Le boycott des régimes arabes imposé au gouvernement islamiste palestinien sera lourd de conséquences. Après la victoire du Hamas et la maladroite réaction occidentale qu'elle suscita, l'opinion arabe a déjà tiré trois conclusions majeures: 1°- Le choix démocratique par la voie des urnes peut être l'objet de sanctions internationales à dessein de dresser l'électorat arabe pour qu'il «vote conforme» et pas pour qu'il vote selon ses choix. 2°- La fameuse démocratisation n'est pas une priorité de la politique occidentale lorsqu'elle n'est pas conforme à ses attentes. 3°- Le discours du GMO est un discours qui vaut ce que valent les discours de maintien au pouvoir des régimes locaux, avec la fraude en moins mais la violence en plus.
Cela étant déjà compris par tous, il reste à tirer les conclusions de l'embargo des «frères» arabes contre la nouvelle autorité palestinienne. Là aussi, la «rue arabe» est poussée à comprendre qu'il s'agit d'un acte de servilité des régimes locaux envers leur tuteurs occidentaux, d'une opération d'isolement des islamistes étrangers pour ne pas «accréditer» la voie d'une prise de pouvoir islamiste chez eux et surtout d'un «lâchage» de la cause palestinienne au nom de calculs étroits, hypocrites et bassement politiques.
La conséquence d'un tel raisonnement provoqué par les uns et les autres après le boycottage maladroit des ministres du Hamas en Egypte, en Jordanie et par toute la Ligue arabe, dans l'esprit de la «rue arabe» est à l'inverse de ce qui est attendu: l'isolement des islamistes palestiniens en augmente le prestige, réarme l'argumentaire des islamistes «locaux» de chaque pays, prouve l'existence de marchés politiques sales entre les régimes nationaux et leurs tuteurs sur le dos des Palestiniens et, surtout, pousse l'opinion à basculer vers le soutien aux islamistes de tout bord, «victimisés», spoliés de leurs droits alors qu'ils ont souscrit à la règle de la démocratie par les urnes et laisse conclure que leur thèse est l'unique solution digne, probe, juste et à même de sauver la face, l'avenir ou ce qui en reste pour les Arabes.
Le gouvernement islamiste du Hamas va peut-être chuter, faute d'argent et de reconnaissance, mais les islamistes de tout bord auront gagné la bataille des opinions et reconverti l'émotion anti-occidentale en leur faveur. Là où on a pensé les cerner pour les vaincre, ils auront réussi à s'imposer comme unique alternative et comme voie d'un nouveau martyre politique et comme victime d'un complot international. Le mur de cette guerre froide mondiale contre la montée des islamistes et contre une religiosité en armes, en deviendra encore plus haut, avec d'un côté la doctrine de la stratégie de l'usure, de la compromission et de l'embargo alimentaire et, de l'autre, les immenses populations arabes, poussées à croire que les islamistes ne sont pas seulement un parti, mais tout ce qui reste comme raison pour combattre.
Kamel Daoud
Le Quotidien d'Oran.