Politique Nationale/Internationale

Le fossé entre les Etats-Unis et les monarchies du golfe Persique

La méfiance


Alors que la tension persiste toujours, entre l'Iran et les Etats-Unis au sujet de l'affaire nucléaire iranienne, l'administration américaine a fait des propositions aux monarchies du golfe Persique, comme tel était le cas, il y a 15 ans, avant le déclenchement de la première guerre du golfe Persique, pour les pousser à soutenir la politique de Washington, vis-à-vis de l'Iran et de son dossier nucléaire. "Achetez des armes américaines d'une valeur des milliards de dollars et les Etats-Unis vous protègent contre vos ennemis. »



IRIB
Lundi 31 Juillet 2006

 Le fossé entre les Etats-Unis et les monarchies du golfe Persique





Hamshari diplomatique

Ecrit par Tertia Parsi, spécialiste des questions du Moyen-Orient



Mais, aujourd'hui, les monarchies du golfe Persique ne désirent pas mettre leur sécurité entre les mains des Etats-Unis. Eu égard de la dépendance grandissante de la Chine envers le pétrole et compte tenu de l'émergence de la puissance irréversible de l'Iran, les Arabes cherchent, actuellement, à trouver une alternative aux Etats-Unis.

Après la fin de la guerre du golfe Persique, il y a 15 ans, les Etats-Unis se trouvaient dans une position extraordinaire pour définir la structure sécuritaire de la région. A cette époque-là, le Conseil de Sécurité de l'organisation des Nations Unies avait émis la résolution 598, qui mettait un terme à la guerre entre l'Iran et l'Irak et mandatait le Conseil de s'occuper, avec les autres pays de la région, de la question de la sécurité dans la région du golfe Persique.

Cependant, les Etats-Unis avaient conditionné la poursuite de leur présence dans le bassin persique à ce que les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe Persique sollicitent l'aide et la protection militaire des Etats-Unis, pour faire face aux menaces extérieures, telles que l'Iran et l'Irak.

L'administration Bush était inquiète du fait que le mécanisme ad hoc sur le plan de sécurité avec la présence de l'Iran, puisse réduire la dépendance des pays arabes vis-à-vis de Washington et renforcer l'influence des dirigeants iraniens dans la région, et édulcorer et affaiblir ainsi la présence militaire des Etats-Unis dans la région du Golfe persique.

Après la défaite de l'Irak dans sa guerre contre l'Iran, Téhéran a trouvé l’occasion pour changer sa position face aux Etats-Unis. Pour cette même raison, l'Iran a tenté d'œuvrer à la mise en place d'un mécanisme commun de sécurité afin de mettre un terme à l'insécurité dans la région du golfe Persique qui recèle d'immenses réserves d'énergie. Ceci dit, les Etats-Unis ne sont pas restés bras croisés, en définissant ainsi les options à adopter par le Conseil de Coopération du Golfe Persique : l'ordre moyen-oriental avec l'Iran ou l'ordre arabe avec les Etats-Unis. Pour isoler l'Iran, les Etats-Unis ont proposé aux pays membres du Conseil de Coopération du Golfe Persique des accords bilatéraux de sécurité et un mécanisme ad hoc sur le plan de sécurité. Les pays arabes au lieu de renforcer la sécurité de la région par l'adoption des mesures de confiance et le renforcement de la diplomatie, se sont armés jusqu'aux dents, grâce à l'aide des Etats-Unis, sous prétexte de faire face à " la menace de l'Iran".

Les dépenses militaires des pays arabes sont très supérieures à celles de l'Iran. A titre d'exemple, les dépenses militaires des Emirats Arabes Unies avec une population de 2,6 millions d'âmes sont trois fois plus que celles de l'Iran avec une population d'environ 65 millions de personnes. L’équipement militaire des pays arabes de la région a suscité le sentiment d'insécurité en Iran, et c'est ainsi que l'insécurité s'est établie sur les deux bords du golfe Persique.

15 ans plus tard, les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe Persique sont, pour l’heure, le grand perdant d'un tel mécanisme, surtout avec le renforcement de l'influence iranienne et la consolidation de sa position dans la région.

Sous le parapluie sécuritaire des Etats-Unis, cette région est similaire à l'Europe entre les deux guerres mondiales, où faisaient loi l'insécurité grandissante, la concurrence négative et la confusion.

L'absence d'un mécanisme sécuritaire renforce les prévisions sur la guerre et l'insécurité dans l'avenir. Les pays arabes se trouvent actuellement devant un mécanisme de sécurité, un défi, par leur allié, c'est-à-dire les Etats-Unis, envers lesquels, ils n'ont aucune confiance. L'attaque américaine contre l'Irak a intensifié le climat anti-américain dans la région, et c'est ainsi que l'alliance des pays arabes avec les Etats-Unis sur le plan de sécurité a été, vivement, contestée à l'intérieur des pays arabes. De même, le scénario cauchemardesque des Arabes, c'est-à-dire la perspective d'une confrontation entre les Etats-Unis et l'Iran, qui aura des impacts considérables sur toute la région, ne cessent, même un seul instant, de hanter ces pays.

Dans une telle conjoncture, l'administration Bush cherche, de nouveau, à convaincre les pays arabes du golfe Persique à se procurer, davantage, d’armes auprès des Etats-Unis pour créer un équilibre des forces face à la puissance grandissante de l'Iran. Dans le même droit fil, le sous Secrétaire d'Etat américain pour le contrôle d'armements et la sécurité internationale a visité, tout récemment, l'Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, Bahreïn, le Sultanat d'Oman, pour les encourager à mettre en place un système sophistiqué de défense balistique, dans la région.

Les forces et les éléments géopolitiques sont allés au détriment des Arabes. C'est pourquoi, d'autres options sont, actuellement, en cours d'examen. Récemment, les dirigeants arabes sont sortis de leur tradition et ont soutenu l'idée de la mise en place d'un mécanisme de sécurité collective dans la région, avec la présence de l'Iran. Les Arabes sont, très particulièrement, mécontents du refus des Etats-Unis d'engager un dialogue direct avec l'Iran. "Lorsqu'il n'existe pas un dialogue direct, comment peut-on trouver une solution? " Le dialogue direct entre toutes les parties est important", a affirmé, dans une conférence de presse, le numéro 2 du Ministère omanais des Affaires étrangères, Seyyed Badr Ben Hamad Ben Hamoud. En 2004, au cours d'une réunion, à Bahreïn, du Conseil de Coopération du Golfe Persique, le Ministre saoudien des Affaires étrangères, a déclaré qu'il faut travailler à la mise en place d'un nouveau cadre solide pour la sécurité du golfe Persique et à mener une action urgente dans ce sens". De l'avis du chef de la diplomatie saoudienne, ce mécanisme de sécurité doit aller au-delà des pays riverains du golfe Persique et s'étendre à des pays comme le Yémen, l'Iran et l'Irak. Au cours son intervention, le Ministre saoudien des Affaires étrangères a considéré le Yémen comme un pays prospère, l'Iran comme un pays ami et l'Irak comme un pays stable. Il a souligné, au cours de son intervention, que non seulement les Etats-Unis en tant qu'une grande puissance, mais aussi la communauté internationale devra donner des garanties pour la sécurité de la région. Au cours des réunions formelles et informelles, les responsables arabes ont demandé à leurs interlocuteurs chinois de jouer un rôle plus actif dans la région du golfe Persique, car ils estiment que la présence chinoise est nécessaire pour créer une sorte d'équilibre face aux Etats-Unis. Les Arabes croient que l'importance géopolitique de la Chine va en se développant, considérablement, dans les décennies à venir, en raison de la forte demande d'énergie de la Chine et de l'Inde. Pour l'instant, la région du golfe Persique assure 26% du pétrole du monde et cela augmentera à 32% jusqu'en 2025. En raison de la forte dépendance des pays asiatiques envers le pétrole de la région du Golfe persique, la Chine, le Japon et l'Inde se montrent très intéressés à assurer la sécurité de cette région et à en protéger les ressources d'énergie. Ces pays ne désirent pas mettre lancer un défi aux Etats-Unis, mais il est difficile, pour eux, en tant que géants asiatiques, d'être dépendants vis-à-vis des Etats-Unis, en ce qui concerne la stabilité de la région. On peut, donc, en déduire que, les forces et les éléments géopolitiques liés aux questions sécuritaires avancent dans la région du golfe Persique de manière à ne plus être sous le contrôle des Etats-Unis. Il reste maintenant à savoir comment les autorités américaines vont-elle réagir à ces évolutions ?

L'approche actuelle qui consiste à créer des bases militaires américaines, en Irak et à mettre en place un mécanisme de sécurité et qui n'est pas tellement souhaité par les Arabes, accroît le fossé entre les Etats-Unis et les monarchies du golfe Persique.


Lundi 31 Juillet 2006


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