Politique Nationale/Internationale

Le dossier nucléaire iranien et le G8


Il n'est pas exclu que le G8 lui aussi puisse s'attaquer au dossier nucléaire iranien.


Jeudi 27 Avril 2006



Par Piotr Gontcharov, commentateur politique de RIA Novosti



La sécurité énergétique sera le thème numéro un du sommet du G8 programmé en juillet à Saint-Pétersbourg. De l'avis général des participants à la conférence internationale "La sécurité énergétique et le G8" tenue il y a quelques jours à Moscou, le forum de Saint-Pétersbourg se penchera aussi sur ce problème cardinal qu'est celui de la non-prolifération des technologies nucléaires, et pas autrement qu'en articulation sur le programme nucléaire iranien.

A ce jour le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ne fournit aucune réponse explicite à la question de savoir si le programme nucléaire iranien sort ou non du cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNPAN). L'AIEA ne dispose pas de preuves directes de l'existence d'une "composante militaire" dans le programme nucléaire iranien. Mais d'un autre côté rien ne permet d'affirmer que Téhéran n'a jamais nourri le désir de posséder son propre armement atomique en utilisant pour ce faire les technologies nucléaires acquises. C'est dans cela que réside le danger du problème iranien (iranien pour le moment mais peut-être pas toujours), qui pourrait dégénérer en conflit armé aux conséquences imprévisibles.

Le sommet du G8 trouvera-t-il une formule acceptable pour régler le problème, c'est-à-dire d'un côté assurer le régime de non-prolifération, comme l'exige le TNPAN, et, de l'autre, permettre l'accès des pays émergeants aux technologies nucléaires civiles, comme le demande le même document? L'exemple de l'Iran montre que ce problème n'a jamais été autant actuel qu'aujourd'hui.

Pour les experts, la solution de ce problème est possible dans le cadre de la mise en oeuvre de l'initiative russe exposée par Vladimir Poutine et consistant à créer des centres internationaux qui offriraient des prestations en matière de cycle du combustible nucléaire. Ces sites pourraient éliminer les contradictions recélées dans le TNPAN tout en garantissant l'approvisionnement des consommateurs de combustible nucléaire. A propos, à l'époque l'Iran avait été le premier pays confronté à l'absence de telles garanties et, selon Téhéran, c'est ce qui l'a incité à créer son propre cycle d'enrichissement d'uranium.

Exception faite de certains cas juridiques relevant de l'interprétation et qui peuvent très bien être éradiqués, la portée de l'initiative russe a bien été perçue par les participants à la conférence de Moscou. Mais ce n'est pas là le plus important.

Aux Etats-Unis aussi on pense que le programme nucléaire de l'Iran doit être l'un des thèmes majeurs du sommet du G8. Qui plus est, en développement de la proposition russe, Washington suggère de constituer des "stocks gouvernementaux d'uranium enrichi" sous contrôle de l'AIEA, ce qui serait une garantie supplémentaire d'approvisionnement des utilisateurs de combustible nucléaire. L'unanimité semblait ainsi s'être faite, il était devenu possible d'envisager un règlement du problème iranien sans recourir aux sanctions, sans déjà parler des solutions musclées. Mais non. Washington n'accepte pas le moratoire provisoire iranien sur l'enrichissement d'uranium, il exige un moratoire total et de durée indéterminée, ce que Téhéran refuse catégoriquement. Existe-t-il une issue à cette impasse?

Etant donné qu'il y a tout lieu de penser que Washington et Téhéran camperont sur leurs positions, il serait illusoire de miser sur un compromis. Téhéran continue d'invoquer son droit d'enrichir l'uranium, sachant pertinemment qu'il s'agit non pas du droit en général, mais de la restauration de la confiance de la communauté internationale (en la personne de l'AIEA) vis-à-vis du programme nucléaire iranien. Washington entend préparer un projet de résolution pour le Conseil de sécurité de l'ONU, qui obligerait l'Iran à mettre un terme à son programme nucléaire. Le représentant permanent des Etats-Unis à l'ONU, John Bolton, a déjà déclaré qu'en ce qui concerne l'Iran le Conseil de sécurité allait avancer "pas à pas".

Evidemment, beaucoup dépendra du rapport du directeur général de l'AIEA sur le programme nucléaire iranien, qui devrait être établi avant le 28 avril au Conseil de sécurité de l'ONU. Tout indique que cette fois encore dans le rapport de Mohammed El-Baradei il n'y aura aucune preuve directe permettant de dire que le programme nucléaire iranien comporte ou non une "composante militaire". Il est peu probable que le "vieux renard" assume la responsabilité personnelle de prononcer un verdict en la matière sans en avoir préalablement examiné tous les détails avec les gouverneurs de l'AIEA. Selon toute probabilité, invoquant le régime de force-majeure imposé pour la préparation du rapport et le manque de temps, Mohammed El-Baradei proposera d'achever sa version définitive pour la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs programmée pour le mois de juin. Le document arriverait donc à point nommé la veille du sommet du G8. Cette solution arrangerait bien du monde: Téhéran, Moscou, Pékin et même la troïka européenne (France, Allemagne et Grande-Bretagne) qui mène des négociations avec l'Iran. Sauf Washington, évidemment.

Mais ce sera là la dernière concession de l'AIEA à Téhéran, ce que le G8 sera peut-être contraint d'annoncer.


Ria-Novosti


Jeudi 27 Avril 2006

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