Propagande médiatique, politique, idéologique

Le nihilisme écologique - Critique de l’«écologie politique»*



Edgar L. Gärtner
Mardi 9 Mars 2010

Le nihilisme écologique - Critique de l’«écologie politique»*

Le Président Bush n’a pas réussi, en renversant par la force le régime tyrannique de Saddam Hussein, à provoquer au Moyen-Orient un changement durable de culture politique dans le sens de davantage de démocratie, de liberté et d’égalité. En Europe, ce fait continue d’apparaître moins comme un échec des Services de renseignements et du manque de perspicacité des militaires que comme l’expression de l’égocentrisme, de l’arrogance, de la perte du sens des réalités et de la folie des grandeurs impérialiste du gouvernement Bush.


En revanche, les vieux Européens semblent avoir les pieds sur terre, plus précisément sur la Terre du Protocole de Kyoto de décembre 1997 relatif à la réduction des émissions à effet de serre et au marché des droits d’émissions de gaz à effet de serre. L’accord passe généralement pour une avancée de l’écologie politique par rapport à la politique égoïste traditionnelle des Etats. La Terre y apparaît, comme l’indique le terme d’écologie, comme la maison commune (oikos) de l’humanité dont il s’agit de gérer, c’est-à-dire de redistribuer rationnellement les ressources. 


Selon la plupart des tenants de l’écologie politique, cette mission devrait être assumée par un gouvernement mondial autoritaire. Avec la fin de la guerre froide, il y a une quinzaine d’années, cette perspective semblait enfin devenue possible. Cependant, depuis lors, des phénomènes comme le refus du Protocole de Kyoto par les Etats-Unis, l’Australie, la Chine et l’Inde, les machinations obscures du Président russe Vladimir Pou­tine et les divisions de l’Occident concernant la «guerre contre le terrorisme» font apparaître cette voie comme un rêve qui n’est pas près de se réaliser.
Et maintenant, on voudrait que la «maison Europe» soit le modèle et le champ de manœuvres d’une nouvelle approche politique. On voudrait que, comme l’élargissement réalisé au plan de l’UE, l’intégration progressive de toutes les régions du monde dans le camp douillet de la «paix verte» vienne à bout de la pauvreté et de la guerre. Bref: le monde va guérir grâce à l’Europe. Et c’est précisément un Américain, Jeremy Rifkin, essayiste et conseiller de chefs d’Etat et de gouvernement, qui, dans son livre intitulé «Le rêve européen» (Fayard, 2005), nous en a fourni le fondement historique et anthropologique.


L’objectif du présent ouvrage concerne la vive polémique née au sujet de cette tentative visant à remplacer, du moins virtuellement, la politique de suprématie par l’économie domestique. Il ne s’agit pas, comme la comparaison faite au début pourrait le laisser penser, d’une opposition entre des mythes et des faits avérés. En effet, je suis conscient depuis longtemps qu’en politique, il n’y a pas et ne peut pas y avoir de faits dépouillés de toute théorie et par conséquent de tout mythe. Il s’agit plutôt de la distinction entre des mythes autodestructeurs qui rendent malade et des mythes constructifs qui donnent du courage. Mon étude est axée sur les rapports actuels entre la politique, l’économie et la théologie.


Le sujet m’intéressait déjà à l’époque où j’étais élève dans un internat catholique de garçons (fermé depuis) à Ratisbonne. Mais je dois davantage d’idées à la lecture de «l’Homme révolté» d’Albert Camus que j’ai faite plus tard. Depuis, je sais combien est ténue la frontière séparant les interprétations extrêmes du monothéisme de l’abîme du nihilisme.


Dans ce qui suit, je voudrais non seulement montrer que l’écopacifisme de la «vieille Europe» est une fanfaronnade sans contenu, que la «maison Europe» n’est qu’une vue de l’esprit, peut-être bien intentionnée, qui ne fera probablement pas ses preuves dans la guerre économique internationale et que l’Europe, si elle ne modifie pas sa politique environnementale, ne sera très probablement, dans deux décennies, pas davantage qu’une sorte d’appendice de l’Asie ou de l’Arabie, laquelle est de plus en plus la proie d’islamistes extrémistes. Mais je voudrais également démontrer que l’écologisme présente beaucoup d’aspects, voire toutes les caractéristiques d’une dangereuse idéologie totalitaire et nihiliste.
En clair, je prétends que les tenants dogmatiques du «principe de précaution» ont une grande affinité mentale avec la conception du monde des terroristes et que la «politique climatique», apparemment si optimiste, peut préparer le terrain à un culte de la mort sur le modèle nazi ou islamiste. L’écologisme me semble être une tyrannie intellectuelle qui, comme l’avait remarqué Ludwig Erhard, le «père du miracle économique allemand», annonce toujours le terrorisme politique. […]


Le journaliste américain Paul Berman, qui ne se réfère pas par hasard à Camus, définit, dans son livre «Les habits neufs de la terreur» (Paris, Hachette, 2004), le totalitarisme comme une politique de mobilisation des masses au service d’objectifs inaccessibles au nom d’entités transpersonnelles comme la classe sociale, l’Etat ou la communauté religieuse, et qui finit toujours dans des bains de sang et l’autodestruction. Il montre que toutes les variétés de totalitarisme: le communisme, le fascisme, le national-socialisme et même l’islamisme dans sa forme actuelle remontent au romantisme européen et à sa conception – apparemment inoffensive et pacifique – de l’ordre domestique (et de l’économie planifiée).


Le romantisme européen, avec sa conception fermée du monde, apparaît chez lui et également chez le grand philosophe anglais Isaiah Berlin, comme un milieu de culture destiné à produire des virus d’autodestruction. Cependant Berman n’a pas à l’esprit la politique écologiste ou l’actuelle «politique climatique». Il considère plutôt cette dernière, à l’instar de nombre de ses contemporains qui n’entendent pas grand-chose à la science, comme objectivement justifiée et il recommande même au gouvernement Bush d’adhérer au Protocole de Kyoto pour gagner plus facilement des alliés dans la «guerre des cerveaux».


Contrairement à Paul Berman et à beaucoup d’autres qui voudraient faire aujourd’hui de la politique avec l’écologie, je m’y connais un peu mieux en matière d’écologie. Je sais combien maigres sont les fondements théoriques sur lesquels reposent des slogans ressassés comme l’«équilibre écologique», le «cycle de la matière», la «biodiversité» et la «stabilité» parce que j’ai longtemps étudié l’écologie et ses applications pratiques. En plus de l’étude de la méthode analytique en biochimie, en hydrobiologie et en bioclimatologie, j’ai lu attentivement les ouvrages de Charles Darwin et de ses successeurs. J’ai reçu mes leçons pratiques durables en matière d’écologie dans les années 1970 – bien avant que les partis des Verts et diverses associations de défense de la nature ne prônent une écologie naïve d’inspiration religieuse – lorsque j’ai passé de nombreux mois en Provence à déterminer et à compter des larves de trichoptères, de plécoptères et d’éphémères afin d’analyser l’impact d’une usine de chlore sur l’écologie d’une rivière encore assez sauvage des préalpes.
Je me suis demandé en quoi consistait l’«équilibre écologique» d’une rivière qui modifiait son cours après chaque crue si bien que je devais chaque fois chercher de nouveaux points de mesure pour mes échantillons d’eau et de plancton. Tout était littéralement flottant. Pour terminer à temps mon mémoire de diplôme avec des résultats présentables, j’ai dû procéder à plusieurs simplifications et définitions pragmatiques que certains, s’ils avaient été moins bien intentionnés, auraient qualifiées de frauduleuses.


Bref, j’ai appris que la nature ne fonctionne pas du tout selon un plan et que la frontière entre la science et la science-fiction est très floue dès lors que l’on n’étudie pas un phénomène dans les conditions bien définies du laboratoire mais dans la nature dont la diversité est en constante mutation. Je me suis étonné du fait que les «experts en matière d’environnement» consultés par les politiques n’hésitaient pas à recourir, comme si cela ne posait aucun problème, aux concepts de stabilité et d’équilibre en présence de phénomènes naturels extrêmement complexes comme le temps qu’il fait et ses moyennes sur de nombreuses années: le climat. Comment pouvait-on définir un équilibre dans un univers ouvert? J’ai compris qu’il y a un monde entre ce que l’on nous présente sous le nom d’«écologie» depuis le début de la politique environnementale, à la fin des années 1960, et la conception darwinienne de la nature qui est ouverte sur l’avenir. 


J’ai commencé à approfondir l’histoire de l’écologie, tout d’abord dans la perspective d’un marxisme imprégné d’idées antiautoritaires, si ce n’est libertaires, qui avait marqué ma réflexion depuis l’époque où je faisais mes études à Francfort-sur-le-Main.
En étudiant la pensée «tout-ou-rien» profondément anti-individualiste de ceux des soixante-huitards qui étaient favorables au terrorisme, je me suis, au cours des années 1970, rapproché d’un évolutionnisme systématique selon lequel ce qui importe, c’est le caractère unique des individus et la concurrence de différentes conceptions du monde. J’en suis arrivé peu à peu à l’idée d’un monde ouvert et imprévisible qui nous réserve con­stamment des surprises auxquelles les individus et la collectivité doivent s’adapter plus ou moins intelligemment sous peine de périr. Cela dit, ce ne sont pas forcément les meilleurs qui survivent, comme le suggère la formule «survival of the fittest», mais ceux qui sont incapables de s’adapter ou de changer qui risquent fort de rester en rade.


Ensuite, lorsque dans les années 1980, les partis des Verts et l’organisation du Rainbow Warrior, Greenpeace apparurent sur la scène politique, j’avais compris depuis longtemps qu’il s’agissait là d’un mouvement qui ne pouvait pas se réclamer de l’évolutionnisme mais plutôt d’une conception de la nature statique, pré-darwinienne et dont la politique relevait d’un intelligent design. Je voyais derrière la revendication d’une «transformation écologique radicale de la société industrielle» (selon un ancien programme du parti allemand Die Grünen) des réminiscences de la Hausväterliteratur1 du XVIIIe siècle: la mission de la politique environnementale ressemblait à celle d’un sage patriarche qui donne des leçons de morale à la domesticité, distribue le travail et les ressources.


Bref, je voyais là une conception de l’écologie qui ne pouvait avoir été imaginée que par des bureaucrates. Le monde leur apparaît comme un rouage compliqué, opaque, mais sur lequel les hommes peuvent agir selon leurs valeurs et leurs désirs à condition de trouver la bonne «vis de réglage».


Et cette vis de réglage, beaucoup crurent la trouver dans le dioxyde de carbone (CO2). Or cette idée repose uniquement sur des simulations informatiques numériques et non analytiques qui contredisent le fait que les conditions de vie sur la Terre ne sont pas déterminées avant tout par le cycle du carbone mais par celui de l’eau. 


Et comme chacun devrait le savoir, le cycle de l’eau est commandé par l’énergie solaire et soumis, comme son rayonnement et son champ magnétique, à des variations naturelles dépendant en partie d’influences cosmiques contre lesquelles l’homme ne peut quasiment pas agir.
Le cycle du carbone, que le Protocole de Kyoto voudrait influencer est une grandeur de troisième ordre, dépendante du cycle de l’eau. Autrement dit: Si le marchandage politique de Kyoto avait un sens, c’est la queue qui pourrait remuer le chien.


Or dans les modèles informatiques onéreux sur lesquels se fonde la «politique climatique», les choses sont toutes différentes. Logiquement, les politiciens de premier plan et les «spécialistes du climat» qui ont négocié le Protocole de Kyoto auraient dû décider de limiter le marché des droits d’émissions à des jeux informatiques ou de table. Ces jeux pourraient alors peut-être avoir la même valeur de divertissement que le monopoly.


Cependant les politiques se sont réfugiés dans la confusion entre science et science-fiction. Si les conditions de vie globales pouvaient effectivement être modifiées par la politique, pourquoi, au lieu de la «politique climatique», qui devrait être en mesure d’agir sur les phénomènes cosmiques, n’a-t-on pas commencé par une plus modeste «politique des plaques tectoniques» qui aurait au moins l’avantage de concerner un phénomène terrestre?


Au vu de la catastrophe du tsunami qui a frappé l’île de Sumatra et d’autres Etats riverains de l’océan indien le 26 décembre 2004, la réponse à cette question est évidente: Malgré les nombreux acquis techniques, les hommes ne sont absolument pas en mesure d’agir sur les mouvements de l’écorce terrestre. Ainsi, ils sont complètement démunis devant le grand rift africain qui va diviser le continent. Et pourtant cela semble en principe plus facile de faire en sorte qu’on puisse traverser à pied la mer Rouge, comme le raconte la Genèse, que d’influencer la température moyenne de la Terre et l’évolution du climat. 


Mais ce qui est manifeste dans le cas de l’écorce terrestre devrait ne pas l’être en ce qui concerne le climat qui, lui, est soumis également à des influences extraterrestres. Cela montre combien est aberrante l’idée selon laquelle le réchauffement climatique serait «le plus grand défi du XXIe siècle» et combien est absurde le marchandage politique décidé à Kyoto. Mais cela n’est guère venu à l’esprit des acteurs concernés parce que l’idée présomptueuse de jouer à Dieu constitue l’essence de l’Etat-providence d’inspiration européenne, toujours apprécié.
Pourtant on a des raisons d’espérer que le mauvais tour que ceux, bien intentionnés, qui luttent contre le changement climatique et les pacifistes écologiques nous ont joué n’aura finalement pas de trop lourdes conséquences. Sans cet espoir, le travail que j’ai entrepris avec le présent essai de critique fondamentale de l’écologisme et du nihilisme écologique serait absurde. Personnellement, je mise à moyen terme sur une alliance politique entre les libéraux extrémistes, c’est-à-dire les libertaires, et les conservateurs chevronnés qui ont des attaches religieuses plus ou moins étroites.
Malgré l’antiaméricanisme primaire très répandu chez les conservateurs allemands, je suis fermement convaincu qu’en Allemagne, une alliance est possible entre ceux qui se méfient de l’Etat et ont l’esprit conservateur et religieux et les libertaires. Une telle alliance, qui peut sembler contre nature à certains, commence à se dessiner sur Internet à propos du débat climatique. Depuis des années, des scientifiques et des ingénieurs hautement qualifiés et qui sont soucieux de l’avenir de la planète y débattent sans grands problèmes de compréhension avec de jeunes journalistes libertaires qui se sont affranchis de l’influence politique et intellectuelle de mai 68.
Ceux qui voudraient empêcher notre pays de tomber définitivement dans la spirale descendante sur le modèle de l’Argentine, qui était jadis prospère, n’ont guère d’autre choix que de s’associer à des représentants des anciennes générations restés jeunes d’esprit.




(Traduction Horizons de débats)





1     Littérature destinée aux propriétaires fonciers et traitant essentiellement d’administration des affaires d’une maison. (ndt.)



Mardi 9 Mars 2010


Commentaires

1.Posté par la truie qui file le 15/03/2010 08:58 | Alerter
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l'aggregat politique est une crapulerie cà d'accord mais neamoins
aucun avenir n'est durable sans le respect de ce qui nous entoure


a moins que certains aient decidé de changer de camp ?

http://www.themeatrix.com/intl/france/

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