Politique Nationale/Internationale

Le bras de fer entre Israël et le Hezbollah : une perspective française


Le web site « Islam On Line » a interviewé M. Braha Michaël, expert du Moyen-orient à l’Institut des Etudes internationales et stratégiques à Paris.

D’après lui, le Hezbollah a décidé à lui seul de capturer deux soldats israéliens. Michaël a évoqué le soutien intérieur à la Résistance islamique du Liban, et la popularité du Hezbollah dans la région.


IRIB
Samedi 29 Juillet 2006

 Le bras de fer entre Israël et le Hezbollah : une perspective française
Le bras de fer entre Israël et le Hezbollah : une perspective française





Q : Jusqu’où mènera le bras de fer entre Israël et le Hezbollah ? Peut-on dire que Israël sortira-t-il victorieux de ce conflit militaire ? Qu’en pensez-vous ?

R : Dans la région il existe des équilibres limités mais l’exemple remarquable en est Israël et le Hezbollah.

Israël bénéficiant des soutiens internationaux, procède à des démarches

militaires tandis que le Hezbollah, un Mouvement religieux-politique, effectue via son bras militaire, des opérations dans le sens des intérêts libanais. Le Hezbollah ne jouit pas du soutien international, ici il y a une grande différence – vous voyez – Israël bénéficie d’une situation régionale et internationale tandis que le Hezbollah en est privé. Sur le plan politique, le Hezbollah a des représentants au Parlement libanais et au cabinet, et sa ligne de conduit n’est pas conforme aux critères américains et européens.

Du point de vue local, le Hezbollah agit en tant que représentant du gouvernement libanais et selon les Etats-Unis et l’Union européenne, un tel rôle est inadmissible.

Du point de vue militaire, ni le Hezbollah, ni d’autres pays ne détiennent pas de si importants arsenaux qu’Israël. En outre si une guerre se déclenchait entre Israël et l’un de ses voisins ou par exemple un pays islamique comme l’Iran, Washington, en tant que supporter d’Israël y interviendrait sans doute.

Dans une autre optique les intérêts du Hezbollah ne correspondent pas avec ceux d’Israël et chacun a ses propres intérêts. De même les deux parties ont leurs propres raisons particuliers leur hostilité. Une telle situation diminue les chances d’une éventuelle négociation directe entre les deux parties pour un règlement des problèmes. Israël ne souhaite nullement libérer facilement les prisonniers qu’il détient dans ses geôles, et tout compromis et tout préalable avec le Hezbollah pour libérer les prisonniers israéliens est un échec spirituel cuisant pour les Israéliens, car Israël s’efforce de s’abstenir d’entrer en négociation avec le Hezbollah et accepter ses conditions.

Force est de constater que le conflit entre le Hezbollah et Israël est au-delà de la question des prisonniers, car les hostilités entre ces deux sont chroniques et les résultats ne seront pas de sitôt éclaircis.

Selon le Hezbollah, tant qu’Israël occupe toujours les fermes de Chebaa, il sera en lutte permanente contre ce régime. De même si Israël y sort, le Hezbollah ne le reconnaîtra jamais et ne réconciliera pas avec lui.

Q : Dans leur déclaration, les Israéliens parlent toujours de l’anéantissement du Hezbollah. A votre avis est-ce qu’Israël peut déraciner militairement ce Parti ?

R : Dans un regard plus profond sur les équations politiques et l’équilibre des forces et des acteurs locaux, nous constaterons que la situation de la région notamment celle au Liban a une grande différence avec celle de la décennie 80 à l’époque de la guerre civile au Liban.

La question qui se pose est de savoir si Israël est-il capable d’intervenir au Liban ? La réalisation d’une telle intervention sera très difficile et engendrera des frais pharamineux pour Israël.

Tout aventurisme d’Israël au Liban d’où son ingérence dans les affaires intérieures libanaises sera similaire à celui des Etats-Unis en Irak et n’aura pour lui que d’importantes difficultés.

En outre les Libanais sont très sensibles à l’égard de la politique israélienne et ils la haïssent énormément. Personnellement je ne suis pas d’accord avec cette idée que les Libanais sont contre le Hezbollah ; au Liban il y a seulement une minorité qui s’oppose au Hezbollah.

La majorité est pour le Hezbollah. Bien que certains libanais soient contents du retrait de la Syrie de leur pays ; néanmoins la normalisation des relations avec Israël fait partie des lignes rouges du gouvernement, de la nation et des partis libanais. Et à propos d’Israël, tous sont unanimes.

Q : Du point de vue militaire, Israël est capable d’agir, mais de telles démarches laisseront d’importants impacts sur sa puissance et son potentiel militaire.

R- Par le biais des raids aériens, il est possible d’attaquer en profondeur le Liban mais les opérations terrestres constituent un grand risque et les résultats ne sont pas trop rassurants. L’expérience du retrait d’Israël de Gaza a bien montré cette question.

Le retrait d’Israël de Gaza a eu lieu sous pression des opérations des forces palestiniennes qui n’étaient pas bien formées ni bien équipées.

Et si Israël s’introduit militairement au Liban, la facture sera trop lourde pour l’armée israélienne, ce que les Israéliens ne peuvent pas supporter.

Q : Selon certains commentateurs politiques le Hezbollah libanais a entrepris une démarche aventuriste et non calculée dans la capture des soldats israéliens ? Qu’en pensez-vous ?

R : A mon, avis le Hezbollah n’a pas réagi sans calcul, plutôt il a sciemment pris une telle décision en tenant compte de la situation intérieure du Liban.

Le retrait de la Syrie du territoire libanais et la montée de l’influence américaine au Liban se sont traduits en des pressions sur le Hezbollah pour le désarmer, un désarmement sur lequel l’Amérique insiste beaucoup.

Les chefs du Hezbollah ont choisi un temps précis pour leurs récentes opérations, simultanément à celles des Israéliens contre les Palestiniens à Gaza. Ces opérations étaient calculées et ce n’était pas un simple aventurisme militaire.

Par cette démarche à mon avis le Hezbollah voulait adresser un message aux Israéliens aux Américains et aux Arabes que le Hezbollah respecte toujours ses objectifs et sa résistance. Selon le Hezbollah, la résistance est une stratégie bien appropriée tant que les questions concernant le Moyen-Orient et le conflit entre les Arabes et les Israéliens ne seront résolus. Pour ma part, je ne peux pas prévoir les résultats de ces démarches et objectifs du Hezbollah et je réaffirme le fait que non seulement le Hezbollah, personne ne pourra voir et dicter les futurs résultats.

Il semblerait que ces opérations soient une épreuve pour le nouveau gouvernement israélien dirigé par Ehud Olmert et Amir Peretz, Ministre de la Guerre et chef du parti travailliste.

Par ces opérations, le Hezbollah libanais voulait faire comprendre aux dirigeants du nouveau gouvernement israélien qu’il est toujours puissant au Liban et qu’il a beaucoup de cartes à jouer. Il a mis en garde les Israéliens contre leur éventuelle ingérence dans les affaires intérieures du Liban au nom de l’Amérique.

Q : Les réactions internationales face aux récentes évolutions du Moyen-Orient notamment de la part de l’Amérique, de la France, de l’Allemagne et de la Grande Bretagne étaient très proches les unes des autres ; notamment en ce qui concerne la condamnation de la démarche du Hezbollah.

Malgré la convergence de vue des positions entre les positions française et américaine, il y a cependant une certaine différence entre elles. Qu’en pensez-vous ?

R : Jusqu’à ce moment la position française était très proche de celle de l’Amérique en tant que principal protagoniste de l’échiquier mondiale et Paris ne souhaite pas renouveler les différends du passé dans la question irakienne. Ainsi la France évite soigneusement que ces différends se répètent. L’Amérique a tout fait pour limiter le rôle de la France sur la scène internationale. Tout compte fait, la France cherche à coopérer avec les Etats-Unis et elle a pris une nouvelle position face à la Syrie après l’attentat contre la vie de Rafic Harari en demandant le désarmement du Hezbollah. Cette position a été saluée par Washington.

La France a bien compris que le refroidissement des relations avec l’Amérique pour des positions différentes n’avait aucun résultat fructueux.

Ainsi c’est par la logique que la France s’est rapprochée des Américains pour diriger l’Union européenne.

Tout compte fait la politique française au Liban était de compenser sa position d’antan à l’époque de l’action militaire américaine contre l’Irak.

Q : Compte tenu des relations historiques entre le Liban et la France, est-ce qu’il y a des différends entre les positions américano-françaises face au Liban ?

R : En ce qui concerne les récents événements survenus au Liban, les positions des deux pays ne sont pas conformes. Il y a des différends, mais c’est limité.

En raison de leurs antécédents colonialistes au Moyen-Orient, les Français ont une bonne conception des questions moyen-orientales et plus que les Américains, ils comprennent mieux les évolutions survenues dans cette région. L’Amérique défend Israël et toutes ses démarches au Liban. Tandis que, pour la France, ces démarches ne doivent pas être entreprises à tout prix ; car elles peuvent engendrer des résultats inverses.


Samedi 29 Juillet 2006


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