Conflits et guerres actuelles

Le renseignement dans la contre-insurrection


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AUTEUR: Gilberto LÓPEZ Y RIVAS

Traduit par Gérard Jugant, révisé par Fausto Giudice


Gilberto LÓPEZ Y RIVAS
Mercredi 19 Décembre 2007

Le renseignement dans la contre-insurrection
Si dans tout type de conflit armé le travail de resneignement est indispensable, dans la contre-insurrection il est particulièrement vital, soulignent les militaires usaméricains. Pour cela, le chapitre-clé du Manuel de contre-insurrection 3-24 porte précisément sur les caractéristiques du renseignement dans cette guerre asymétrique. De même, étant donné que les conflagrations que livrent les USA ont lieu dans des espaces culturellement étrangers, la découverte militaire est la collaboration de scientifiques sociaux dans les campagnes impérialistes contre les mouvements révolutionnaires et de résistance nationale.

L'anthropologue contre-insurrectionnelle Montgomery McFate l'explique de cette manière: « Dans un conflit entre adversaires symétriques, dans lequel les deux sont relativement égaux et usent de technologie similaire, comprendre la culture de l'adversaire est en grande partie irrelevant. La guerre froide, dans toute sa complexité, a confronté entre eux deux pouvoirs d'héritage européen. Mais dans une opération de contre-insurrection contre un adversaire non occidental, la culture est importante » (Military Review, mars-avril 2005).

Étant donné que les commandants et stratèges militaires exigent d' « approfondir les cultures, perceptions, valeurs et processus de prise de décisions des individus et groupes », le Pentagone intègre des équipes d'experts en économie, anthropologie et science politique, qui jouent un rôle dans ce qui techniquement est appelé « préparation du champ de bataille en matière de renseignement », qui consiste dans le processus continu et systématique d'analyse de la menace possible de l'ennemi et de l'environnement d'une région géographique spécifique. Les scientifiques sociaux ne sont rien de plus qu'un instrument de guerre, puisque les décisions finales sont prises par le personnel militaire. Le Manuel décrit le type d'information qu'obtiennent ces singuliers mercenaires académiques: « Par exemple, des groupes tribaux et familiaux en Irak et en Afghanistan traversent les frontières nationales des pays voisins. Les relations transfrontalières permettent aux insurgés de compter sur un refuge sûr à l'extérieur de leur pays et les aident au trafic transfrontalier. La zone d'intérêt peut être grande en rapport à la zone opérative. Très fréquemment cette dernière peut être influencée par différents facteurs comme: réseaux familiaux, tribaux, ethniques, religieux et autres qui vont au-delà de la zone d'opérations; relations de communication et économiques vers d'autres régions; influence des moyens de communication sur la population locale, le public US et les associés des multinationales; appuis logistiques, financiers et moraux de l'ennemi ».

Les anthropologues-militaires définissent- avec l'aide du plagiat déjà dénoncé- des concepts comme société, groupe ethnique, tribu, réseaux, institutions, rôles et statuts, structure et normes sociales, culture, identité, système de croyances, valeurs, attitudes et perceptions, langage, pouvoir et autorité, force coercitive, capital social, participation politique, entre autres. Tout pour connaître ce qui réellement intéresse les militaires: les insurgés, leurs objectifs, motivations, appui ou tolérance de la population à leur égard, leurs capacités et vulnérabilités, leurs formes d'organisation, leur leaders et personnalités-clés, leurs activités et relations politiques, liberté de mouvement, soutiens logistiques, financiers et de renseignement, nouvelles recrues, armements et capacités militaires, entraînement, etc.  La structure organisationnelle des insurgés mérite une attention spéciale: si elle est hiérarchique ou non, si les membres sont spécialisés, si les leaders exercent un contrôle centralisé ou si l'action autonome et l'initiative propre sont permises, si le mouvement opère indépendamment ou a des relations avec d'autres réseaux et organisations, si les insurgés donnent plus de poids à l'action politique ou à la violence. De même chaque dirigeant est l'objet d'un examen détaillé: son rôle dans l'organisation, ses activités connues et associées, son histoire personnelle et sa trajectoire, ses croyances, motivations et idéologie, son éducation et formation, son tempérament (« par exemple attentif, impulsif, pensif ou violent »), importance dans l'organisation, popularité en dehors d'elle. Dans les séances de torture en Irak, Afghanistan, Guantanamo et autres « recoins obscurs de la planète », ce sont là sans doute quelques unes des questions aux détenus des forces d'occupation usaméricaines; elles firent partie aussi des matières que les mentors yankees enseignèrent à des membres des forces armées mexicaines dans les cours de « combat contre le terrorisme » dénoncés par La Jornada.

De même, les stratégies et tactiques des rebelles méritent une attention spéciale: actions conspiratives, militarisme, guérilla urbaine, guerre populaire, embuscades, incendies, bombes et explosifs, armes chimiques, biologiques ou armes nucléaires, manifestations, contre-renseignement des insurgés, exécution de mouchards, enlèvements, prise d'otages, infiltration et subversion, propagande, attaques d'installations, sabotages, entre autres. Sont analysés tous les types de renseignement : humain, opérations militaires, interrogatoire de détenus et de déserteurs, rapports d'affaires civiles, opérations psychologiques, des officiers de l'armée et des forces policières du gouvernement fantoche, entrepreneurs, délations téléphoniques anonymes, journalistes, universitaires, etc. On obtient aussi des informations de renseignement de routines de reconnaissance et de surveillance, de capteurs et de caméras, de renseignement satellitaire, d'analyse d'archives de propriété, financières, du contenu des portables et ordinateurs.

Ce serait une erreur de sous-estimer les capacités et la portée de ce travail de renseignement des impérialistes usaméricains, comme de penser qu'ils sont invincibles. Il est aussi important que la communauté des anthropologues dans l'espace latino-américain se manifeste contre l'utilisation mercenaire de leur discipline.

NdT

Le FM 3-24, dernier en date des manuels de contre-insurrection édité par l’armée US sous la supervision du général Petraeus contient des perles rares, qui en disent long sur l’état désastreux des connaissances qu’ont les « intellectuels » du Pentagone des pays qu’ils « libèrent. Ainsi, à la page 204, on explique tranquillement que la langue parlée par l’élite d’Haïti est le…néerlandais ! Et que des tracts en cette langue avaient été préparés à la veille de l’opération « Uphold democracy » en 1994. Mais heureusement, grâce à « un membre astucieux » de l’équipe chargée de la propagande, ce tract avait été remplacé au dernier moment par un tract en créole…(merci à nos amis du site portugais www.resistir.info pour nous avoir signalé cette perle de culture). Comme quoi, à Washington, on confond Port-au-Prince et Willemstad, capitale de Curaçao (Antilles sous occupation néerlandaise)...


Source : www.jornada.unam.mx/2007/12/14/index.php?section=opinion&article=025a2pol

Article original publié le 14 décembre 2007

Sur l’auteur

Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=4364&lg=fr



Mercredi 19 Décembre 2007


Commentaires

1.Posté par RABE RABE VINCENT le 13/07/2008 20:57 | Alerter
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Je voudrais plus d'informations sur le renseignement de la contre-insurrection, les conséquences et les avantanges.

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