Propagande médiatique, politique, idéologique

Le jeu du menteur : comment on nous prépare à une autre guerre d’agression


Dans son dernier article pour le New Statesman, John Pilger compare l’actuel appel à la guerre contre l’Iran, motivé par une fausse « menace nucléaire », avec la fabrication d’un faux sentiment de crise qui a conduit à l’invasion de l’Irak et à la mort de 1,3 million de personnes.


John Pilger
Lundi 5 Octobre 2009

1° octobre 2009, Genève - Le négociateur iranien Saeed Jalili défend lors d’une conférence de presse le droit non négociable de son pays de développer une industrie nucléaire - Photo : AP :
1° octobre 2009, Genève - Le négociateur iranien Saeed Jalili défend lors d’une conférence de presse le droit non négociable de son pays de développer une industrie nucléaire - Photo : AP :

En 2001, l’Observer de Londres a publié une série de rapports qui alléguaient « un lien irakien » avec Al-Qaeda, et qui sont allés jusqu’à décrire la base en Irak où l’on formait des terroristes ainsi qu’une installation où l’on fabriquait de l’anthrax comme arme de destruction massive. Tout cela était faux. Fournies par le renseignement USA et des exilés irakiens, les histoires introduites par les Anglais et les médias étasuniens ont aidé George Bush et Tony Blair à lancer une invasion illégale qui a causé, selon l’étude la plus récente, 1,3 millions de victimes.

Quelque chose semblable se produit au sujet de l’Iran : la même convergence de "révélations" par le gouvernement et les médias , la même fabrication d’un sentiment de crise. « Une épreuve de force se profile avec l’Iran au sujet d’une centrale nucléaire secrète », déclare le Guardian le 26 septembre. Le leitmotiv c’est « l’épreuve de force ». L’affrontement. Le compte à rebours a commencé. Le Bien contre le mal. Ajoutez un nouveau président des USA lisse qui « a mis fin aux années Bush ». La nouvelle est reprise immédiatement à la première page notoire du Guardian du 22 mai 2007 : « Plan secret de l’Iran pour lancer une offensive en été afin de forcer les USA à quitter l’Irak. » A partir d’affirmations sans fondement émanant du Pentagone, le journaliste Simon Tisdall a présenté comme un fait certain un « plan » iranien pour faire la guerre aux forces USA en Irak et les battre avant septembre de cette année - mensonge avéré qui n’a pas été rétracté .

Dans le jargon officiel on appelle ce genre de propagande des « psy-ops », terme militaire pour désigner les opérations psychologiques. Au Pentagone et à Whitehall, celles-ci sont devenues un élément critique d’une campagne diplomatique et militaire visant à bloquer, isoler et affaiblir l’Iran en exagérant la « menace nucléaire » qu’il représente : expression maintenant employée constamment par Barack Obama et Gordon Brown, et reprise par la BBC et d’autres stations comme une nouvelle objective. Et de fait, elle est truquée.

Le 16 septembre, Newsweek a révélé que les principales agences d’information des USA avaient rapporté à la Maison-Blanche que le « statut nucléaire » de l’Iran n’avait pas changé depuis le National Intelligence Estimate (estimation du renseignement national) de novembre 2007, qui avait dit avec beaucoup de conviction que l’Iran avait arrêté en 2003 le programme dont on alléguait la mise au point. L’Agence internationale de l’énergie atomique a soutenu cette affirmation à maintes reprises.

La propagande actuelle, présentée sous forme d’articles de presse, provient de l’annonce faite par Obama selon laquelle les USA mettaient au rebut des missiles à la frontière russe. Ceci sert à dissimuler le fait que le nombre de sites de missiles étasuniens augmente en fait en Europe, tandis que les missiles « superflus » sont redéployés sur des bateaux. Le jeu est d’amener la Russie à se joindre- et à ne pas faire obstacle- à la campagne des USA contre l’Iran. Le « Président Bush avait raison, » a déclaré Obama, quand il disait « que le programme de missiles balistiques iranien constituait une menace significative [pour l’ Europe et pour les USA]. » Que l’Iran envisagerait une attaque suicidaire contre les USA est absurde. La menace, est comme jamais, à sens unique : c’est la superpuissance mondiale qui est pratiquement à l’affut aux frontières de l’Iran.

Le crime de l’Iran est son indépendance. Comme ce pays a renvoyé le tyran préféré des USA, le Shah Reza Pahlavi, il reste le dernier Etat musulman riche en ressources à échapper au contrôle des USA. Comme seul Israël a le « droit d’exister » au Moyen-Orient, le but des USA est de réduire la République islamique à l’impuissance. Ceci permettra à Israël de diviser et de dominer la région pour le compte de Washington, sans être gêné par un voisin sûr de lui. S’il est un pays dans le monde qui s’est vu donner des raisons urgentes pour développer une « dissuasion » nucléaire, c’est bien l’Iran.

Etant l’un des signataires originaux du Traité de non-prolifération nucléaire, l’Iran a constamment plaidé en faveur d’une zone dénucléarisée au Moyen-Orient. En revanche, Israël n’a jamais accepté d’inspection de l’AIEA, et sa centrale d’armes nucléaires de Dimona n’est un secret pour personne. Armé de 200 têtes nucléaires actives, Israël « déplore » les résolutions de l’ONU l’invitant à signer le TNP, tout comme il déplorait le rapport récent de l’ONU l’accusant de crimes contre l’humanité à Gaza, tout comme il garde le record mondial de violations du droit international. Il jouit de la pleine impunité parce que cette grande puissance lui accorde l’immunité.

L’ « épreuve de force » d’Obama avec l’Iran obéit à un autre programme. Des deux côtés de l’Atlantique, les médias ont été chargés de préparer l’opinion publique à une guerre sans fin. Selon la chaîne US NBC, le Général Stanley McChrystal, commandant d’US/NATO, dit qu’il faudra 500.000 soldats en Afghanistan en cinq ans. Le but est le contrôle « du prix stratégique » des gisements de gaz et de pétrole de la Mer Caspienne, de l’Asie centrale, du Golfe et de l’Iran - en d’autres termes, de l’Eurasie. Mais la guerre est opposée à 69 pour cent par le peuple britannique, à 57 pour cent par le public des USA et par près d’un être humain sur deux. « Nous » convaincre que l’Iran est le nouveau Satan ne sera pas tâche facile. La fausse déclaration de McChrystal selon laquelle l’Iran « formerait des combattants pour certains groupes de talibans » est aussi pitoyable que le pathétique Brown quand il parle « d’une ligne dans le sable ».

Selon les dénonciations de Daniel Ellsberg, un coup militaire a eu lieu aux USA pendant les années Bush, et le Pentagone envahit maintenant chaque secteur de la politique extérieure étasunienne. Le nombre de guerres d’agression menées simultanément et l’adoption d’une doctrine « d’attaque préventive » qui a abaissé le seuil des armes nucléaires, tout en brouillant la distinction entre armements nucléaires et conventionnels donneront une idée de ce contrôle.

Tout ceci tourne en dérision la rhétorique des médias d’Obama au sujet « d’un monde sans armes nucléaires ». En fait, Obama est l’acquisition la plus importante du Pentagone. Qu’il ait consenti à garder, à la demande du Pentagone, le secrétaire à la défense de Bush, Robert Gates, fauteur de guerre acharné, est un fait sans précédent dans l’histoire des USA. Gates a fait ses preuves avec l’escalade des guerres s’étendant depuis l’Asie du Sud jusqu’à la Corne de l’Afrique. Comme l’Amérique de Bush, l’Amérique d’Obama est dirigée par des personnes très dangereuses. Nous avons le droit d’être avertis. Quand donc ceux qui sont payés pour protéger la vérité feront-ils leur travail ?

John Pilger  (JPG) 

Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.johnpilger.com/page.asp?...
Traduction : Anne-Marie Goossens
http://www.info-palestine.net


Lundi 5 Octobre 2009


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