Palestine occupée

Le silence complice continue


Des millions de personnes ont attendu la présidence de Barack Obama avec un sentiment de fierté et d'espoir. Mais les 100 premiers jours d’Obama ont soulevé des questions critiques sur les limites de ce que l'on peut attendre d'un Démocrate à la Maison Blanche - et ce qu'il faudrait pour obtenir le changement que nous voulons.

Par Dr. Haidar Eid
Le Dr Haidar Eid est un militant et professeur basé dans la Bande de Gaza


Samedi 2 Mai 2009

Le silence complice continue
Que pensez-vous des 100 jours d’Obama? Et que doit faire la Gauche maintenant pour faire avancer le combat?

Nous avons demandé à un groupe d'écrivains et de militants de répondre à ces questions. Ce commentaire est celui du Dr Haidar Eid, un professeur vivant dans la ville de Gaza, et l'un des principaux militants dans la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre l’Apartheid d’Israël.



Je n'ai JAMAIS eu de grandes attentes de Barack Obama, parce qu'il représente toujours le Parti Démocrate, qui fait partie de l'establishment américain. La victoire d’Obama aux élections présidentielles n'a pas produit de changement dans la nature de l'impérialisme américain.

Je pense que la différence entre les Démocrates et les Républicains aux États-Unis est semblable à la différence entre le Likoud et le Parti travailliste en Palestine.

Je pensais, même avant sa prise de fonction, que le rôle d’Obama serait de présenter une nouvelle fiction - ou plutôt de représenter la fiction - de la solution à deux États en Palestine-Israël. C'est-à-dire de donner un nouveau souffle à l'idée qu'un État pour les Juifs et une autre Etat pour les Palestiniens apportera la paix dans la région.

En substance, ce n'est pas différent de ce que voulait George W. Bush, et, avant lui, Bill Clinton. La seule différence que je vois, c'est que l'administration Bush considérait l'anéantissement de la résistance palestinienne comme faisant partie de ce que Bush appelait la «guerre contre le terrorisme". Selon ses propres mots, "Vous êtes soit avec nous, soit avec les terroristes."
Puisque la plupart d'entre nous appartenant à la résistance palestinienne et aux organisations de la société civile n’étions pas avec George Bush, nous avons été qualifiés de terroristes – comme l’a été toute résistance à l'impérialisme dans l'histoire.

L'administration Bush a permis les crimes israéliens en Palestine et au Liban par un soutien financier, militaire et moral. Les 100 premiers jours d'Obama ont vu se reproduire la même chose. Je ne vois pas de différence, en fait, entre ce qu'Israël commet en Palestine, et en particulier dans la bande de Gaza, et ce que l'armée américaine a fait en Irak.

J’aimerais que Barack Obama, par exemple, retire immédiatement les troupes américaines d'Irak. Nous savons que cela ne va pas se produire. Il a dit très clairement qu'il gardera environ 50.000 soldats en Irak.

Israël utilise toujours des hélicoptères Apache fabriqués aux Etats-Unis. Israël utilise toujours des avions de combat F-16. Hier seulement, le 18 avril, il y a eu une frappe aérienne sur le quartier de Deir El Balah dans la bande de Gaza.

Bien que l'administration Bush ait permis à Ehud Olmert, Tzipi Livni et Ehud Barak de saper la réunion d'Annapolis, en se concentrant uniquement sur la sécurité d'Israël, la même chose se produit avec Barack Obama et George Mitchell, son envoyé spécial au Moyen-Orient.

Le point de référence dans toute négociation ou toute déclaration faite par l'administration américaine sur le conflit israélo-palestinien, c’est la sécurité d'Israël. Ce faisant, Obama et son administration marginalisent l'ensemble de la question de la Palestine, et, malheureusement, permettent la reprise des agressions israéliennes contre Gaza affamée. Gaza a déjà été transformée en plus grand camp de concentration sur terre.

BARACK OBAMA a visité l'une des colonies de peuplement au nord d’Israel en 2006, peu de temps avant qu'Israël attaque le Liban et tue plus de 1200 personnes. Obama y est resté pendant plus d'une semaine. Plus tard, il a effectué une visite à Ramallah, où il a passé 45 minutes avec le Président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas – et après, il a refusé d’être présent à une conférence de presse avec Abbas.

Puis il a visité la ville israélienne de Sderot. Il avait beaucoup à dire en sympathie avec les Israéliens de Sderot. Sderot était un village palestinien avant 1948, et sa population a victime du nettoyage ethnique. Bien sûr, il n'a jamais mentionné ou proféré un seul mot de sympathie envers les Palestiniens de la Bande de Gaza.

L'administration Obama, y compris George Mitchell, n’ont que des paroles vides quand il s'agit d'aborder la politique des colonies illégales d'Israël en Cisjordanie. Ils savent très bien que M. Olmert, après la réunion d'Annapolis, a immédiatement autorisé un programme massif de construction de nouveaux logements juifs à Jérusalem-Est et l'expansion des autres colonies de Cisjordanie.

Il s'agit, bien sûr, d'une violation de la Feuille de Route et de l'esprit de la soi-disant solution à deux États, que j'ai personnellement appelé la solution à deux prisons.

Ce dont nous avons besoin de la part d'Obama, c’est qu’il montre du sérieux dans la façon de traiter le nouveau gouvernement israélien, qui est un gouvernement fasciste, et qui prouve que la société israélienne en général vire toujours plus à droite. C'est ce à quoi faisait référence le professeur israélien Israël Shahak quand il parlait de Nazification de la société israélienne.

Obama doit adopter la même attitude à l'égard d'Israël que celle adopée par l'administration américaine à l’égard de l'apartheid en Afrique du Sud à la fin des années 1980. En dépit des massacres, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité qui ont été commis dans la bande de Gaza, il n'y a pas eu de graves condamnations d'Israël de la part de la Maison Blanche.

Le 17 avril, il ya eu un incident à Bil'in, dans lequel un jeune Palestinien a été abattu. Le même jour, un autre Palestinien a été tué à Hébron. A ce moment-là, Mitchell était en visite à Tel-Aviv.
Mais malheureusement, le silence complice de la Maison Blanche d’Obama continue. Il a été accompagné d’une suspension des livraisons de médicaments, de la nourriture et du carburant à la Bande de Gaza affamée.
Les patients ayant besoin de dialyse et d'autres ayant besoin d’un traitement médical d'urgence meurent tous les jours. Une majorité d'entre nous ici à Gaza, sont gravement sous-alimentés. Mais pas un seul mot de condamnation de l'administration Obama.

Toute personne connaissant un peu les questions du Moyen-Orient doit comprendre maintenant - et Barack Obama semble être un gars intelligent – à quel point il est cynique d'attendre une solution à deux États qui a été rendue impossible par la colonisation israélienne en Cisjordanie, par le pillage de la bande de Gaza, par la construction du mur de l'Apartheid, et par l'expansion de ce qu'on appelle le Grand Jérusalem, pour dire que le temps est venu pour la paix.
Comme tous les présidents des Etats-Unis depuis 1967, Obama a soutenu et continue de soutenir Israël dans la création de conditions qui rendent la solution à deux États impossible, irréaliste et injuste.

Si Obama espère obtenir une quelconque crédibilité en tant que conciliateur, il doit inverser la politique de George Bush, et s'opposer fermement à la politique du gouvernement israélien fasciste de Benjamin Netanyahu et d’Avigdor Lieberman.
Il devrait prendre exemple sur le président vénézuélien Hugo Chavez, à qui il a serré la main à Trinidad. Le Venezuela et la Bolivie ont rompu leurs relations diplomatiques avec Israël, après son attaque contre Gaza, en début d’année. Mais jusqu'ici, ses 100 premiers jours ont été une grande déception pour nous les Palestiniens.

La façon dont les organisations de la société civile aux États-Unis se sont opposées à l'apartheid en Afrique du Sud et ont fait pression sur leurs propres gouvernements pour qu’ils rompent leurs relations diplomatiques avec l'Afrique du Sud est le modèle que devraient suivre maintenant les Etats-Unis en ce qui concerne Israël.
Tenez-vous à nos côtés dans la Bande de Gaza assiégée et exigez le retrait immédiat des forces d'occupation israéliennes de la bande de Gaza et de la Cisjordanie.

Nous devons également exiger d'Israël qu'il respecte le droit international humanitaire et les droits de l'homme, et qu’il s'abstienne d'imposer une punition collective aux civils palestiniens, comme l’imposent de nombreuses conventions de droit international et des résolutions des Nations Unies.

Nous devrions demander à Israël de libérer tous les ministres, les députés et les prisonniers politiques palestiniens détenus. Il y a plus de 12.000 prisonniers politiques palestiniens. En raison de la couverture médiatique, je sais que chaque américain connaît le nom du soldat israélien Gilad Shalit, mais je ne pense pas que beaucoup connaissent le nom d'un seul des milliers de prisonniers palestiniens - qui, soit dit en passant, comprennent des centaines de femmes et d'enfants.

Nous devrions exiger l’application de l'Avis Consultatif de la Cour Internationale de Justice (CIJ) sur le mur de l'apartheid d'Israël : l’arrêt de sa construction et le versement de réparations pour les dommages causés au cours de sa construction. Nous devrions également exiger que l'Organisation des Nations Unies s'assure qu'Israël s'acquitte de ses obligations en termes de droit international.

Après l'expérience de la guerre génocidaire contre la population civile de Gaza, où plus de 1500 Palestiniens ont été tués, dont 90% étaient des civils et comprenaient 443 enfants et 120 femmes, nous avons besoin d'une protection internationale pour les civils palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

C'est une tâche urgente. Nous ne pouvons pas attendre. Chaque jour, nous entendons dire que des gens meurent. Hier, ma cousine, qui avait 42 ans et souffrait d’une leucémie, n'a pas reçu d’autorisation pour se rendre dans un hôpital israélien, égyptien ou jordanien. Elle est décédée hier, en laissant sept enfants.

Il est temps que la Gauche Américaine demande à ce que les généraux israéliens, les officiers israéliens et les soldats israéliens soient mis en accusation pour crimes de guerre devant la Cour Internationale de Justice, pour l'utilisation de bombes à phosphore contre des civils et pour d'autres atrocités.

Si Barack Obama veut montrer sa vision du monde libérale et sa compréhension du racisme, je pense qu'il devrait avoir de la sympathie pour les souffrances des Palestiniens. Il devrait réaliser qu'il est temps pour nous d'avoir une démocratie citoyenne en Palestine historique, après le retour des plus de 6 millions de réfugiés palestiniens vivant dans la diaspora dans des conditions misérables.

Le type de stratégies et les tactiques utilisées par la Gauche américaine pendant les années 70 et 80 contre l'apartheid en Afrique du Sud sont essentiels pour obtenir ces exigences. Nos alliés sont tous les peuples opprimés aux États-Unis et dans le monde entier. Pour parler des Etats-Unis, il s'agit d'une société qui a souffert du racisme au 20ème siècle, qui possède beaucoup de groupes marginalisés, mais qui est aussi une société multiethnique et multiculturelle.

Les mêmes outils utilisés dans les années 50, 60 et 70 pour l’obtention des droits de la communauté africano-américaine aux États-Unis devraient être utilisés pour soutenir la cause palestinienne. Nous devons contacter les églises, les mosquées et les autres types d'associations afin de promouvoir une culture de la résistance.

Nous devrions exiger l’isolement économique, politique et culturel d'Israël. Je sais que cela ne se produira pas immédiatement - exactement comme dans le cas des Blancs Sud-Africains qui ont été longtemps accueillis aux États-Unis. Mais grâce à un mouvement international, ils ont finalement été mis au ban des nations, en particulier dans les domaines du sport et de la culture.

Israël doit sentir qu’il y a un prix à payer pour ses crimes de guerre contre les Palestiniens, en particulier pour son massacre dans la Bande de Gaza. La Gauche américaine doit comprendre, commencer à modifier sa compréhension du conflit israélo-palestinien : d'un conflit de territoire et d’indépendance palestinien à un conflit de libération palestinienne.

C'est pourquoi la Gauche américaine devrait adopter en tant que plate-forme le soutien à la solution d'un seul État, le soutien en faveur de l'égalité de droits et le soutien pour faire d'Israël/Palestine un seul État pour tous ses citoyens. La solution à deux États signifie le racisme - la bantoustanisation de la Palestine.
J'ai discuté avec des libéraux et des gauchistes américains qui pensent encore que la solution à deux États est la seule solution viable.

Mais les leçons que nous avons apprises de la bande de Gaza en 2009 sont les même que les leçons que nous avons apprises de Sharpeville en 1960 - que cette lutte est une lutte de libération, c'est une lutte pour la démocratie citoyenne, c'est une lutte pour la transformation de l'entreprise sioniste en Palestine en une véritable et réelle démocratie, ce qui signifie, en fin de compte, le retour des réfugiés palestiniens.

Cela n’est pas actuellement un élément fondamental du discours de la Gauche américaine. Mais c’est essentiel pour la transformation d'Israël en un État pour tous ses citoyens, sans distinction de race et de religion.

Source : http://www.paltelegraph.com/
Traduction : MG pour ISM

 
 
 


Samedi 2 Mai 2009


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