Politique Nationale/Internationale

Le déficit de crédibilité de Bush


L'histoire de George Bush, faite de promesses non tenues et d'étreintes fanatiques des politiques expansionnistes d'Israël, fait que la plupart des Palestiniens qualifie sa dernière proposition de paix de "malhonnête" et "mensongère".

Par Khaled Amayreh


Khaled Amayreh
Mardi 24 Juillet 2007

 Le déficit de crédibilité de Bush
"Seuls des gens crédules pourraient donner à Bush le bénéfice du doute", dit le Hamas, en réaction à l'appel lancé lundi dernier par Bush pour une "rencontre régionale/internationale" pour dessiner les lignes générales de l'établissement d'un possible statut final.

"Le Hamas ne croit pas Bush et n'accorde aucun poids à ses propositions. Nous avons expérimenté l'homme une fois, deux fois, trois fois, et tout ce que nous l'avons entendu proférer, ce sont des mensonges, toujours plus de mensonges", dit le porte-parole du Hamas Yehia Mousa, responsable adjoint du bloc du mouvement au Conseil Législatif.

Moussa a demandé instamment à la "Umma arabe et musulmane" de soutenir les Palestiniens et de ne pas laisser leur cause "à la merci d'Israël et de l'Amérique". Un second porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, a juré de contrecarrer "cette nouvelle conspiration".

"Nous ferons avorter toutes les conspirations US, tout comme nous avons fait échouer le complot Dayton pour créer un gouvernement de collaboration à Gaza qui aurait été aux ordres d'Israël", dit Abu Zuhri, faisant allusion au plan US chapeauté par l'envoyé de Washington dans la région, le Général Keith Dayton, pour donner du pouvoir à l'ancien homme fort de l'Autorité Palestinienne, Mohamed Dahlan, pour renverser le Hamas avec les fonds et les armes américains.

Le Jihad Islamique a également dénoncé les propositions de Bush comme "une nouvelle déception".

"Le Jihad Islamique voit cette initiative avec suspicion. On ne peut pas avoir confiance en Bush. Son alliance avec Israël est claire pour tout le monde. Son administration toute entière est complètement servile au lobby juif."

Au contraire, l'Autorité Palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas, a accueilli les propositions de Bush avec un optimiste modéré. Le gouvernement de Salam Fayyad, basé à Ramallah, a fait une déclaration accueillant "la proposition du Président Bush d'appel pour un forum international pour examiner le conflit israélo-palestinien".

La déclaration de l'Autorité Palestinienne a considéré comme positive "l'aide financière promise" par l'Administration Bush, ajoutant que "nous espérons que cette fois, les promesses se transformeront en faits tangibles sur le terrain."

Cette réponse tiède de la part du régime Abbas-Fayyad, qui dépend presque entièrement du soutien américain, suggère que même eux doutent de la sincérité de l'engagement du président US à la création d'un véritable Etat palestinien viable.

Bush, qui a inauguré sa présidence par une croisade contre la "terreur", et qui a sans arrêt essayé de mettre dans le même sac la résistance palestinienne contre le colonialisme israélien avec sa malheureuse guerre contre la terreur, a systématiquement refusé d'exercer toute pression sur Israël. Il a, une fois, critiqué le "mur de séparation", qui, a-t-il dit, serpenté à travers les territoires palestiniens occupé, mais n'a jamais fait un geste pour empêcher Israël de voler des bandes de terre palestinienne pour la construction de la barrière. Comme il n'a pas fait un geste pour empêcher l'expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie, bien que leur existence rende impossible tout projet de réalisation d'un état palestinien.

Bush a tué jusqu'au plus petit morceau de confiance que les Palestiniens et les Arabes pouvaient encore avoir envers lui en 2003, lorsqu'il a donné à l'ancien premier ministre israélien Ariel Sharon des garanties écrites qu'Israël garderait toutes ses principales colonies juives en Cisjordanie, quels que soient les accords de paix avec les Palestiniens. Bush faisait allusion à cette promesse, dans son discours de lundi, lorsqu'il a dit que la réunion régionale qu'il proposait devrait prendre en compte les "réalités existantes" en Cisjordanie.

Le discours de Bush semble avoir été une tentative désespérée, et probablement ultime, pour sauver la feuille de route moribonde qui, en dépit des déclarations diplomatiques qui disent le contraire, est considérée comme morte par les principaux acteurs.

Hanan Ashrawi, porte-parole palestinienne de premier plan, connue pour son optimisme, croit que le dernier discours de Bush est ni plus ni moins qu'une tentative pour améliorer l'image de Washington dans cette partie du monde.

"Ils veulent donner l'impression que les USA ne sont pas seulement calés comme déclencheurs de guerre, mais aussi comme faiseurs de paix. Nous avons appelé à une conférence internationale de paix, et ils nous donnent une rencontre régionale. Nous avons demandé un envoyé spécial pour résoudre le conflit, mais ils nous donne un envoyé (l'ancien premier ministre britannique Tony Blair) pour reconstruire les institutions palestiniennes… alors, voyons ce qui va se passer, attendons de voir", dit Ashrawi à Al-Ahram Weekly.

Un nombre grandissant d'observateurs palestiniens, israéliens et étrangers en viennent à la conclusion que les chances de bâtir un Etat palestinien viable en Cisjordanie s'éclipsent de jour en jour. La création de plus de 200 colonies juives ne laisse aucune place.
Pourtant l'expansion des colonies se poursuit sans relâche, au vu et au su de l'administration Bush et de la communauté internationale toute entière. Ce qui ne signifie pas qu'Israël pousse consciencieusement pour la solution à un Etat, mais qu'il veut juste le plus de terre palestinienne possible, avec la plus petite démographie palestinienne possible.

Le but ultime d'Israël semble être de forcer les Palestiniens à accepter un "Etat" palestinien sur des enclaves petites et isolées en Cisjordanie. Evidemment, à la lumière des actions israéliennes, c'est ce qu'Israël a en tête, même si les officiels disent qu'ils sont favorables à la création d'un Etat palestinien vivant en paix à côté d'Israël.

Ce qui n'est pas du tout ce que les Palestiniens ont en tête. Leur Etat occuperait 100% des territoires occupés, avec Jérusalem Est comme capitale. Il y a peu de chance qu'ils négocient leur vision pour un Etat discontinu sans souveraineté ni autorité, quelles que soient les cajoleries prodiguées par la présidence Bush dans les mois qui lui restent.

Source : Al-Ahram
Traduction : MR pour ISM


Mardi 24 Juillet 2007

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