Politique Nationale/Internationale

Le deux poids deux mesures politique – un danger pour la sécurité des hommes


Le deux poids deux mesures politique – un danger pour la sécurité des hommes
par Hans Christoph von Sponeck, Secrétaire général adjoint de l’ONU à la retraite

Etre libéré de la peur et de la pauvreté constituent le fondement de la sécurité des hommes. Depuis la prétendue fin de la guerre froide, les Nations unies attirent l’attention sur ce point. Au début des années 1990, on espérait la fin irrévocable de la peur et les dividendes de la paix. On espérait aussi la fin de la pauvreté. L’objectif était de vaincre la sous-alimentation, les maladies, la crise de l’enseignement et les inégalités.


Mardi 2 Janvier 2007

Le deux poids deux mesures politique – un danger pour la sécurité des hommes
Depuis, la mondialisation a considérablement progressé et avec elle la conscience que seule une minorité de la population mondiale jouit des bienfaits de la liberté. La majeure partie de l’humanité, au bas de l’échelle, dispose de moins d’un euro par jour et par personne pour essayer de survivre, et n’y parvient souvent pas.

Cette transparence mondiale de la réalité des grandes inégalités face à la survie est devenue un fait politique mondial dont on ne peut plus cacher les conséquences.

Les riziculteurs du Bangladesh, les bergers des vallées des Andes, les bédouins de la péninsule Arabique et les ouvriers des industries d’Amérique centrale ou d’Europe de l’Est n’ont pas lu la Charte des Nations unies qui leur promet – depuis 1945 – une vie meilleure. Mais tous, ils ressentent chaque jour la répartition inégale de la liberté et de la prospérité. Ils ignorent également les promesses non tenues des riches pays industrialisés de contribuer à raison de 0,7% de leur revenu national à la réduction de l’inégalité. Mais ils se rendent bien compte que chez eux, très peu de gens ont les moyens d’acheter les produits venant des pays industrialisés. Leurs politiciens pourtant connaissent les raisons de cet état de fait et beaucoup d’entre eux ne veulent pas continuer d’accepter la discrimination. C’est la raison principale de l’échec du Cycle de Doha de l’OMC cette année.

500 milliardaires ont plus de capitaux que 460 millions de leurs concitoyens

La lutte contre la misère et contre cette inégalité devient de plus en plus dure. On observe pourtant des succès partiels. En 2 000, les Nations unies ont introduit huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui devraient améliorer la sécurité des hommes d’ici à 2015. Le nombre des personnes souffrant de la faim devrait être réduit de moitié. Tous les enfants du monde, garçons et filles, devraient avoir accès à l’école primaire, la mortalité infantile devrait être réduite de deux tiers et la mortalité maternelle de trois quarts. Le nombre des personnes atteintes du VIH/sida et du paludisme devrait diminuer considérablement.

Jusqu’ici, les progrès ont été lents. Ces objectifs ne pourront pas être atteints. D’un côté, il y a la suralimentation et la richesse et de l’autre la sous-alimentation et la pauvreté. La dette publique des pays en développement reste élevée, ce qui s’accompagne de la dépendance politique. Dans les pays industrialisés, les déficits budgétaires augmentent. Mais en même temps, il y a près de 500 milliardaires qui possèdent plus de capitaux que 460 millions de leurs concitoyens dans le monde.

Les politiciens occidentaux ne comprennent pas ou ne prennent pas au sérieux la relation étroite qui existe entre l’absence de peur et l’absence de pauvreté. Il en va de même pour la relation entre l’inégalité, la pauvreté et l’humiliation d’une part et ce qu’en généralisant on appelle terrorisme d’autre part. Les décideurs se concentrent sur la lutte contre les symptômes et espèrent maîtriser le terrorisme par la violence et la domination militaire. Ils ne cherchent pas à comprendre les causes du terrorisme. Ainsi le fait que certains souffrent de carences engendre chez les autres la peur d’une catastrophe mondiale.

Nouvelles alliances contre le deux poids deux mesures des pays occidentaux

Les réactions au deux poids deux mesures des pays occidentaux prennent, à l’échelle globale, la forme de manifestations antioccidentales et surtout antiaméricaines, qui vont jusqu’à des actes terroristes criminels. Au centre de l’éventail de ces réactions, on trouve des alliances qui se proposent, dans différents domaines, d’en finir avec le deux poids deux mesures, entre autres l’Organisation de coopération de Shanghai (Chine, Russie, pays de l’Asie Centrale associés à l’Inde, au Pakistan et à l’Iran), le Partenariat Chine-Afrique et le Trio de Doha (Brésil, Inde et Afrique du Sud).

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que six Etats arabes (Algérie, Egypte, Maroc, Emirats, Tunisie et Arabie Saoudite) veuillent coopérer en matière d’énergie nucléaire. Dans ce domaine, pour des raisons existentielles, il ne doit pas y avoir de deux poids deux mesures. La réunion, en mai 2005 au siège de l’ONU à New York, des signataires du Traité de non-prolifération nucléaire conclu le 5 mars 1970 a cependant montré une nouvelle fois que non seulement ce deux poids deux mesures existait mais qu’il s’est aggravé. Le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a parlé lors de cette rencontre d’une «crise de confiance» dans les domaines de la non-prolifération, du désarmement et de l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire. Les divergences entre les Etats membres étaient grandes. Les uns évoquaient le «danger de la prolifération de la technologie nucléaire» et les autres le «danger de l’arsenal d’armes nucléaires existant».

Le deux poids deux mesures dans la question du développement de l’énergie nucléaire a augmenté en raison de la situation politique mondiale, surtout au Proche- et au Moyen-Orient, et en raison de la méfiance croissante parmi les Etats membres de l’ONU. Ses symboles sont le Projet pour un nouveau siècle américain et la stratégie de sécurité américaine de 2002 qui en est issue. Le monde, surtout les pays en voie de développement, ne veut plus accepter que le pouvoir de décision reste entre les seules mains de la superpuissance américaine et cela non seulement dans le domaine militaire mais également dans les domaines politique, économique, voire -culturel.

La non-prolifération des armes nucléaires doit être valable pour tous

L’exemple actuel de cet affrontement est le conflit entre l’Iran et les Etats-Unis avec pour toile de fond la guerre en Irak, contraire au droit international et dont les conséquences sont dévastatrices, et l’échec de l’occupation. Les Etats-Unis font partie des initiateurs du Traité d’interdiction totale des essais nucléaires mais ils ne l’ont pas ratifié et s’opposent de plus en plus à ses obligations. Ils font des recherches nucléaires, mettent au point de nouvelles générations d’armes nucléaires et ont développé une nouvelle stratégie d’agression explicitée dans la Doctrine des opérations nucléaires interarmes de mars 2005. Ainsi, il sera difficile de convaincre des pays comme la Chine, l’Inde et l’Egypte de ratifier le Traité d’interdiction totale des essais nucléaires. Beaucoup d’autres pays qui font des recherches nucléaires, par exemple l’Iran, pensent qu’ils ne peuvent se protéger de cette politique hégémonique qu’en augmentant leurs capacités nucléaires. C’est là le vrai danger qui fait dégénérer la sécurité des hommes en destruction inhumaine.

L’importante mission de responsabilité qui attend le nouveau Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon est de rappeler aux pays membres ce sur quoi Kofi Annan a toujours insisté au cours de son mandat: il s’agit de créer le «ciment des intérêts communs», ce qui mettrait fin au deux poids deux mesures et confirmerait des critères unifiés dans l’esprit de la Charte de l’ONU, lesquels rendraient la non-prolifération des armes nucléaires et le désarmement valables pour tous.

Ainsi un grand pas serait fait en vue de libérer le monde de la peur. De plus, cela créerait de meilleures conditions de réalisation des objectifs du millénaire, notamment pour réduire la pauvreté. Ce sera une tâche difficile, si nous voulons nous y atteler. «Apprendre n’est pas obligatoire, survivre non plus», a dit le mathématicien et penseur américain W. Edwards Deming.

(Horizons et débats, numéro 43, Noël 2006)



Mardi 2 Janvier 2007

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