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Le sacrifice d’Abraham dans la Bible et le Coran : Ismaël ou Isaac ? PARTIE 1 et 2


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Ahmadou Kanté
Samedi 10 Août 2019

Le sacrifice d’Abraham dans la Bible et le Coran : Ismaël ou Isaac ? PARTIE 1 et 2
Introduction
Dans un article publié au mois d’Août 2018, Zul Hijjah (mois de Tabaski 2019), nous avons montré ou plus précisément déduit du Coran, à la suite de quelques rares commentateurs, que c’est Ismaël le fils ainé d’Abraham (paix sur eux) qui a été concerné par l’épreuve du sacrifice et pas Isaac (paix sur lui). Dans les lignes qui suivent, nous reprenons les arguments clés de notre démonstration tout en étant plus précis sur certains aspects du sujet. L’épreuve du sacrifice est une des plus marquantes de celles auxquelles Abraham (paix sur lui) fut confronté dans le parcours initiatique qui va le mener au statut d’Imam de l’Humanité . Ce fut un moment où il fit encore montre de toute la grandeur de sa foi, de sa soumission et de sa totale confiance en Dieu. A l’épilogue de l’épreuve du sacrifice, Dieu le qualifia de vrai croyant, soumis et bienfaisant. C’est le seul prophète que le Coran a qualifié d’ami de Dieu « Et Dieu a pris Abraham pour ami » (Coran 4 :125) Juifs, chrétiens et musulmans revendiquent son héritage spirituel, chacun à sa façon. La Bible parle d’Abraham pas toujours de la même façon que le Coran le fait d’Ibrâhîm. Après une brève revue comparée entre la Bible et le Coran sur le sujet, nous allons proposer une réflexion sur qui d’Ismaël ou d’Isaac était le fils concerné par l’épreuve du sacrifice.

Contexte de l’épreuve du sacrifice

C’est dans Genèse, 22 : 1-19) qu’on trouve le récit de la Bible se rapportant à l’épreuve du sacrifice. Dans le Coran, le récit de l’épreuve du sacrifice est mentionné intégralement dans la sourate 37, du verset 100 au 113. A la lecture des récits biblique et coranique, on note des différences significatives à propos du contexte des événements de l’épreuve du sacrifice. En effet, selon la Bible, celle-ci se déroule après qu’Abraham a « renvoyé » Agar, la servante égyptienne et son fils Ismaël dans le désert de Paran. Dans ce récit, on note que l’épreuve du sacrifice va donc se dérouler alors qu’Ismaël et sa mère Agar sont loin du pays des Philistins où résidait Abraham . De plus, Isaac y est nommément cité, ce qui ne laisse aucune place à un éventuel débat sur qui d’Ismaël ou d’Isaac sera le fils concerné par le sacrifice : «Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit : Abraham ! Et il répondit : Me voici ! Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai » (Gen, 22 : 1-2)

De son côté, le récit du Coran rapporte que les événements du sacrifice se déroulent après les confrontations entre Abraham et son peuple et notamment après que ce dernier a voulu le jeter dans une fosse de feu pour en finir. C’est après cela qu’Abraham demande à son Seigneur de lui trouver une issue. Suit alors l’annonce de la venue au monde d’un garçon magnanime « ghulâmin halîm » : « Ils dirent : ‘Préparez-lui une construction et jetez-le dans la fournaise’. Ils voulurent intriguer contre lui, mais ce sont eux que nous avons mis à bas. Et il dit : ‘Je m’en vais vers mon Seigneur, Qui me guidera. Seigneur, donne-moi qui sera d’entre les vertueux. Alors, Nous lui fîmes l’heureuse annonce d’un garçon magnanime » (Coran 37 : 98-101). Cet enfant est qualifié mais pas nommé.

Le récit biblique annonce à l’entame que c’est pour l’éprouver que Dieu commande à Abraham d’aller offrir Isaac qualifié de fils unique, celui qu’il aime, en holocauste. On note en filigrane, une insistance à faire croire qu’Isaac est le fils unique d’Abraham au moment où advient l’épreuve du sacrifice et que c’est lui qu’il (Abraham) aime. On peut déjà se poser la question de savoir pourquoi préciser que c’est Isaac qu’Abraham aime étant donné qu’il n’y a pas un autre enfant que pourrait aimer Abraham ? L’interprétation donnée par les auteurs juifs et chrétiens à ce sujet est que, le statut de fils ainé d’Ismaël ne pouvant être passé sous le boisseau, ce dernier n’est pas un fils légal ! Sa mère Agar est une esclave égyptienne concubine d’Abraham, alors que Sara, mère d’Isaac est une femme libre et mariée comme il se doit au Patriarche.
Cette volonté que partagent le judaïsme rabbinique et le christianisme, de ne pas faire figurer Ismaël dans la lignée légitime d’Abraham a beaucoup à voir avec le refus d’abord judaïque puis chrétien, d’accepter que Muhammad (saws) soit un prophète. En effet, étant donné que ce dernier est un descendant d’Ismaël, il n’est pas un fils du « peuple élu », c’est-à-dire, de la lignée d’Israël (autre nom de Jacob), fils d’Isaac, exclusivement dépositaire du message auquel l’humanité doit adhérer pour assurer son salut…
La posture juive puis chrétienne qui consiste à refuser que Muhammad (saws) soit le sceau des prophètes et celui illettré que la Thora et l’Evangile ont annoncé indique une méconnaissance du plan divin tel que le décrit si bellement Martin Lings qui écrit : « Ce n'était pas une seule mais deux grandes nations qui devaient regarder Abraham comme leur père. Deux grandes nations, c'est-à-dire deux puissances bien guidées, deux instruments faits pour accomplir la volonté du Ciel, car la bénédiction promise par Dieu n'est pas d'ordre profane, et il n'est de grandeur devant Dieu que la grandeur selon l'Esprit. Ainsi Abraham fut-il la source de deux courants spirituels, qui ne devaient pas s'écouler ensemble mais suivre chacun son propre cours. »
Il faut ajouter que tout l’Ancien Testament disponible de nos jours parle essentiellement de l’histoire religieuse du peuple israélite (la lignée de Jacob fils d’Isaac). Le judaïsme rabbinique rejette Jésus (paix sur lui) comme prophète et comme Messie. Pour le statut de Messie, le rejet est surtout motivé par la naissance miraculeuse, sans père de Jésus, ce qui fait qu’il ne peut appartenir à la maison de David.
On voit dans le récit de la Bible qu’Abraham ne veut pas que son fils, qui ne se doute de rien, sache que c’est lui qui est concerné par le sacrifice : « Abraham prit le bois pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchèrent tous deux ensemble. Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit : Mon père ! Et il répondit : Me voici, mon fils ! Isaac reprit : Voici le feu et le bois ; mais où est l'agneau pour l'holocauste ? Abraham répondit : Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble. Lorsqu'ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l'autel, par-dessus le bois. Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. Alors l'ange de l'Éternel l'appela des cieux, et dit : Abraham ! Abraham ! Et il répondit : Me voici ! L'ange dit : N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes ; et Abraham alla prendre le bélier, et l'offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova Jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui : A la montagne de l'Éternel il sera pourvu.» (Gen, 22 : 6-14)

A la différence du récit biblique si glacial dans lequel Isaac ne sait pas et subit, le Coran rapporte un dialogue entre Abraham et le fils magnanime dont le nom n’est pas mentionné : « Quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, il dit : «Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses». Il dit : «Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Dieu, du nombre des endurants». Puis quand tous deux se furent soumis et qu’il l’eut couché sur le front, voilà que Nous l’appelâmes «Abraham ! Tu viens de confirmer le songe. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants» C’était là certes, l’épreuve manifeste. » (Coran 37 : 102-106)
Ce dialogue ouvre un sens qu’on ne trouve pas dans le récit biblique, à savoir que le fils magnanime sait que le songe de son père est un commandement divin à l’immoler et il dit oui. Il accepte dans son cœur de subir l’immolation dignement, avec l’aide de Dieu. Dans le récit biblique, le fils concerné, Isaac, n’est actif que dans la préparation du feu et du bois. Pour la suite, jusqu’au geste qui pourrait lui être fatal, Isaac est passif et subit sans comprendre, dans une ignorance totale de la signification du sacrifice.
Dans la suite du récit, il y a convergence dans le fond. En effet, la voix de l’ange selon la Bible, celle de Dieu dans le Coran interpelle Abraham lui enjoignant de stopper son geste. Puis Abraham finit par sacrifier un bélier grandiose. C’est après avoir levé la main pour immoler le fils magnanime que le Coran utilise pour la première fois dans son récit, le terme d’épreuve là où la Bible l’emploie dès le début. L’objet constant sur lequel porte la convergence entre le récit du Coran et celui de la Bible est la nature de l’épreuve : Dieu veut qu’Abraham manifeste jusqu’où il peut et veut aller dans sa foi, sa soumission et sa confiance en Dieu.
Dans le récit de la Bible, Abraham est qualifié de craignant Dieu, puis, il lui est promis une grande nation comme postérité et un statut de pôle de bénédiction pour le monde : « L'ange de l'Éternel appela une seconde fois Abraham des cieux, et dit : Je le jure par moi-même, parole de l'Éternel ! Parce-que tu as fait cela, et que tu n'as pas refusé ton fils, ton unique, je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer ; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix. Abraham étant retourné vers ses serviteurs, ils se levèrent et s'en allèrent ensemble à Beer Schéba ; car Abraham demeurait à Beer Schéba » (Gen, 22 : 14-19)
De son côté, le récit du Coran qualifie Abraham de (« muslim », soumis), de bienfaisant (« muhsin », au sens de qui a atteint la perfection spirituelle) et de (« mu-e-min », croyant) : « Puis quand tous deux se furent soumis et qu’il l’eut couché sur le front, voilà que Nous l’appelâmes «Abraham ! Tu viens de confirmer le songe. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants» C’était là certes, l’épreuve manifeste. Et Nous le rachetâmes par une bête grandiose. Et Nous perpétuâmes son renom dans la postérité : ‘Paix sur Abraham’. Ainsi écompensons-Nous les bienfaisants, car il était de Nos serviteurs croyants » (Coran 37 : 103-111)

Le sacrifice d’Abraham dans la Bible et le Coran : Ismaël ou Isaac ? PARTIE 2 et FIN

Ismaël ou Isaac ?

A l’épilogue du récit biblique, il est fait mention d’une promesse divine de grande postérité pour Abraham et de sa fonction singulière dans l’histoire du salut de l’humanité, ce que le Coran confirme. Toutefois, le récit coranique apporte une information de taille, à savoir, l’annonce de la naissance d’Isaac à la fin de l’épreuve. Et il se trouve que le Coran qualifie toujours Isaac enfant, de garçon savant « Ghulâmin ‘alîm » Cette annonce est un indice parmi les plus décisifs qui établissent par une déduction rigoureuse du récit coranique, que c’est bien Ismaël, le premier né d’Abraham qui a été le fils concerné par l’épreuve du sacrifice. Aussi, d’autres indices du récit coranique bien examinés conduisent logiquement et rigoureusement à ceci que le fils magnanime d’Abraham dont le nom est tu dans le récit coranique du sacrifice n’est autre qu’Ismaël. Ces indices qui permettent d’identifier l’enfant du sacrifice incluent les suivants : la conjonction de coordination « wa » entre le récit du sacrifice et l’annonce de la naissance d’Isaac, les qualificatifs différents donnés aux deux enfants d’Abraham, le pronom personnel de la troisième personne du genre masculin « hi » et la forme du duel utilisés à la fin du récit coranique.

C’est ainsi qu’à l’entame du récit coranique sur l’épreuve du sacrifice, se trouve l’heureuse annonce d’un garçon magnanime donc qualifié mais pas nommé « Alors, Nous lui fîmes l’heureuse annonce d’un garçon magnanime » A la fin de l’épreuve, il y a une deuxième heureuse annonce d’un garçon du nom d’Isaac comme partie de la rétribution que Dieu a réservée à Abraham suite à la grandeur de foi dont il a fait montre face à l’épreuve du sacrifice. Il en découle en toute rigueur et cohérence que ce n’est pas Isaac qui est concerné par la première annonce de la naissance d’un garçon magnanime.
Revenons au récit coranique : « Alors, Nous lui fîmes l’heureuse annonce d’un garçon magnanime. Quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, il dit : «Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses». Il dit : «Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Dieu, du nombre des endurants». Puis quand tous deux se furent soumis et qu’il l’eut couché sur le front, voilà que Nous l’appelâmes «Abraham ! Tu viens de confirmer le songe. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants» C’était là certes, l’épreuve manifeste. » Nous le rachetâmes par une grandiose bête. Et nous le fîmes passer à la postérité. Paix sur Abraham ! Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants. Il fut vraiment un de nos fidèles croyants. Et Nous lui fîmes l’heureuse annonce d’Isaac, prophète d’entre les vertueux » (Coran 37 : 101-106)

Pour les besoins de la démonstration en vue d’identifier le nom de l’enfant du sacrifice, nous proposons comme suit une reprise du récit coranique après l’épreuve du sacrifice, avec Isaac comme nom du garçon magnanime annoncé à Abraham :
« Alors, Nous lui fîmes l’heureuse annonce d’Isaac (…) Et Nous lui fîmes l’heureuse annonce d’Isaac, prophète d’entre les vertueux »
Ainsi, dans ce cas de figure, c’est Isaac qui serait l’enfant du sacrifice qualifié de magnanime, et puis après, est annoncée la naissance encore d’Isaac ! A travers cet exercice, il saute aux yeux que le garçon magnanime annoncé au tout début du récit ne peut être Isaac. Et on ne voit pas de qui il est alors le nom si ce n’est Ismaël car seuls ces deux fils d’Abraham sont concernés par la divergence sur l’identité de l’enfant du sacrifice.
Comme l’explique le grand commentateur contemporain du Coran, Chinqîti , la prise en compte de la conjonction de coordination « wa » (et), est cruciale ici, pour comprendre qu’il ne peut s’agir que d’Ismaël. A noter que certains traducteurs omettent de la mentionner . En effet, Chinqîti explique qu’en grammaire arabe, la conjonction de coordination – « wa » indique que ce qui précède parle de quelque chose de différent de ce qui suit. L’heureuse annonce de la naissance d’Isaac après l’épreuve du sacrifice établit sans équivoque que ce n’est pas lui le garçon magnanime du récit, le premier né d’Abraham. Selon le récit du Coran, Isaac est un don que Dieu fait à Abraham après qu’il Lui a manifesté si dignement sa foi, sa soumission et son obéissance durant l’épreuve du sacrifice.

Alors, il vient que le garçon magnanime dont le nom est tu ne peut être qu’Ismaël vu le contexte de l’épreuve, à savoir que c’est un des deux, Ismaël ou Isaac qui est concerné par le sacrifice. Pour ce qui est d’Isaac, l’heureuse annonce de sa naissance est associée dans le Coran et la Bible à sa mère et à des anges. A la différence de la naissance du garçon magnanime, Ismaël, celle d’Isaac est associée à un dialogue entre des anges, son père Abraham (paix sur lui), et sa mère Sara que le Coran ne nomme pas, à Jacob et au qualificatif de « ‘alîm » (savant). Rien dans le récit coranique du sacrifice ne laisse penser que c’est d’Isaac qu’il s’agit .
Isaac est qualifié et lui seul, à deux reprises, de « ghulâm ‘alîm » (garçon savant). Voici les références : « ‘N’aie pas peur nous te faisons l’heureuse annonce d’un garçon savant’ » (Coran 15 : 53) ; « Il commençait à prendre peur devant eux , ils lui dirent : ‘N’aie aucune crainte !’Et ils lui firent l’heureuse annonce d’un garçon savant » (Coran 51 : 28)

Comme pour l’utilisation de la conjonction de coordination précitée, celle du pronom personnel de la troisième personne du masculin « hi » dans le verset 113 toujours de la sourate 37 ainsi que du duel (himâ) dans le même verset donnent des indices solides en faveur d’Ismaël : « Et Nous lui fîmes l’heureuse annonce d’Isaac comme prophète d’entre les vertueux. Et Nous le bénîmes ainsi qu’Isaac. Et parmi leurs descendances à eux deux il y a qui est bienfaisant et qui est manifestement injuste envers lui-même » Le grand commentateur Qurtubi soutient que le pronom personnel « hi » dans ce verset 113 de la sourate 37 renvoie à Ismaël.

Le segment du verset 113 « Parmi leurs descendances à eux deux » nous permet de comprendre qu’il s’agit d’Ismail et d’Isaac. En effet, il ne peut s’agir d’Abraham car on serait dans un cas de figure où le verset parlerait de deux descendances : une issue de ce dernier (Abraham) et une autre issue de son fils Isaac ! Il n’est pas concevable d’avoir un tel arbre généalogique car Isaac fait partie de la descendance d’Abraham. La descendance d’Isaac est aussi celle d’Abraham, ce qui fait que le duel mentionné dans ce verset indique qu’il ne s’agit pas d’Abraham et si ce n’est pas lui, le récit conduit à admettre que c’est Ismaël. Dit autrement, pour les besoins de la démonstration, voici ce qu’on aurait s’il s’agissait d’Abraham : « Et Nous fîmes à Abraham l’heureuse annonce d’Isaac comme prophète d’entre les vertueux. Et Nous bénîmes Abraham ainsi qu’Isaac. Et parmi les descendances d’Abraham et d’Isaac, il y a qui est bienfaisant et qui est manifestement injuste envers lui-même »

Par contre, si on met Ismaël, on a : « Et nous bénîmes Ismaël ainsi qu’Isaac. Et parmi les descendances d’Ismaël et d’Isaac, il y a qui est bienfaisant… », tout devient cohérent et clair. C’est Ismaël le premier né qui est le (le « hi » dans le verset qui renvoie à la troisième personne du masculin) béni à côté d’Isaac et c’est des descendances de ces deux frères à partir du même père Abraham, que vont sortir les justes et autres transgresseurs annoncés dans le récit du Coran. Et comme par hasard, le verset qui suit parle des bienfaits de Dieu aux deux frères que sont Moïse et Aaron (paix sur eux) ! « Et Nous comblâmes de nos bienfaits Moïse et Aaron » (Coran 37 : 107)

A côté de ces exigences de cohérence interne au Coran qui établissent que c’est Ismaël le fils du sacrifice, des auteurs musulmans relèvent que le récit de la Bible qui met en avant l’enfant unique d’Abraham que serait Isaac pose problème : « Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit : Abraham ! Et il répondit : Me voici ! Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai » Voici ce qu’en dit le défunt recteur de la Mosquée de Paris, hamza boubakeur : « Or, il n’est pas dit dans la Bible : « tu prendras », mais « prends » et le texte précise « ton fils unique ». Il s’agit bien d’Ismaël puisqu’il l’était jusqu’à la naissance d’Isaac, quatorze ans après la sienne (Gen. XVI, 16). A aucun moment Isaac n’a été « fils unique » alors qu’Ismaël le fut et donc le qualificatif ne peut s’appliquer qu’à lui, à moins de suspecter (ce qui serait contraire aux faits et à l’enseignement de la Bible) la filiation d’Ismaël. Or, selon la Bible, Ismaël est annoncé et béni par Dieu : « Agar, enceinte, chassée par Sara, l’ange du Seigneur la rencontra près d’une source au désert et lui dit : « Je multiplierai beaucoup ta descendance tellement qu’on ne pourra pas la compter… » Tu es enceinte et tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom d’Ismaël, car Yahvé a entendu ta détresse. » (Gen. XVIII, 7-12)
Mais, il faut rappeler comme nous l’avons dit plus haut, que grosso modo, pour sortir de ce dilemme, le judaïsme et le christianisme soutiennent qu’Ismaël n’est pas un enfant légal d’Abraham vu que sa mère est était une esclave et une concubine du Patriarche. Il en découle qu’Isaac a été à un moment donné, le fils unique d’Abraham !
Enfin, il faut aussi ajouter que selon les sources musulmanes, tout ce que rapporte le Coran sur Abraham et son fils Ismaël (paix sur eux) se passe en Arabie désertique des après la naissance de ce dernier. Sur commandement divin, Abraham installe son épouse Agar et son garçon magnanime Ismaël dans le désert du hijaz et tout le reste se passera dans cette partie du monde. Alors que tout le monde est d’accord pour dire que Isaac et sa mère ont vécu avec Abraham très loin dans cette région que les arabes appelaient « bilâduch châm » qui correspond à la géographie actuelle de la Syrie, du Liban, de la Jordanie et des territoires disputés entre palestiniens et israéliens. Dès après sa naissance, Ismaël a vécu en Arabie et c’est là-bas qu’Abraham va le retrouver pour procéder au sacrifice alors qu’il était adolescent , pour lui rendre visite après son mariage, et pour (re)construire la Kaaba avec lui.

Pour finir

On pourrait se poser la question, fort intéressante de l’importance et de la pertinence de ces développements : pourquoi déployer autant d’efforts pour démontrer que c’est Ismaël le fils concerné par l’épreuve du sacrifice d’Abraham et pas du tout Isaac ? Nous pensons qu’il est justifié de le faire pour au moins les raisons suivantes :
• Montrer que le Coran est la Parole infaillible de Dieu qui nous guide, apporte un supplément à notre raison et nous donne une capacité de discernement hors du commun ;
• Et que le Coran vient confirmer les livres révélés antérieurs, notamment la Thora et l’Evangile tout en apportant des correctifs aux versions non authentiques que détiennent les gens du Livre (ahlul kitâb) ;
• Comprendre ce qui motive la posture du judaïsme d’abord et du christianisme après, qui consiste à mettre en avant Isaac comme « le fils unique » d’Abraham concerné par le sacrifice ;
• Savoir que cette posture vise à évincer Ismaël et sa lignée et à lui refuser toute fonction significative dans l’histoire du salut de l’humanité ;
• Comprendre le refus des juifs de Médine de croire au prophète Muhammad (saws) comme sceau des prophètes et dépositaire du Coran, dernière révélation divine pour le salut de l’humanité.

Ahmadou Makhtar Kanté
Imam, écrivain et fondateur du portail web « tibiane.com »
Fait à Dakar, le 10/08/2019 – Zul hijja (Tabaski) 1440


Dimanche 11 Août 2019


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