Géopolitique et stratégie

Le poker menteur qui se joue sur le dos du Liban


Quatre dates résument l’histoire récente du Liban :

2 septembre 2004 : le Conseil de sécurité de l’ONU vote à la majorité minima requise (neuf voix sur quinze) la résolution 1559 qui enjoint aux troupes syriennes de quitter le Liban et appelle à un « désarmement des milices » (sous-entendu le Hezbollah et les groupes armés palestiniens).

14 février 2005 : assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.

14 mars 2005 : déclenchement du « Printemps de Beyrouth » qui réclame le départ des troupes syriennes et du Président Lahoud. La première revendication sera satisfaite, la seconde non. Un nouveau gouvernement est formé.

12 juillet 2006 : déclenchement de la guerre d'Israël contre le Liban.


Alter Info
Mercredi 30 Août 2006

Chirac et Rafic Hariri, le père
Chirac et Rafic Hariri, le père

Première idée reçue « communément admise » par la propagande des médias occidentaux : Rafic Hariri a été assassiné par les services syriens de Bachir Al Assad.

Fausto Giudice







Dans la mesure où la Syrie avait la haute main sur la sécurité libanaise, on peut sans doute considérer qu’elle est moralement responsable de l'assassinat de Hariri. De la même façon qu’Israël a eu une responsabilité directe,sanctionnée par le droit international, de statut de puissante occupante des territoires palestiniens ou que la France est moralement responsable de la disparition de Mehdi Ben Barka, enlevé sur son sol. Or ni Israël, ni la France n'ont fait l'objet d'une enqûete internationale, encore moins d'une sanction.

Il est pour le moins curieux que la France fasse du zèle sur l'assassinat d'un dirigeant arabe sur un territoire arabe et qu'elle s'exonère de sa responsabilité dans l'affaire Ben Barka ou encore dans l'assassinat d'un magistrat français dans un territoire étranger (le juge Borel à Djibouti ou d'un journaliste français( Kieffer en Côte d'Ivoire).

il peut exister des indices mettant en cause la Syrie, mais la mise en accusation de la Syrie, indépendamment de l'enquête, répondait à un objectif stratégique: réduire la pression sur l'armée usaméricaine en Iraq, en isolant la Syrie , et, par le retrait de l'armée syrienne du Liban, provoquer la chute du régime baasiste de DAMAS. On peut considérer que ce plan a largement échoué.

Rien ne prouve à ce jour l’implication de la Syrie dans l’assassinat dHariri. Rétrospectivement, si on pose la question classique du « cui bono ? » (à qui profite le crime), deux réponses sont possibles : le Hezbollah ou Israël. Hariri voulait-il vraiment rompre avec Bachar Al Assad ? Ce n’est plus si sûr que cela. Le Hezbollah avait-il besoin de la présence des troupe syriennes au Liban ? La suite a prouvé que non. Son implication est donc exclue, n’en déplaise à Monsieur Georges Malbrunot (voir PS ci-dessous). Reste Israël.



Deuxième idée reçue : le mouvement du 14 mars était un « mouvement populaire spontané ».

Le mouvement du 14 mars était tout sauf spontané. Il a été organisé selon les mêmes méthodes que les « révolutions » serbe, géorgienne, ukrainienne et kirghize. Révolution orange, révolution des tulipes ou révolution du cèdre, le même modèle est à l’oeuvre. Origine : la CIA. Financement : les millions de dollars déversés par la Hariri Inc.

Le mouvement du 14 mars était tout sauf spontané. Il a été organisé selon les mêmes méthodes que les « révolutions » serbe, géorgienne, ukrainienne et kirghize. Révolution orange, révolution des tulipes ou révolution du cèdre, le même modèle est à l’oeuvre. Origine : la CIA. Financement : les millions de dollars déversés par la Hariri Inc.



Troisième idée reçue : l’attaque israélienne du 12 juillet était motivée par le kidnapping de deux soldats israéliens en territoire israélien.

Une lecture au premier degré du déroulement des faits imputerait à l'enlèvement des deux soldats le déclenchement des hostilités libano-israéliennes..En fait depuis le retrait israélien du Sud-Liban, en 2000, Israël n'a pas remis les cartes de minage de la zone conformément aux usages de la guerre. d'où le maintien de l'insécurité dans la zone du fait des incidents sur mines. De même Israël a continué à violer l'espace aérien libanais au prétexte de déjouer les mouvements suspects, ce qu'il continue de faire après le cessez-le-feu du 14 août. De même qu'il a gardé le contrôle des Fermes de Chebaa, sur les contrefort du Mont Hermon, où il aménagé sous terre un système de pré-alerte avec un site de repérage et d'observation de la navigation aérienne et des communications;de plus il a continué de détenir des prisonniers libanais, au mépris des conventions humanitaires internationales.



Israël préparait, en coopération étroite avec les USA et avec l’accord de Londres, - Paris, Berlin et Rome étant parfaitement informés des préparatifs -, une agression contre le Liban, prévue pour septembre-cotobre 2006. L’opération du Hezbollah en territoire libanais n’a fait que précipiter les choses. Surpris par l’ampleur de la riposte israélienne, le Hezbollah a parfaitement tenu le coup. Entre Maroun Al Ras, Bint Jbeil, Marjayoun, Khiam et Tyr, l’armée israélienne a connu son Stalingrad, laissant 430 hommes au tapis (rapporté à la France , cela équivaudrait à 4 000 hommes).



Si on essaye de relier entre elles ces quatre dates, c’est réellement le scénario d’un complot qui se dessine :

1 - « On » (Chirac et Bush) fait voter la résolution 1559

2 - « On » (Israël) fait assassiner Hariri

3 - « On » (USA, France, Israël) soutient la troïka coalisée des gentils (Hariri fils, Samir Geagea, Walid Joumblatt plus, dans l’ombre, Amine Gemayel) contre le quatuor méchants (Nasrallah, Berri, Aoun, Lahoud). « On » échoue à virer Lahoud, « l’homme des Syriens ». On se retrouve avec un premier ministre, Siniora, qui n’est pas exactement un toutou docile aux ordres de Washington, Paris, Tel Aviv et New York.

4 - « On » (USA, Europe) donne donc le feu vert aux Israéliens pour leur agression.



Questions :

1 - La France et Chirac sont-ils définitivement passés avec armes et bagages dans l’Axe du Mal constitué par le triangle démoniaque Washington-Tel Aviv-Londres ? Et pourquoi ?



Eh bien oui : Chirac ne veut pas se laisser déborder, électoralement, par le lobby sioniste/atlantiste animé par Sarközy. et veut venger la disparition de son trésorier chéri Rafic Hariri.




Chirac et Saad Hariri, le fils
Chirac et Saad Hariri, le fils

Walid Joumblatt et Abdelhalim Khaddam, l’ancien vice-Président syrien devenu dissident de luxe
Walid Joumblatt et Abdelhalim Khaddam, l’ancien vice-Président syrien devenu dissident de luxe
Hariri père, puis Hariri fils, ont été et restent les principaux financeurs de Jacques Chirac. Alors qu’ils finançaient le RPR, ils ne financent pas l’UMP, puisque celle-ci est passée sous la coupe de Sarközy, qui s’est mis entre les pattes du lobby sioniste. Le même Sarközy qui a échoué à ce jour à monter un réseau d’infulence au Liban, où l’on voit d’un très mauvais œil ses accointances avec la chefferie israélienne.

Chirac a épousé les querelles inter-arabes de Hariri. Ce dernier, après l’occupation de l’Iraq par les ANglo-Usaméricains, a voulu se démarquer non pas de la Syrie mais de la clique alaouite au pouvoir - le clan Assad -au profit du clan sunnite (sunnite comme lui et représenté par Khaddam, le dissident de luxe qui s’est installé en France, où il a racheté l’hôtel particulier de Cristina Onassis, avenue Foch, pour la bagatelle de 36 millions d’Euros, somme qu’il pouvait difficilement détenir avec son revenu de vice-Président de 5 000 Euro par mois*). Hariri a pris ses distances par rapport à Bachar sur injonction saoudienne car il voulait compenser la perte de l'influence sunnite en Iraq (un Kurde est le président de l'Irak) par un renforcement concomitant des Sunnite au Liban et, au-delà, en Syrie; Chirac a fait prévaloir ses relations personnelles avec Hariri (qui a été assassiné alors qu'il était déjà dans l'opposition) sur les rapports d'État millénaires entre le Liban et la France. Pourquoi ? Par pur intérêt personnel (les fameux « frais de bouche » : lorsque Bernadette Chirac passe, l’été 2005, deux semaines de villégiature dans la résidence Hariri de la région parisienne, cela entraîne de gros frais).




Samir Geagea, après sa libération et son amnistie, en compagnie de son épouse Setrida
Samir Geagea, après sa libération et son amnistie, en compagnie de son épouse Setrida

2 - Mesure-t-on, à Paris, Washington, Londres, Rome et New York, l’ampleur de la rancoeur des chefs politiques libanais censés être pro-occidentaux, à l’égard des dirigeants occidentaux, qui les ont tout bonnement trahis ?

Mesure-t-on que ce n’est pas seulement le général Michel Aoun, soutenu par 75% des Libanais chrétiens, qui a rompu avec Paris et Washington, mais la plupart des chefs de clan politico-communautaires chrétiens et sunnites ?



Paris et Washington n’ont plus que trois tristes sires sur lesquels s’appuyer : le sinistre criminel Samir Geagea, le play-boy milliardaire Saad Hariri et le féodal surréaliste Walid Joumblatt.

Geagea, le maître d'oeuvre de l'assassinat de Tony Frangié et sa famille (juin 1978) et de Sabra et Chatila (septembre 1982), blanchi après les élections de juin 2005, soutient le camp occidental. Hariri, planqué à l'étranger durant la récente guerre, alors qu'il est député de Beyrouth, est retourné à Beyrouth à la fin des hostilités à bord d'un appareil militaire français. Il est un jouet entre les mains de Chirac, qui le lui fait bien payer.




Le Liban embroché par le sabre saoudien, par l’artiste palestinien Amer Shomali
Le Liban embroché par le sabre saoudien, par l’artiste palestinien Amer Shomali

3 - Comment les événements vont-ils maintenant s’enchaîner ?

Les Israéliens et leurs cousins de Washington préparent leur « deuxième round ».

2 Scénarios possibles :

A - une attaque simultanée des USA contre l’Iran à partir de la Turquie et d’Israël contre la Syrie , le Liban étant exclu pour cause de FINUL.

B Un embargo « à l’iraquienne » contre l’Iran, couplé avec un « mouvement populaire spontané » contre le régime Assad en Syrie. Ça pourrait s’appeler la « révolution des jasmins », avec Khaddam dans le rôle du leader charismatique et les millions de Hariri pour financer l’opération. Sauf que les Syriens, dans leur grande majorité, sont un peu les Cubains du Moyen-Orient : ils semblent bien appliquer le dicton : « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». Le régime Assad est plus que pesant, mais au moins, avec lui, on sait à quoi s’en tenir.

À ceux qui, à la lecture de ces lignes, auraient des doutes, nous proposons de les formuler, ainsi qu’à ceux qui voudraient apporter des éclairages complémentaires. Faites carburer vos méninges !

Écrivez-moi à karkashuna@yahoo.fr.






Note


Abdelhalim Khaddam : Des sites Internet proches du régime ont diffusé une liste exhaustive de ses biens, enregistrés pour la plupart aux noms de son épouse (Najet Marqabi), de ses fils (Jamel, Jihad et Bassem), de sa fille (Rym), de ses gendres, beaux-frères, cousins et cousines. On parle de plusieurs « palais » en Syrie, au Liban et en France - dont un hôtel particulier avenue Hoche, à Paris, que lui aurait offert Hariri (il aurait naguère appartenu à la fille de l’armateur grec Aristote Onassis) -, de deux yachts (Maya I et Maya II), de participations dans d’innombrables entreprises, centres commerciaux et chaînes de restaurants, ainsi que d’importantes sommes d’argent déposées dans des banques libanaises, françaises et suisses - leur montant total serait de l’ordre de 700 millions de dollars.

Source : Ridha Kéfi, Jeune Afrique, 8 janvier 2006





PS : Mais quelle mouche a donc piqué Georges Malbrunot ? Ce journaliste, devenu célèbre après sa mésaventure iraquienne, aurait-il été recruté par la DGSE après sa libération et son débriefing ? À moins qu’il n’ait été un envoyé spécial des services du général Rondot avant même d’être kidnappé par la Résistance iraquienne ? On est en droit de se poser la question à la lecture de son incroyable article intitulé « L'ombre du Hezbollah sur l'assassinat de Hariri », paru dans Le Figaro du 19 août, dans lequel il accuse carrément le Hezbollah –et avec lui, bien sûr, la Syrie et l’Iran - d’avoir été impliqué dans l’assassinat de Hariri, sur des bases pour le moins vagues et inconsistantes (une obscure histoire de téléphones portables) On lira avec intérêt l’analyse de cet article par Byblos sur oulala.net.

Par ses insinuations qui reposent sur du vent [ses sources : « un proche de Saad Hariri », « une source proche des FSI à Beyrouth » et « un spécialiste des questions de sécurité »], Malbrunot rejoint ainsi la cohorte des « journalistes-policiers-marchands-de-calomnies » que dénonçait Eugène Pottier dans sa célèbre chanson sur la Commune de Paris (« Les journalistes policiers marchands de calomnies Ont déversé sur nos charniers leurs flots d’ignominies Les Maxime Ducamp, les Dumas Ont vomi leur eau-forte Tout ça n’empêche pas, Nicolas, que la Commune n’est pas morte ») et vient se ranger aux côtés d’un Pierre Péan, lequel, lui, a choisi d’attribuer – sans aucune preuve – le meurtre du président rwandais Habyarimana, le 6 avril 1994, au Front patriotique rwandais de Paul Kagamé, expliquant que ce mouvement de libération tutsi aurait donc par là même déclenché lui-même le génocide des Tutsis qui suivit le meurtre du président.

Dans le cas de l’assassinat de Hariri, on pourrait aussi bien, en suivant la logique des « sources » de Malbrunot, insinuer que puisqu’une camionnette japonaise de marque Toyota a été utilisée pour l’attentat contre Hariri, la Corée du nord étant voisine du Japon, eh bien, la Corée du Nord est peut-être impliquée dans l’assassinat. Bref, le ridicule ne tue plus…

http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1020&lg=fr http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1020&lg=fr



Mercredi 30 Août 2006



Commentaires

1.Posté par ali le 30/08/2006 16:12 | Alerter
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la voiture de monsieur Rafik HARRIRI etait équipé d un systeme de detection d explosive , c est un modele israelien, il etait debranche peu avant l explosion mais seul ceux qui l on fabrique pouvait le debranché. le mossad est derriere l assassinat d harriri et de plusieurs libanais. reflechisser un instant : a qui profite ce crime? reponse: etats unis et israel. le micro branche ou on entendait blair et buch pendant le G8(vu et entendu sur canal+) blair et buch voulait plus de degats afin de pouvoir attaque la syrie

2.Posté par Steve le 31/08/2006 07:30 | Alerter
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Exactement!Tout les peuples du monde savent très bien que c'est le Mossad et la CIA qui ont tué Harriri!Ils l'ont fait pour pouvoir lancé leur guerre contre le Liban.Car Harriri avait plein de relation dans le monde et c'est pour ça qu'ils l'ont éliminé avant de déclenché la guerre avec le Liban.

3.Posté par Abu-Suleyman le 31/08/2006 12:09 | Alerter
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Paix sur tous ceux qui suivent la bonne guidee,

Malbrunot a ete recrute paar les sionistes de la DGSE, je le mets au defi de venir debattre sur un plateau TV en direct sur qui au depart l'a enleve en Iraq, avec Sarkosy et toutes les prostituees qui se disent specialistes de l'Islaam et du Terrorisme. Si on obtient pas ce direct sur une chaine francaise, les preuves seront disponibles et accessibles a tous, et cela risque bien de declencher une guerre civile en France. Malbrun ot, tes maitres sionistes lisent nos sites, si tu es un homme accept ce direct... sinon tais toi a jamais, tu as trahi la parole que tu avais donne, mais drogue comme tu es, t'en souviens tu ?

Abu Suleyman
www.stcom.net

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