Propagande médiatique, politique, idéologique

Le foulard, le Oui-Non à la Turquie, et la surprise du chef



iyad@tele2.fr
Lundi 15 Décembre 2008

Le foulard, le Oui-Non à la Turquie, et la surprise du chef


 

Et si ce qu’on appelle le foulard islamique était la cause pour laquelle un groupe de députés de la majorité présidentielle se mobilisait à faire du lobbying en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’UE ?

 

Comment ça? Impossible, me diriez-vous, c’est plutôt l’inverse. Bon, en théorie vous avez peut-être raison, mais voilà comment les choses se présentent.

 

Il s’avère qu’un certain nombre de nos honorables députés, essentiellement de l’UMP, mènent la lutte tambour battant, sous le drapeau de la laïcité de combat et d’exclusion, pour plus de loi contre toute visibilité de ce terrible foulard islamique dans l’espace public, ou dans l’espace tout court, en dehors peut-être des tours HLM, ou exceptionnellement pour nos mères, quand, pour nourrir leurs familles, elles n’hésitent pas, avec leurs foulards, à travailler comme femmes de ménage, ou agents d’entretien selon la terminologie moderne, pour le bien-être de nos cadres dans nos entreprises, voire même dans nos administrations publiques, à l’heure où les bureaux commencent à se vider et que ces foulards ne sont pas très visibles.

 

Ces représentants du peuple, ont beau chercher, ils ne trouvent pas suffisamment d’alliés, ou de modèles à suivre auprès de leurs homologues de l’Union Européenne, et encore moins chez nos amis de l’Amérique du Nord. Ils ne trouvent pas assez de partisans pour un système qui régit tout par des lois qui passent et qui cassent. La France semble faire cavalier seul !

 

A l’instar d’une équipe de foot qui va payer le prix fort pour s’offrir les services d’un joueur « étranger » talentueux et expérimenté afin de renforcer ces lignes et gagner, ces députés n’hésitent pas à faire l’inconcevable en se tournant vers l’Orient pour faire l’éloge de la Turquie. Les fidèles généraux turcs gardiens de l’héritage d’Atatürk, sont tout d’un coup devenus les meilleurs alliés et exemples à suivre pour renforcer la ligne d’attaque de cette équipe de députés.

 

Mais qu’est qu’on mijote, quels sont les faits ?

 

Le 22 juillet 2008, un groupe d’attaque de 65 députés dont 63 du groupe UMP et 2 du Parti Radical de Gauche du groupe SRC (Socialiste, Radical, Citoyen et divers gauche), a enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale une proposition de loi 1080 « visant à interdire le port de signes ou de vêtements manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, politique ou philosophique à toute personne investie de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou y participant concurremment ».

 

L’intitulé ne parle pas clairement de l’ennemi à abattre, mais personne n’est dupe, alors le groupe d’attaque décide d’abandonner la langue de bois et va directement au but dans l’exposé des motifs. Il y fait l’éloge de la loi du 15 mars 2004 applicable aux écoles, collèges et lycées publics, tout en regrettant qu’elle n’a pas été étendue aux « universités publiques comme c’est le cas notamment en Turquie » (remarquez le ‘notamment’, car en dehors de la Turquie, présumée démocratique, notre groupe d’attaque n’a pas d’autre exemple).

 

L’exposé continue pour apporter plus de clarté : « En effet, au sein de cette république peuplée à 99 % de musulmans, le voile islamique est interdit dans toutes les universités au nom du principe constitutionnel de laïcité de l’État. La Cour constitutionnelle turque est d’ailleurs garante du strict respect de ce principe ».

 

Oublions donc l’intitulé qui parle pêle-mêle de tous les signes d’appartenance religieuse, politique ou philosophique, la cible est bien désignée, c’est « le voile islamique ». Le reste est là pour faire de la figuration et se donner bonne conscience.

 

D’autre part notre groupe d’attaque prend soin de rappeler le rôle important de la cour constitutionnelle turque. C’est tout simplement un signal à l’adresse de notre court constitutionnelle, à nous en France, c.-à-d. le Conseil d’Etat, pour lui dire qu’il était responsable du retard de la France par rapport à la Turquie, depuis qu’il a commis l’erreur de déclarer dans son avis du 27/11/1989 que le port de signes religieux n'était pas en soi incompatible avec le principe de laïcité, sauf si c'était un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande.

 

Et pour montrer sa détermination et sa rage contre le laxisme inadmissible de nos sages et nos institutions, le groupe d’attaque s’en prend à la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) qui a commis un sacrilège en donnant « raison à des mères d’élèves qui s’étaient vues refuser la possibilité de participer aux activités pédagogiques parce qu’elles arboraient le voile islamique ».

 

On le sait, nul n’est prophète en son pays. Dans cette situation catastrophique où notre Conseil d’Etat et notre HALDE ne donnent pas satisfaction à ce groupe d’attaque, il faut aller chercher la preuve ailleurs pour démontrer la justesse de son combat. C’est l’état turc, c’est la cour constitutionnelle turque et ce sont les généraux turcs qui veillent.

 

Qu’est ce qui anime ce groupe d’attaque ?

 

Il est intéressant pour mieux comprendre le profil intellectuel et les motivations de ce groupe, de constater que quelques joueurs principaux faisaient déjà parti des 40 députés UMP, signataires d’une lettre adressée à Jacques Chirac le 5 mai 2006 pour abroger l’article 2 de la loi Taubira sur l’esclavage. Article qui précise que « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent ».

 

Ces élus invoquaient comme motif « le souci d’égalité de traitement ». Par conséquent, puisqu’on a supprimé, sur intervention de Jacques Chirac, l’article 4 de la loi du 23 février 2005 qui évoquait le rôle positif de la colonisation française, on devrait faire de même en ce qui concerne l’esclavage. Autrement dit, si on ne peut pas faire l’éloge de la colonisation, on ne doit pas condamner la traite négrière !

 

Autre élément intéressant et paradoxal, vu l’admiration exprimée par notre groupe d’attaque à l’égard de l’état turc, c’est que d’autres joueurs de ce même groupe, dont certains sont à tous les combats, étaient aussi parmi les 43 députés (42 UMP et 1 UDF) signataires d’une autre lettre à Jacques Chirac le 23 septembre 2005 pour exprimer leur farouche opposition rien qu’à l’ouverture des négociations avec la Turquie en vue de son adhésion à l’UE.

 

Pas besoin de répéter leurs arguments chocs, on les connaît. A les croire sur parole, on a plus l’image d’un état turc guerrier, agressif et oppresseur qu’un modèle de respect des droits de l’Homme dont on peut s’inspirer. Mais bon, pour en finir avec ce foulard, nos vaillants députés peuvent faire exception ! Après tout, comme dit notre ministre de l’ingérence humanitaire : « Il y a contradiction permanente entre les droits de l’Homme et la politique étrangère d’un Etat, même en France ».

 

Et si les plus ultras des laïcs turcs mettaient de l’eau dans leur vinaigre ?

 

Ah non, pourvu que cela n’arrive jamais, dirait notre groupe d’attaque, car alors tout le plan risquerait de s’affaiblir, voire de s’écrouler. Mais comme dit le proverbe, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et il semble que les plus opposés au foulard islamique parmi les hommes politiques turcs sont en train d’opérer un virage à 180 degrés.

 

Souvenez-vous, en début 2008, l’AKP, le Parti Justice et Développement au pouvoir en Turquie, a essayé de passer un amendement constitutionnel pour lever l’interdiction sur le foulard islamique dans les universités. Cet amendement a été annulé par la cour constitutionnelle turque suite au recours déposé par le CHP, le Parti Républicain du Peuple, le parti fondé par Atatürk en personne.

 

Or voilà que Deniz Baykal, le chef du CHP, crée l’événement en Turquie par un geste et des déclarations inattendues en faveur du foulard islamique, comme le rapporte le journal turc Today’s Zaman. Lors d’une cérémonie organisée par le CHP le dimanche 16 novembre à l’honneur des nouveaux membres du parti, Deniz Baykal a honoré des femmes avec le foulard ou en tchador (un vêtement qui couvre tout le corps de la tête aux pieds en laissant le visage découvert), en déclarant « Nous nous mettons en route main dans la main avec des gens ne se sont pas mis ensemble auparavant. Nous démarrons avec tous les hommes et les femmes – toutes, qu’elles couvrent leurs têtes ou qu’elles ne les couvrent pas ». Et il ajoute « Il n’est pas juste de pratiquer une discrimination contre les gens à cause de ce qu’ils portent. Il n’est pas juste de faire des jugements à leur égard en se basant sur leurs vêtements ».

 

Ce changement de la position de Baykal a provoqué des critiques au sein même de son parti, mais deux jours plus tard, devant son groupe parlementaire, il persiste et il signe : « Ces gens pratiquent ce qu’elles croient. Elles respectent et elles aiment la nation et l’honnêteté ; après avoir bien réfléchi à tout cela, elles nous ont rejoint », rapporte Today’s Zaman.

 

D’autres députés du CHP, qui, rappelons le une nouvelle fois, est le parti qui était le plus opposé à toute visibilité du foulard dans l’espace public, ont apporté leur soutien à leur chef. Ainsi, selon le même article de Today’s Zaman, le député CHP d’Izmir déclare : « Il n’y a rien d’étrange dans cette initiative. Les femmes anatoliennes ont largement contribué au salut de notre pays et à la fondation de la République. Il y avait des femmes qui couvraient leurs cheveux et celles qui ne les couvraient pas ».

 

Deux autres responsables du parti affirment : « Ceci ne devrait pas être considéré comme une nouvelle initiative.  Ces femmes [couvertes] viennent vers nous et disent que le CHP est leur parti. Nous ne pouvons pas leur dire de ne pas venir, en déclarant que nous n’aimons pas leurs vêtements ».

 

La controverse n’est pas finie et les commentaires vont de ceux qui assurent la sincérité de la nouvelle position de Baykal et du CHP, et d’autres qui disent que ce n’est qu’un coup médiatique à l’approche des élections locales en mars 2009 en Turquie. Mais quoi qu’il en soit, le virage est entamé, et c’est un début de rapprochement qui permettrait, bon gré mal gré, de mieux se comprendre.

 

Voilà où nous en sommes !

 

La proposition de loi 1080 attend son inscription à l’ordre du jour à notre Assemblée Nationale ou au Sénat pour être discuté, auquel cas c’est de nouveau la communauté musulmane qui sera stigmatisée en France. Ce sera la création de nouvelles tensions et le renforcement des murs d’incompréhension, de méfiance et de soupçons.

 

Mais, peut-on espérer que ce qui vient de se passer en Turquie pourrait servir de leçon ? Une leçon pour nos députés qui devraient se rendre compte de la singularité de leur position rigide contre le foulard, en Europe et dans le monde occidental, et accepteraient de faire un effort pour régler les incompréhensions par le dialogue et non  pas par des lois d’exclusion. Et une leçon pour nous, musulmans et musulmanes, afin de persévérer dans nos efforts d’implication dans la vie publique dans tous ces aspects, en songeant à la fois à l’intérêt de notre petite communauté musulmane, et à l’intérêt de notre grande communauté nationale française. Tôt ou tard, cette implication politique, économique et sociale créera les conditions qui nous obligeront, à nous tous, citoyens de la France, de nous tendre la main les uns aux autres.

 



Lundi 15 Décembre 2008


Commentaires

1.Posté par Roland le 15/12/2008 22:00 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Et Marguerite Youcenar, si jamais elle vivait encore et venait faire une conférence qu'est-ce qu'on fait ? on la fout dehors ?

2.Posté par bledmiki-99 le 16/12/2008 01:26 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Moi ce que je ne comprends pas à cette loi qui dit," tout objet qui montre l'appartenance à une religion ou un parti politique est interdit dans un espace public, sauf si cet objet est discret ".Evidemment, l'objet le moins discret est bien le foulard islamique. Donc si l'on porte une petite croix, ou une petite étoile de David avec un décoleté ou une chemise à col ouvert ce n'est pas interdit, et pourtant on voit l'objet.La encore on ne parle que pour les éléves. Mais quand je vois une chroniqueuse sur une chaine public qui s'est toujours habillée en décolté très bien ouvert avec au beau milieu l'étoile de David. J'aimerais bien qu'on m'explique, ce deux poids et deux mesures.

3.Posté par DG le 16/12/2008 09:17 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

« visant à interdire le port de signes ou de vêtements manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, politique ou philosophique à toute personne investie de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou y participant concurremment ».

Je crois que c'est suffisement censé pour que la communauté musulmane ne se sente pas de jouer l'objet de victimisation d'un principe constitutionnel qui considère le religieux du domaine privé . Une charge, une fonction publique demande le respect d'une neutralité de principe , ne serait ce qu'en vertu des lois et valeurs républicaines qui traite(tant faire se peu) le citoyen dans un souci d'égalité , et non en vertu de son appartenance ou ses convictions religieuses .

Cela est trés bien

4.Posté par Aigle le 16/12/2008 10:46 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Les principes c'est tres bien , parfait meme !! DG ...sauf que Bledmiki 99 DANS SON POST 2 RELEVE COMME UN......exemple , disons ................parlant ...non ?? .......

5.Posté par Aigle le 16/12/2008 10:50 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

DE toutes facons , nous l'avons dit et repeté , preuves à l'appui , la Turquie ne sera jamais admise a l'UE meme si ses dirigeants ( pas son peuple ) acceptaient , pour cela ,de renier publiquement leur religion musulmane

6.Posté par samos le 16/12/2008 14:33 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Je désapprouve totalement la vision de DG, je pense que des personnes comme elles sont dangereuses pour le principe de liberté surtout individuelle.

Premièrement, son discours s'inscrit dans une vision tronquée de la société vous parlez de communauté pour commencer alors que votre discours se veut orienter sur le principe de citoyenneté.


Ensuite, ces citoyens ne joue pas les victimes, beaucoup ont renoncé au foulard à l'école et pour ceux qui ne l'acceptent pas ils le revendiquent. Ils n'ont pas à être d'accord avec tel ou tel décision. Il applique ce que l'on appelle en France leur esprit critique ou esprit citoyen, après à eux de trouver les bons arguments.

Si nous suivons ce principe, peut être demain le fait de porter tel ou tel tee-shirt ou jupe que sais je pourrait se révéler être un crime ou une infraction.

Pour moi cette loi institue une normalité qui ne devrait pas être. La normalité n'existe pas, elle est le fruit de l'imaginaire.Le citoyen n'est pas un; en France si je ne me trompe point, les trois quarts n'étaient pas français il y a 3 générations.

Nous devrions tous nous mobiliser pour faire valoir le droit à chacun de s'habiller comme il l'entend. Cette décision est politique et liberticide. Elle est orienté pour créer des tensions entre citoyens de différentes obédiences et aiguiser les rivalités au sein de la société. Je trouve cet exercice plus que mesquin de la part de notre classe politique.

La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. et un autre proverbe que j'aime beaucoup: "L'écureuil a beau être petit, il n'est pas l'esclave de l'éléphant".
Dans le fait d'édicter aux hommes et aux femmes de ce pays un accoutrement qui serait illégale est liberticide.

7.Posté par samos le 16/12/2008 14:39 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

J'ai relevé quelques erreurs d'orthographe dans mon texte et j'aimerais corriger.
Ils appliquent ce que l'on appelle en France leur esprit critique ou esprit citoyen, après à eux de trouver les bons arguments.

Elle est orientée pour créer des tensions entre citoyens de différentes obédiences et aiguiser les rivalités au sein de la société.

Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires