ALTER INFO

Le Turkménistan, sera-t-il une zone de tension?


Dans la même rubrique:
< >

La mort de Saparmourat Niazov n'a pas affligé que ses proches, elle a désagréablement surpris les gouvernements des divers pays intéressés à la stabilité du régime turkmène. Le fait est que le président turkmène était le garant des contrats gaziers qu'il avait conclus avec les dirigeants d'autres Etats. Sous sa direction, le régime politique du pays, bien que totalitaire, était laïque, ce qui empêchait la propagation des formes radicales de l'islam. De toute évidence, la plupart des craintes suscitées par la disparition du président turkmène à vie sont dénuées de fondements.


Alexeï Makarkine
Mardi 26 Décembre 2006

Le Turkménistan, sera-t-il une zone de tension?

Par Alexeï Makarkine (Centre de technologies politiques) pour RIA Novosti


Viktor Iouchtchenko est le plus préoccupé, car l'économie ukrainienne dépend traditionnellement du prix du gaz turkmène. Ce n'est pas par hasard que le leader de la démocratie ukrainienne a assisté aux obsèques du chef du régime totalitaire : c'était un prétexte pour établir des contacts avec les nouveaux dirigeants du pays et "sonder le terrain". Cependant, il est douteux que ces derniers revoient radicalement la politique du pays dans le domaine gazier, tout d'abord, parce qu'ils seront bientôt accaparés par le partage du pouvoir et parce qu'ils sont intéressés à maintenir la stabilité des recettes provenant du gaz.

Les Etats-Unis et l'Europe peuvent être inquiets, car la mort de Saparmourat Niazov pourrait provoquer une hausse des prix mondiaux du gaz, compte tenu de l'accroissement des risques découlant de la déstabilisation éventuelle de la situation politique dans l'un des principaux Etats producteurs de gaz. Cependant, cette variante est purement théorique : même si les nouveaux dirigeants turkmènes se lancent dans une lutte âpre pour le pouvoir, les batailles au sommet n'affecteront pas les contrats gaziers. Quant à une insurrection populaire capable d'interrompre les fournitures de gaz, elle est peu probable (bien entendu, c'est une prévision optimiste, parmi d'autres, pour l'Ukraine).

Pour l'Iran, il est important qu'un régime pro-occidental hostile à Téhéran ne s'installe pas au Turkménistan. Cette perspective semble peu réaliste. Les Etats-Unis ont échoué en Kirghizie : en soutenant l'opposition au président Askar Akaïev, ils ont plongé le pays dans le chaos politique et n'ont pas spécialement favorisé la montée des états d'esprit pro-américains dans l'establishment kirghize (au contraire, la présence militaire des Etats-Unis provoque un mécontentement croissant). L'Amérique ne peut pas se permettre de se livrer en ce moment à des jeux risqués de grande envergure au Turkménistan : l'administration républicaine doit régler, avant les élections, les problèmes urgents en Irak. D'ailleurs, en perspective, les Etats-Unis peuvent essayer d'établir des rapports plus étroits avec les nouvelles autorités turkmènes, mais ils agiront avec prudence, car cela risque d'entraîner une concurrence aussi bien avec l'Iran qu'avec la Russie qui ne souhaitent pas le renforcement des positions des Etats-Unis dans un pays exportateur de gaz.

En principe, les autorités iraniennes voudraient accroître leur influence dans le pays voisin. Mais la situation politique en Iran est assez complexe pour ses autorités, car la politique socio-économique de Mahmoud Ahmadinejad est de plus en plus critiquée. Ses représentants ont échoué aux récentes municipales. Ajoutons-y la confrontation qui se poursuit entre l'Iran et l'Occident. Dans ce contexte, le règlement des problèmes politiques intérieurs doit être prioritaire pour les dirigeants iraniens afin de renforcer la base sociale ébranlée du régime.

Pour la Russie, le maintien du caractère laïc du pouvoir au Turkménistan, dont le garant était Saparmourat Niazov jusqu'à sa mort, a une importance de principe pour la Russie. Il existe le problème des ressortissants russes qui résident dans ce pays : ils n'avaient pas la vie facile sous Turkmenbachi (père de tous les Turkmènes), lorsque les autorités turkmènes ont interdit unilatéralement la double citoyenneté. Les deux problèmes peuvent être réglés. Ainsi, la perspective de l'"islamisation" prochaine du Turkménistan est contestable, car, dans ce pays peuplé il y a cent ans par les tribus nomades, l'islam est mêlé de traditions nationales remontant aux époques préislamiques. Par conséquent, les idées du fondamentalisme prévoyant de débarrasser la religion de ces traditions ne peuvent s'implanter dans le pays qu'après un long travail méthodique au sein de la population qu'aucun régime laïque n'admettra. Ce n'est pas par hasard que Saparmourat Niazov misait, dans son idéologie, sur le nationalisme turkmène, souvent sous des formes absurdes et grotesques, en créant le culte de sa personnalité qui ne lui survivra certainement pas longtemps.

Une certaine libéralisation de la vie politique du pays est possible après la mort de Saparmourat Niazov : le régime totalitaire a une chance d'évoluer vers un autoritarisme modéré. Il est peu probable que les représentants de l'opposition accèdent prochainement à la direction du pays, mais des gestes "symboliques" sont possibles : par exemple, la libération ne serait-ce que d'une partie des détenus politiques. Rappelons le plus célèbre d'entre eux, l'ancien ministre des Affaires étrangères Boris Chikhmouradov condamné à la réclusion à vie pour complot contre Turkmenbachi. Selon de nombreux observateurs, cette condamnation était une provocation évidente des autorités. Toute libéralisation dans le contexte du régime laïque profitera certainement aux ressortissants russes.

Bref, en principe, l'évolution des événements au Turkménistan fera l'affaire de toutes les parties intéressées.


Mardi 26 Décembre 2006

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS

Publicité

Brèves



Commentaires