinienne.

Le point crucial de désaccord est réapparu à Damas, lorsqu'Abbas a insisté pour que la désignation du nouveau Premier Ministre implique que le nouveau Cabinet d'unité nationale s'engage à accepter tous les accords précédents signés entre l'OLP et Israël, en plus du Document des Prisonniers, des décisions des conférences du sommet arabe et des réglementations de la "communauté internationale" (nom de code de l'axe US-Israël-UE).

Démontrant sur quel fil du rasoir les accords politiques peuvent se tenir, le Hamas a apparemment accepté de "respecter" plutôt que de "s'engager à respecter" ces conditions. Ce n'était pas suffisant pour sceller un accord. Mais ce serait incroyablement naïf d'espérer que même si le Hamas se soumettait inconditionnellement à toutes les demandes d'Abbas et vouait obéissance à l'Etat sioniste juif, des progrès vers un règlement raisonnable du conflit en résulteraient.

Le facteur clé est qu'Israël ne montre absolument aucun intérêt dans un retrait complet des territoires occupés en 1967, conditions minimales pour la création d'un Etat palestinien – si ceci est encore possible étant donné les décennies de colonisation israélienne en Cisjordanie. Au mieux, la capitulation du Hamas marquerait le retour à un "processus de paix" sans fin sponsorisé par l'Occident, qui ne mènera jamais à la paix.

L'Autorité palestinienne, le Fatah et la "présidence" Abbas, jouant le rôle d'un gouvernement parallèle fantôme, ne veulent qu'une chose : revenir aux bons vieux jours où l'argent arrivait pour financer le luxe de l'élite en place et où le "processus de paix" stérile fournissait un effet tranquillisant en maintenant une fausse impression de progression.

Pendant ce temps, Israël continuait à coloniser la terre, annihilant ce qui restait des droits et des espoirs palestiniens.

La décision des Palestiniens de voter pour le Hamas aux dernières élections générales voulait précisément indiquer qu'ils en avaient assez des déceptions, de l'incompétence et de la corruption. C'était un appel pour sortir du cercle vicieux de redéfinition des termes de référence toujours à leurs dépens.

Et pourtant, la déception et les mensonges continuent sans répit. En décembre, Abbas a rencontré le Premier Ministre israélien Ehud Olmert. Au milieu des photos de leurs embrassades et baisers, les résultats de leur rencontre ont été salués par l'industrie du processus de paix comme une importante percée : Olmert a promis de lever par dizaines les checkpoints qui résultent des réglementations d'apartheid en Cisjordanie, et de transférer 100 millions de dollars de taxes palestiniennes saisies illégalement par Israël.

Pourtant, le 22 janvier, des sources militaires israéliennes autorisées confirmaient ce que les observateurs des Nations Unies avaient déjà constatés : le prétendu retrait par l'armée israélienne des 44 barrages et checkpoints n'avait jamais existé (Haaretz, 22 janvier 2007).

Pendant ce temps, les revenus des taxes rendus n'alimenteraient pas les caisses du ministère des finances palestinien, mais iraient dans les mains incontrôlables du Fateh et de la "présidence", et une grande partie de cette somme serait détournée pour financer ses milices plutôt que pour servir les besoins du peuple.

Une fois de plus, proclamer la nécessité d'aborder le conflit arabo-israélien est à la mode.

La Secrétaire d'Etat US Condoleezza Rice, la Présidente de l'Union Européenne Angela Merkel, et divers dirigeants arabes courent de réunions en réunions. Le Quartet doit se réunir en février, avec la bénédiction des Etats-Unis, et Abbas aimerait se présenter armé d'un accord avec le Hamas qui remplisse les conditions du Quartet. Chacun souligne le besoin de revenir aux négociations, mais personne n'a le cran de se référer à la substance de l'appel à négociation, ni de regarder en face le véritable obstacle : l'intransigeance d'Israël et la colonisation sans fin.

Il n'y a pas meilleur exemple de combien les patrons de ce simulacre de processus de paix ont la tête dans le sable que la dernière tournée régionale (elles semblent avoir maintenant lieu chaque mois) par le Haut Représentant de l'Union Européenne Javier Solana. Après avoir vu l'étendue des nouvelles colonies israéliennes à l'intérieur et autour de Jérusalem occupée, il s'est déclaré "choqué", juste comme le chef de la police corrompue "découvre" les jeux d'argent qui se déroulent sous son nez dans le film Casablanca.

Pourquoi Solana serait-il choqué ? La croissance des colonies est le résultat direct des politiques qu'il soutient et représente : punir et imposer sanctions et conditions aux Palestiniens sous occupation en même temps qu'apaiser Israël à chaque tournée, et rester silencieux pendant qu'il érige un système d'apartheid plus total que tout ce qui a jamais existé en Afrique du Sud.



Vendredi 26 Janvier 2007

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