Palestine occupée

Le nouveau gouvernement libanais : tout le monde a gagné sauf le Liban



Jeudi 17 Juillet 2008

A la veille de la photo traditionnelle du premier gouvernement formé durant la présidence du général Michel Souleiman, le paysage politique libanais est enveloppé de rose et d’azur... Tout baigne dans l’huile ; et, les antagonistes d’hier, qui se lançaient des invectives à longueur de journée et de soirée, se retrouvent comme si de rien n’était et que les problèmes que les uns et les autres avaient posés, à la suite de l’agression israélienne de l’été 2006, avaient trouvé la solution adéquate...

Sur les différentes chaînes de télévision, les images des leaders vociférants et menaçants ont fait place à des embrassades ou, tout simplement, des accolades amicales accompagnées de larges sourires durant les cérémonies de passation des commandes dans les divers ministères.

Tout le monde a gagné ! Bravo !

Les forces de l’alliance entre la bourgeoisie et les restes du féodalisme politique au pouvoir ont, toute, eu leur part du nouveau gâteau. Celles de la majorité, mieux connues sous le nom du « 14 mars », et, surtout, celles de l’opposition, dites « formation du 8 mars ». Tout cela dans le cadre du nouvel accord signé, vers la fin du mois de mai, 2008 à Doha et dont les clauses préconisaient, en plus de l’élection du nouveau président de la République, la formation d’un gouvernement d’unité nationale et le retour à la loi électorale de 1960 qui divise le Liban en petite circonscriptions sur des bases confessionnelles pures.

Comment est partagé le nouveau gâteau gouvernemental de la pseudo unité nationale entre les différentes forces politiques ? Chacun a-t-il eu la part qu’il voulait et la balance a-t-elle bien pesé les parts pour ne pas faire des jaloux dans l’un ou l’autre camp et l’Accord de

La première réponse est affirmative puisque, selon les dires de tous, la majorité (l’alliance du 14 mars) a eu ses 16 ministères, tandis que les 14 autres sont partagés entre l’opposition, qui a eu 11 ministres (donc, la possibilité de blocage), et le président, qui n’en a eu que trois.

Commençons, d’abord, par les 16 ministres de la majorité, chapeautés par Fouad Sanioura, l’ami des Etats-Unis qui n’ont pas lésiné sur les moyens, militaires et politiques, pour le remettre à la tête du nouveau gouvernement et pour lequel, ils ont aligné devant la côte libanaise 6 bâtiments de guerre : cinq appartiennent à Sanioura, trois se partageant entre les « Forces libanaises » pro israéliennes et le parti phalangiste dont elles sont issues, deux au leader socialiste Walid Joumblat, trois reviennent à Saad Hariri et son « Mouvement du futur » et les trois restant proviennent de groupuscules faisant partie de l’alliance.

Il y a, ensuite, les ministres de « l’alliance du 8 mars », dominés par les cinq ministres cédés de plein gré à Michel Aoun, en plus des trois ministres du mouvement Amal, de l’unique ministre affilié au Hezbollah et de deux autres « amis ».

Enfin, le président de la République a désigné, disent les mauvaises langues, trois ministres qui ne sont pas à lui.

Dans cette toile inextricable, nous pouvons déceler les éléments suivants :

1. Les amis des Etats-Unis sont nombreux, très nombreux. Certains parlent de presque la moitié du gouvernement, sans oublier le Premier ministre. La nécessité d’avoir ce nombre relève, dit-on, du fait qu’à la suite de la libération des derniers détenus libanais par Israël, les prochains mois seraient ceux de la préparation de l’entrée libanaise, à la suite de la Syrie, sur la scène des négociations avec Tel Aviv ; ce qui ne manquera pas de poser la question des armes du Hezbollah et de la résistance en général.

2.Les deux grosses parts accordées à Michel Aoun (Courant patriotique libre, ami du Hezbollah) et Samir Geagea (Forces libanaises) viennent du fait que la bataille électorale la plus acharnée prévue, à partir de l’application de la loi de 1960, se fera dans les rangs des députés « Chrétiens ». Ce sont ces députés qui trancheront en ce qui concerne la nouvelle majorité ; d’où la nécessité pour les rassemblements du « 8 mars » et du « 14 mars » de renforcer les chances de leurs alliés chrétiens, en leur accordant des ministères qui peuvent les aider à « rendre des services » aux électeurs afin de gagner les voix nécessaires.

3. Dans cet objectif aussi, deux ministres arméniens furent choisis pour la première fois dans l’histoire politique du Liban et à un moment où l’émigration arménienne vers les Etats-Unis a atteint son paroxysme. Ce choix, dont l’un est pour la majorité et l’autre pour l’opposition, vise à gagner, de part et d’autre, la majorité des voix arméniennes restantes et qui pourraient faire une différence notoire dans la circonscription du Metn (6 députés) et dans deux des trois circonscriptions de Beyrouth (9 députés).

En attendant les élections (déjà presque toutes faites) dans dix mois et desquelles, une fois de plus, sont éloignées les forces non confessionnelles, la crise reste, quoi qu’on dise, entière. Surtout sur le plan économique et social où la cherté de la vie a atteint des niveaux alarmants. Les prix s’envolent si rapidement qu’ils ont déjà englouti la hausse (encore théorique) votée par le gouvernement précédent de Fouad Sanioura ; et le nouveau gouvernement, qui ne manquera pas d’avoir la majorité écrasante des voix du parlement n’a ni le temps ni la volonté de remédier à ce problème grave.

Toute cette situation nous pousse à dire : tout le monde a gagné sauf le Liban !

Marie NASSIF-DEBS

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Jeudi 17 Juillet 2008

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