Géopolitique et stratégie

Le choc des civilisations à réviser (partie II)


Samuel P. Huntington, professeur de Harvard, est célèbre pour son livre publié en 1996 « Le Choc des civilisations ». Il a été interviewé par Amina R. Chaudary de magazine d'Islamica, sur la situation actuelle du Moyen-Orient.

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Farsnews
Dimanche 25 Février 2007

  Le choc des civilisations à réviser (partie II)





Q- Est- ce que vous êtes de ceux qui voient dans le conflit arabo-israélien la principale source de tension au Moyen Orient ?



R- Il est clair que ce conflit n'a cessé de s'amplifier ces dernieres années et que ses impacts se font sentir un peu partout en Egypte, au Liban en Irak et ailleurs. Sur le plan stratégique, il est difficile de prévoir quel sera le pays de la région qui parviendra à s'imposer en tant que puissance hégémonique. Pour l'Amérique du sud, nous avons le Brésil. An Afrique, ce sera sans doute l'Afrique du sud. En Afrique centrale, en Asie de l'est et en Asie du sud, les futures puissances emergeantes seront respectivement le Nigeria, la future puissance emergente.



Mais quel va être le pays du Moyen Orient capable de faire pendant aux géants que je viens de citer? Il est vrai qu'Israel dipose de multiples potentialités. Il détient un arsenal atomique, le plus puissant de toute la région. Mais Israel est un état minuscule. Toutes les autres nations du Moyen Orient sont musulmanes et non israéliennes. Vu sous cet angle, Isreal n'est pas à même de devenir une superpuissance.



L'Iran est aussi une possibilité, bien qu'il soit chiite et opposé en cela à la majorité des arabes qui sont, eux, sunnites. A premiere vue, cela pose ou peut poser un problème. Il y a aussi le fait tout simple que l'Iran est un pays non arabe dans une région où l'arabité est un critère identitaire. Viendra ensuite la Turquie, état important mais non arabe, elle, non plus et qui a de surcroit de multiples intérêts territoriaux et pétrogaziers au nord de l'Irak intérêts qui la poussent à se défendre contre toute tentative sessessioniste.



Quels sont donc les chances pour qu'un pays arabe joue à l'avenir un role de premier plan à l'échelle de la région? Je ne saurais pas le dire. L'Arabie saoudite est un pays riche mais relativement peu peuplé. L'Irak avec ses vastes ressources et ses nombreux élites était un dirigeant potentiel mais il a pris le mauvais chemin. Peut-être qu'il finira un jour par faire la marche arrière et redevenir l'espoir arabe. Ce me semble une hypothese tout a fait plausible.



Q- De nombreux analystes voient en Turquie un pont entre le monde de l'Islam et l'Occident. Qu'en pensez-vous?



R- Cette thèse ne séduit pas tellement. La Turquie défend ses propres intérêts ; elle a longtemps été cette puissance conquérante qui a colonisé les arabes et contre qui ces derniers se sont battus. Bien sûr, il s'agit là des réalités qui appartiennent à l'Histoire et qui ne joueront pas forcément en faveur ou en défaveur de ce qui se produira à l'avenir. Mais n'oublions pas que ces faits historiques ont durablement marqué l'esprit des gens au Moyen Orient.



Q- L'émergence d'une puissance régionale s'inscrit-elle dans le sens des intérêts des Etats Unis ?



R- Cela dépend du pays qui revendiquera ce statut de leader. Du point de vue stratégique, il sera plus facile pour les Etats Unis de marchander avec une seule superpuissance. Les Américains pourront par exemple aller en Inde et dire à ses dirigeants : au Bangladesh, il y a tel ou tel problème et vous devez faire quelque chose ; ou qu'est-ce que nous pourrons faire ensemble pour jeter les bases d'une politique commune ? . Mais en absence d'une puissance de taille et de stature de l'Inde, il faudra à l'Amérique d'aller d'une capitale à l'autre, de chercher à faire des alliances, tache qui, du reste, est loin d'être facile. Surtout au Moyen Orient où les pays partagent un passé marqué par toute sorte de rivalités, éthniques et religieuses entre autre.



Q- Amartia Senn, votre collègue à l'Université d'Harward critique votre théorie du clash des civilisations ; il dit que l'identité n'est pas la fin de l'histoire et que chacun est libre de choisir, de forger son propre identité. Senn estime que votre théorie du clash miniaturise l'humanité, l'atomise en de petits fragments identitaires, bons à ranger dans des boites nommés "civilisation". Qu'est que vous pensez des citoyens qui ont à la fois plusieurs nationalités?



R- je crois que ce jugement est totalement faux. Je n'ai jamais rien dit de tel. Je sais bien qu'il y a des gens multiidentitaires. Ce que je dis dans mon livre est simple : les bases des alliances et des désalliances ont tout simplement changé de nature. Dans les décennies à venir, ce seront le patrimoine culturel, la langue et la religion qui pèseront sur la politique internationale. Ma théorie remonte à une dizaine d'années et au regard des faits, elle ne s'est toujours pas démentie.



Q-Comment peut-on discuter avec les gens multiidentitaires, par exemple avec un musulman ou un juif qui vit aux Etats Unis et qui a à la fois deux identités, religieuse et américaine ? Comment faut-il s'y prendre?



R- En bien il faudrait arriver à une entente, entente à laquelle ces gens là sont aujourd'hui arrivés au terme de deux ou trois siécles d'efforts d'adaptation. Lorsque les flux migratoires s'intensifient et que le nombre de minorités ratiales et religieuses se multiplie, de nouvelles règles, de nouvelles langues apparaissent. La société d'accueil doit reconnaitre à ses minorités le droit de jouir d'une certaine autonomie dans le domaine des pratiques religieuses, linguistiques. Le problème des races renvoit souvent aux questions liées à la langue. Il faut savoir jusqu'où ces minorités pourront aller dans la pratique de leur langue maternelle ou quels sont les critères qui permettent de qualifier un pays de mono ou bilinguiste.



Q- A votre avis de quelle maniere le fondamentalise- l'idée qui consiste a primer une identité aux dépens des autres- influe-t-elle aujourd'hui sur la politique internationale? Croyez-vous en l'existence d'un fondamentalisme de nature islamique ou ce phénome peut-il se rencontrer dans n'importe quelle religion?



R- Je suis totalement d'accord avec votre définition du fondamentalisme. Le fondamentalisme signifie le fait de donner la priorité à une identité, à une civilisation, à une culture et de la juger supérieure aux autres. Il va de soi que le fondamentalisme a depuis toujours existé et qu'il n'est pas propre à un espace géographique particulier. Ici aux Etats Unis, nous avons eu nous aussi nos fondamentalistes qui se sont longtemps opposés à l'immigration, au brassage de notre culture avec celle des autres. Ces tendances extremistes sont universelles. Mais le problème surgit à partir du moment où ces tendances ne sont plus contrôlées et qu'elles se transforment en force motrice au sein d'une société. Une telle société risque de voir les libertés de ses citoyens, de ses minorites se rétrécir. Il se peut meme que cette société déclare la guerre aux autres et qu'elle cherche à leur imposer ses idées, ses manières d'être.



Q- Pourquoi les tensions interéthnique sont plus palpables en Europe qu'aux Etats Unis, j'entend les tensions qui opposent les musulmans aux autres communautés?



R- le premier point est sans doute le poids numérique des Musulmans. Ces derniers sont peu nombreux aux Etats Unis au contraire de l'Europe où ils ont une présence plus massive. Le second est que les musulmans ne sont pas arrivés en Amérique à pieds ou à bord des bateaux de fortune; ils ont traversé des milliers de kilomètres pour venir ici. Les Etats Unis n'ont pas de frontières communes avec les états musulmans. Mais l'Europe en a. La différence fondamentale réside justement dans ce point. Comment oserait-on comparer la situation des musulmans européens avec celle de nos hispaniques? Les deux cas ne sont tout simplement pas comparables. les Etats Unis ont été et resteront un pays d'immigration. Les hispaniques qui y arrivent sont tous catholiques, une religion que les Américains pratiquent ou reconnaissent. Un tiers de notre population est catholique. Donc les hispanqiues ne causent pas les mêmes disharmonies que les Arabes d'Europe. Nos immigrants viennent non pas de l'autre bout du monde, mais tous simplement des pays limitrophes. Il est vrai que l'immigration aux Etats Unis n'est pas allé sans créer des difficultés mais nous sommes encore trop loin de la situation que connait l'Europe où des religions antagonistes entrent sans en conflit.


Dimanche 25 Février 2007


Commentaires

1.Posté par Gabriel Enkiri le 25/02/2007 16:08 | Alerter
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Peut-être à cause de la traduction (pas très bonne) les propos du brave professeur d'Harvard relèvent plutôt de la "bouillie pour chats". Je n'y ai rien compris et sans doute lui-même n'y comprend pas grand chose. Je donnerai ici brièvement mon analyse de la situation mondiale à l'aube de ce siècle. Depuis le début du 19e siècle, jusqu'au tout début du XXe, le monde blanc (européen) dominait le monde. Après le partage de l'Afrique est venu le tour de l'Asie : empire ottoman, Inde, Chine, Indonésie etc. Cette colonisation à outrance a généré son contraire : un mouvement anti-colonialiste. Avec ses mastodontes, Inde, Chine notamment, et son plus grand éloignement, l'Asie fut plus difficile à maîtriser. L'Inde a résisté à l'Angleterre, la Chine a accompli sa révolution (Sun Yat Sen), le Japon s'est industrialisé "à l'occidentale". En Europe, l'Allemagne et l'Angleterre (après avoir éliminé la France) se disputaient le leadership mondial. Leur antagonisme a déclenché la "grande guerre" pour le contrôle de l'Empire ottoman et de la "route des Indes". Mais à l'issue de la guerre, en 1918, les Etats-unis ont supplanté l'Europe avec l'aide la Russie (soviétique) qui leur a donné un sérieux coup de main pour en finir avec les empires coloniaux érigés par les Européens. Déjà les USA faisaient face au Japon pour le contrôle du Pacifique et la mainmise sur l'immense marché continental (Chine, Inde etc.). L'axe du développement (et de la guerre) est passé de l'Atlantique au Pacifique. Il a fallu deux bombes atomiques pour mettre le Japon à genoux. Après la mort de Staline (en 1953) la Chine s'est rapidement émancipée (Bandoeng en 1955) de la tutelle russe, et aujourd'hui c'est elle qui tient tête aux USA, promus leaders du monde occidental. Ainsi en l'espace d'un siècle, le monde s'est littéralement renversé : en 1905, Rudyard Kipling lançait un "appel aux 5 Nations blanches" britanniques pour que l'homme blanc "colonise" les autres. Aujourd'hui, nous assistons à la "revanche" de l'ex-colonisé (les non-blancs) qui demande "réparation". Et la Chine (de par sa puissance) a vocation pour prendre la tête de cette formidable coalition qui englobe l'Asie, l'Afrique et l'Amérique latine... contre le blanc d'Amérique du nord et d'Europe. Si nous n'intervenons pas pour enrayer l'engrenage, la 3e guerre mondiale sera quadruple : 1) atomique 2) terroriste 3) religieuse 4) raciale. Elle sera donc totale, apocalyptique, comme dirait l'autre. Tel est le défi qu'il nous faut relever : imposer une coexistence pacifique entre tous les peuples. C'est l'Appel que je comptais lancer en candidatant au 1er tour de la Présidentielle. Mais, comme vous le savez, les parrains se font rares ! Et je viens de recevoir sur mon ordinateur des menaces, en provenance de fanatiques "israëlolâtres" - car ils ont bien compris, en effet, après avoir lu mes analyses sur mon blog que l'avenir de cet Etat juif( de moins en moins juif d'ailleurs) était conditionné par le devenir de l'antagonisme désormais planétaire, et que notre intérêt à tous est de choisir la paix, et non la guerre, par conséquent d'élaborer un modus vivendi avec l'Asie en particulier, et l'ex-colonisé en général...
Gabriel Enkiri, candidat au 1er tour de la présidentielle

2.Posté par Gabriel Enkiri le 26/02/2007 09:29 | Alerter
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Je me permets de préciser quelques points de mon analyse tant elle est effrayante dans la perspective qu'elle annonce. Cette guerre totale qui va opposer la coalition "pro-chinoise" à la coalition "pro-américaine" s'inscrit naturellement dans le prolongement des deux guerres précédentes qui n'en font qu'une avec celle de demain. L'idéologie "communiste" (d'origine européenne, il faut le souligner) étant morte, la coalition des ex-colonisés a besoin d'un "ciment", et ce ciment ne peut être actuellement que religieux; en l'occurence c'est donc l'islam qui fera l'affaire. La Chine va-t-elle se convertir à l'islam ? Je ne l'exclus pas, son pseudo-communisme étant complètement démonétisé (personne n'y croit !). L'opération est en cours, avec l'exposition consacrée à ce fameux amiral chinois, Tseng He, qui aurait découvert l'Amérique 80 ans avant Christophe Colomb (et parcouru le monde avant tous les grands marins européens !) et qui était, comme par hasard , musulman ! Ce grand marin chinois, nous dit-on, commerçait "avec ceux de La Mecque"... Rappelons qu'il y a déjà eu deux Empires musulmans non-arabes : l'empire perse séfévide (chiite) et l'empire moghol... en Chine et en Inde ! L'islam est, qu'on le veuille ou non, une "religion d'Asie", en plein activisme : elle peut donc alimenter une formidable croisade "revancharde" contre... le colonisateur, cet homme blanc promu au rang "d'ennemi multi-séculaire". Ce qui est extraordinaire, c'est qu'au début du 20e siècle, ce sont les Juifs qu'il fallait absolument mettre de son côté, d'où cette formidable bataille qui a opposé l'Allemagne à l'Angleterre pour obtenir leur soutien que l'on jugeait indispensable pour l'emporter... sur l'autre. (Napoléon lui aussi avait tenté de les séduire avant de se lancer à l'assaut de l'Europe). Aujourd'hui les Juifs étant tous passés à l'Ouest (principalement aux Etats-Unis) c'est l'islam qu'il faut absolument "conquérir". D'où cette guerre qui a commencé au coeur de l'islam, mise au point par les stratèges du pentagone. Leur tentative visiblement aboutit au résultat contraire : le monde musulman est en train de basculer du côté de l'Iran... soutenu bien évidemment par la Chine. Et c'est pourquoi on ne peut exclure une extension de la guerre à l'Iran avant peu... Nous sommes bien sur une pente "fatale". Pouvons-nous arrêter ce qui obéit à une logique inexorable ? Oui, je le pense, mais nos candidats à la présidence de la république ne semblent pas avoir conscience des périls qui nous menacent !
Gabriel Enkiri, candidat au 1er tour de la Présidentielle

3.Posté par Gabriel Enkiri le 26/02/2007 15:09 | Alerter
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En 1905, Negib Azoury, un maronite de Syrie du sud (Palestine) publiait à Paris un livre "Le Réveil de la nation arabe dans l'Asie turque" dans lequel il fait preuve d'une extraordinaire lucidité puisqu'il prédit - en 1905 ! - que "l'effort des Juifs pour reconstituer à très large échelle l'ancien royaume d'Israël va s'opposer à la renaissance arabe, et que ces deux mouvements sont destinés à se combattre jusqu'à ce que l'un l'emporte sur l'autre". Il ajoute "que les deux peuples représentent deux principes contradictoires" et "avertit que le sort du monde entier dépend de l'issue de leur lutte" ! Comment Azoury a-t-il pu "deviner" la suite des événements alors qu'au tournant du siècle il était vraiment difficile d'y voir clair ! Sans doute parce que de Palestine, au moment où les colons juifs arrivent d'Europe de l'Est (la 1ère aliya) avec leur idéologie "socialiste-communiste" il pressent que ces franc-tireurs vont exacerber une réaction religieuse - islamique - en train précisément de mobiliser les Arabes contre le Sultan de Constantinople accusé de capituler devant les Européens. Pourtant la renaissance arabe est l'oeuvre, bien souvent, de chrétiens socialisants, mais le socialisme extrêmiste des" pionniers" juifs, arrivant de Russie va faire apparaître le socialisme arabe comme un auxiliaire du socialisme européen, et plus précisément russe. Un socialisme arabe qui sera d'ailleurs, après 1917, annexé par le "communisme" soviétique. Si bien qu'un esprit lucide, tel que Negib Azoury, pouvait pressentir que cela finirait par une opposition féroce entre les tenants du judaïsme et les musulmans. La disparition de l'URSS en effet laisse les deux camps face à face, mais l'antagonisme est devenu mondial du fait que l'Asie, à son tour, fait irruption sur la scène historique, et cette fois comme acteur principal ! Les Juifs ayant intégré les USA qui ont supplanté l'Europe, le conflit israélo-arabe s'étend à la terre entière, pas seulement à cause du pétrole, mais parce que la région du proche et du moyen-orient est, comme je l'ai dit, la région la plus stratégique du globe ! Ventre mou de la Chine, de la Russie et de l'Europe, c'est de là que peuvent s'envoler tous azimuts les fusées à tête nucléaire, tirées soit du sol, soit de l'océan "indien" par les navires américains. Que cela plaise ou non aux sionistes, leur "Etat" fait dorénavant "problème" à la terre entière !
Gabriel Enkiri, candidat au 1er tour de la Présidentielle.

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