MONDE

Le nucléaire au pays des Arabes: utopie ou canular ?


"D´ici partit, il y a 14 siècles, le grand élan de piété, de ferveur, et de foi qui allait tout emporter sur son passage, qui allait convertir tant de peuples et faire naître l´une des plus grandes, des plus belles civilisations que le monde ait connues....Finalement, le Dieu unique des religions du Livre...[est le] Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme. Dieu qui n´asservit pas l´homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l´orgueil démesuré et la folie des hommes...L´Homme n´est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner. L´homme n´est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer. L´homme n´est pas sur Terre pour transmettre à ses enfants moins qu´il n´a reçu mais davantage. C´est ce sur quoi nous devons fonder la politique de civilisation dont le monde a aujourd´hui un urgent besoin".
Discours du président Sarkozy à Riyad, le 15 janvier 2008


vdida2003@yahoo.fr
Lundi 21 Janvier 2008



C´est par ces mots qui rappellent étrangement ceux de saint François d´Assise que le président Sarkozy s´adresse aux députés saoudiens et indirectement aux musulmans. "En visite à Riyad, écrit Gilles Paris, le président français, Nicolas Sarkozy, s´est affranchi de la discrétion entourant les échanges bilatéraux avec le roi saoudien Abdallah pour formuler par petites touches, sa vision des relations entre la France et le Royaume et, plus largement, avec le monde arabe dans son ensemble. Consensuel, M.Sarkozy a joué du nouveau concept qui figure désormais à son répertoire, la "politique de civilisation", qu´il a présentée comme "une politique de la diversité, une politique qui fait du respect de la diversité des opinions, des cultures, des croyances, des religions un principe universel"".(1).

Le divin et les affaires
Souvenons-nous! A Rome, devant le Pape, le président Sarkozy, intronisé Chanoine du Latran, avait donné des gages rappelant que la France est la fille aînée de l´Eglise...Encore une fois, le président français Sarkozy désarçonne par sa façon singulière de faire de la politique, de convoquer le divin et de faire des affaires. Sa tournée dans le Golfe est un modèle de nuance et d´équilibre acrobatique, apparemment, puisque les monarchies du Golfe qui croulent sous 4000 milliards de dollars de réserves de change, consentent à acheter des gadgets tels que les réacteurs nucléaires et des armes sans que cela n´entame le pactole. Bush l´a bien compris qui, lui aussi, a fait des affaires (vente d´armes, accords pétroliers) à défaut de convaincre les roitelets dans une coalition contre l´Iran
Ainsi, à l´occasion de la première tournée de Nicolas Sarkozy dans la région du Golfe, la France et le Qatar ont signé, lundi 14 janvier, un contrat pour l´électrification du pays ainsi que deux mémorandums d´entente dans les domaine du nucléaire civil et de l´énergie, selon l´Elysée. Au total, plusieurs projets représentant un potentiel de 6,3 milliards d´euros ont été évoqués, Parmi les autres documents paraphés lors de cette visite, la présidence française signale une lettre d´intention entre la Gendarmerie nationale française et la Force de sécurité intérieure du Qatar. Les projets évoqués concernent, par ailleurs, les transports terrestres, l´aviation civile, le BTP, la formation et l´armement. A croire qu´il y a une frénésie de gaspillage des ressources financières, tout cela pour la sécurité du Qatar qui achète à prix d´or une sanctuarisation de son territoire au même titre que, d´ailleurs, Abu Dhabi qui autorise l´installation d´une base permanente. S´agissant, justement, de l´installation d´une base militaire, Philippe Leymarie s´interroge sur les dessous de cette opération. Ecoutons-le: "Le président Nicolas Sarkozy serait-il un " va-t-en-guerre ", un adepte de la confrontation sur les terrains les plus "chauds" du monde? Après l´Afghanistan, où il a multiplié ces derniers mois les gestes d´un engagement plus actif, le Golfe - où il vient de conclure un accord pour l´installation d´une nouvelle base militaire permanente à Abu Dhabi, près du détroit stratégique d´Ormuz, face à l´Iran. Les Etats-Unis sont très présents: l´état-major de la Ve flotte est installé à Bahreïn; le quartier général du Central Command et le Centre d´opérations aériennes pour tout le Proche-Orient sont au Qatar; des garnisons et des dépôts sont stationnés au Koweït; les Emirats arabes unis et Oman offrent des facilités aériennes à leur aviation...Cette création d´une base française dans le Golfe peut être interprétée comme un nouvel indice de l´alignement de M.Sarkozy sur la stratégie américaine au Proche-Orient. L´ouverture de cette base d´Abu Dhabi -qui ne devrait pas être entièrement opérationnelle avant le début de l´an prochain- suscite d´autres interrogations: est-ce un changement de politique de la France qui, jusqu´ici, avait choisi d´être au Proche-Orient "une puissance d´équilibre diplomatique et non une puissance militaire ?"".(2)
Ceci étant dit, notre propos va se focaliser sur cette "Arlésienne" qui fait fantasmer tant de peuples: la maitrise du nucléaire. Pour la première fois l´homme a réussi à faire comme la nature en maitrisant une énergie formidable. Tout le monde se souvient d´Hiroshima et de Nagasaki et du cortège de milliers de morts des suites des incendies et de la radioactivité de la bombe "Enolagay". L´autre utilisation pacifique est l´énergie nucléaire délivrée par les réacteurs nucléaires. Pour l´histoire et pour la justice, le premier à avoir fait diverger une réaction nucléaire, fut le physicien italien Enrico Fermi le 2 décembre 1942, dans un laboratoire construit sous les tribunes du stade de Chicago. Il put ainsi contrôler la réaction en chaîne en utilisant des ralentisseurs de neutrons. Les usages pacifiques ont démarré réellement au milieu des années soixante-dix après le "premier choc pétrolier" dans la terminologie occidentale consécutif à la guerre de Ramadan 1973 (Kippour pour les Occidentaux). La France se targue -à juste titre- de produire 80% de son électricité à partir du nucléaire. Elle est, avec les Etats-Unis, l´une des puissances majeures dans le domaine nucléaire. L´Iran qui veut développer le nucléaire civil est menacé de toutes les foudres, on le soupçonne d´enrichir l´uranium au-delà du seuil permis pour le combustible civil. C´est, en gros, le feuilleton des milliers de centrifugeuses.
Pour l'histoire, cela fait plus de 30 ans que l´Iran essaie, en vain, d´installer des réacteurs nucléaires - cela a commencé avec le Shah et la France, puis l´Allemagne, d´accord au début, se sont rétractées avec l´avènement de la révolution islamique. L´Iran s´est alors tourné vers la Russie et cela fait douze ans que la centrale de Boucheir a démarré, elle a coûté des milliards de dollars et le premier kWh n´est pas encore produit. Alors que M.Sarkozy, EDF et Areva ont annoncé avec tambours et trompettes, le 26 novembre dernier, la vente à la Chine de deux réacteurs nucléaires de type EPR, il apparaît que cette vente est très virtuelle, voire même définitivement annulée. En effet, les Chinois conditionnent maintenant l´achat des deux EPR à un "engagement irréversible" d´Areva à faire un transfert de technologie concernant le retraitement du combustible usé. Désormais, soit Areva fait allégeance et transfère aux Chinois la technologie de retraitement, ce qui paraît très improbable, soit la vente des deux EPR sera définitivement annulée. D´ailleurs, le chantier du seul EPR exporté, en Finlande, compte désormais plus de deux ans de retard: Les pertes financières du chantier dépassent désormais le milliard d´euros, Par ailleurs, les annonces récentes concernant la vente de réacteurs EPR dans certains pays méditerranéens (Libye, Abu Dhabi), ressemblent fort à des effets d´annonce tant la construction de ces réacteurs semble lointaine voire improbable: on ne fait pas surgir des réacteurs nucléaires dans des pays où n´existent ni cadre légal, ni autorité de sûreté, ni réseaux électriques adaptés.(3)

Qu´est-ce qu´un EPR?
La réaction qui entre en jeu dans l´EPR est identique à celle des réacteurs classiques. Le combustible est un mélange d´uranium 235 et de plutonium 239. Lors de la fission des noyaux d´uranium et de plutonium, une très forte chaleur est dégagée. Cette chaleur est récupérée par un circuit d´eau fermé et sous pression, d´où le nom du réacteur EPR (European Pressurized (Water) Reactor). Ce circuit primaire chauffe un circuit secondaire contenant également de l´eau qui se vaporise et entraîne l´alternateur. Enfin, un troisième circuit refroidit l´eau du circuit secondaire. Ce circuit tertiaire est ouvert. L´eau est pompée dans un fleuve ou en mer puis rejetée dans le fleuve après s´être réchauffée ou rejetée dans l´air via les aéroréfrigérants.On rese rêveur devant l'intention prêté au gouvermentnt algérien d'installer des réacteurs sur les hauts plateaux - répités fragiles du point de vue sismique-, en pompant dans l'Albien !! L´EPR est très semblable à un réacteur classique. Areva met toutefois en avant plusieurs avantages de l´EPR sur un réacteur classique: la puissance du réacteur est de 1600 MW alors que celle d´un réacteur classique est de 900 MW seulement. En termes de sécurité, il y a quatre modules d´arrêt d´urgence indépendants et placés dans des bâtiments différents. L´EPR, comme tout réacteur de fission, consomme de l´uranium et produit des déchets radioactifs qu´il faut pouvoir traiter ou, à défaut, stocker, ce que nous ne savons toujours pas faire. Comme tous les autres réacteurs, l´EPR suppose, pour rester sous contrôle, des procédures compliquées, une attention sans faille, un contexte social et politique stable inimaginable sur des durées historiques longues. Ce que ne peuvent offrir tous les pays candidats à l´achat d´EPR! C´est le troisième accord de ce type avec un pays arabe, après ceux conclus en décembre 2007 avec l´Algérie et la Libye. Dans le cadre de cette coopération, le groupe nucléaire Areva et l´électricien Suez ont annoncé, lundi, leur alliance avec le groupe pétrolier Total pour vendre deux réacteurs nucléaires EPR aux Emirats. On croit rêver! Tout est permis, Le Louvres n´a-t-il pas créé une annexe aux Emirats pour 1 milliard de dollars? Pire, la Sorbonne déménage: elle délivre, elle aussi, des diplômes contre barils de pétrole sonnants et trébuchants! Un seul réacteur EPR coûtera entre 4 à 5 milliards d´euros. S´agissant, enfin, des déchets nucléaires dangereux et hautement toxiques pour des dizaines de milliers d´années, l´EPR ne fera qu´augmenter encore plus la quantité de ces poisons pour lesquels il n´existe aucune solution. A titre d´exemple, EDF a déclaré à l´Autorité de sûreté nucléaire, 671 incidents significatifs classés sur l´échelle internationale des événements nucléaires (INES) au cours de l´année 2003. Au-delà de la vente, à un prix bradé, d´un exemplaire à la Finlande, les clients ne se bousculent pas. Ainsi, l´Allemagne, pourtant impliquée dans sa conception, n´en commandera pas.
On comprend de plus les réticences d´André-Claude Lacoste, président de l´Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui a indiqué que celle-ci serait en 2008 "attentive aux projets d´installations nucléaires dans les pays émergents". M.Lacoste a estimé que le développement de filières nucléaires dans ces pays suppose des "délais d´au minimum une dizaine d´années" afin d´y constituer les compétences en matière de sûreté et de contrôle, et de définir un cadre législatif. Interrogé sur les accords de coopération nucléaire annoncés à l´occasion de déplacements de Nicolas Sarkozy, notamment au Maghreb et plus récemment aux Emirats arabes unis, M.Lacoste a précisé que l´ASN n´y a pas été associée. La sûreté, c´est-à-dire le bon fonctionnement des réacteurs, n´est pas la seule préoccupation de l´ASN. La sécurité, et notamment le risque terroriste concernant ces installations sensibles, "est l´un des multiples sujets à traiter", a estimé M.Lacoste. A cet égard, le pilotage à distance des centrales, sur lequel travaille le Commissariat à l´énergie atomique (CEA) et qu´avait évoqué M.Sarkozy en Libye, assurant que l´on pouvait "désactiver depuis l´extérieur" un réacteur en cas de crise, ne lui semble pas la meilleure option, à supposer que les pays clients acceptent une telle dépendance: "Je crois beaucoup plus à la vertu des compétences et de la culture de sûreté développées dans les pays eux-mêmes."(4)
Dans un article paru récemment, il est écrit que la majorité des centrales nucléaires que compte construire l´Algérie à l´horizon 2028, seront installées sur les Hauts-Plateaux. Selon les études prospectives faites par les autorités algériennes, les dix réacteurs nucléaires vont, en principe, couvrir les besoins du pays en matière de consommation énergétique. Cette utopie, au même titre que celle qui agite les autres pays arabes, n´a aucune chance de se concrétiser au vu de ce que nous avons écrit du parcours du combattant, à la fois de haute technicité, de compétence de sécurité et de coût initial et d´entretien qui s´évalue en milliards de dollars. En définitive, s´agissant de l´Algérie, chaque dollar compte et doit être immédiatement investi ou l´énergie correspondante doit rester en terre. Encore une fois, notre meilleure banque, en tout cas, celle des générations futures est encore notre sous-sol. S´agissant des Arabes qui placent intelligemment leurs dollars, le canular du nucléaire au Qatar, Dubaï, voire la Libye, est permis: les pays du Golfe ont 4000 milliards de dollars de réserves de change et, acheter quelques réacteurs au prix fort (plus de 5 milliards de dollars l´unité) n´amputera pas trop la manne. Si nous arrivons d´ici 2020 à mettre en place un EPR! Notre effort principal doit porter sur des technologies à notre portée, surtout les énergies renouvelables, à l´instar de l´Allemagne dont l´expertise est reconnue. Pour cela, on ne peut pas faire l´économie de l´étude d´un modèle énergétique à l´horizon 2030. Imaginer freiner le réchauffement climatique en construisant des dizaines de nouvelles centrales nucléaires dans le monde est complètement insensé à cause des risques sanitaires et environnementaux connus et des tensions géopolitiques existant dans le monde. En réalité, sur les 440 réacteurs nucléaires en service actuellement sur la planète, la majorité arrivera en fin de vie dans les 20 à 30 ans à venir. Les véritables solutions pour lutter efficacement contre l´effet de serre sont la sobriété et l´efficacité énergétiques, le développement massif des énergies renouvelables mais aussi une politique volontariste limitant la pollution des transports (plus de transports en commun, moins de camions et voitures...). Le développement d'un pays ne doit pas nécessairment passer par les mêmes errements et gaspillages enrgetiques des pays industrialisés. En définitive il s'agit de savoir si le bonheur est synonyme de croissance . Tout le débat qui agite le monde par ces temps incertains est la vaine réponseà cette question.
* Ecole nationale polytechnique
* Ecole d´ingénieurs de Toulouse

1.Gilles Paris: A Riyad, Nicolas Sarkozy prêche "la diversité" des religions et cultures. Le Monde 15.01.2008.
2.Philippe Leymarie: La France, puissance du Golfe-Le Monde du 17 janvier 2008.
3.http://www.sortirdunucleaire.org 16.01.2008 16.01.2008
4.Hervé Morin:Les pays émergents devront se former à la sûreté nucléaire. Le Monde 17.01.08

Pr Chems Eddine CHITOUR



Lundi 21 Janvier 2008

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