Palestine occupée

Le goulag israélien


Déjà contraints de vivre entassés les uns sur les autres, les habitants de Gaza sous blocus sont réellement des détenus dans un camp de concentration, écrit Saleh Al-Naami

Saleh Al-Naami - Al Ahram


Vendredi 20 Juin 2008

Le goulag israélien

Après une année complète de blocus, Israël — sous les yeux de la planète — continue à priver de nourriture et à punir collectivement la population civile de Gaza, ostensiblement pour se venger du peuple de Gaza qui s’était démocratiquement exprimé et qui continue à faire le choix de la résistance à l’occupation plutôt que celui de l’humiliation, de la trahison et de la servitude.

Zahir Abu Shaaban a vécu dans l’incertitude ces sept derniers mois. Il a peur que le rêve de sa vie — achever ses études universitaires supérieures de génie informatique aux Etats-Unis — ne se transforme pas en réalité. Il avait pensé que son rêve était à portée de la main quand il s’est vu attribuer une bourse d’études par le programme Fulbright, que le département d’état des États-Unis attribue tous les ans à un certain nombre d’étudiants palestiniens. Abu Shaaban et six autres Palestiniens ont été selectionnés parmi des centaines de candidats, et Abu Shaaban avait imaginé que le département d’état garantirait son voyage et celui de ses collègues. Il a été douloureusement déçu lorsqu’Israël a bloqué son voyage. Les services israéliens de renseignements ont même essayé d’exercer un chantage à son égard, stipulant que pour pouvoir voyager il devrait se transformer en informateur et fournir des informations sur les mouvements de résistance.

Mardi dernier, Abu Shaaban s’est présenté au bureau du Shin Bet à la frontière d’Erez pour obtenir la permission de voyager à Jérusalem afin d’obtenir un visa d’entrée aux Etats-Unis auprès du consulat américain. Il a déclaré à « Al-Ahram Weekly » qu’il s’était étonné que l’officier du Shin Bet ait essayé de lui faire du chantage. L’officier a en effet demandé à Abu Shaaban de l’informer au sujet de tous les employés de l’université islamique affiliés au Hamas, juste parce qu’il y travaille en tant que maître-assistant.

Abu Shaaban a essayé de convaincre l’officier qu’il était indépendant et n’appartenait à aucune organisation, mais l’interrogateur était obstiné et cassant : soit Abu Shaaban acceptait de coopérer avec les services israéliens, soit il devrait abandonner l’espoir de poursuivre ses études aux Etats-Unis. Après qu’Abu Shaaban ait repoussé les menaces et le chantage de l’officier, lequel a essayé durant deux heures de le convaincre, il a été jeté hors du bureau et obligé d’attendre deux heures jusqu’à ce que les soldats lui rendent sa carte d’identité et lui ordonnent de retourner à Gaza.

Il y a actuellement 4000 Palestiniens qui étudient à l’étranger mais se languissent de Gaza en raison du siège et du refus des autorités israéliennes de leur permettre de réintégrer leurs universités. John King, directeur de l’UNRWA [United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees] était le premier à faire le rapprochement entre la vie dans la bande de Gaza sous blocus et la réalité d’une prison. Il avait estimé que du point de vue des services fournis, les conditions de vie des détenus en prison sont encore meilleures que celles des Palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza.

Quiconque prend honnêtement en compte les conditions de vie dans Gaza trouvera frappant la ressemblance avec la vie en prison. Ce sont 178 Palestiniens qui sont morts jusqu’à maintenant parce qu’ils ont été empêchés de quitter la bande pour suivre un traitement médical à l’étranger. Rami abdu, porte-parole du Comité Populaire pour la Résistance au Siège, a indiqué au « Weekly » que 30% des patients qu’Israël a empêchés de se déplacer à l’étranger étaient des enfants de moins de 15 ans. Abdu a indiqué également que ce pourcentage n’incluait pas les centaines de malades et de blessés qui ne tentent même pas de quitter Gaza parce qu’ils sont certains que les occupants [Israël] rejetteront leurs demandes.

Farah Said Al-Sawaf, âgée de deux ans, souffre d’une tumeur à son rein droit. Ses parents veulent organiser un voyage à l’extérieur pour qu’elle suive un traitement mais les occupants n’a toujours pas accepté leur demande. La semaine dernière, la mère de Farah a participé à une conférence de presse organisée par les familles des enfants malades qui ont été empêchés de quitter le territoire. En pleurant, elle a demandé, « qui peut supporter tant de douleur ? Qu’est-ce que je peux faire alors que mon enfant meurt dans mes bras ? Seulement quelques heures nous séparent de son destin. »

Le cas de Mohamed Bulbul, lui aussi âgé de deux ans, n’est pas moins tragique. Il a une tumeur à l’estomac et son père explique qu’il doit suivre un traitement de radiologie dans les 10 jours, sinon il mourra.

Pour poursuivre l’analogie, des détenus en prison ne sont en général pas privés de lumière le soir, mais les Palestiniens qui vivent sous le siège dans la bande de Gaza se sont accoutumés à la vie dans l’obscurité quand l’électricité est interrompue pendant des heures. Israël limite la quantité du combustible entrant dans le territoire pour faire fonctionner l’unique station de production d’électricité. Par conséquent toutes les familles palestiniennes passent leurs soirées à la lueur de chandelles ou dans une profonde obscurité.

Dans cette prison, les gens se sont également accoutumés à faire de longues distances à pied à cause de la forte diminution du nombre de taxis qui roulent suite au manque drastique de carburant. N’importe qui se tenant près de la route de Salaheddin, qui relie la bande de Gaza du nord au sud, verra des centaines de personnes marchant à pied comme si elles suivaient un entraînement.

De plus, en raison des marchandises en nombre limités autorisées à entrer, beaucoup de magasins ont fermé leurs portes. Et les magasins qui ont une partie de ce dont les gens auraient besoin en ont réduits à fermer leurs portes tôt à cause du manque de clients — un effet de la détérioration des conditions économiques et de l’incapacité des voitures de rouler par manque de carburant.

Les conditions environnementales dans cette vaste prison se sont sérieusement détériorées en raison de la pollution provoquée par l’utilisation d’huile de cuisine comme carburant pour les voitures suite à la pénurie d’essence. Suleiman Al-Awawdeh, un mécanicien, a indiqué au « Weekly » que la pollution provient de l’incapacité des voitures de consumer entièrement l’huile de cuisine, qui se répand dans l’air en étant pollué avec du gaz oxydé. Les milieux médicaux dans la bande de Gaza ont confirmé que ceci contribuait au développement de maladies cancéreuses. Par conséquent, n’importe qui se déplaçant dans les rues de Gaza notera que beaucoup de personnes portent des masques afin de limiter la quantité de gaz oxydé qu’elles inhalent.

La vie dans cette prison a diminué les espoirs et les ambitions de chacun au point que l’on commence à considérer le minimum pour vivre comme un luxe dont on peut se passer. Osama Abu Sharaf, âgé de 44 ans, vit dans la ville de Deir Al-Balah. La semaine dernière, à l’insistance de ses quatre enfants, il a essayé de trouver un genre de melon qui est connu pour sa douceur. Il a dit au « Weekly » avoir vérifié tous les stands de fruits exposés le long de la section de la route Salaheddin qui relie Deir Al-Balah au camp de réfugiés d’Al-Nuseirat au centre de la bande de Gaza, mais qu’il n’a pas trouvé ce qu’il cherchait. Chaque année à cette saison ces stands sont remplis de ce genre de melons, mais les fournisseurs ont dit à Abu Sharaf qu’il n’en trouverait pas cette année. Ce melon est cultivé dans des serres chaudes dans les zones agricoles le long de la frontière à l’est de la bande de Gaza, près d’Israël. Les bulldozers israéliens ont détruit les serres chaudes, les mettant à terre.

Parmi les implications les plus sérieuses du siège se trouve la détérioration générale des conditions économiques. Maher Al-Taba, directeur des relations publiques à la chambre de commerce palestinienne, indique que les pertes subies par l’économie palestinienne dépassent le milliard de dollars. Un rapport qu’il avait préparé un an auparavant au moment où le siège a été imposé relève que les pertes directes dues à la seule fermeture des postes-frontières commerciaux représentaient environ 360 millions de dollars. Al-Taba indique que le siège a détérioré les secteurs de la production, de l’investissement, du commerce extérieur, de l’agriculture, de l’industrie et d’une façon générale du travail. Cette détérioration a produit des problèmes sérieux sur les plans sociaux et psychologiques, ainsi que sur le plan de la santé et de l’éducation. La décision d’Israël d’annuler les procédures douanières concernant la bande de Gaza a fait s’arrêter les importations directes dans Gaza, privant l’autorité palestinienne de recettes douanières substantielles.

Al-Taba ajoute que la décision israélienne de rouvrir le poste-frontière de Sufa au sud de la bande de Gaza pour l’entrée de l’aide humanitaire, de produits alimentaires, de fruits et de fournitures médicales n’est pas suffisante pour répondre aux besoins du territoire. Le poste frontalier n’est pas équipé pour recevoir des marchandises et dans le passé il a seulement été employé pour le passage de matériaux de construction, alors que le poste frontalier de Karam Abu Salem, à l’est de Rafah, était employé pour les marchandises et les fournitures de base. Al-Taba indique que les postes de Sufa et de Karam Abu Salem peuvent gérer 70 à 100 camions par jour, alors que les besoins quotidiens de la bande de Gaza nécessitent de 150 à 200 camions de marchandises pour simplement répondre aux nécessités de base.

Le siège a également un impact négatif sur les institutions d’enseignement par manque de fournitures scolaires. D’ailleurs, beaucoup de familles palestiniennes sont incapables de payer des frais d’inscription à l’université à leurs enfants ou d’acheter les sacs et uniformes pour l’école. Al-Taba s’attend à ce que cette réalité conduise les enfants et la jeunesse de Gaza « à un profond sentiment d’abandon » et au chômage dans le futur. Selon le Bureau central palestinien de statistiques, approximativement 20% de la jeunesse palestinienne veut émigrer à l’étranger et des milliers l’ont fait en 2006.

La bande de Gaza est considérée comme ayant la densité de population la plus élevée dans le monde. Un million et demi de personnes vivent sur une surface de 365 kilomètres carrés. Même sans blocus ce territoire peut être considéré comme une prison, mais le siège impose sa réalité à tous. Plus qu’une prison, la bande de Gaza est le propre camp de concentration d’Israël.

Du même auteur :

-  Casser les règles du jeu
-  Gaza condamnée à la mort lente
-  Gaza : au-delà du désespoir
-  Une aube nouvelle ?

13 juin 2008 - Al-Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2008/901...
Traduction de l’anglais : Claude Zurbach

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=4583 http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=4583



Vendredi 20 Juin 2008


Commentaires

1.Posté par Lumière le 20/06/2008 15:11 | Alerter
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A défaut d'avoir une justice sur terre ( du moins en attendant de la créer nous même), il y à une justice dans le ciel.

Tous ces traitres, indignes de la condition humaine, qu'il soient directement ou indirectement impliqués dans ces souffrances subiront le retour de flamme qu'ils auront mérité.

Il n'y à pas de hasards et bien malheureux celui qui croit que la vie est tout. Elle n'est rien qu'un test.

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