Palestine occupée

Le gros dilemme d'Olmert


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Après des mois de retards et de tergiversations, le gouvernement israélien a finalement accepté de recevoir une liste des noms des prisonniers politiques et résistants palestiniens dont le Hamas demande qu'ils soient relâchés des prisons israéliennes en échange de la libération d'un soldat d'occupation israélienne capturé par les combattants de la résistance près de Gaza l'année dernière.

Par Khaled Amayreh


Khaled Amayreh
Mercredi 18 Avril 2007

 Le gros dilemme d'Olmert
La liste inclut quelques 1.300-1.400 prisonniers et détenus, dont d'importants dirigeants politiques résistants affiliés au Hamas, au Fatah, au Jihad Islamique et au Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), parmi d'autres groupes palestiniens.

Selon une information mise en ligne sur un site web islamique bien qu'encore officieuse, les dirigeants palestiniens Hassan Youssef du Hamas, Marwan Barghouti du Fatah et le secrétaire général du FLPL Ahmed Saadat seraient en tête de la liste des prisonniers à libérer.

La liste comprend aussi les vétérans du Hamas Abdullah Barghouti, Yehia Senwar, Hassan Salameh, Abdul-Khaleq Al-Natshe, Nael Barghouti ainsi que Bassam Al-Saadi, un important chef du Jihad Islamique en Cisjordanie, et Fouad Al-Shubaki, officier de sécurité de haut niveau au Fatah.

Beaucoup des prisonniers dont les noms apparaissent sur la liste croupissent dans les prisons israéliennes depuis plus de 20 ans, certains sans aucune chance d'être libérés vivants.

Les porte-paroles israéliens, ont indiqué, soit ouvertement soit sous anonymat, que le gouvernement Olmert était en train de créer de "nouveaux critères" pour pardonner aux "terroristes". Les médias israéliens, cette semaine, ont cité des officiels anonymes qui ont dit qu'Israël acceptera de libérer les Palestiniens "avec du sang juif sur les mains", allusion claire aux combattants palestiniens de la résistance reconnus coupables d'avoir tué des soldats d'occupation israélienne, des colons ou des civils.

Toutefois, le fait qu'Israël ait accepté de recevoir la liste des prisonniers palestiniens ne signifie pas qu'un échange de prisonniers est imminent. Israël, bien connu pour ses pensées et tactiques de négociation exhaustives, va vraisemblablement rejeter tout net les demandes palestiniennes de relaxe de certains des noms importants de la liste. Le système judiciaire israélien dans les territoires occupés voit tous les Palestiniens impliqués dans des meurtres ou blessures d'Israéliens – même en cas d'auto-défense ou dans des opérations légales contre les soldats d'occupation – comme des terroristes.

Selon certains analystes, la libération d'un nombre significatif de prisonniers palestiniens, même en échange d'un soldat israélien, affaiblira la situation politique d'Olmert, en particulier parmi ses alliés politiques et idéologiques de droite, comme le gros du public israélien qui penche à droite.

Evidemment, le gouvernement doit craindre l'impact psychologique que représentera la libération de centaines de dirigeants palestiniens, un baume sur le moral des Palestiniens dépérissant toujours sous les restrictions du siège paralysant imposé par Israël et les pays occidentaux à la suite du succès du Hamas aux élections législatives palestiniennes de l'an dernier.

Quelques experts israéliens ont suggéré que la libération d'un grand nombre de dirigeants nationalistes et islamiques emprisonnés scellerait le sort du gouvernement Kadima, dont la popularité est en baisse constante de toutes façons.

Néanmoins, Olmert fait face à une pression incessante de la part de certains segments de la société israélienne, en particulier les familles et les amis des soldats emprisonnés par le Hamas et le Hezbollah qui lui demandent un peu de souplesse de manière à ramener à la maison leurs fils et amis bien-aimés.

Coincé entre le marteau et l'enclume, Olmert va tenter de contourner le dilemme en agissant comme un négociateur coriace, dans l'espoir de soutirer au Hamas un accord plus "acceptable".

Ceci a cependant peu de chance de réussir, car le Hamas lui non plus ne peut être vu comme acceptant un compromis alors qu'il est le garant pour des milliers de familles palestiniennes qui sont impatientes de voir leurs fils et leurs bien-aimés rentrer à la maison, dont beaucoup d'entre eux ont passé la fleur de leur âge dans des prisons et camps de détention israéliens.

Israël a essayé désespérément de localiser le soldat capturé, Gilad Shalit. L'armée israélienne a mené plusieurs incursions brutales partout dans la Bande de Gaza, au cours desquelles des centaines de Palestiniens, pour la plupart des civils, ont été tués et blessés. La sauvagerie de ces attaques a échoué à libérer Shalit.

Entre temps, les services secrets intérieurs israéliens, le Shin Bet, ont donné comme consigne à des centaines de leurs informateurs dans la Bande de Gaza de "retourner chaque pierre" de manière à déterminer la localisation de Shalit et l'identité de ses ravisseurs. Sans résultat. En fin de compte, le Shin Bet a renoncé à "libérer Shalit par la force", arguant que les chances de le récupérer vivant étaient inférieures à un pour cent.

De plus, l'enlèvement de presque 100 ministres, officiels et députés du Hamas, dont des dirigeants aussi haut placés que le Président du Conseil Législatif Palestinien Abdul-Aziz Duweik, pour forcer le Hamas à libérer Shalit, a aussi échoué, laissant très peu de choix au gouvernement israélien.

Dans ce contexte, il est possible que le gouvernement Olmert, réputé pour sa duplicité, accepte publiquement de libérer des centaines de prisonniers palestiniens et se prépare en secret à re-arrêter beaucoup d'entre eux après la libération de Shalit, sur la base d'accusations qu'il aura fraîchement concoctées. Les tribunaux militaires israéliens, devant lesquels aucun Palestinien ne peut être reconnu innocent, pourraient prononcer de lourdes condamnations de prison avec sursis contre les prisonniers éminents de manière à faciliter leur re-arrestation.

Toutefois, une telle conduite assombrirait beaucoup les relations d'Israël avec l'Egypte, le principal intermédiaire dans l'affaire Shalit.

D'un autre côté, un échange de prisonniers réussi avec Israël conforterait la stature du gouvernement palestinien d'unité nationale, surtout si l'échange inclut des dirigeants compétents comme Marwan Barghouti, un solide avocat de l'harmonie nationale et de l'entente avec le Hamas.

Source : Al-Ahram
Traduction : MR pour ISM


Mercredi 18 Avril 2007

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