Géopolitique et stratégie

Le rôle caché des Etats-Unis dans la montée au pouvoir du Hamas

Les opinions exprimés dans ce texte - tendancieux - ne réflètent pas celles d' Alter Info




Note de l’éditeur : Aux Etats-Unis, l'affirmation selon laquelle les actions du Hamas ont forcé Israël à lancer un attaque d’envergure contre la population appauvrie de Gaza est presque universellement acceptée. Pourtant, ainsi que l'explique l'universitaire Stephen Zunes, l'image d'un Hamas présenté comme une organisation au radicalisme naïf, dépourvu de légitimité électorale ou du soutien d'une grande partie de la population, est simpliste. Dans ce document important, Zunes examine les stratégies par lesquelles, les décideurs politiques en Israël et aux Etats-Unis ont encouragé la montée en puissance de ce groupe conservateur religieux, afin de marginaliser les éléments séculiers et les idées de gauche dans les territoires occupés.


gai_chat@yahoo.fr
Jeudi 8 Janvier 2009


Samedi 3 janvier 2009

Les Etats-Unis portent une grande partie de la responsabilité dans le bain de sang qui a actuellement lieu dans la bande de Gaza et les zones voisines d'Israël. En effet, sans la politique peu judicieuse d'Israël et des Etats-Unis, le Hamas n'aurait pas obtenu le contrôle du territoire.

Au départ, Israël encouragea la montée du mouvement islamiste palestinien pour contrer l'Organisation de Libération de la Palestine, qui était une coalition composée du Fatah et de divers mouvements nationalistes ou de gauche. Au début des années 80, grâce au financement généreux de la dictature familiale d'Arabie Saoudite soutenue par les Etats-Unis, les premiers résultats du Hamas apparurent sous forme d'écoles, de cliniques, de services sociaux ainsi et autres établissements qui mettaient l'accent sur une interprétation ultraconservatrice de l'Islam qui n'avait jusqu'alors, jamais été très courante au sein de la population palestinienne. L'idée était que si les gens passaient plus de temps dans les mosquées à prier, ils deviendraient moins susceptibles de s'engager dans les organisations de gauche nationalistes qui remettaient en cause l'occupation israélienne.

Alors que l'on refusait aux partisans de l'OLP, le droit de posséder leur propre média ou d'organiser des rassemblements politiques, les autorités d'occupation israéliennes permirent aux groupes radicaux islamiques d’organiser des rassemblements, de publier des journaux non censurés et même, de posséder leur propre station de radio. En 1981 par exemple, dans la ville palestinienne occupée de Gaza, les mêmes soldats qui n'avaient pas hésité à briser violemment des manifestations pacifiques, restèrent en retrait lorsqu'un groupe d'islamistes extrémistes attaquèrent et brûlèrent une clinique à Gaza parce qu'elle fournissait un service de planning familiale.

Le Hamas, un acronyme de Harakat Al-Muqawama Al-ISlamiyya (Mouvement de résistance islamique), fut fondé en 1987 par Sheik Ahmed Yassin, qui avait été libéré de prison lorsque Israël avait conquit la bande de Gaza 20 ans plus tôt. Les priorités d'Israël dans la campagne de suppression de la dissidence qu'il menait à cette époque, sont très révélatrices: En 1988, Israël força à l'exil l'activiste palestinien Mubarak Awad, un chrétien pacifiste qui défendait, face à l'occupation israélienne, une résistance de type gandhienne, une paix israélo-palestinienne. Dans le même temps, il permit à Yassin de faire circuler une littérature anti-juive haineuse et à appeler à la destruction d'Israël par les armes.

La politique étasunienne ne différait guère : jusqu'en 1993, les fonctionnaires de l'office consulaire des Etats-Unis à Jérusalem, rencontraient périodiquement les dirigeants du Hamas alors qu'il leur était interdit de rencontrer qui que ce fut de l'OLP, même les dirigeants modérés de la coalition. Cette politique continua bien que l'OLP ait renoncé au terrorisme et reconnu unilatéralement l'Etat d'Israël dès 1988.

Un des premiers événements importants dans la promotion du Hamas fut l’expulsion de 400 musulmans palestiniens par Israël à la fin de 1992. Alors que la majorité de ces exilés étaient associés à des agences de services sociaux du Hamas, peu d'entre eux avaient été accusés de crimes violents. De telles expulsions étant en contradiction directe avec la loi internationale, le Conseil de sécurité des Nations Unies les condamna unanimement et demanda leur retour immédiat. Pourtant, la nouvelle administration Clinton empêcha les Nations Unies d'appliquer sa résolution et affirma trompeusement qu'une offre israélienne permettant le retour de certains exilés répondait au mandat de l'ONU. Cette politique israélienne et étasunienne transforma les exilés en héros et en martyres et accrut la crédibilité du Hamas aux yeux de la population, lui conférant ainsi sa force politique.

Pourtant, les sondages d'opinion montraient qu'au moment des accords d'Oslo entre Israël et la Palestine, seulement 15% de la communauté palestinienne soutenaient le Hamas. Toutefois ce soutien s'accrut lorsque la promesse d'un Etat palestinien viable s'évanouit et qu'Israël continua sa politique expansionniste coloniale en Cisjordanie sans opposition apparente des Etats-Unis, doublant en une dizaine d'année le nombre d’implantations. La direction du Fatah et le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat et ses proches furent considérés comme corrompus et ineptes alors que les dirigeants du Hamas étaient perçus comme proches des besoins des Palestiniens ordinaires. Début mai 2001, Israël interrompit toutes les négociations importantes avec les Palestiniens et une offensive israélienne soutenue par les Etats-Unis l'année suivante détruisit la majeure partie des infrastructures de l'Autorité palestinienne, rendant ainsi toute perspective de paix et de création d'un Etat, encore plus lointaines. Les fermetures et les blocus israéliens entraînèrent l'économie palestinienne dans une grave dépression et les services sociaux du Hamas devinrent encore plus importants aux yeux des Palestiniens.

Après la décision du Fatah en 1993, de mettre un terme au conflit armé et de se fier au processus de paix conduit par les Etats-Unis, qui entraîna un regain de souffrances, la popularité du Hamas se développa bien au-delà de sa base fondamentaliste la plus dure. L'usage du terrorisme contre Israël (en dépit de son caractère immoral, illégal et contreproductif), semblait exprimer la colère et l'impuissance de larges segments de la population palestinienne. Pendant ce temps, l'utilisation par Israël d'escadrons de la mort (une politique défendue par l'administration Bush et les dirigeant démocrates au Congrès des Etats-Unis), aboutit à la mort de Yassin et à celle de nombreux autres dirigeants du Hamas, les transformant en martyre aux yeux de nombreux Palestiniens et renforçant ainsi le soutien au Hamas.

Le Hamas prend le pouvoir

Lorsqu’après la mort d'Arafat, l'administration Bush insista pour que les Palestiniens organisent des élections libres et équitables, les dirigeants du Fatah espéraient que l’invitation du Hamas au processus électoral permettrait d’affaiblir ses éléments les plus radicaux. En dépit des objections étasuniennes, les élections parlementaires palestiniennes furent tenues en janvier 2006 avec la participation du Hamas. Elle furent surveillées de près et reconnues comme libres et équitables. Alors que la gauche et les réformistes étaient divisés en une demi douzaines de listes, le Hamas fut perçu comme la seule alternative par de nombreux Palestiniens dégoûtés par les dirigeants du Fatah, Comme Israël refusait de s'engager dans de véritables négociations de paix avec le gouvernement conduit par Abbas, les Palestiniens pensèrent qu'il n'y avait pas grand chose à perdre à élire le Hamas. En plus de cela, les nombreuses factions au sein du parti dirigeant entraînèrent une situation où, dans de nombreux districts des candidats du Fatah se retrouvaient en compétition les uns avec les autres. Le résultat de tout cela fut que, bien que n'ayant obtenu que 44% des votes, le Hamas prit la majorité au Parlement, eut le droit de choisir le Premier ministre et celui de former un gouvernement.

L'ironie est que le poste de Premier ministre n'existait pas dans la constitution originale de l'Autorité palestinienne. Il fut ajouté en mars 2003 suite aux insistances des Etats-Unis, qui désiraient un contrepoids au président Arafat. Le résultat des élections permit certes à Abbas de rester président, mais il devait maintenant partager le pouvoir avec Ismail Haniya, le Premier ministre du Hamas.

Bien qu'ils aient proclamé leur soutien à des élections libres, au vu des résultats, les Etats-Unis essayèrent de saboter le gouvernement du Hamas. Abbas refusa l'invitation initiale du Hamas à former un gouvernement d'unité nationale qui aurait inclus le Fatah et où les éléments les plus radicaux du mouvement auraient été probablement marginalisés. L'administration Bush fit pression sur les Canadiens, les Européens ainsi que d'autres membres de la communauté internationale pour imposer de sévères sanctions à l'Autorité palestinienne, bien que peu d'argent continuât à couler dans les officines gouvernementales contrôlées par Abbas.

L'économie palestinienne, jadis une des plus prospère de la région, avait été détruite par plusieurs décennies d'occupation israélienne. Cela rendait l'Autorité palestinienne dépendante de l'aide étrangère pour répondre aux besoins de base à son peuple. Par conséquent, l'impact de ces sanctions fut dévastateur. Le régime iranien s'engouffra pour remplir en partie ce vide, en injectant des millions de dollars pour faire tourner les services de base, donnant ainsi à la République islamique (qui n'avait pas jusqu'alors été alliée au Hamas et qui n'avait pas été un acteur principal dans la politique palestinienne) un poids sans précédent.

Dans le même temps, un taux de chômage record avait fait des jeunes hommes affamés et excédés des recrues faciles pour les militants du Hamas. Un des principaux responsables du Fatah remarquait que, « pour de nombreuses personnes, c'était la seule façon de gagner de l'argent. » Certain membres de la police qui ne touchaient pas leur salaire du gouvernement, rejoignirent la milice du Hamas en deuxième emploi, engendrant ainsi une double allégeance.

Les demandes imposées à l'Autorité palestinienne par l'administration Bush et le Congrès pour que les sanctions soient suspendues, semblaient avoir été conçues pour être rejetées et elles furent largement interprétées comme un prétexte afin de punir les Palestiniens d'avoir mal voté. Les Etats-Unis demandaient par exemple que le gouvernement du Hamas reconnaisse unilatéralement le droit d'exister à l'Etat d'Israël et ce bien que l'Etat d'Israël n'ait jamais reconnu le droit des Palestiniens d'avoir un Etat viable en Cisjordanie, dans la bande de Gaza ou n'importe où ailleurs. Parmi les autres demandes, il y avait l'arrêt des attaques sur les civils en Israël alors que parallèlement on ne demandait pas à Israël de cesser ses attaques sur les zones civiles de la bande de Gaza. On demandait aussi que l'Autorité palestinienne conduite par le Hamas accepte tous les accords négociés précédemment, même si Israël violait l'accord de la rivière Wye et d'autres pactes conclus avec les Palestiniens.

Alors que le Hamas respectait un cessez-le-feu unilatéral des attentats suicides en Israël, les affrontements sporadiques et les attaques à la roquette continuaient. Pendant ce temps-là, Israël lança, avec le soutien de l'administration Bush, des attaques aériennes contre des zones urbaines très peuplées qui firent des centaines de victimes. Le Congrès défendit les attaques israéliennes, les présentant comme des actes de légitime défense alors que l'ensemble de la communauté internationale les condamnait comme excessives et en violation du droit humanitaire international.



Un siège, pas un retrait

Tant l'administration Bush que les dirigeant des deux partis du Congrès perpétuèrent le mythe du démantèlement des implantations illégales dans la bande de Gaza et du retrait des unités militaires qui les soutenaient, constitutives d’une liberté effective pour les Palestiniens du territoire. Des dirigeants politique des Etats-Unis, de Georges W. Bush à Nancy Pelosi, élue démocrate de Californie et porte-parole du Congrès, ont régulièrement loué Israël pour s'être conformé tardivement à une série de résolutions des Nations Unies appelant à un retrait de ses implantations illégales (en dépit de la violation permanente d'Israël de ces même résolutions qui continuait à étendre les implantations illégales en Cisjordanie et sur le plateau du Golan).

La réalité est pourtant que la bande de Gaza est restée assiégé. Avant même la victoire du Hamas aux élections parlementaires, le gouvernement israélien, limitait non seulement l'entrée de la bande de Gaza en Israël (comme c'est son droit), mais il contrôlait aussi le passage de la frontière entre la bande de Gaza et l'Egypte. Cela a non seulement conduit à des pénuries régulières de biens de première nécessité importés depuis l'Egypte, mais aussi au gaspillage généralisé des produits périssables d'exportation, comme les fruits, les légumes et les fleurs coupées, qui sont vitaux à l'économie des territoires. De plus, les résidents de Gaza furent coupés de leurs familles et de leurs compatriotes en Cisjordanie et ailleurs, dans ce qui fut qualifié par beaucoup de plus grande prison à ciel ouvert de la planète.

En représailles, Le Hamas et les milices alliées lancèrent des roquettes sur les zones civiles d'Israël. Celui-ci répondit en bombardant lourdement les zones civiles de la bande de Gaza. Ces bombardements avaient tué 200 civils dont de nombreux enfants au moment du cessez-le-feu de 2006. Les fonctionnaires de l'administration Bush, soutenus par les dirigeants des deux partis du Congrès, condamnèrent avec raison les attaques à la roquette du Hamas et de ses alliés dans les zones civiles d'Israël (qui à cette époque avaient fait de nombreux blessés, mais aucun mort), mais défendaient les attaques bien plus dévastatrices d'Israël contre des cibles civiles dans la bande de Gaza. Cela engendra une réaction qui renforça le soutien au Hamas dans les territoires.

La population de la bande de Gaza est principalement composée de réfugiés du nettoyage ethnique perpétré par Israël dans la majorité de la Palestine 60 ans plus tôt, et de leur descendants dont la majorité est restée sous-employée depuis qu'Israël a fermé les frontières à la plupart des travailleurs journaliers à la fin des années 80. Comme la population vit dans des conditions de surpeuplement dans un espace de 200 kilomètres carrés, soumise à une violence extrême et à la pauvreté, il n'est donc pas surprenant que de nombreuses personnes soient devenues sensibles à l'extrémisme politique d'un mouvement comme le Hamas. Il n'est pas surprenant non plus que dans de telles conditions, des individus armés se retournent les uns contre les autres (NDT: à fortiori lorsque le Mossad orchestre ces conflits internes).

Discréditer le gouvernement d'unité nationale

Lorsque les combats entre les factions armées du Fatah et du Hamas commencèrent début 2007, les représentants de l'Arabie Saoudite négocièrent un partage du pouvoir entre les deux mouvements politiques palestiniens. Les représentants des Etats-Unis essayèrent pourtant (sans y parvenir) d'encourager Abbas à renoncer à l'accord et à démettre le gouvernement. En effet, dès l'élection d'une majorité du Hamas au Parlement, l'administration Bush fit pression sur le Fatah afin qu'il organise un coup d'Etat et abolisse le Parlement.

Le gouvernement d'unité national nomma des membres du Fatah et des technocrates indépendants
aux ministères clés et remercia les dirigeants de la ligne dure du Hamas. Tout en ne satisfaisant pas aux demandes occidentales, le Hamas démontrait une volonté sans précédent de s'engager avec Israël, d'accepter un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et à négocier un cessez-le-feu. Cela aurait pu pour la première fois, donner à Israël et aux Etats-Unis l'opportunité d'amener vers des pourparlers de paix un gouvernement d'unité nationale représentant quasiment toute les factions et les partis impliqués dans la vie politique palestinienne, sur la base de l'initiative de la Ligue Arabe pour une solution à deux Etats et de la résolution 242 du Conseil de sécurité. Pourtant, les gouvernements israéliens et étasuniens refusèrent.

La Maison Blanche décida au contraire d'intensifier le conflit en ordonnant à Israël de fournir de grandes quantités d'armes aux groupes armés du Fatah pour leur permettre de combattre le Hamas et de mener un coup d'Etat. Les chefs militaires israéliens résistèrent à cette idée, craignant que la majorité de ces armes finissent entre les mains du Hamas, mais -comme le dit le journaliste Uri Avneri - « notre gouvernement a obéi aux ordres des Etats-Unis, comme d'habitude. » le Fatah recevait des armes depuis Israël pendant que le Hamas combattait les Palestiniens conduits par les Israéliens pour que les hommes du Fatah soient vus (même par ceux qui ne partagent pas l'idéologie extrémiste du Hamas) comme des collaborateurs et ceux du Hamas comme des combattants de la liberté. Cet épisode fut principal facteur qui motiva le Hamas à lancer ce qu'il considéra comme une guerre préventive ou un contre coup d'état en envahissant les locaux des militants du Fatah en juin 2007. Ainsi, ce que les Israéliens avaient craint arriva, les armes qu'ils avaient fournies se trouvaient finalement dans les mains du Hamas. La Résistance islamique a dirigé la bande de Gaza depuis lors.

Les Etats-Unis apportèrent aussi leur soutien à Mohammed Dahlan, le célèbre chef de la sécurité du Fatah à Gaza qui supervisa la détention, la torture et l'exécution d'activistes du Hamas et d'autres groupes (bien que les Etats-Unis le qualifie de « modéré »et de « pragmatique »). Cet événement entraîna une forte indignation populaire contre le Fatah et ses partisans.

Dans son rapport confidentiel divulgué à la presse quelques semaines avant la prise de pouvoir du Hamas, Alvaro de Soto, l'ancien coordinateur spécial du processus de paix au Moyen Orient déclarait que « les Etasuniens ont clairement encouragé une confrontation entre le Hamas et le Fatah » et qu'ils « ont oeuvré à isoler et à affaiblir le Hamas et ils ont renforcé le Fatah en lui donnant une légitimité et en lui fournissant des armes. » De Soto rappelait également que pendant la tentative égyptienne de mise en place d’un cessez-le-feu à la suite d'une explosion de violence entre factions rivales plus tôt dans l'année, un représentant officiel des Etats-Unis lui avait dit « J'aime cette violence...elle signifie que d'autres Palestiniens résistent au Hamas. »


Affaiblir les Palestiniens modérés

La seule façon pour les modérés de vaincre les forces extrémistes est de fournir à leur population ce dont ils ont le plus besoin : dans ce cas, il s'agissait de la fin du siège israélien de la bande de Gaza, de son occupation et de la colonisation des territoires palestiniens restants. Pourtant la politique israélienne, soutenue par l'administration Bush et le Congrès des Etats-Unis, semblait conçue pour rendre cela impossible. L'illustre analyste de la politique israélienne, Gershon Baskin, fit remarquer dans un article du Jerusalem Post publié juste avant la victoire électorale du Hamas, que « la politique unilatérale d'Israël, son refus de négocier et son soutien au président Mahmoud Abbas et à l'Autorité palestinienne ont renforcé les prétentions du Hamas et affaibli Abbas et son autorité, déjà été paralysée par...les actes d'Israël qui avait démoli les infrastructures des institutions et des bâtiments du gouvernement de l'Autorité palestinienne. »

Bush et une écrasante majorité des deux partis au Congrès ont aussi apporté leur soutien à la politique de désengagement unilatéral du gouvernement israélien qui, tout en démantelant les implantations israéliennes dans la bande de Gaza, les a étendues en Cisjordanie annexant illégalement de grandes parties du territoire palestinien. De plus, ni le Congrès, ni Bush, n'ont obligé les Israéliens à reprendre des négociations de paix sérieuses avec les Palestiniens après leur suspension six ans plus tôt. Et ce, malgré le souhait exprimé par Abbas et la communauté internationale de les reprendre. Etant donné que la politique de négociations du Fatah n’avait pas réussi à arrêter l'occupation et la colonisation israélienne de grandes parties de la Cisjordanie, il n'est pas surprenant que l'affirmation du Hamas, selon laquelle le processus de paix supervisé par les Etats-Unis agit contre les intérêts Palestiniens, ait trouvé écho chez de nombreux Palestiniens, même ceux qui reconnaissent que la branche armée du Hamas est moralement contestable et qu'elle a affaibli la cause nationaliste.

A la suite de la prise du pouvoir par les armes du Hamas à Gaza, le très respecté journaliste israélien Roni Shaked remarquait dans le numéro du 15 juin de Yediot Ahronoth que « les Etats-Unis et Israël avaient apporté une contribution décisive à cet échec. » En dépit des déclarations d'Israël et des Etats-Unis de vouloir renforcer Abbas, « en pratique, rien n'a été fait pour que cela arrive. Les rencontres avec ce dernier sont devenues un outil politique pour les Israéliens et les accolades, les tapes dans le dos ont transformé Abbas en un collaborateur et une source de plaisanterie dans les rues de la Palestine. »

Le rapport de De Soto au secrétaire général des Nations Unies dans lequel il qualifiait la position du Hamas envers Israël d’« abominable », remarquait aussi que « la politique israélienne semblait perversement conçue afin d’encourager les actions continuelles des militants palestiniens. » Au vu des sanctions internationales initiées par les Etats-Unis, l'ancien diplomate péruvien observait aussi que « les étapes suivies par la communauté internationale dans le but présumé de parvenir à la création d'un Etat palestinien, ont eu un effet totalement opposé. »

Pour certains commentateurs israéliens, cette stratégie a été délibérée. Avneri soulignait que, « notre gouvernement a oeuvré durant des années à détruire le Fatah de façon à éviter d'avoir à négocier un accord qui conduirait inévitablement à un retrait des territoires occupés et au démantèlement des implantations qui s'y trouvent. » De la même façon, M.J. Rosenberg du Israël Policy Center observait que « de fait la droite israélienne (et étasunienne) ont soutenu les extrémistes palestiniens » puisque « supplanter ...le Fatah avec les fondamentalistes islamiques permettait d'éviter à Israël une situation où il serait forcé de négocier avec les modérés. » A cette époque Avneri écrivait que « maintenant, alors qu'il semble que cet objectif ait été atteint, il ne savent plus quoi faire de la victoire du Hamas. » .

Depuis lors, la stratégie israélienne a été d'accroître le blocus de la bande de Gaza, au mépris des conséquences humanitaires désastreuses et récemment de lancer des attaque dévastatrices qui ont tué des centaines de personnes, dont un quart de civils. L'administration Bush et les dirigeants des deux partis du Congrès ont défendu la politique israélienne en basant leur argument sur le fait que le Hamas, parti extrémiste, gouverne le territoire.

Pourtant, personne ne semble prêt à reconnaître le rôle qu'ont joué les Etats-Unis dans l’arrivée du Hamas au pouvoir.

Article original : Stephen Zunes pour AlterNet (Stephen Zunes est professeur de politique et responsable des études moyen-orientales à l'université de San Francisco et il travaille comme analyste politique senior dans la revue Foreign Policy in Focus.)

Traduction française : Lionel P. pour Futur Quantique



Jeudi 8 Janvier 2009


Commentaires

1.Posté par denver le 08/01/2009 11:44 | Alerter
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Mélanger du vrai du faux sa marche tjr. Y a des choses qui sont vrai concernant le Hamas et d'autres pas du tout.

2.Posté par Trinidad le 09/01/2009 09:40 | Alerter
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Bonjour,
pourquoi trouvez vous cet article tendancieux ?
quelles choses sont fausses concernant le Hamas ?
Personnellement, ce que dit cet article semble tout à fait plausible surtout quand on connaît le fonctionnement des psychopathes : diviser pour mieux régner. Tout groupe, à fortiori à "but noble", est susceptible de manipulation et de corruption, et de servir les intérêts de qq d'autre sans forcément s'en rendre compte.
Il est fréquent que la créature se retourne contre son maître, d'ailleurs.
Il faut bien se rendre compte que dans l'histoire, ce sont toujours les mêmes qui trinquent à cause de ces sombres complots et machinations : le peuple.

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