Economie et pouvoir financier

Le cancer des banquiers


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Rudo de Ruijter
Mercredi 1 Mars 2017

Rudo de Ruijter
Chercheur indépendant
Pays-Bas

 
Dans La magie des banquiers vous avez pu lire comment les banquiers font apparaître des avoirs pour des prêts avec une simple ligne de comptabilité. Il n'y a pas d'argent en jeu et l'argent pour les avoirs n'existe même pas. Ce tour de passe-passe extrêmement lucratif incite les banquiers à fournir le plus de prêts possibles, mais il y a plus. Il y a des impulsions de croissance spécifiques qui rendent impossible d'arrêter la croissance du volume des prêts. Ni même avec des régulations. Et cela a des conséquences énormes pour notre société.
  • La création du vrai argent
Les banques n'ont besoin que d'un peu d'argent pour payer les différences entre les paiements interbancaires sortants et entrants. [1] En sus, elles ont besoin d'argent pour les clients qui demandent des billets de banques, par exemple aux guichets automatiques. Les banques obtiennent cet argent en vendant des papiers de valeur (comme des obligations d'état) à leur banque centrale, où chaque banque a un compte.

Banque centrale
Celle-ci ajoute la valeur sur le compte de la banque. Ainsi est créé l'argent officiel sous forme de nombres à la banque centrale. La banque centrale est la seule banque autorisée à (faire) imprimer des billets de banque. Aussi, les banques peuvent retirer l'argent de leur compte sous forme de billets, pour tenir prêt à distribuer aux clients qui en demandent.

  • Contrat-répro
Cette vente des papiers de valeurs n'est pas une vente ordinaire. Il y a une condition attachée: le banquier doit promettre de racheter ces papiers à une date convenue à un prix plus élevé convenu. Donc les banques ne disposent de l'argent que temporairement et doivent chaque fois vendre et racheter des papiers de valeur.
Première impulsion de croissance
Le fait que la banque centrale demande chaque fois un peu plus d'argent en retour qu'elle a initialement créé, signifie qu'avant la date du rachat des papiers de valeurs les banques doivent déjà en vendre d'autres pour avoir assez d'argent pour racheter les précédents. Au fil du temps l'opération exige la vente et le rachat de plus en plus de papiers de valeurs pour disposer de l'argent nécessaire.
Cela cause des frais toujours plus élevés. Pour couvrir ces frais, les banques doivent générer toujours plus de bénéfices et donc fournir de plus en plus de prêts.

Dettes croissantes

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Remarquez, que lorsque des clients gardent des billets de banque chez eux, c'est la banque qui les a fournis qui en supporte les frais à la banque centrale en permanence. Pour les banques c'est une des raisons de récompenser les clients, s'ils déposent leur argent sur un compte d'épargne.

  • Inflation: augmentation des prix
Lors de la fourniture de prêts les banques créent bien toujours plus d'avoirs, mais elle ne créent pas avec une baguette magique plus de marchandises à acheter. Et lorsque les consommateurs peuvent dépenser plus pour acheter la même quantité de marchandises, cela résulte simplement dans une augmentation de prix. Chaque unité d'argent perd de sa valeur et avec cela également nos avoirs bancaires.

Inflation monétaire
 

  • Inflation: pression de travail croissant
Et si nous ne voulons pas appauvrir, nous devrons travailler plus pour compenser la perte de valeur de notre argent. C'est une course incessante contre l'appauvrissement.

Et les Shadoks pompaient...
On peut le voir aussi autrement: en travaillant plus nous essayons d'obtenir une part des avoirs supplémentaires que les banques ont mis en circulation.

  • La fable de la croissance économique
La fable qu'une économie devrait croître pour être saine, a son origine dans la nécessité des banques pour fournir de plus en plus de prêts. Toujours plus de prêts signifie toujours plus d'avoirs bancaires et une dévalorisation de notre argent. Pour ne pas appauvrir nous devrons produire plus pour pouvoir gagner plus. C'est bien pour les banquiers, mais non pas pour la société, ni pour la terre.

L'économie globale

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  • Inflation et Indice des Prix à la Consommation
L'inflation est souvent exprimée comme l'augmentation du prix d'un panier de produits d'un ménage moyen, appelée l'Indice des Prix à la Consommation.
Cependant, lorsque des produits dans ce panier deviennent trop chers, ils sont remplacés par des moins chers. Le raisonnement étant, que le ménage moyen ferait cela aussi. Grâce à ce truc l'augmentation réelle des prix reste câchée. L'Indice de Prix à la Consommation ne pourra jamais dépasser l'augmentation des revenus du ménage moyen. En effet, ce dernier ne peut pas payer des prix plus élevés! [2]

Augmentation des salaires

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  • Inflation: avantage pour les emprunteurs
Avec l'inflation les emprunteurs ont l'avantage, que les montants convenus pour le remboursement de l'emprunt dévaluent au cours du temps. Lorsque l'inflation est de 2 pourcent, cela est comparable à 2 pourcent moins d'intérêts. Avec un taux d'intérêt de 6 pourcent cela constitue un tiers de la charge d'intérêts. Les perdants sont les usagers successifs des avoirs correspondants. Ils perdent exactement autant par les augmentations de prix.[3]
Deuxième impulsion de croissance
Le risque pour les banquiers c'est que les emprunteurs ne remboursent pas tout ou partie de leur emprunt. D'une manière générale le nombre de mauvais payeurs augmente exponentiellement lorsque le taux d'intérêt monte.

Mauvais payeurs
Lorsque le taux d'intérêt est de 6 pourcent et l'inflation est de 2 pourcent, cela équivaut un taux d'intérêt net de 4 pourcent. Grâce à cette inflation les banques évitent les mauvais payeurs qui apparaîtraient à des taux d'intérêt entre 4 et 6 pourcent, autrement dit la plupart. (Si nous estimons, que sans inflation il y aurait 10 fois plus de mauvais payeurs à 6 pourcent qu'à 1 pourcent d'intérêt, les banques évitent ainsi 2/3 des mauvais payeurs!)
Donc les banques ont intérêt à fournir toujurs plus de prêts pour maintenir une inflation suffisante pour leur éviter la plus grande partie des mauvais payeurs potentiels. (Probablement la plupart des directeurs de banques n'en ont même pas conscience. Ceux-ci veulent simplement produire de meilleurs chiffres chaque année pour garder leur poste bien payé...)

  • Inflation: pas de désavantage pour les banques
Le fait qu'au cours du prêt les remboursements perdent de leur valeur ne nuit pas aux banques. Lorsqu'avec une ligne de comptabilité une banque a créé un avoir de 1000 euros pour un prêt, c'est 1000 euros qui devront revenir comme remboursements pour réduire l'avoir créé à zéro. Ni plus, ni moins.
Cependant, pour les intérêts que les banques reçoivent l'inflation a bien une conséquence négative. Les intérêts, c'est leurs bénéfices, avec lesquels elles payent le personnel, les autres frais et les actionnaires. Mais vous pouvez être certain, que les banques ont prévu cette dévaluation et ont calculé un peu plus d'intérêt dès le départ. Il y a aussi des banques qui se font payer les intérêts d'abord et les remboursements qu'àprès. Ainsi elles collectent les intérêts avant que l'inflation n'en réduise la valeur.
  • Inflation décroissante: risque systémique

Banques à Frankfurt
Quartier des banques de Frankfurt [4]

Plus grande image Cliquez ici pour une crise bancaire...
Lorsque l'inflation diminue ou - pire - avec une déflation, il peut arriver que toutes les banques sont confrontées simultanément avec un nombre grandissant de mauvais payeurs. En effet, pour les emprunteurs l'avantage de l'inflation disparaît et les montants pour les remboursement deviennent de plus en plus difficiles à gagner. En théorie, lorsque les emprunteurs ne peuvent plus rembourser, les banques doivent comptabiliser des pertes. Mais les banques ne peuvent pas subir beaucoup de pertes. En soi, le capital d'une banque peut paraître gigantesque, mais il ne représente que 5 à 8 pourcent des prêts en cours. Quand les non-paiements deviennent systématiques, les banques font faillite. C'est pourquoi les banques préfèrent transformer les prêts malades en des prêts de plus longue durée, de telle sorte que les mensualités deviennent plus basses et, peut-être, les empunteurs pourront payer quand-même. Ainsi des pertes sont évitées ou retardées.

  • L'épargne
Lors de la fourniture de prêts apparaissent des avoirs bancaires. Lors des ordres de paiement des avoirs disparaissent chez les donneurs d'ordres et de nouveaux apparaissent chez les bénéficiaires [1].  Pour chaque avoir vaut, que quelque part il y a un emprunteur, qui doit encore rembourser ce montant. Aussi longtemps que ces avoirs sont utilisés dans des transactions de paiement, l'emprunteur peut tenter d'obtenir le montant en fournissant du labeur ou des marchandises à quelqu'un d'autre.
Ici l'épargne forme un problème. Avec l'épargne on désigne des avoirs bancaires qui, pour un temps indéfini, ne participent plus dans des transactions de paiement. Ces montants sont garés sur des comptes d'épargne.

Parking
Les emprunteurs ne peuvent pas obtenir ces montants pour rembourser leur emprunt. Il y a moins d'avoirs dans les comptes de paiement que des montants à rembourser à terme. Pour les banques le risque augmente, que les emprunteurs ne pourront pas rembourser leurs dettes à la date convenue.
Moins d'avoirs bancaires en usage dans les paiements, signifie également déflation. Pour une même quantité de marchandises et services il y a moins d'avoirs en circulation. La valeur de chaque unité d'argent augmente et les sommes convenues pour les remboursements sont de plus en plus difficiles à gagner.
Troisième impulsion de croissance
Pour contrer le danger de déflation les banques compensent l'écoulement vers les comptes d'épargne par la fourniture de prêts supplémentaires. (Pour les économistes ignorants il semble maintenant que c'est l'épargne qui est prêtée. Cependant, l'épargne n'est rien d'autre qu'une reconnaissance de la banque qu'elle doit de l'argent à ces clients et non pas une tirelire pleine de sous!) La fourniture de ces prêts supplémentaires prévient la dimunition de la quantité des avoirs bancaires en usage dans les paiements.
Il est vrai, qu'avec ces prêts supplémentaires il y a maintenant davantage d'emprunteurs qui chassent les mêmes avoirs bancaires pour leur remboursements, mais comme ces remboursements sont dus sur une période longue, les banques peuvent prendre des mesures à temps chaque fois. Dès qu'une somme est remboursée, la banque fournit un nouveau prêt équivalent à quelqu'un d'autre. Cela résout le problème temporairement chaque fois.
Cancer
Avec toutes ces impulsions les prêts en cours croissent comme un cancer. Et cela occasionne des frais gigantesques: les intérêts! Tous ces avoirs bancaires démarrent comme des prêts porteurs d'intérêts. Pour chaque bout d'avoir bancaire il y a quelque part un emprunteur qui paye l'intérêt! Tous ces intérêts à payer sont – directement ou indirectement [5] - intégrés dans les prix des produits dans leurs phases de production successives. Finalement c'est aux consommateurs de les payer, comme ils sont les derniers dans la chaîne. En 1950 la part des intérêts dans les dépenses des ménages était 7 pourcent. En 1975 elle était 14 pourcent. En 2000 c'était 31 pourcent et aujourd'hui nous sommes à plus de 35 pourcent! [6]

Les intérêts dans les dépenses des ménages
Résumé:
Les banques doivent obtenir toujours plus d'argent de leur banque centrale, comme cette dernière demande chaque fois plus d'argent en retour qu'elle en crée. Pour les banques les coûts augmentent et pour couvrir les frais elles prêtent plus. Plus de prêts signifie plus d'avoirs bancaires pour les paiements et inflation.
Par l'inflation les emprunteurs ont l'avantage que les remboursements convenus dévaluent et deviennent plus faciles à gagner. Avec l'inflation les banques ont l'avantage qu'il y a moins de mauvais payeurs. Par contre l'écoulement vers des comptes d'épargne cause une dimunition des avoirs dans les comptes de paiements. Cela augmente le risque de déflation et d'une augmentation exponentielle des mauvais payeurs. Les banques compensent ceci avec des prêts supplémentaires.
La croissance permanente des avoirs bancaires est un cancer, qui nous noie de plus en plus dans des dettes. La charge des intérêts croît chaque année. En 1950 la part des intérêts dans les dépenses des ménages était 7 pourcent. En 1975 elle était 14 pourcent. En 2000 c'était 31 pourcent et aujourd'hui nous sommes à plus de 35 pourcent! [6]

à suivre...
Sources and references:
[1] Exemple 3 banques Dans les paiements interbancaires il n'y a besoin que de peu d'argent.
Voir: La magie des banqiers, paragraphe: Paiements via la banque
[2] Pour plus de détails, voir : Secrets d'argent, intérêts et inflation, paragraph: Indice des Prix à la Consommation et inflation des prix
[3] Pour plus de détails, voir : Secrets d'argent, intérêts et inflation, paragraph: Inflation: obliger la population à payer pour l'usage de l'argent
[4] Photo Frankfurt: Wikimedia
[5] Indirectement par exemple via les salaires. Aujourd'hui les salariés consacrent une partie de leur salaire au paiement d'intérêts à leur banque. S'ils n'avaient pas d'intérêt à payer, ils pourraient acheter les mêmes choses avec un salaire plus bas.
[6] Helmut Creutz:
"Tous les frais qui s'accumulent dans la production et dans les prix intermédiaires entrent dans les prix finaux. Ils doivent donc être payés par les ménages, qui, comme derniers dans la chaîne ne peuvent plus reporter ces frais à d'autres et paient ces frais directement ou indirectement avec leurs dépenses.
Selon le bulletin de la Bundesbank de septembre 2003 les dépenses totales de tous les ménages de l'année 2000 se situaient à 1.201 milliards d'euro, les frais des emprunts (les intérêts collectés par les banques) à 370 milliards d'euros. De ces montants, qui représentent par ménage 31.600, respectivement 9.740 euros, se laisse calculer un pourcentage d'intérêts dans les dépenses de 31 pourcent."
En 1950 la part des intérêts dans les dépenses des ménages était 7 pourcent, en 1975 c'était 14 pourcent, en 2000 c'était 31 pourcent et aujourd'hui nous sommes à plus de 35 pourcent.
le 28 février, 2017

Rudo de Ruijter
Chercheur indépendant
Pays-Bas


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Mercredi 1 Mars 2017


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