MONDE

Le gouvernement conservateur du Canada poursuit la persécution d’Abousfian Abdelrazik


Le gouvernement conservateur canadien continue d’interdire, arbitrairement et illégalement, le droit de revenir au Canada à Abousfian Abdelrazik, un citoyen canadien de descendance soudanaise.
Par Graham Beverley


Lundi 8 Juin 2009

Le gouvernement conservateur du Canada poursuit la persécution d’Abousfian Abdelrazik
En 2003, sous les ordres de l’appareil de sécurité nationale du Canada, Abdelrazik fut arrêté, détenu et torturé sans avoir été accusé de quoi que ce soit par le gouvernement soudanais. Khartoum, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ont depuis admis que, contrairement à leurs précédentes allégations, aucune preuve ne rattachait Abdelrazik à al-Qaïda. Il n’a jamais été accusé, et encore moins condamné, pour aucun crime.
Au cours des deux dernières années, le gouvernement conservateur a introduit maints obstacles gênant de plus en plus le retour au pays d’Abdelrazik et sa réunification avec sa femme et son enfant. Durant sa campagne réactionnaire, le gouvernement canadien a dans les faits redéfini les droits garantis par la citoyenneté canadienne et a soulevé par inadvertance d’autres questions quant à sa complicité dans la torture.
En avril de cette année, renversant une fois de plus une ancienne décision, le gouvernement a refusé de délivrer le passeport temporaire nécessaire pour qu’Abdelrazik puisse retourner à Montréal, sa ville de résidence. Le gouvernement avait précédemment stipulé que si Abdelrazik, avec peu ou pas de moyens financiers, était en mesure de se procurer un billet d’avion avec une compagnie acceptant de l’accueillir, il produirait le document. Il menaça cependant au même moment que tout Canadien qui aiderait Abdelrazik à acheter son billet pourrait être accusé de « fournir de l’aide matérielle au terrorisme ». 
Malgré les menaces du gouvernement conservateur, des dizaines de Canadiens ont offert de l’argent pour l’achat d’un billet d’avion destiné à Abdelrazik. Mais sous les ordres du ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon, le gouvernement canadien refusa de fournir à Abedlrazik le document nécessaire à son voyage, l’informant de cette décision seulement deux heures avant le départ de son vol du Soudan.
Bien que les propres agences de sécurité du gouvernement aient déclaré précédemment qu’elles ne détenaient aucune preuve contre Abdelrazik et qu’Ottawa avait dit plus tôt qu’il devrait être retiré de la liste d’interdiction de vol de l’ONU, Cannon déclara que cela était nécessaire d’empêcher son retour « pour la sécurité nationale du Canada ».
Bien qu’officiellement une menace à la sécurité nationale du Canada, Abdelrazik dort depuis un an sur un matelas à l’ambassade canadienne au Soudan.
En appelant du refus du gouvernement conservateur d’émettre les documents nécessaires à Abdelrazik pour qu’il puisse revenir au pays, ses avocats ont soutenu en Cour fédérale le mois dernier que les actions du gouvernement avaient violé ses droits selon l’Article 6 de la Charte canadienne des droits et libertés. Cet article garanti à « tout citoyen canadien… le droit de demeurer au Canada, d’y entrer ou d’en sortir ».
Les avocats du ministère des Affaires étrangères, usant du pire sophisme légal, ont alors argumenté que le droit d’entrer au Canada ne s’appliquait que lorsqu’un citoyen se présentait physiquement à la frontière. Mentionnant qu’Abdelrazik se trouvait sur la liste noire de l’ONU de suspects pouvant être liés à al-Qaïda et aux talibans, ils ont défendu que le Canada ne pouvait délivrer les documents nécessaires pour qu’il puisse voyager par avion ou par bateau. On empêche ainsi en réalité Abdelrazik de se présenter à la frontière.
 « M. Abdelrazik est sur la liste établie par le Conseil de sécurité des Nations Unies en tant qu’individu ayant des liens avec al-Qaïda. Il lui est donc interdit de voyager et ses actifs sont gelés », a déclaré Cannon. « Notre gouvernement prend ses obligations au sérieux… »
Contrairement aux affirmations du gouvernement canadien, la liste noire de l’ONU contient explicitement une exemption permettant aux suspects de retourner dans le pays où ils sont citoyens. Le coordinateur de l’équipe de surveillance des activités d’al-Qaïda et des talibans de l’ONU, qui contrôle la liste noire, a dit, « Que ce soit Abdelrazik ou n’importe qui d’autre, c’est à l’Etat en question de décider s’il veut permettre ou non le retour de la personne. »
Abdelrazik fut placé sur la liste noire de l’ONU à la demande du gouvernement américain en 2006. En 2007, les Etats-Unis ont opposé leur veto à une résolution de l’ONU qui proposait qu’il soit retiré de la liste.
Lorsque des avocats du gouvernement ont proposé à la Cour fédérale le mois dernier que le nom d’Abdelrazik devrait être retiré de la liste, le juge lui-même lança, « C’est presque kafkaïen, non ? » 
Les incroyables contorsions légales et politiques du gouvernement canadien ne peuvent être justifiées en invoquant la soi-disant « menace à la sécurité nationale » que représenterait Abousfian Abdelrazik
On peut trouver une explication plus plausible dans un document rédigé par le SCRS en avril 2008 qui dit : « les hauts responsables du gouvernement du Canada devraient être conscients de la réaction potentielle de nos homologues américains advenant le retour d’Abdelrazik au Canada étant donné qu’il se trouve sur la liste d’interdiction de vol des Etats-Unis ».
 « Il est essentiel que soit maintenue la coopération entre le Canada et les Etats-Unis sur les questions de sécurité. »
En 2006, le département d’Etat américain insinuait qu’Abdelrazik était recruteur pour al-Qaïda.
Le gouvernement canadien a ramené cette accusation dans l’affaire portée devant la Cour fédérale, suspectant Abdelrazik d’un possible lien avec le détenu américain Abou Zybaydah.
De manière significative, il a choisi de faire cela au même moment où les autorités américaines étaient forcées de concéder qu’Abou Zubaydah avait été torturé, battu, tenu en isolement et victime de la « simulation de noyade » plus de 80 fois.
Dans un éditorial du 29 avril, le Globe and Mail, le quotidien canadien le mieux informé sur le dossier d’Abdelrazik a écrit : « [Cette] allégation a probablement émergé suite à des interrogatoires américains de M. Zubaydah, qui n’est pas seulement un membre clé d’al-Qaïda mais aussi une figure centrale dans l’utilisation par les Etats-Unis des techniques de torture… Au moment où les Etats-Unis sont en examen de conscience sur la question de la torture sur M. Zubaydah, le Canada semble prêt à défendre son droit contre M. Abdelrazik sur des allégations possiblement obtenues par la torture de M. Zubaydah. »
En plus d’apaiser son allié dominant dans la « guerre contre le terrorisme », le refus du gouvernement de permettre à Abdelrazik de revenir au pays sert à masquer la complicité du Canada dans la torture de l’un de ses citoyens.
Comme l’a admis le SCRS, la police secrète soudanaise a arrêté Abdelrazik sous ses ordres, malgré les multiples dénonciations de violations des droits de l’homme au Soudan par le gouvernement libéral de l’époque.
Lorsque les agents du SCRS sont allés au Soudan en octobre 2003 afin d’interroger Abdelrazik, ils ont ignoré ses plaintes concernant la torture.

Les hauts responsables du gouvernement continuent à ce jour à nier et à discréditer les allégations d’Abdelrazik sur sa torture aux mains des agents soudanais. « Les prisons soudanaises sont très dures, mais cela ne signifie pas qu’on y pratique la torture ou les mauvais traitements », a dit Odette Gaudet-Fee, responsable consulaire pour l’Afrique aux Affaires étrangères. « C’est ainsi au Soudan et il [Abdelrazik] n’a pas plus été le sujet de mauvais traitements que les autres détenus. »

Dans une séance servant de préparation au procès comme tel, les avocats du gouvernement sont allés aussi loin que d’accuser Abdelrazik de s’être lui-même mutilé pour expliquer les cicatrices qu’il a sur la poitrine et le dos.

Après des années de silence, les membres de l’opposition au Parlement du Parti libéral, du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Bloc québécois ont récemment dénoncé la persécution d’Abousfian Abdelrazik par le gouvernement.

Dans le cas des libéraux, il s’agit d’une tentative évidente de cacher le propre rôle dans la persécution d’Abdelrazik et les autres nombreuses violations des droits de l’homme réalisées au nom de la « guerre contre le terrorisme ».

Le critique des Affaires étrangères au NPD, Paul Dewar, a expliqué la position du gouvernement comme étant simplement le fait du racisme, demandant « Si nous avions une personne dont la peau serait d’une autre couleur ou dont le nom de famille serait différent, est-ce que nous n’aurions pas un résultat différent ? » Dewar a déposé une résolution non contraignante devant le comité du Parlement sur les Affaires étrangères qui demandait qu’Abdelrazik soit rapatrié au Canada pour qu’il puisse témoigner devant ce comité de son emprisonnement au Soudan. La résolution a été appuyée par tous les membres du comité sauf ceux du Parti conservateur. Il a depuis été décidé par un responsable parlementaire que la résolution outrepassait les pouvoirs du comité, mais le gouvernement conservateur n’avait pas l’intention de la respecter dans le cas contraire.

Les partis de l’opposition considèrent le cas Abdelrazik de façon isolée, refusant de l’exposer comme une partie d’un processus beaucoup plus large de complicité du gouvernement canadien dans la torture.

Le gouvernement Harper, comme les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin qui l’ont précédé, refuse de demander le rapatriement d’Omar Khadr, détenu à la prison américaine de Guantanamo depuis qu’il est âgé de 15 ans. Khadr s’est à maintes reprises plaint d’abus et de torture, y compris en 2003 à des agents canadiens du SCRS qui avaient ridiculisé ses affirmations.

L’armée canadienne transfère de façon habituelle les prisonniers afghans qu’elle fait aux autorités afghanes, même s’il est largement admis, y compris par le secrétariat d’Etat américain, qu’elles torturent, assassinent et font disparaître sur une base régulière les détenus qui sont considérés comme talibans.

L’arrestation d’Abdelrazik n’est qu’un parmi les nombreux cas où un citoyen canadien voyageant à l’étranger a été arrêté sans accusation et torturé par un régime dictatorial à la demande de l’Etat canadien.

Une enquête sur la détention et la torture de Maher Arar en Syrie a lavé les autorités canadiennes de tout rôle dans son arrestation, affirmant qu’elle relevait entièrement des autorités américaines, même si elle était basée sur de fausses informations des agences du renseignement canadiennes.

Même si on devait accepter cette conclusion, comment alors expliquer le cas des citoyens canadiens, Abdullah Almalki, Muayyed Nureddin et Ahmed el-Maati ? Tous les trois furent arrêtés, détenus et torturés alors qu’ils étaient hors du Canada. Ils ont offert des preuves suggérant fortement que cela fut fait à la demande des agences de sécurité nationale canadiennes, y compris le fait que les questions qui leur ont été posées dans leurs interrogatoires étaient clairement basées sur des surveillances faites au Canada.

Ce que montre le cas d’Abdelrazik, c’est que l’appareil de sécurité national du Canada fait réaliser en « sous-traitance » les arrestations des personnes qu’il suspecte de terrorisme dans des pays bien connus pour maltraiter les prisonniers et pour les non-respect des droits de l’homme. C’est l’équivalent canadien de la « restitution extraordinaire », un processus par lequel les agences canadiennes de sécurité contournent les clauses de la constitution canadienne interdisant la détention sans accusation et de soumettre une personne à un interrogatoire « agressif ».

(Article original anglais paru le 5 juin 2009)

Lire aussi :

La honte du Canada : l’incarcération, la torture et l’expulsion d’Abousfian Abdelrazik [24 octobre 2008]

Le Canada réitère son appui à la détention de Khadr à Guantanamo Bay [22 juillet 2008]

http://www.wsws.org/ http://www.wsws.org/



Lundi 8 Juin 2009


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