Géopolitique et stratégie

Le général Balouevski contre la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice



La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a fait part de son étonnement et de son incompréhension après les sévères critiques de Moscou à l'égard des projets américains de déployer un troisième ligne de missiles intercepteurs ABM en Pologne ainsi que des radars d'alerte en République tchèque. "Dire de telles choses sur la Pologne et la République tchèque, qui sont des Etats indépendants, membres de l'OTAN, était me semble-t-il inutile et non fondé", a déclaré Condoleezza Rice à la chaîne de télévision Fox News. "En ce qui concerne le système ABM, a-t-elle poursuivi, aucune personne compétente n'ira affirmer que le déploiement de dix missiles intercepteurs en Pologne peut d'une manière ou d'une autre représenter une menace pour le millier d'ogives de l'arsenal de dissuasion russe." Et d'ajouter que l'administration Bush aurait même "voulu développer la coopération avec les Russes dans le domaine de l'ABM".


Victor Litovkine
Jeudi 1 Mars 2007

Le général Balouevski contre la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice
Victor Litovkine, RIA Novosti






L'interview de la dame de fer du département d'Etat américain était destinée à un public apparemment peu au fait de la nature même de la question. Mais Madame Rice devait savoir que Moscou a maintes fois déclaré à ses hôtes de Washington qu'aucun argument sérieux ne pouvait justifier le déploiement d'éléments du système ABM américain en Europe de l'Est. A l'exception d'un seul : le désir des généraux du Pentagone et de leurs protecteurs de la Maison Blanche de nuire au maximum au partenariat russo-américain. Et, par la même occasion, de brouiller la Russie avec ses voisins occidentaux, d'engager un nouvel épisode de la course aux armements. C'est d'ailleurs ce qu'a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a souligné que Moscou ne comprenait pas la décision américaine.



Il y a des gens qui, à Moscou, connaissent bien le système de la défense antimissile. Comme le commandant des troupes de missiles stratégiques, le général Nikolaï Solovtsov, qui a déclaré que "Si la Pologne et la République tchèque prennent la décision (d'installer sur leur sol des éléments de l'ABM américaine – NdlR), les troupes de missiles stratégiques seront en mesure d'avoir aussi ces objectifs en ligne de mire". Il a reçu le soutien du général Youri Balouevski, chef de l'état major général des forces armées de la Russie. Ce dernier a lui aussi maintes fois déclaré qu'une telle initiative, de la part des Etats-Unis, était susceptible de détériorer les relations entre les deux pays, que la Pologne devait réfléchir sérieusement à ce qui pourrait "lui tomber sur la tête au cas où". Il n'a pas caché la déception que suscitent, chez lui, les projets américains dans une interview récemment accordée au journal gouvernemental Rossiïskaïa gazeta.



"Nous sommes inquiets, a-t-il dit, des conséquences entraînées par l'interception de missiles balistiques à proximité de nos frontières ou même au dessus de notre territoire. Ce sont des situations tout à fait probables dans la mesure où il est pratiquement impossible de détruire totalement un missile balistique équipé d'armes de destruction massive ou d'une charge nucléaire, sans conséquences pour l'atmosphère ou la surface de la terre. Si les Tchèques ou les Polonais n'ont rien à objecter, au nom de la défense de leur "allié lointain" à la chute sur leur sol des dangereux débris d'un missile détruit, les citoyens de la Russie se posent une question légitime : pourquoi devraient-ils être les otages de cette situation ? Pourquoi des étrangers à cette situation devraient-ils en subir les conséquences ?"



"Le déploiement d'éléments ABM a proximité des frontières de la Russie, a ajouté le général Balouevski, ne peut être perçu par nous comme une initiative amicale de la part des Etats-Unis et de leurs alliées est-européens au sein de l'OTAN. L'accroissement du potentiel militaire à proximité des frontières de la Russie ne contribuera pas, j'en suis convaincu, au renforcement de la sécurité européenne."



Nous ne reviendrons pas sur les propos tenus par Condoleezza Rice même s'il faut rappeler que la coopération russo-américaine dans le domaine des systèmes ABM est freinée par la faute de l'administration américaine. Elle ne veut pas reconnaître le droit intellectuel russe à telle ou telle construction du système. Ce qui rend vaine toute discussion sur la "coopération".



Voyons plutôt les commentaires qu'a suscités, chez les militaires américains, l'inquiétude des généraux russes. Renversant les faits, ils affirment maintenant qu'après les menaces proférées par le commandant des troupes de missiles stratégiques et le chef de l'état-major général des forces armées russes à l'encontre de la Pologne et de la République tchèque – même s'il ne s'agissait pas de menaces mais simplement d'une mise en garde – "Varsovie et Prague doivent obligatoirement, maintenant, déployer sur leur sol les systèmes ABM afin de se protéger des missiles russes." C'est ainsi, tel quel.



Ce ne seraient pas les projets de Washington d'installer une arme déstabilisante aux frontières de la Russie qui auraient suscité les explications des généraux de Moscou, mais ce seraient les déclarations des généraux russes qui nécessiteraient maintenant de déployer des systèmes antimissile en Pologne et en République tchèque. On n'a pas fini de s'étonner de l'art avec lequel les politiciens jonglent avec les mots, substituent les concepts les uns aux autres, utilisent une géométrie variable et ne reculent même pas devant le mensonge, comme ils l'ont fait à propos des "armes irakiennes de destruction massive".


Jeudi 1 Mars 2007

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