MONDE

Le collectif des profs indigènes

Pourquoi un collectif des « profs indigènes »?


Dans la même rubrique:
< >

Mercredi 30 Novembre 2016 - 11:41 La guerre à la vérité de l'Ouest


Nous invitons les acteurs du système scolaire ( profs du primaire et du secondaire, surveillants, atoss, aides educ, parents , élèves...) qui partagent notre réflexion et notre volonté d'agir (cf texte ci-dessous) à une réunion qui se tiendra au salon de thé le" Myamis",136 -138 boulevard de ménilmontant ( à côté du métro "ménilmontant" et adjacent au bar "le soleil") le lundi 20 juin à 19 h 30 (salle au sous sol)



Jeudi 16 Juin 2005

Nous sommes des professeurs du primaire et du secondaire, signataires de l’Appel des indigènes de la République : nous partageons donc le constat d’une persistance des discriminations sociales, culturelles, économiques et juridiques subies au premier chef par les personnes issues de la colonisation, de la Traite négrière et de l’immigration postcoloniale.

Il s’agit d’affirmer que le racisme qui touche ces populations ne relève pas d’une « peur de l’autre » inscrite dans la « nature humaine », mais a des causes historiques et politiques déterminées. Il s’agit de comprendre que le fait colonial a contribué à fabriquer la « République française » : l’Etat français est postcolonial parce qu’il a reçu entre autres héritages celui de la colonisation.
La solution au problème des discriminations n’est donc pas morale mais avant tout politique : les appels au « civisme », au « respect » et les « touche pas à mon pote » resteront vœux pieux tant que nous ne nous attèlerons pas à une véritable décolonisation des esprits et des institutions de la République. Nous contestons aussi l’injonction à l’ « intégration » comme relevant de cette même logique postcoloniale et, en retour, nous clamons : « première, deuxième, troisième génération, on s’en fout, on est chez nous ». L’identité politique d’ « indigènes de la République » revendiquée par les signataires de l’appel nous semble à ce titre pertinente, car elle signifie d’abord et avant tout que, comme au temps des colonies, l’Etat de Droit proclamé par la République française continue d’entretenir les exceptions à la règle en « indigénisant » les plus démunis de ses citoyens et, plus largement, de ceux qui vivent sur son sol. Se dire « indigène de la République », c’est constater la contradiction entre les principes et la réalité, et revendiquer l’égalité réelle.

Notre collectif a pour objet de décliner cette analyse et d’agir au sein de l’Ecole de la République ; notre cri spécifique est donc : nous sommes les « indigènes de l’Ecole de la République » !

Notre collectif ne rassemble pas spécifiquement des professeurs issus de l’immigration : il rassemble d’abord des professeurs conscients de cette réalité et revendiquant une école véritablement égalitaire. Nous nous intéresserons bien sûr aux personnels les plus précaires dans notre institution : vacataires, contractuels, atoss, stagiaires, surveillants, aides éducateurs, assistants d’éducation (avec ce constat que, dans la plupart de ces catégories, beaucoup sont issus de l’immigration postcoloniale et de la Traite). Mais les indigènes de l’école de la République, ce sont avant tout les élèves.


Les élèves qui sont :


- indigénisés parce que scolarisés dans les écoles, collèges et lycées des quartiers défavorisés des grandes villes, des zones rurales, ou encore dans des « classes ghettos », et qu’à ce titre ne leur sont pas garantis les moyens d’accéder à une éducation à la hauteur de toutes les vocations et à la mesure de tous les goûts; à une éducation qui ouvrirait véritablement sur des diplômes et des compétences reconnues dans la société et qui ne se contenterait pas de valider une reproduction sociale plus qu’inique; à une éducation qui donnerait des savoirs, des outils critiques, des armes pour comprendre et transformer le monde. Nous ne voulons pas former des sujets dociles. Nous revendiquons « le meilleur pour tous ».

- indigénisés parce que traités en « sauvageons », en « enfants loups », en « nouveaux barbares », en « racailles » alors que ce sont eux qui subissent de plein fouet la violence des institutions et des inégalités de la société. Nous n’avons ni le pouvoir ni l’envie de pacifier des situations qui s’enracinent dans une profonde injustice sociale. Nous constatons « pas de justice, pas de paix ».

- indigénisés parce que « mineurs », ayant droit à un simulacre de vie citoyenne lycéenne, ils sont délégitimés, infantilisés voire criminalisés dès qu’ils prennent la parole et la rue et luttent pour leur droit à l’éducation. Avec eux nous disons « non à la répression du mouvement lycéen ».

- indigénisés parce que sans papiers, ils vivent dans le secret, la honte, l’incertitude et la peur. Dans la situation actuelle, il faut d’importantes mobilisations pour qu’ils obtiennent dans le meilleur des cas un titre de séjour de courte durée, dont le renouvellement est loin d’être assuré et qui ne leur donne pas le droit de travailler pour financer leurs études. Nous revendiquons le plein droit à une carte de résident pour tous les élèves étrangers. Avec eux nous disons « un enfant = un élève, des papiers pour chaque élève ».

- indigénisés en tant que « fils et filles de personne » : leurs parents sont niés par l’institution scolaire. Des obstacles multiples comme celui de la langue et de l’opacité de l’institution scolaire écartent les parents étrangers du dialogue avec le corps enseignant, de l’accès à l’information et du conseil pour l’orientation. Leur capacité à être des parents à part entière est mise en cause (on les présume trop souvent « parents démissionnaires »). Nous constatons également que les parents issus de l’immigration postcoloniale sont sous représentés dans les organisations de parents d’élèves. Avec eux nous réclamons la parole et la reconnaissance.

- indigénisés car perçus comme une masse à civiliser. Jules Ferry, l’auteur des grandes lois scolaires de 1881-1882 prétendait dans un même élan « civiliser » les « races inférieures » et « moraliser » les enfants des « classes inférieures ». En un temps où les policiers sont les bienvenus dans les établissements scolaires, où le lyrisme de l’autorité banalise l’idée méprisante selon laquelle face à des élèves ignorants de tout et dangereux, des maîtres omniscients doivent remplir leur rôle civilisateur, nous voulons opérer un retour critique sur la mission scolaire et lutter contre le mépris des élèves. Ce mépris qui existe à l’égard de la jeunesse est redoublé à l’égard des élèves issus de l’immigration postcoloniale et de la Traite : le corps enseignant et les acteurs du système éducatif n’échappent pas aux représentations héritées du colonialisme, perpétuant ainsi des logiques d’un autre temps dans le rapport à l’élève indigène.
C’est bien, par exemple, le mépris de l’identité des descendants de la colonisation qu’illustre la loi sur l’enseignement de l’œuvre positive de la France outre-mer, et bien souvent aussi les programmes scolaires, comme en témoigne la trop faible part accordée à l’histoire de l’esclavage, à l’histoire de l’immigration et à l’histoire de la colonisation. Cette loi constitue d’ailleurs aussi une marque de mépris pour tous les élèves et les professeurs puisqu’elle impose une conception idéologique de la France comme puissance civilisatrice au détriment d’une histoire critique ou dialectique. Nous réclamons toute l’histoire de toutes et de tous.

- indigénisés enfin en tant qu’ « islamistes », assimilés à une « cinquième colonne » complotant contre la République. La stigmatisation des musulmans et l’islamophobie ont trouvé leur expression dans l’espace scolaire sous la forme de la loi anti-foulard. Là aussi, c’est le mépris qui autorise à exclure des jeunes filles qui portent le foulard, en les privant d’école et en définissant à leur place ce qu’est leur bien et ce en quoi consiste leur émancipation. Avec les filles voilées, nous réclamons l’école pour toutes et tous et nous disons : « école publique, choisis pas ton public ».


Il est dit dans le premier article de la loi d’orientation de 1989 que « l’école de la Nation ne peut pas tolérer que l’offre de formation, la qualité des maîtres, les modes d’accès aux savoirs ne soient pas les mêmes pour tous». L’école républicaine vise donc l’égalité pour tout élève quel que soit l’établissement qu’il fréquente. Ce qui implique aussi son origine sociale, ethnique, son quartier d’habitat… Pourtant, toutes les enquêtes sociologiques montrent qu’aujourd’hui encore le milieu socio-économique reste l’un des principaux facteurs qui influencent la performance des élèves. Avec tous les professeurs en lutte, nous disons : « Dans tous les quartiers, dans toutes les régions, un même droit à l’éducation. »

Nous pensons que l’héritage colonial et le mépris qu’il entretient est un des facteurs explicatifs de la perpétuation de cette injustice scolaire. Contre ce mépris, nous disons que l’élève n’est ni un bon, ni un mauvais sauvage, ni une menace, ni une pâte à modeler, mais une personne avec une histoire, un parcours , un savoir et une capacité politique qu’il faut prendre en considération. Nous demandons l’abrogation des dernières lois violentes, arrogantes et injustes qui viennent d’affecter l’espace scolaire, et l’ouverture d’un débat cathartique et constructif sur l’ensemble de ces problématiques.

La tâche est immense, il faut que nous soyons les plus nombreux possibles à nous en saisir. Nous appelons donc tous les acteurs du système scolaire, professeurs, CPE, surveillants, assistants d’éducation, ATOSS, élèves, parents, à nous rejoindre ou à fonder leurs propres collectifs d’indigènes de l’éducation nationale.



Contact : lesprofsindigenes@hotmail.fr


Vendredi 17 Juin 2005


Nouveau commentaire :

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS

Publicité

Brèves



Commentaires