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Le rôle "positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (6 e partie)


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Claude Ribbe
Mercredi 27 Janvier 2010

Le rôle "positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (6 e partie)
Dominique de Villepin croyait avoir le plus grand intérêt, en cette fin d’année 2003, à déstabiliser Haïti et à renverser Aristide. D’abord il souhaitait se réconcilier avec les Américains avec lesquels il avait engagé, depuis le printemps, une partie de bras de fer. Les relations s’étaient dégradées à cause de l’Irak (Villepin s’étant opposé à l’invasion) et de l’affaire Executive life. Pour la justice californienne, le Crédit lyonnais, dont l’actionnaire était l’État français, avait pris illégalement le contrôle de la compagnie d’assurance Executive life. Aux yeux des Américains, la France s’était donc comporté dans cette affaire comme un état voyou et des poursuites judiciaires pénales étaient engagées. Paris risquait d’écoper d’une amende faramineuse. Une violente campagne de presse était menée par la presse américaine. L’ambassade de France à Washington recevait quotidiennement des dizaines de milliers de mails d’insulte. C’était François Pinault, l’ami milliardaire de Chirac et de Villepin (propriétaire du magazine Le Point et des revues L’Histoire et Historia qui faisaient l’éloge de l’historien révisionniste et négrophobe Pétré Grenouilleau ainsi que de Pap Ndiaye, son faire valoir) qui avait racheté la compagnie d’assurance au Lyonnais, via sa société Artémis. En la revendant ensuite, il avait gagné un bon milliard de dollars. De ce fait, Pinault était également l’objet de poursuites. Un jury populaire devait le condamner à 700 millions d’euros d’amende (on se doute que, depuis, tout s’est arrangé). Pour Villepin, il importait donc de calmer le jeu avec les Américains. Or les Américains souhaitaient renverser Aristide. Rien de mieux qu’une bonne réconciliation sur le dos d’Haïti. D’autant que la France réactionnaire avait deux autres raisons de participer au coup d’État. En France, les citoyens d’origine africaine et antillaise étaient, et sont encore, implicitement traités comme des inférieurs (notamment par une absence complète de visibilité à la télévision et dans la vie politique). On redoutait les effets d’un bicentenaire d’Haïti auquel se seraient associé les pays africains en théorie indépendants mais contrôlés par la Françafrique et qui aurait glorifié des esclaves révoltés à la peau noire. Port au Prince ne devait pour rien au monde devenir l'axe de la renaissance africaine. Paris redoutait surtout l’ouverture du dossier de la dette de la France à l’égard d’Haïti (pour la rançon imposée par la force en 1825) que le président Aristide estimait à 21 milliards de dollars. En outre, parallèlement à la restitution de la somme versée à la France, Aristide évoquait les réparations qu’Haïti pourrait exiger pour 150 années d’esclavage. Même si le gouvernement Raffarin s’efforçait d’enterrer la loi Taubira en ne prenant pas le décret qui permettait de l’appliquer, l’esclavage était désormais un crime imprescriptible contre l’humanité. Une réparation demandée par un état souverain victime de ce crime pouvait prospérer devant un tribunal international. En cas de condamnation, d’autres états, en Afrique, pouvaient exercer des poursuites et réclamer des réparations. On pouvait même imaginer que des descendants d’esclaves français en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à La Réunion demandent eux aussi des réparations. Après tout, au moment de l’abolition de l’esclavage en 1848, des réparations avaient bien été payées par l’État aux colons (entre 400 et 500 francs or, soit environ 4000 euros par esclave perdu) tandis que les esclaves ne recevaient, eux, aucune indemnité, la liberté « accordée » (mais qui appartient évidemment de manière inaliénable à chaque être humain) étant spécieusement considérée comme un bienfait qui dispensait l’État d’avoir à payer quoi que ce soit. Bref, le cauchemar, c’était que recommence d’une autre manière ce à quoi les ex-pays esclavagistes avaient échappé à Durban en septembre 2001. Le dossier de la dette avait été confié par le gouvernement de Port-au-Prince au ministre chargé des Haïtiens résidant à l’extérieur, Leslie Voltaire. Il réunit une commission internationale d’experts. J’acceptai très volontiers d’y participer. Ma position était très simple. La France avait manifestement une dette à l’égard d’Haïti au regard de l’indemnité de 1825. Trois questions se posaient cependant. D’abord celle du montant de cette dette. Le chiffre retenu par le gouvernement haïtien méritait d’être examiné. Ensuite la légalité de la demande : était-elle recevable en justice ? Ne valait-il pas mieux un accord amiable ? Enfin la manière dont la France pouvait rembourser cette dette, si elle la reconnaissait. De mon point de vue, il y avait plusieurs solutions. Paris pouvait cautionner des emprunts. Une aide en nature était également possible : par exemple un renforcement de la coopération. Les intérêts de la France n’en auraient pas été lésés pour autant car des entreprises françaises pouvaient parfaitement profiter des mesures accordées dans le cadre de cette coopération renforcée. Les routes, les télécommunications, l’adduction d’eau, la collecte des ordures ménagères, la construction d’immeubles, l’infrastructure touristique : tout cela, mon pays savait le faire. Nous pouvions aider Haïti tout en y trouvant notre compte. La mission de Régis Debray, secrètement appuyé par la sœur de Dominique de Villepin, allait absolument à l’inverse de mes vues équitables : intervenir à Port au Prince, à Paris et en Afrique pour saboter le bicentenaire de l'indépendance et tirer un trait sur Aristide. Peu importait que ce coup d'Etat fasse des milliers, voire des dizaines de milliers de morts.

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Mercredi 27 Janvier 2010


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