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Le ghetto palestinien : vers la fin du sionisme ?


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Alain Joxe - Cirpes
Malgré sa victoire écrasante, il faut maintenant définir le danger mortel qui menace Israël dans l’impasse de la paix : sa transformation en plate forme d’essai moderne d’un petit régime militariste enfoncé dans un discours colonial banal qui rend à jamais impossible une réintégration pacifique dans son voisinage et la reconnaissance de ses frontières par l’ONU et l’UE.


fullin13@caramail.com
Vendredi 10 Août 2007

Le ghetto palestinien : vers la fin du sionisme ?

L’impasse stratégique du sionisme

C’est ce bilan qu’à voulu dresser Abraham Burg, ancien directeur de l’Agence Juive et ex-président travailliste de la Knesset, dans son livre intitulé « vaincre Hitler » et dans son interview sur cet ouvrage, publié par Ha’aretz le 11 juin 2007. Cette prise de position fait un bruit considérable comme si c’était une première. En fait, ce n’est pas la première fois qu’Abraham Burg prévoit que le sionisme, insensible au regard du monde extérieur, entraîne Israël dans l’impasse. Fin août 2003 un article de contenu très comparable paraissait en hébreu et en anglais, suivi en novembre 2003 par une interview explicative dans Ha’aretz. Sa critique radicale du sionisme avait donc commencé il y a près de 5 ans et probablement avant. Cette analyse a été ressentie en Israël comme une trahison ; mais on doit plutôt la considérer comme un diagnostic stratégique pertinent, certes pénible à assumer pour les Israéliens.

L’avortement de l’état palestinien

On ne peut que se réjouir, du côté des sionistes de conviction, des succès incessants que remportent, aujourd’hui, les stratégies insidieuses mises en place dans le temps long par l’état israélien pour parvenir à la conquête de toute la Palestine de la mer jusqu’au Jourdain. L’évacuation des colonies israéliennes de Gaza, terminée en septembre 2005, apparaît deux ans après pour ce qu’elle est : le passage d’un régime d’occupation et de colonisation à un siège hermétique. C’est un choix rationnel de regroupement sur la Cisjordanie de toute la colonisation. Les Palestiniens étant incarcérés dans une vingtaine de bantoustans cernés par le Mur ou par les réseaux d’autoroutes reliant les grappes de colonies de Cisjordanie, la représentation pionnière d’une nation sioniste dominant toute la Palestine du mandat paraît triomphante. Un double piège se referme sur la population palestinienne vouée à subir une double guerre : guerre coloniale autour des colonies israéliennes en constante expansion en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et le long du « mur offensif », mais surtout guerre civile à Gaza et en Cisjordanie. Un brillant succès stratégique.

Arafat vivant, on n’avait pas pu obtenir du vieux leader, enfermé dans la Mouqata, qu’il déclenche la guerre civile. L’autorité palestinienne, pensait-on déjà à Washington, devait faire ses preuves de « candidat au grade d’Etat nation », par un succès contre les groupes de résistance. Cette perspective a fait des progrès après l’empoisonnement de Yasser Arafat. Mahmoud Abbas, dit Abou-Mazen, qui fut le co-auteur du document Beilin-Abou Mazen, à la veille de l’assassinat de Rabin, est à son tour nié et écrasé comme tête possible d’un processus de paix. Cet échec total d’Oslo est une des causes du succès du Hamas aux élections. Le Président élu a peu à peu accepté toutes les humiliations sans obtenir la réouverture de négociations ; il a finalement éliminé le Hamas du gouvernement de coalition, préconisé par les accords de la Mecque, détruits par le refus américain, et il s’est lancé dans la répression des mouvements armés du Hamas. Battu à Gaza, il est devenu une espèce de Pétain, réduisant l’Autorité palestinienne et Ramallah au statut d’un Vichy. Gaza majoritairement Hamas, parvenait au statut de Ghetto, entièrement encerclé.

Israël a donc réussi pleinement l’avortement de l’état palestinien, sa destruction avant sa naissance et maintenant son autodestruction.

L’Europe abaissée dans son jugement

Que l’Amérique de Clinton puis celle de Bush ait été amenée à appuyer à chaque étape ce processus de paix devenu progressivement un meurtre collectif, cela se comprend. L’alliance repose sur une connivence quasiment religieuse, la croyance que Dieu lui-même aurait donné la terre d’Israël pour toujours au peuple juif, comme il a donné l’Amérique aux chrétiens protestants du nouveau monde, pour refonder l’humanité en chassant les premiers occupants.

Mais que l’Europe se prête à ces régressions religieuses pathologiques ? Ce n’était pas fatal. L’Europe a dû accepter, à la fin des guerres coloniales de décolonisation, que les empires coloniaux soient morts, par la volonté des peuples. Quelle est cette Europe - à laquelle la France appartient - et qui cependant renonce à mettre fin à cette petite guerre coloniale archaïque ?

C’est l’Europe franco-germanique qui est paralysée sous prétexte de repentance collective. L’Allemagne par son passé nazi ne se sent pas la vocation de mener une action pour modérer l’extrémisme israélien. La France ex-vichyste ou ex-pied noir non plus. Ce passé certes infâme sert à garantir à Israël que ni l’Europe méditerranéenne, ni l’Europe judéo-chrétienne ne puisse se transformer, contre le sionisme radical, en une Europe du droit des peuples et des droits de l’homme. Le droit-devoir d’ingérence, droit naissant, qui fonctionne plus ou moins pour le Darfour s’évapore en Palestine.

Israël vainqueur, mais politiquement impuissant

sraël est donc totalement vainqueur et n’a plus qu’à dicter ses conditions. Malheureusement, il n’a aucune exigence en réserve pour mener l’ennemi vaincu à signer sa capitulation. Il se devait d’exiger des Palestiniens d’adopter un régime démocratique. La démocratie a donné le Hamas, il a fallu donc détruire la démocratie palestinienne pour détruire le Hamas, et le gouvernement Olmert exige, avec l’appui euroaméricain, que le vaincu accepte une vie politique sans démocratie. On ne peut pas demander au peuple vaincu, en droit - sauf en droit colonial - d’accepter une domination militaire permanente sans révolte, et d’accepter un régime d’oppression comme une paix, une acceptation, sans compensations de toutes les pertes subies : perte du territoire, perte de l’identité, perte de l’honneur, perte de la démocratie : à ces ghettos assiégés où l’on a presque détruit toute vie économique et politique, le temps de paix n’offre qu’un avenir concentrationnaire.

Ce succès marque donc le sionisme intégriste d’un sceau d’infamie, que la culture judéo-chrétienne tout entière doit aujourd’hui ou demain rejeter et renier, précisément en mémoire des victimes de la Shoah. Si Israël ne change pas, c’est à dire s’il ne renonce pas à créer une relation coloniale d’apartheid, il deviendra le lieu d’une expérimentation en vraie grandeur, le prototype impérial d’un régime néo-fasciste urbain, local, moderne, sécuritaire, triomphant par le panoptique électronique et l’assassinat ciblé.

Pour sauver le peuple israélien qui n’a pas mérité ce sort médiocre, on doit montrer comment ce sionisme fascisant et ses partisans aux Etats-Unis et en Europe ne peut qu’entraîner Israël dans une chimère stratégique, néfaste pour la paix.


Alain Joxe, sociologue et spécialiste des questions stratégiques, est directeur d’études en sciences sociales et président du CIRPES (Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d’études stratégiques).

Alain Joxe - Cirpes, Le débat stratégique n° 92, le 6 août 2007

Info Palestine


Vendredi 10 Août 2007

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