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Le nucléaire iranien, de mal en pis


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Les conclusions tirées par les principaux centres analytiques de Washington pour l'administration de Barack Obama concernant le programme nucléaire de l'Iran, et plus précisément son avancée vers la création de son propre cycle nucléaire complet, sont plus que surprenantes. En ce qui concerne cette progression du cycle du nucléaire iranien, tout ne va pas mal, comme on le pensait jusqu'alors. Tout est encore pire.


Samedi 6 Décembre 2008

Le nucléaire iranien, de mal en pis
Par Piotr Gontcharov, pour RIA Novosti


La situation s'est dégradée à un point tel que le choix se ramène désormais, pour la communauté mondiale, à deux scénarios possibles. Soit convenir dès à présent qu'il est inévitable que l'Iran possède, d'ici six mois, une quantité suffisante d'uranium pour créer plusieurs munitions nucléaires, soit attendre que d'ici ces mêmes six mois, la nouvelle de cet événement marquant soit officiellement annoncée, par l'AIEA par exemple.

Ce raisonnement repose sur le fait que l'Iran - et cela découle du dernier rapport du directeur de l'AIEA, Mohammed el-Baradei -, se retrouve brusquement en possession d'une quantité d'uranium faiblement enrichi suffisante pour créer une munition nucléaire en deux ou trois mois. En apprenant que l'Iran se trouve à deux pas de la bombe atomique, la communauté d'experts américaine s'est divisée entre les pessimistes et les relativement optimistes.

Les premiers, à l'image de l'ancien représentant des Etats-Unis à l'ONU, John Bolton, qui s'exprimait récemment à l'Institut américain de l'entrepreneuriat sur le potentiel nucléaire iranien et les problèmes des Occidentaux, considèrent que plus rien désormais ne pourra empêcher l'Iran de devenir une puissance nucléaire. Les seconds, qui avaient présenté peu de temps auparavant un rapport-projet sur la stratégie à venir des Etats-Unis au Proche-Orient, voient une issue à cette situation dans la reconnaissance rapide de l'Iran en tant que "puissance régionale grandissante".

Le pessimisme de John Bolton s'explique par le fait que tant George W. Bush que Barack Obama ont dit et redit qu'il serait inacceptable pour les Etats-Unis que l'Iran dispose de l'arme atomique. Toutefois, ni l'un ni l'autre n'a proposé à ce jour de mesures pratiques permettant de concrétiser cette position. Quant à Israël, principal adversaire de l'accession de l'Iran au cycle nucléaire complet, il "aura bien du mal à prendre la décision de porter une frappe sur les sites nucléaires iraniens". D'autant plus que cela devrait être fait avant le 20 janvier, avant l'entrée en fonctions de Barack Obama.

Les partisans du second scénario considèrent que les ambitions nucléaires de l'Iran ne sortent pas du cadre de son aspiration à devenir une puissance absolue dominant la région du Golfe persique. Cela permet d'espérer qu'il sera possible de s'entendre avec Téhéran sur les limites géographiques de l'influence iranienne dans la région du Golfe. Il faudrait, ce faisant, mener des discussions simultanément dans quatre directions : la reprise des relations diplomatiques bilatérales, le programme nucléaire iranien, les questions de la sécurité régionale, le règlement du conflit arabo-israélien.

Ces directions sont loin, au fond, d'être nouvelles. Moscou a appelé depuis longtemps la Maison Blanche à négocier directement avec Téhéran, à associer l'Iran au règlement arabo-israélien, à régler en commun le problème irakien, à céder certains avantages technologiques en échange d'un arrêt du programme d'enrichissement nucléaire, etc. Mais à l'époque où Moscou insistait tant pour que de telles approches soient faites du problème nucléaire de l'Iran, ce dernier n'avait pas encore lancé la moindre centrifugeuse pour enrichir son uranium. Aujourd'hui, il en possède entre 4 000 et 6 000.

Il est clair que l'on a perdu du temps. Même si Obama parvient à engager des négociations directes avec Téhéran, cela ne signifiera pas pour autant que l'Iran acceptera séance tenante d'arrêter l'enrichissement de son uranium. Téhéran a déjà déclaré qu'il ne peut être question que d'un début de négociations "sans conditions préalables". C'est la raison pour laquelle John Bolton a peut-être raison quand il regrette que ceux qui ont négocié avec l'Iran ne soient pas parvenus à temps à s'entendre sur des sanctions économiques dures, qui auraient pu aller jusqu'à l'isolement politique et économique de l'Iran, afin de contraindre ainsi Téhéran à mettre un terme à son programme d'enrichissement d'uranium.

Beaucoup de choses sont en jeu, cependant, à commencer par le régime global de non-prolifération nucléaire.

Il est clair que si l'Iran ne se trouve plus séparé de la bombe atomique que par la seule absence de volonté politique de sa part de la créer - ce sur quoi Téhéran a toujours mis l'accent -, cela ne pourra que très difficilement être accepté par ses voisins régionaux comme étant une garantie sûre. C'est pourquoi on peut dès à présent s'interroger : qui sera le prochain, après l'Iran, à annoncer qu'il a droit au cycle nucléaire complet "à des fins pacifiques" et sera à deux doigts de créer sa propre arme atomique - l'Arabie saoudite, l'Egypte ou la Turquie ? Mais ce n'est, au demeurant, pas très important. L'essentiel est ailleurs.

Le principe de la dissuasion nucléaire a irrémédiablement vieilli. La dissuasion nucléaire rend aujourd'hui encore plus probable le danger du recours à l'arme nucléaire elle-même. Le régime de non-prolifération nucléaire vise, justement, à contenir la propagation d'armes nucléaires au lieu d'évoquer la dissuasion au moyen d'armes nucléaires. Concrètement, cela signifie que les signataires du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) renoncent à créer, disséminer, multiplier ou perfectionner cette arme, agissent, au contraire, en faveur de sa destruction progressive, etc. Autrement dit, exactement le contraire de ce que nous a montré le programme nucléaire iranien mis en oeuvre, soit dit en passant, dans le cadre du TNP.

Deux décisions possibles, totalement différentes, sont sur la table du président américain nouvellement élu. La première, connue comme "les cinq principes", prévoit des discussions à partir d'une position de force, pouvant aller jusqu'à une opération militaire. La seconde mise exclusivement sur les efforts diplomatiques, ceux-ci pouvant aller jusqu'à la reconnaissance du leadership régional de l'Iran.

La question se pose donc : Barack Obama pourra-t-il rattraper le temps généreusement perdu par son prédécesseur (du fait de son refus d'engager des négociations directes avec Téhéran) pour résoudre le problème nucléaire iranien selon la seconde variante, et sinon, aura-t-il suffisamment de volonté pour utiliser la première ?

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

Le nucléaire iranien, de mal en pis

Quels conflits pour Barack Obama?

Par Ilia Kramnik, RIA Novosti

L'arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine dans un contexte d'intensification de la crise économique mondiale et de conflits dans plusieurs "points chauds" pousse à se demander quels conflits pourraient se terminer et lesquels, au contraire, ont une chance d'éclater pendant la présidence de Barack Obama. Comment la situation internationale évoluera-t-elle dans l'ensemble?

Pour comprendre comment pourrait changer la politique militaire des Etats-Unis, un examen attentif des personnes qui l'appliqueront est nécessaire. Le maintien de Robert Gates au poste de chef du Pentagone et la nomination de James Jones au poste de conseiller à la sécurité nationale permettent d'affirmer en toute certitude que les Etats-Unis ne décrèteront pas un "retrait généralisé" et une cessation des hostilités. Néanmoins, des changements considérables sont sans doute à attendre dans certaines zones de conflit.

L'une des principales promesses électorales de Barack Obama était de retirer les troupes américaines de l'Irak. A l'heure actuelle, il est question d'en rappeler les soldats au cours des 16 mois à venir. Le confit dans ce pays ne s'achèvera apparemment pas avec leur départ. L'absence d'une force militaire et politique dominante en Irak empêchera une des forces aux prises dans la guerre civile d'unifier rapidement le pays sous son pouvoir. Par conséquent, le conflit devrait se poursuivre sous forme larvée.

Le conflit afghan, au contraire, a toutes les chances de connaître une intensification. Comme l'a déclaré Barack Obama lui-même, la lutte contre le terrorisme en Afghanistan reste l'une des priorités de Washington. Le secrétariat américain à la Défense a déjà annoncé qu'il projetait de renforcer le contingent déployé dans le pays jusqu'à plus de 50.000 soldats. En s'enfonçant toujours plus profondément dans le conflit afghan, les Etats-Unis courent le risque de s'y enliser, à l'instar jadis de l'URSS.

L'Iran restera certainement sur la liste des objectifs prioritaires. Dans le nouveau contexte, les Etats-Unis devraient vraisemblablement s'abstenir de déclencher une nouvelle guerre dans la région. Il faudrait s'attendre à ce que la pression sur l'Iran s'effectue plutôt de l'intérieur, par le biais du soutien aux forces d'opposition.

L'ex-URSS, surtout la région de la mer Noire, était et restera, à coup sûr, une zone d'attention particulière pour les Etats-Unis. Washington cherche à obtenir coûte que coûte l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN. En Europe, cette position n'est toutefois inconditionnellement soutenue que par la Pologne et les pays baltes, alors que les membres traditionnels de l'Alliance s'y opposent catégoriquement ou estiment que le temps de cette adhésion n'est pas encore venu.

L'Ukraine et la Géorgie n'adhéreront sans doute pas à l'OTAN dans un avenir proche, mais le spectre d'un nouveau conflit russo-géorgien reste omniprésent. Les démarches ukrainiennes liées en particulier au transfert de troupes vers les frontières orientales et sud-orientales de l'Ukraine, ainsi que les actions entreprises par les Etats-Unis, déterminés à protéger leurs navires dans la zone de la mer Noire contre d'éventuels risques militaires, sont également préoccupantes.

Quoi qu'il en soit, si un conflit n'éclate pas avant l'arrivée de la nouvelle équipe à la Maison Blanche (Obama entrera en fonctions le 20 janvier), sa probabilité s'amenuisera considérablement. En effet, les dirigeants américains n'ont aucun besoin d'une guerre ouverte entre la Russie et la Géorgie, surtout si elle implique l'Ukraine. Cependant, la progression de ces pays vers l'OTAN se poursuivra, de même que le déploiement du bouclier antimissile américain en Europe orientale.

Le déclenchement de nouvelles guerres ouvertes dans d'autres régions du globe est également peu probable. Les cabinets démocrates des dernières décennies ont plutôt eu tendance à miser sur "l'ébranlement intérieur" de leurs adversaires potentiels, en épaulant les forces loyales aux Etats-Unis dans les pays concernés. C'est ainsi que Washington essaiera apparemment de régler le problème du Venezuela, en soutenant les forces d'opposition à Hugo Chavez et en les dotant de sommes confortables, tout en évitant une immixtion directe.

En somme, la situation dans le monde ne sera sans doute pas moins tendue. La crise économique mondiale n'en est qu'à ses débuts, et son développement ultérieur est susceptible d'avoir un impact sérieux sur les projets politiques des principales puissances.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Samedi 6 Décembre 2008


Commentaires

1.Posté par Tablerase le 06/12/2008 17:14 | Alerter
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