MONDE

Le dernier des putschs


L’histoire de Manuel Zelaya, c’est d’abord l’histoire d’une conversion.


faridM@alterinfo.net
Samedi 3 Octobre 2009

L’histoire d’un rejeton de latifundistes, d’une famille de grands propriétaires fonciers, dure, comme il est de tradition, aux peones, ces moujiks sans terre si caractéristiques de l’Amérique du Sud, qui attend de devenir président de la République pour changer de camp. Avant cela, on pouvait tout reprocher aux Zelaya, mais certainement pas d’être enclins à une redistribution des richesses en faveur des 80% de Honduriens vivant en dessous du seuil de pauvreté. La chronique avait surtout consigné à leur sujet le soupçon d’être des massacreurs des pauvres. Le père du président Zelaya avait été accusé d’une tuerie survenue dans les années 1970, les corps des victimes ayant été découverts dans ses terres, jeté en prison avant d’être libéré  faute de preuves suffisantes. Et plus tard, le fils devait affronter, pendant la campagne présidentielle de 2005, l’accusation portée par son principal rival d’avoir en personne participé à l’assassinat de peones lors d’une révolte en 1975. C’est dire avec quel héritage Manuel Zelaya s’est lancé à la conquête du pouvoir, et le mérite qu’il a eu de s’en être affranchi.
 
 En Amérique du Sud, quand un latifundiste de naissance est touché par la grâce, il ne se contente pas de changer de politique, si jamais il se trouve déjà au pouvoir, il se voit contraint de renverser ses alliances tant nationales que continentales, pour autant qu’il veuille se garantir contre la menace putschiste si palpable. Cela l’amène tout naturellement à se rapprocher des pays qui, dans ce continent, sont aux avant-postes du combat contre les intrusions des Etats-Unis : Cuba et le Venezuela. C’est ainsi que Manuel Zelaya a non seulement fait le voyage de Cuba, mais a présenté les excuses de son pays pour l’aide qu’il avait apportée aux Américains dans leur lutte anti-guérilla, et nommé un ambassadeur à La Havane. Arrivé à ce point, il ne lui restait plus qu’à dénoncer le capitalisme, qui « dévore les hommes », ce qu’il fera devant l’Assemblée générale. Son chemin de Damas accompli, notre converti n’a plus qu’à attendre de pied ferme que ses adversaires déclarent les hostilités.
 
 L’histoire de Manuel Zelaya c’est donc aussi l’histoire d’un putsch annoncé.
 
 Une fois qu’on est devenu ami de Fidel Castro et de Hugo Chavez, et qu’on s’estime engagé dans une révolution bolivarienne, avoir à quitter le pouvoir à la fin de son mandat, comme le stipule la Constitution, voilà qui commence à ressembler à une désertion. On céderait la place à quelqu’un qui détruirait tout le travail accompli et n’aurait rien de plus pressé à faire que de ramener le pays dans le giron américain ! Jamais ! Tout naturellement, Manuel Zelaya en vient à proposer non pas une révision de la Constitution, parce qu’alors, pour reprendre une expression célèbre, les fusils partiraient tout seuls, mais de consulter le peuple pour savoir s’il autorise la convocation d’une assemblée constituante. Ce qui, à vrai dire, revient à lui demander s’il est acquis à l’idée d’une révolution, s’il est décidé à s’y inscrire et à en assumer les rigueurs.
 
 A l’ère de la démocratisation, même les révolutions veillent à être inattaquables sous l’angle du respect des règles constitutionnelles. La loi fondamentale du pays interdit non seulement un deuxième mandat mais jusqu’à la révision de la Constitution sur ce point. Soit, mais le président ne viole pas cette disposition en voulant organiser un référendum sur la convocation d’une assemblée constituante. C’est à celle-ci qu’il reviendrait dans un deuxième temps de se prononcer sur la question litigieuse. Deux heures avant l’ouverture des bureaux de vote, Manuel Zelaya est arrêté et exilé au Costa-Rica.
 
 Cette histoire est enfin celle d’un coup d’Etat qui ne passe pas.  Voilà les putschistes complètement isolés sur la scène internationale. Pas un pays qui reconnaisse le nouveau pouvoir. Et chose unique dans les annales, le président déposé continue d’user de certaines de ses prérogatives, comme de représenter son pays à des rencontres internationales et de nommer des ambassadeurs. C’est ainsi qu’il a fait chasser de son poste l’ambassadeur du Honduras aux Etats-Unis qui avait pris position en faveur des putschistes.
 
 Mais plus extraordinaire encore, il a tenté à plusieurs reprises de retourner dans le pays… pour y réussir finalement dans des conditions dont on ignore encore le détail, mais sur lesquelles on imagine aisément qu’ont dû présider les meilleures complicités internationales.
 
 Pour le moment, il est en territoire brésilien  au cœur de Tegucigalpa, la capitale du Honduras.  Ce qui fait que les putschistes ont le choix entre s’avouer vaincus et donner l’assaut contre l’ambassade brésilienne, ce qui sûrement leur en cuirait plus encore. Quant à la menace de rompre les relations diplomatiques avec le Brésil, ils ne le peuvent pas non plus, parce que pour cela, il faut être reconnu comme le pouvoir légitime par la communauté internationale. Interrogé à ce propos, le président Lula a fait savoir sur un ton de mépris que ce n’est pas à des putschistes d’en décider.
 
 En Amérique du Sud, si longtemps terrain de prédilection des putschs, il est forcé que le dernier qui se commette prenne les allures d’une farce improbable.
 
 Par Mohamed Habili
 Contact@Les débats.com



Samedi 3 Octobre 2009


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