Sciences et croyances

Le rechauffement climatique: le combat d'arrière garde des 'sceptiques'


«Toutes les théories sont des hypothèses, toutes peuvent être démontées. Le jeu de la science n’a fondamentalement pas de fin. Celui qui décide un jour que les principes n’ont pas à être vérifiés plus avant, mais sont à considérer comme définitivement vérifiés, sort du jeu». Karl Popper


vdida2003@yahoo.fr
Samedi 13 Octobre 2007


La banquise fond, l’ours polaire est devenu un SDF ne pouvant nager indéfiniment sans se reposer sur la "glace ferme" il risque de disparaitre. L’ouragan Katrina a dévasté la Nouvelle-Orléans, les inondations sont de plus en catastrophiques. La Grande-Bretagne a eu les pires inondations en juillet. C’est actuellement le tour du Vietnam. Le 24 septembre 2007, plus de 150 chefs d’Etat et représentants nationaux se sont réunis au siège des Nations unies à New York pour discuter, en vain, du changement climatique. Pour le secrétaire général «le temps du doute est passé». Les Etats-Unis, qui restent fermement opposés à tout accord mondial destiné à réduire les émissions de CO2, préfèrent innover dans les technologies.
Le Giec prévoit une augmentation des canicules, fortes précipitations, sécheresses et inondations d’ici à la fin du siècle. La hausse moyenne prévisible de la température de la planète d’ici à 2100 se situe entre 1,8 °C et 4 °C. Des maladies tropicales, comme le paludisme ou la dengue, pourraient ainsi se répandre sur le globe. L’Afrique serait le premier continent touché avec des impacts au Sahel, en Afrique orientale et australe. Les récoltes pourraient diminuer dans certains pays africains de 50% en 2020 et même de 90% en 2100. Alors que les besoins d’irrigation vont augmenter, l’eau va se raréfier. Dans les Andes, le Pérou, qui possède 70% des glaciers andins, a perdu 500km2 de glaciers, soit 7000 milliards de mètres cubes d’eau. La Bolivie, dont 20% du territoire sont couverts de glaciers, a perdu 40% de ses réserves en eau.(1).
De plus, le développement des agrocarburants pourrait considérablement aggraver le changement climatique en cours. Pour Paul Crutzen, lauréat du prix Nobel de chimie, en 1995, la production d’un litre de carburant issu de l’agriculture peut contribuer jusqu’à deux fois plus à l’effet de serre que la combustion de la même quantité de combustible fossile. Le constat semble paradoxal. La combustion d’un agrocarburant est, en effet, neutre du point de vue du carbone. Dans leurs travaux, Paul Crutzen et ses coauteurs se sont penchés sur les émissions de protoxyde d’azote (N2O) dues à l’agriculture intensive. Gaz qui, à quantité égale, contribue 296 fois plus à l’effet de serre que le dioxyde de carbone (CO2).(2)

Remise en cause objective ?

La période la plus chaude s’est probablement déroulée durant le maximum thermique paléocène-éocène, il y a environ 55 millions d’années. Cet événement a coïncidé avec des extinctions massives d’espèces, et à cette époque les températures moyennes ont gagné de 5°C à 8°C en quelques milliers d’années. Il est vrai que les émissions de CO2 imputables à l’activité humaine sont faibles par rapport aux sources naturelles. Pourtant, les carottes glaciaires montrent que les niveaux de CO2 dans l’atmosphère sont restés plutôt stables -entre 180 et 300 parties par million (ppm) pendant un demi-million d’années- avant de monter en flèche: jusqu’à plus de 380 ppm depuis le début de l’ère industrielle. La situation va considérablement s’aggraver au moment où le thermomètre dépassera de plus de 3°C les niveaux actuels; ce qui sera le cas avant la fin du siècle dans les scénarios les plus pessimistes. A ce moment, plus d’un tiers des espèces seront menacées d’extinction. Les rendements agricoles chuteront dans la plupart des régions du monde.
Des millions de personnes devront faire face aux inondations littorales.(3).
Et pourtant depuis quelque temps, se font jour de par le monde des sons de cloche quant à la véracité, voire la pertinence des changements climatiques. Certains vont jusqu’à à affirmer qu’il y a plus que des doutes sur le réchauffement climatique. Dans ce type de «scepticisme» on distingue en gros, deux types de remises en cause. Celle des lobbys pétroliers qui vont jusqu’à s’attacher -contre arguments «sonnants et trébuchants»- des universitaires, voire des vulgarisateurs scientifiques autoproclamés et dont l’éthique scientifique est souple et ceux qui, scientifiquement, doutent et demandent plus de preuves. Il y a, enfin, une troisième catégorie qui pense que c’est un créneau juteux que de croire au réchauffement climatique. Nous allons exposer chacune des thèses. Luiz Carlos Molion, docteur en météorologie, s’exprime: ´´Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affirme que les concentrations en CO2 atteintes en 2005, soit 339 ppm (parties par million), ont été les plus fortes de ces 650.000 dernières années. C’est ridicule. Au cours de ces cent cinquante dernières années, nous avons déjà atteint 550 ppm, voire 600 ppm. S’agit-il alors de craintes récurrentes? J’ai des photos de la «une» de Time annonçant en 1945: ´´Le monde est en train de bouillir´´. Puis, en 1947, les titres annonçaient le retour d’une période de glaciation. Aujourd’hui, on parle à nouveau de réchauffement. Ce n’est pas que les événements sont cycliques, c’est que les facteurs qui jouent un rôle dans la météorologie terrestre sont très nombreux. Il s’agit d’une attitude néocolonialiste: la domination s’exerce par la technologie, l’économie et, aujourd’hui, par un terrorisme climatique comme cette idée de réchauffement planétaire. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de fonds mis à la disposition des chercheurs défendant la thèse du réchauffement de la planète. Beaucoup de scientifiques se vendent pour que leurs projets soient approuvés´´.(4).
Dans un sens, indépendamment des termes du débat, il est connu que l’opinion est constamment manipulée par les médias aux ordres des puissants. Souvenons-nous des CFC, de la couche d’ozone, et des brevets tombés dans le domaine public. Pour empêcher leur utilisation, on diabolise les CFC. A contrario, il y a aussi, beaucoup d’argent pour ceux qui nient le réchauffement climatique. Pour David Naulin, pratiquement toute la communauté scientifique s’accorde à dire que les gaz à effet de serre d’origine humaine sont responsables d’une hausse des températures moyennes du globe. Mais les think tanks conservateurs s’emploient a démentir cette conclusion par une campagne de désinformation exploitant des ´´rapports´´ contradictoires qui cherchent à se donner toutes les apparences du sérieux pour faire contrepoids aux études scientifiques scrupuleusement vérifiées. Ces think tanks assurent, par ailleurs, une couverture intellectuelle à ceux qui refusent de se rendre aux conclusions de la science la plus sérieuse qui soit actuellement; ils offrent des munitions aux législateurs conservateurs comme James Inhofe, sénateur républicain et président de la commission sénatoriale de l’Environnement et des Travaux publics, qui qualifie le réchauffement planètaire de ´´canular´´.(5)
Ces groupes de réflexion sont financés par ExxonMobil. Mother Jones a recensé une quarantaine d’organisations financées par ce groupe pétrolier qui ont cherché à saper les résultats scientifiques généralement admis sur le changement climatique planétaire, comme TechCentralStation.com auquel ExxonMobil a versé 95 000 dollars en 2003. Plusieurs organisations ont encaissé de la part d’ExxonMobil plus de 8 millions de dollars entre 2000 et 2003 Dans son rapport de mécénat, ExxonMobil explique soutenir des groupes de réflexion sur les politiques gouvernementales ´´dont la vocation est de rechercher des solutions libérales aux problèmes de politique´´. Lauren Kerr, porte-parole du géant pétrolier, assure qu’´´ExxonMobil a toujours été très transparent et très ouvert sur le fait que, comme bien d’autres entreprises, institutions et chercheurs respectés, nous pensons que les preuves scientifiques sur les émissions de gaz à effet de serre restent peu concluantes et que les études doivent se poursuivre´´. Les dépenses qu’ExxonMobil a consacré aux groupes de réflexion sont sans commune mesure avec son budget de lobbying -55 millions de dollars au cours des six dernières années, selon le Centre pour la transparence publique.

Même les scientifiques...doutent

Il y a les autres, ceux qui, scientifiquement et en dehors de toute contrainte, doutent. Enfin, dans un article récent, les scientifiques doutent des modèles informatiques du changement climatique. Reconnaissant les puissantes simulations informatiques comme un élément essentiel pour la prédiction du changement climatique, un nouveau rapport de l’Institut de physique publié le 26 septembre 2007, montre que l’opinion des plus grands physiciens spécialistes en climatologie diffère sur la fiabilité de ces modèles. Intitulé Climate change prediction: a robust or flawed process? (prédictions sur le changement climatique: un procédé fiable ou déficient?), l’objectif était de savoir si les modèles de prédiction du changement climatique sont suffisamment fiables pour influer sur les politiques des gouvernements ou s’ils sont précaires et que la planète connaît des modifications naturelles que les hommes ne sont pas en mesure d’influencer.
Richard S Lindzen, professeur au MIT estime que les modèles climatiques actuels exagèrent l’impact du CO2 sur la température, en raison d’une mauvaise compréhension et représentation des effets de réaction dus aux nuages et à la vapeur d’eau. En revanche, pour Alan J Thorpe, professeur du Nerc (Natural Environment Research Council), il n’y a aucune raison, a priori, que les incertitudes des modèles génèrent systématiquement des prédictions excessives sur le réchauffement moyen. Il soutient les découvertes du récent rapport du Giec et conclut à un risque de dangereux changements climatiques provoqué par les émissions de gaz à effet de serre.(6)
Dans le même ordre d’idées, le Pr Ahmed Boucenna, de l’université Ferhat-Abbas de Sétif présente une «nouvelle théorie» publiée dans une revue anglo-saxonne. Ce sont plutôt des oscillations climatiques naturelles qui contribuent le plus aux perturbations que traverse le climat terrestre. Le cycle de la fonte et de la régénération des glaciers entraîne des variations de la densité des eaux des régions froides des océans en fonction de leur salinité.». Il y a, enfin, ceux qui sont indifférents à la croyance ou non des changements climatiques mais qui trouvent que c’est un filon de faire semblant d’y croire. Le réchauffement climatique incite des entreprises relevant de secteurs extrêmement polluants à faire de nécessité vertu, en les obligeant à se ´´mettre au vert´´. Derrière leurs bonnes intentions se cache une «habile stratégie marketing et financière». «Devenir écologiste écrit Davide Fanelli, aujourd’hui est un choix avantageux. C’est le calcul qu’a fait ouvertement Tesco, multinationale britannique de la grande distribution. Tesco est en train de construire des dizaines de nouveaux magasins, les ´´ecostores´´, qui affichent un engagement radical en faveur de l’environnement. Désormais, toutes les compagnies leaders du marché incluent dans leurs analyses de risque, les incertitudes dues au réchauffement de la planète, et examinent attentivement les mesures que chaque entreprise choisit de prendre pour les affronter. Fondateur de l’empire Virgin, Branson a annoncé qu’il investirait 3 milliards de dollars dans le secteur des énergies renouvelables. Pour George Monbiot, toujours aussi sceptique, "le capitalisme de Gaïa" n’est que pure hypocrisie.
Si l’empire Virgin voulait vraiment sauver la planète, il laisserait sa flotte aérienne à terre, car les émissions de gaz de ses avions ont un impact sur le climat équivalant à celui de 16 millions de personnes.».(7)
Enfin un nouveau pavé dans la mare de la science nous vient d’une constatation réelle: La planète se réchauffe...et s’obscurcit. Un climatologue américain de l’université du Wisconsin fait la constatation suivante, le 12 septembre 2001, en se rendant à son travail. ´´Le ciel était bleu et dégagé. En fait, il était anormalement dégagé´´, Ainsi commence le passionnant documentaire britannique intitulé Dans l’ombre du ciel, diffusé lundi 24 septembre sur Arte. ´´Il se peut que nous ayons grossièrement sous-estimé la vitesse à laquelle notre climat se modifie´´. Le réchauffement de la planète a été en quelque sorte masqué, depuis des années, par un autre phénomène tout aussi inquiétant, mais agissant dans le sens contraire: l’obscurcissement du ciel. Celui-ci est dû aux minuscules particules de suie et de cendre rejetées dans l’atmosphère par l’activité humaine et qui réfléchissent les rayons du soleil. D’un côté, les gaz à effet de serre font augmenter la température, de l’autre, ces particules, en réduisant l’ensoleillement, la réduisent. En d’autres termes, l’augmentation générale de la température serait beaucoup plus forte sans ce nuage de pollution, créé par les voitures, les usines et les avions, qui réduit, sur de vastes surfaces du globe, l’effet du rayonnement solaire. «On croyait vivre dans un monde qui se réchauffait, mais c’était faux. On vit dans un monde qui se réchauffe et qui s’obscurcit. Entre les années 1950 et le début des années 1990, le rayonnement solaire a diminué de 10% aux Etats-Unis, et de presque 30% en Russie. L’humanité serait ainsi malencontreusement placée entre Charybde, le réchauffement, et Scylla, l’obscurcissement.(8)».
Pour J.M.Jankovici «La situation due des changements climatiques est inédite, nous faisons des expériences alors que nous sommes nous-mêmes dans l’éprouvette!!». Il est vrai, cependant, que les médias créent l’hystérie. Le film Une vérité qui dérange dérange par son catastrophisme. Les questions climatiques sont profondément liées aux peurs ancestrales de l’homme. Souvenons-nous du déluge et de son interprétation religieuse. C’est pour cette raison que nous devons démocratiser, modérer relativiser ces peurs. Les perturbations climatiques actuelles sont réelles. Nous devons prendre du recul et ne rien affirmer comme définitivement établi. Nous quittons alors la science, nous abordons le dogme. Le comité Nobel par l'octroi d prix Nobel au GIEC et Al Gore a voulu donner un signe fort sur la nécessité de prendre en charge ces vérités qui dérangent.

1.D.Sergent. La Croix 25/09/2007
2.Stéphane Foucart: L’essor des agrocarburants pourrait aggraver le réchauffement climatique. Le Monde 25.09.07
3.C.Brahic, D.L.Chandler, M.Le Page, P.McKenna, F.Pearce: Changements climatiques: Six leçons à l’usage des sceptiques. Revue New Scientist 16-05-2007
4.L.C.Molion: L’écologie c’est souvent du néocolonialisme. Courrier international n°881, 20-26 septembre 2007
5.D.Naulin: Les mensonges du lobby Exxon Courrier international du 04/08/05 19 août 2005
6.I.O.P Climate change prediction: a robust or flawed process? 26 septembre 2007.
7.D.Fanelli: Le réchauffement climatique: un bon plan commercial. L’Espresso. Repris dans Courrier international hebdo n°850 -15 févr. 2007
8.D.Dhombres: La planète se réchauffe...et s’obscurcit. Le Monde du 25.09.2007

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnque d'Alger
Ecole D'ingénieurs deToulouse


Vendredi 12 Octobre 2007

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