Conflits et guerres actuelles

Le dangereux jeu de Washington en Iran


De toute évidence, la rhétorique anti-Iran s’accentue à la Maison-Blanche. Le Président Bush, le vice-président Cheney et l’ambassadeur américain à l’ONU John Bolton ne cessent de marteler le point que l’Iran est le danger principal. Dernièrement, l’administration accuse l’Iran d’être responsable de l’augmentation des attaques à la bombe en Irak, par exemple.


Lundi 20 Mars 2006






Certes, le langage extrémiste du président iranien Mahmoud Ahmedinejad, entre dans ce jeu. En niant l’holocauste, celui-ci conforte l’image qu’on fait de l’Iran. Cela occulte également les véritables enjeux stratégiques de cette confrontation. Le traité de non-prolifération nucléaire est basé sur le principe que tous les pays, ceux qui disposent d’armes nucléaires et ceux qui n’en ont pas, doivent respecter des règles. Presque tous les pays qui ont adhéré au traité ne sont pas dotés d’armes nucléaires et se sont engagés à ne pas s’en procurer. En échange, ils ont le droit de construire des installations nucléaires à des fins non-militaires et donc le droit d’utiliser les technologies nécessaires à cette fin, y compris celles qui permettent d’enrichir l’uranium. C’est questionnable sur le plan environnemental, mais c’est légal.En échange, les cinq puissances nucléaires reconnues, les Etats-Unis, la Russie, la France, la Grande-Bretagne et la Chine, sont obligées selon l’article Vl du traité de s’engager dans un processus de désarmement. Parallèlement, trois autres pays disposent des armes nucléaires, à savoir Israël, l’Inde et le Pakistan. Aucun de ces pays n’a signé le Traité. La Corée du Nord, qu’on soupçonne détenir des armes nucléaires, était signataire du Traité, mais s’en est retirée récemment.

Le dossier nucléaire de l’Iran

L’Iran est signataire du Traité et à ce titre, elle s’est soumise à l’inspection internationale pendant plusieurs années. Comme plusieurs pays, l’Iran réclame le droit de développer sa propre technologie nucléaire, de construire des centrales nucléaires, d’enrichir de l’uranium à des fins non-militaires. L’Iran n’a jamais violé les restrictions du traité, ce qui est admis même par les Etats-Unis. Washington affirme que les Etats-Unis n’ont « pas confiance » dans l’Iran et qu’en conséquence, ils refusent à l’Iran les droits qui sont concédés à l’intérieur du Traité. L’Iran n’a pas les capacités de construire des armes nucléaires. On estime qu’il lui faudrait de 5 à 10 ans pour y parvenir. Entre-temps, Téhéran veut négocier avec les Etats-Unis, mais ceux-ci ne sont pas disposés à garantir la sécurité de l’Iran. En Iran entre-temps, l’opinion publique est plutôt favorable au fait que l’Iran puisse se défendre et développer ses propres capacités.

Israël puissance nucléaire

Israël dispose selon divers estimés d’environ 400 armes nucléaires produites dans les installations de Dimona dans le désert du Négev. Ces armes ont été testées en Afrique du Sud en 1979 et par la suite rendues publiques par les déclarations du technicien israélien Mordechai Vanunu en 1986. Le gouvernement israélien ne nie pas ces faits, sachant que cette réalité est acceptée par les Etats-Unis.Parce Israël continue de violer la loi internationale en occupant des territoires palestiniens et syriens et en demeurant la seule puissance nucléaire de la région, il est prévisible que d’autres pays cherchent à acquérir une parité au niveau nucléaire ou encore, dans le domaine des armes chimiques et biologiques qu’on qualifie parfois d’armes nucléaires des pauvres.

Vers la guerre ?

L’administration Bush n’annonce pas encore d’actions militaires contre l’Iran. Le Président prétend qu’il examine « diverses options ». Des porte-parole américains et israéliens parlent de plans pour effectuer des attaques « chirurgicales » aériennes contre les installations nucléaires iraniennes. Il n’est pas clair ce qu’ils feraient si l’Iran contre-attaque, par exemple en attaquant les forces américaines en Irak, en bloquant le Détroit d’Hormuz, en bombardant Israël. Tout est possible et il est n’est pas évident où mènerait une telle escalade, qu’elle soit initiée par les Etats-Unis ou par Israël. Les gouvernements européens sont sceptiques devant les intentions américaines, surtout que l’on connaît maintenant les mensonges qui ont été utilisés au début de la guerre contre l’Irak. Mais ils sont prêts à endosser les positions américaines car ils craignent l’Iran. Entre-temps, l’Agence internationale sur l’énergie atomique cherche à négocier un apaisement, sans toutefois questionner la campagne de Washington et en accusant l’Iran de manquer de transparence. Le directeur de l’Agence, Mohamed el Baradei, évoque la possibilité d’avoir à utiliser la force. Présentement, des débats à huis clos impliquent les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. La Chine et la Russie refusent l’idée de sanctions économiques contre l’Iran. La Chine importe 10% de son pétrole de l’Iran. L’industrie nucléaire russe est très impliquée en Iran. Il se peut que l’ONU endosse une stratégie de sanctions dites « intelligentes » qui visent les membres du gouvernement et certaines entreprises iraniennes. Cela serait plus dangereux si le langage de la résolution invoque le chapitre Vll de la Charte de l’ONU, car celui-ci implique le droit d’utiliser la force.

Pas de solution militaire

D’autres controverses pourraient surgir du fait que l’Iran sortir du dollar pour ses transactions et passer à l’euro, ce qui menacerait l’édifice des pétrodollars et donc la domination américaine sur le marché mondial des devises. Si on se souvient, c’est ce que Saddam s’apprêtait à faire avant la guerre de 2003. Le problème nucléaire de l’Iran ne peut être résolu par la force. La solution est la mise en place d’une zone non nucléaire pour l’ensemble du Moyen-Orient. L’idée avait été évoquée par Washington en 1991. Lors du débat sur la résolution 687 du Conseil de sécurité qui avait mis fin à la première guerre du Golfe et imposé des sanctions contre l’Irak, l’article 14 stipulait clairement que le but est d’« établir au Moyen-Orient une zone libre des armes de destruction massives et de missiles ». Il est temps que Washington honore cet engagement.



par : Phyllis BENNIS


Phyllis Bennis est membre du Institute for Policy Studies, basé à Washington.


Lundi 20 Mars 2006

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