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Le nationalisme économique progresse en Europe


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Stefan Steinberg
Jeudi 20 Août 2009

Le nationalisme économique progresse en Europe
Les tensions économiques entre l’Europe et les Etats-Unis et au sein de l’Europe même, sont en train de s’intensifier durant la période précédant la tenue du sommet du G20 prévue le mois prochain à Pittsburgh en Pennsylvanie. D’importants pays européens réagissent à la crise financière par une politique commerciale protectionniste et des appels au chauvinisme national.
Pratiquement à chaque réunion des ministres des Finances et des chefs d’Etat de saintes promesses furent faites au cours de ces deux dernières années par tous les participants pour renoncer à mettre en œuvre des mesures économiques nationalistes dans le but de protéger leurs industries et banques respectives. C’est précisément une telle déclaration qui fut publiée à l’issue du dernier sommet du G20 qui s’était tenu à Londres début avril et dans laquelle les nations avaient affirmé leur détermination à lutter contre le protectionnisme et à développer de nouvelles régulations internationales en vue de superviser les marchés financiers
Ce qui s’est pourtant passé depuis le sommet de Londres, c’est littéralement un chacun pour soi où les nations individuelles, parfois en accord avec leurs voisins, ont mis en œuvre des mesures nationalistes destinées à la sauvegarde des intérêts de leurs propres banques et groupes nationaux.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le nombre de nouvelles enquêtes menées par les gouvernements nationaux contre le dumping des prix et autres mesures protectionnistes a considérablement augmenté dans la deuxième moitié de 2008 et la première moitié de 2009.
Les conflits commerciaux s’intensifient entre les Etats-Unis et les principaux pays européens. Au début de cette semaine, un ministre allemand avait critiqué une clause « acheter américain » adoptée par le Congrès américain. « Les grandes nations industrielles devraient montrer l’exemple en s’abstenant d’ériger de nouvelles barrières commerciales », avait dit Karl-Theodor zu Guttenberg, le ministre allemand de l’Economie parlant au nom des principales banques et groupes allemands.
Les tensions montent aussi au sujet de propositions faites pour réguler les banques et les institutions financières. Depuis le début de la crise financière, les gouvernements allemand et français en particulier ont mené une campagne concertée contre la domination anglo-américaine des marchés financiers mondiaux.
Mardi, le vice-chancelier allemand et le dirigeant du Parti social-démocrate allemand (SPD), Frank-Walter Steinmeier, pressait instamment le gouvernement britannique de prendre des mesures plus strictes à l’encontre de la City de Londres et de ses courtiers. Steinmeier a précisé que le gouvernement allemand accorderait la priorité à cette question à Pittsburgh.
Le gouvernement français est également intervenu dans le conflit. Quelques jours avant les commentaires de Steinmeier, la ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, avait, en rejetant la responsabilité sur les banques internationales, cherché à détourner l’attention d’un scandale impliquant la banque BNP Paribas qui projette de verser plus d’un milliard d’euros de bonus à ses employés de haut rang.
Lagarde avait déclaré que BNP Paribas avait été forcée de payer des bonus exorbitants à ses cadres faute de contrôles internationaux. « Ce qui me scandalise », avait dit Lagarde au journal Le Monde, « c’est que certaines banques étrangères s’affranchissent des principes du G20 et qu’elles bénéficient d’un avantage concurrentiel en proposant par exemple des bonus garantis. » Pour ce qui est des « certaines banques étrangères » dont parlent Lagarde il s’agit avant tout des principales banques américaines telles Goldman Sachs et JPMorgan Chase qui ont octroyé des bonus considérables ces dernières semaines. Lagarde a dit au Monde vouloir soulever cette question à Pittsburgh.
Toutes ces critiques de la part de la France et de l’Allemagne quant aux « excès du modèle anglo-saxon » sont destinées à créer les conditions pour Paris et pour Berlin d’apparaître comme les principaux acteurs dans un ordre financier mondial revu. En juin déjà, le président Nicolas Sarkozy avait dit que la crise financière avait affaibli la City de Londres en déclarant, « La Défense a vocation à prendre sa place. »

Quant au maire conservateur de Londres, Boris Johnson, il a clairement dit vouloir fermement défendre les intérêts financiers anglo-américains, notamment l’industrie des fonds spéculatifs. Johnson a déclaré en juillet lors d’une conférence économique à Londres : « Il serait tout à fait insensé de permettre à l’UE [c’est-à-dire la France et l’Allemagne] de lancer une attaque contre les fonds d’investissement alternatifs… Les hedge fonds n’iront pas à Paris ou à Francfort, ils iront à New York ou à Shanghai. Ce qui est bon pour Londres est bon pour le Royaume-Uni et ce qui est bon pour le Royaume-Uni est bon pour l’Europe. »
Le rôle le plus abject dans cet accès de protectionnisme et de nationalisme est joué par les organisations sociales-démocrates et communistes en Europe en alliance avec les syndicats. Et à leur tour, ces partis et ces syndicats, bénéficient du soutien de nombreuses organisations petites bourgeoises de « gauche ».
Aux Etats-Unis, les sénateurs démocrates furent parmi ceux qui ont crié le plus fort en faveur de l’insertion en début d’année de la clause « acheter américain » dans le plan de sauvetage économique du gouvernement Obama et les syndicats américains des travailleurs de l’automobile et de l’acier furent les plus virulents défenseurs de nouvelles mesures douanières pour empêcher aux produits chinois de pénétrer le marché américain.
En Allemagne, le SPD, qui fait partie de la grande coalition gouvernementale, vient tout juste de publier son propre « plan Allemagne » nationaliste au profit des banques et des groupes allemands. Dans sa tentative de surpasser avant les élections législatives en septembre ses partenaires conservateurs de la coalition, la plateforme électorale du SPD mentionne pas moins de 146 fois le mot « Allemagne ».
Au vu de conflits commerciaux grandissants entre les principales puissances, les syndicats européens jouent un rôle totalement traître en se rangeant du côté des sections du capital financier qui offrent aux bureaucraties syndicales nationales respectives les meilleures chances d’avancement. En ce qui concerne l’actuel conflit chez le groupe automobile GM/Opel, par exemple, les syndicats allemands soutiennent l’enchérisseur qui promet de supprimer le plus d’emplois dans les pays européens autres que l’Allemagne.
Les syndicats britanniques, quant à eux, soutiennent une offre concurrente qui éliminerait la plupart des emplois en Allemagne. Les syndicats britanniques jouissent pour leur campagne chauvine du soutien total du Parti travailliste.
Lorsque les syndicats du bâtiment, brandissant des pancartes réclamant « Des emplois britanniques pour les travailleurs britanniques », organisèrent des grèves chauvines au début de l’année contre l’emploi de travailleurs portugais et italiens, le premier ministre britannique Gordon Brown, défendit ces mêmes positions qu’il avait déjà eues deux ans auparavant.
Le schéma est le même dans tous les pays européens. Suite à la crise financière, les gouvernements nationaux s’empressent d’appliquer des politiques protectionnistes au bénéfice des banques internationales et des grands groupes multinationaux qui ont leur siège dans leur pays respectif. La défense des profits des grandes banques et entreprises et de la fortune des banquiers et des PDG est devenue l’idée fixe de chaque gouvernement du monde. Chaque aspect de la politique nationale est subordonné à cet objectif.
La conséquence inévitable du nationalisme des bureaucraties sociales-démocrates et syndicales est une intensification de l’assaut contre les niveaux de vie et la classe ouvrière dans tous les pays du monde. Dans le même temps, la résurgence du protectionnisme en Europe renforce les forces centrifuges qui menacent de déchirer le continent.
La réémergence des phénomènes politiques, guerre commerciale, guerre coloniale et nationalisme économique (« beggar-thy-neighbour »), dont beaucoup de gens pensaient qu’elle appartenait à la première moitié du 20e siècle, est l’indice le plus sûr de la crise et de la décrépitude du système capitaliste. Il n’y a pas de solution à la crise. La seule alternative aux dangers grandissants du chauvinisme, de la guerre et de la pauvreté de masse en Europe est la réorganisation socialiste de la société par la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière pour l’établissement des Etats-Unis socialistes d’Europe comme partie de la lutte pour l’unité internationale de la classe ouvrière et du socialisme mondial.

http://www.wsws.org/ http://www.wsws.org/



Jeudi 20 Août 2009


Commentaires

1.Posté par Z m.d.s le 21/08/2009 13:22 | Alerter
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ah le wsws c'est l'apocalypse à chaque article, sinon un peu de nationalisme c'est tant mieux, nous devrions former un noyau dur européen puissant avec les bonnes volontés.

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