Palestine occupée

Le bandeau sur les yeux des modérés


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Nous avons eu Live 8 et Live Earth, et cette semaine, à une plus petite échelle, nous avons failli avoir One Million Voices.
Organisé par le groupe OneVoice, dont l'objectif déclaré était de réunir des Palestiniens et des Israéliens dans des manifestations simultanées à Tel Aviv, à Jéricho, à Londres, à Washington et à Ottawa pour exprimer un soutien aux "modérés" et demander une solution à deux États négociée.

Par Ben White


Ben White
Mardi 23 Octobre 2007

Les projets sont tombés à l'eau, au milieu d'amères affirmations et contre-affirmations, puisque les artistes prévus pour la manifestation de Jéricho ont annulé leur participation et que le concert de Tel Aviv leur ont emboîté le pas.

Cette annulation était la conséquence de la pression populaire des Palestiniens qui s'opposaient à ce qu'ils considèrent comme une énième tentative de promouvoir une fausse paix qui ne parvient pas à s'attaquer aux injustices structurelles du conflit.

En effet, malgré la rhétorique de paix et l'affirmation selon laquelle ils représentent une unique demande populaire, l'approche de OneVoice souffre des mêmes défauts qui ont gêné les efforts de "paix" officiels d'Oslo au Quartet.

Ces erreurs ont été amplement démontrées dans l'article de Seth Freedman qui insinue que le principal obstacle à la paix est l'"extrémisme" qui existe des deux côtés.

Cette interprétation de la situation en Palestine/Israël n'est possible que grâce à une grosse modification de l'histoire et une erreur de lecture fondamentale du présent.
Curieusement, le concert de Tel Aviv devait avoir lieu dans le Parc Hayarkon au même endroit où, il y a près de 60 ans, le village palestinien de Jarisha a été rayé de la carte par les forces armées juives.

Ses habitants partagent le même sort que près de 800000 autres Palestiniens, expulsés de ce qui est devenu Israël et interdits à ce jour de retourner dans leurs foyers et sur leurs terres confisquées.

Pourtant les documents officiels de OneVoice donnent l'impression que le conflit a commencé il y a seulement 40 ans, lorsque Israël a occupé le reste de la Palestine (la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est).

Condamner la "minorité extrémiste" des deux côtés semble louable. Bien sûr, "les deux parties" ont recours à la violence et, bien sûr, il y a de la haine et de l'extrémisme religieux entre les Palestiniens et les Israéliens. Cependant, l'élément essentiel est le fait qu'Israël dispose de tous les pouvoirs.

Israël occupe et colonise les terres palestiniennes, et non pas l'inverse.

Les villes palestiniennes sont assiégées par une armée israélienne moderne et utilisant la technologie de pointe et sont soumises aux bouclages, aux invasions et aux bombardements et non l'inverse.

La colonisation sioniste n'est pas l'apanage d'une frange fanatique en Israël – elle est fondamentale à l'identité de l'Etat et à ses pratiques.

Comme le disait Martin Luther King : "La liberté n'est jamais accordée de bon gré par l'oppresseur; elle doit être exigée par l'opprimé."
Depuis qu'Israël continue à ne montrer aucune intention de renoncer à son rôle de maître colonial, il n'est pas bon de condamner "les deux parties", comme s'il y avait une égalité entre l'occupant et l'occupé.

Il n'est pas surprenant que ceux qui ont vu de près cet Apartheid ne se font aucune illusion quant à l'utilité d'un "processus de paix" impuissant.

En début de semaine, l'envoyé spécial pour les droits de l'homme des Nations Unies dans les Territoires Palestiniens Occupés, M. John Dugard, a condamné le Quartet pour avoir omis de protéger les droits des Palestiniens.

Tim Franks de la BBC a noté que de nombreux diplomates et fonctionnaires basés dans la région "seraient d'accord avec l'analyse politique de M. Dugard" mais ils s'abstiennent d'en convenir publiquement.

La langue de la modération est à la mode, que ce soit de OneVoice à Condoleezza Rice, et des concerts de paix avortés à la prochaine conférence de paix en novembre.

C'est une dichotomie séduisante; d'un côté ceux qui allument la flamme de la paix, qui aspirent à un "éveil massif" aux "forces de la lumière, de l'amitié et l'amour." D'un autre côté, il y a les extrémistes qui menacent, calomnient et induisent en erreur; Ils sont injustement intransigeants, ils étouffent, éteignent l'espoir et brûlent des drapeaux.

Mais qu'est-ce qu'un "modéré"? Ces derniers temps, "modéré" a été appliqué à certains personnages plutôt peu indiqués dans la région du Moyen-Orient. Pour les États-Unis, le Royaume-Uni et les gouvernements israéliens, ils incluent des États comme l'Arabie Saoudite, l'Égypte et la Jordanie.

Aucun de ceux-ci autorisent une véritable liberté d'expression; tous oppriment les mouvements d'opposition. En fait, l'Arabie Saoudite est l'un des régimes les plus répressifs au monde.

Il semble que le terme "modération" n'a rien à voir avec ceux qui s'abstiennent de recourir à la torture des militants politiques ou à la flagellation des "déviants", et tout à voir avec ceux qui obéissent à la politique américaine et aux intérêts israéliens. C'est ce qui unit la famille royale d'Arabie Saoudite, le président égyptien et le roi jordanien.

Pendant ce temps, des groupes comme l'ISM, et Another Voice sont condamnés par Freedman et OneVoice comme étant des "extrémistes" qui ont l'intention d'"éliminer l'autre côté", et ils les ont accusés d'envoyer des menaces anonymes et indéterminées.

Pourtant, ces groupes sont engagés dans la défense des droits de l'homme et du droit international, et sont composés des inlassables Israéliens, Palestiniens et internationaux.

Leur catégorisation en tant qu'"extrémistes" est en réalité un reflet de leur refus d'accepter l'Apartheid enrobé de sucre ou des platitudes bien intentionnées qui servent le statu quo.

C'est peut être une vérité dérangeante, mais une paix pour les deux peuples n'apparaîtra pas si la disparité fondamentale de pouvoir entre Israël et les apatrides, les Palestiniens occupés et dépossédés est masquée.

Affronter les intérêts qui perpétuent la conquête de la Palestine ne vous fera pas obtenir une récompense de la part du monarque jordanien ou des éloges de la part du Département d'État américain; mais en fin de compte, cela vous rapprochera beaucoup plus de la paix

Source : http://commentisfree.guardian.co.uk/
Traduction : MG pour ISM


Mardi 23 Octobre 2007

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