Politique Nationale/Internationale

Le cow boy est devenu un combattant, la conversion de Manuel "Mel" Zelaya


Traduit par Fausto Giudice


Luis HERNÁNDEZ NAVARRO
Mercredi 15 Juillet 2009

Le cow boy est devenu un combattant, la conversion de Manuel "Mel" Zelaya
Manuel » Mel » Zelaya mesure près de 1,90 m. en stature, a une épaisse moustache noire, porte des chapeaux et des bottes de cow-boy. Fils de propriétaires fonciers, il a fait des études de génie civil qu’il n’a pas achevées.  Avant de se lancer en politique il s’est consacré avec succès à des affaires forestières et d’élevage. En 1987, il a été nommé directeur du Conseil hondurien de l'entreprise privée (COHEP) et président de l'Association patronale du secteur bois.

Mel a rejoint le Parti libéral hondurien (PLH) en 1970, une organisation à la longue tradition documentée d’anticommunisme, dont il a été député à plusieurs reprises , occupant diverses fonctions publiques. Les libéraux et le Parti national du Honduras (PNH) sont les deux principales formations politiques, parmi les cinq existant dans le pays. Sin Toutefois, pour ce qui est de leur politique une fois au pouvoir, il n’ya pas de différences essentielles entre les deux. «La seule différence », dit un dirigeant ouvrier, « c’est la couleur de leurs drapeaux: l’un est bleue et l’autre rouge et blanc. »

En 2006, Manuel Zelaya a été élu président du Honduras. Au cours de la campagne électorale, il s’est présenté comme un honnête homme de terrain, au discours direct et franc, déconnecté de la classe politique traditionnelle, croyant  craintif en Dieu, avec une main ferme pour lutter contre la corruption, chaleureux, aimant jouer de la guitare et monter à cheval. Désireux de satisfaire les exigences de démocratie participative et de réforme politique, il a demandé un pouvoir citoyen.

Une fois devenu président, il a appuyé le Traité de libre-échange entre la République dominicaine, l'Amérique centrale et les USA (CAFTA en l'anglais), au milieu de fortes protestations. Cela ne l'a pas empêché de se rapprocher du gouvernement de Hugo Chávez et de s'affilier à Petrocaribe, alliance pétrolière conclue par un certain nombre de pays des Caraïbes pour l'achat de carburant en provenance du Venezuela à des tarifs préférentiels, 50 pour cent sur une période de 90 jours et le reste sur 25 ans avec un taux d'intérêt de 1%.

Au fil du temps, son discours politique a combiné son adhésion  au libéralisme social ("pour que tous les avantages du système aillent à ceux qui en ont le plus besoin: femmes, hommes, enfants, agriculteurs, des producteurs”), une critique de l'intervention américaine, le soutien à Cuba et les invocations à Dieu.

À la tête d'un pays désespérément pauvre, et sans la cohésion sociale, avec un gouvernement disposant de peu de ressources financières et ayant beaucoup de difficultés à obtenir des financements internationaux, Zelaya a, cerise sur le gâteau de sa conversion idéologique, rejoint l'Alternative bolivarienne pour les Amériques et la Caraïbe (ALBA). La proposition d'intégration régionale des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, impulsée au départ par Cuba et le Venezuela, qui met l’ accent sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, lui a permis, selon Pavel Uranga, d’obtenir rapidement de l'argent pour répondre aux besoins du pays.

Dans un premier temps, la prise de distance du président Zelaya d’avec l'oligarchie n’a pas été nécessairement bien accueillie par de larges secteurs du mouvement populaire hondurien. Selon le militant social Lorenzo Reyes, ni lui ni la plupart de ses compatriotes, n’ont donné aucune importance au fait que Zelaya se soit rendu au Nicaragua ou ailleurs, ou qu’il ait parlé avec Chavez ou avec un autre leader mondial de gauche, parce qu’en fin de compte il le faisait pour faire diversion ou pour se détendre, et n’allait pas pour autant changer son idéologie de droite. « Pour le peuple – assure-t-il – et pour nous en tant que Mouvement populaire, cela ne veut rien dire, parce que l'homme, au Honduras, n'est pas défini: un jour il dit des choses de droite, un autre jour, il agit en penchant un peu vers la gauche et il se retrouve entre deux eaux, c'est-à-dire ... qu’il n’est ni d'ici ni de là. »

 

Le mouvement populaire hondurien a depuis de nombreuses années, une force et un rôle actif importants. Composé de syndicats de classe, d’organisations paysannes, de peuples indigènes, d’ associations professionnelles et d’ étudiants, issus en partie du travail organisationnel de groupes de théologie de la libération et de la gauche révolutionnaire, il s’est doté d’instruments unitaires comme le Bloc Populaire. Au cours de ses 32 premiers mois de gouvernement, Zelaya a été confronté à au moins 722 conflits sociaux, de diverses envergures, dont les grèves civiques nationales de 2008 des grèves qui ont paralysé le pays pour des revendications de contrôle des prix des produits de base, de municipalisation de la gestion de l’ eau potable et d'une augmentation générale des salaires.

 

Loin de se limiter à la lutte immédiate pour ses revendications, le mouvement a une vision de changement social en profondeur. Comme l’indique Rafael Alegria, coordinateur de Via Campesina Centroamericana,  « les mouvements sociaux ont le droit de construire un nouveau système juridique qui favorise tous les secteurs sociaux du pays qui ont toujours été exclus et marginalisés. Par conséquent, nous sommes en faveur de la consultation populaire [le référendum, NdT]. La nouvelle Constitution doit servir à refonder l'État et donner à tous le pouvoir au peuple, qui est le souverain ”.. »

Ce mouvement a changé, depuis le bas, le rapport de forces et a créé une situation sans précédent. Son Ce sont ses membres qui sont descendus dans la rue pour défendre un président prêt à s’engager dans le chemin de la transformation sociale.  La conversion de Zelaya est en grande partie le produit de la pression populaire dans un contexte régional nouveau. Dans un pays où les deux grands partis ne diffèrent que par la couleur de leurs emblèmes, les organisations populaires ont fait le pari de  bâtir une nation véritablement différente, qui abandonne la voie du néolibéralisme. Sur ce chemin, elles ont fait du président un homme politique qui n’est plus ce qu’il était quand il est arrivé au pouvoir.





Source : La Jornada, México - La conversión de Manuel Mel Zelaya

Article original publié le 30/6/2009

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8163&lg=fr


Mercredi 15 Juillet 2009


Commentaires

1.Posté par rachidttoi le 15/07/2009 18:25 | Alerter
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Je ne vois pas zelaya comme un cowboy mais un cheval de Troie.

Il pousse la population a la révolte en Honduras de cette manière le peuple fait sauter l'oligarchie au pouvoir.

Il revient prend la place de la reine manger par le peuple, la confiance s'installe ensuite.

Puis il sabote le projet ALBA de l'intérieur ça prendra 3 à 4 ans et le tour est joué.

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