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Le Sénégal confrérique et malikite face au croissant de Lune


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Mardi 8 Août 2017 - 15:10 La rationalité de la Religion Musulmane !



Ahmadou kanté
Jeudi 25 Mai 2017

Le Sénégal confrérique et malikite face au croissant de Lune
Il n’est pas simple de se faire une idée claire de la position du Sénégal sur la détermination du mois lunaire. Tout le monde sait qu’il fut des temps où les flottements faisaient légion. C’est tellement vrai que sans cela on ne comprend rien à la création de la Commission Nationale de Concertation sur le Croissant Lunaire (CONACOC) dans les années 1996. Personne ne peut nier aussi que c’est au niveau même du leadership confrérique que des divergences étaient notées. Dans les lignes qui suivent, le but n’est pas de revenir sur ses malaises de Lune au Sénégal mais de chercher à comprendre et expliquer pourquoi le pays a du mal à déterminer le mois lunaire à l’unisson. En effet, le pays qu’on peut qualifier de majoritairement confrérique et d’obédience malikite devrait avoir une certaine stabilité par rapport à cette question en s’appuyant sur ces deux sources potentielles d’unité. Or, entre confréries et au sein d’une même confrérie, il y a eu des attitudes et décisions qui ont empêché le jeûne à l’unisson et un accord sur une détermination commune du mois lunaire. Pour comprendre, il faut commencer par noter que s’il y a divergence dans les confréries ce n’est pas parce que chacune d’elle a une position qui lui est propre sur la détermination du mois lunaire. Par définition, les confréries du Sénégal qui se réclament de la tradition soufie n’ont pas leur propre école de Fiqh et se disent toutes appartenir à l’école malikite qui elle, a défini une position sur la détermination du mois de Ramadan. Qui suit de près la question se rend compte que deux options sont en jeu : i) la détermination du mois de Ramadan (et par extrapolation du mois lunaire) à l’échelle du territoire national, ii) le respect de la position de l’école malikite.
On va voir que les choses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le penser.
En effet, l’idée largement partagée au sein de membres influents des confréries et qui est aussi défendue actuellement par la CONNACOC, c’est qu’il existe une référence qui justifie et autorise la détermination du mois de Ramadan et par extrapolation du mois lunaire par pays et que par conséquent le Sénégal a le droit de s’autodéterminer sur la question. Cette position de prime abord pertinente se heurte à un problème de taille : elle se fonde essentiellement sur une référence scripturaire dite hadith de Kurayb dont l’interprétation qui aboutit à justifier le jeûne du mois de Ramadan par pays « Balad » est celle de l’école chafiite et pas du tout celle malikite. En effet, toutes les références de l’école malikite, même s’il y a souvent des postions qui sortent de ce qui prévaut (jumhûr, machhûr) dans celle-ci, mentionnent que ladite école considère que le musulman se doit de jeûner dès que lui parvient une information fiable sur l’apparition du croissant de Lunaire quelque part dans le monde. Tous les érudits sénégalais de l’école malikite vous confirmeront cela. Et il faut noter que l’avis disant que tous les musulmans sont engagés par une apparition du croissant de Lune partout dans le monde est celle des trois écoles sunnites ; malikite, hanafite et hanbalite. Seule l’école chafiite défend l’option pays (Cf, ouvrages de référence en Fiqh comme « al fiqhul islamiy wa adillatuh » – le Fiqh islamique et ses références-. Il découle de ce qui précède que la dynamique en cours de radicalisation sur une vision-territoire national est une option aux relents nationalistes et en déphasage avec l’école malikite sur la question. Cela étant dit, il est nécessaire de revenir à cette référence que des oulémas chafiites aussi réputés que An-nawawi ont interprété dans le sens de justifier que chaque pays devait se limiter à sa propre vision du croissant de Lune. Il s’agit d’un dialogue entre un monsieur du nom de Kurayb et Ibn Abbas, cousin du prophète (SAWS) et grandissime érudit de la Oumma. En voici une traduction qui nous semble satisfaisante :
« Kurayb raconte que Umm ul-Fadhl l'avait envoyé [de Médine, en Arabie,] à Châm [Syrie] auprès de Mu'âwiya (que Dieu les agrée). Il relate : "Je me rendis à Châm et y fis ce pour quoi elle m'y avait envoyé. Le mois de ramadan commença alors que j'étais à Châm. Je vis le croissant du début de ramadan la nuit de vendredi. Je rentrai à Médine dans la fin du mois de ramadan. Abdullâh ibn Abbâs me questionna, puis, parlant du croissant, me dit : "Quand avez-vous vu le croissant ?" – La nuit de vendredi [c'est-à-dire la nuit de jeudi à vendredi]. – L'as-tu vu toi-même ? – Oui. Les gens aussi l'ont vu, ils ont (débuté) le jeûne [dès le lendemain, vendredi matin], et Mu'âwiya aussi." Il me dit : "Mais nous, nous l'avons vu la nuit de samedi [c'est-à-dire la nuit de vendredi à samedi]. Nous n'arrêterons donc pas de jeûner jusqu'à ce que nous complétions trente jours ou voyions le croissant (du nouveau mois)." Je dis : "Ne te suffiras-tu pas du fait que Mu'âwiya l'a vu et a commencé le jeûne [dès vendredi matin] ? – Non, me répondit-il, c'est ainsi que le Prophète nous a ordonné de faire"" (rapporté par Muslim, at-Tirmidhî, Abû Dâoûd, an-Nassâ'ï). (Cf. http://www.maison-islam.com/articles/?p=306)

Les divergences dans l’interprétation de ce dialogue qui a été popularisé dans la littérature sous l’intitulé « hadithou Kourayb » se cristallisent autour de cette dernière expression d’Ibn Abbâs : "C'est ainsi que le Prophète nous a ordonné de faire". La question est alors « Qu’est-ce que le prophète (SAWS) a ordonné de faire ? » En tout cas, l’interprétation voulant que hadithou Kourayb soit le fondement d’une détermination du mois de Ramadan par pays a fini par être celle de l’école chafiite. Mais, répétons-le, à l’exception de l’école chafiite, les autres écoles sunnites y compris malikite considèrent que le musulman doit commencer son jeûne dès que lui parvient une information fiable sur l’apparition du croissant de Lune quelque part dans le monde. Même l’école chafiite qui opte pour une vision-pays ouvre la possibilité pour des pays voisins de déterminer de façon commune le mois de Ramadan. Cela fait que certains membres des confréries du Sénégal qui considèrent que lorsque le croissant de Lune est aperçu dans les pays voisins cela engage le pays sont beaucoup plus en phase avec l’école malikite que ceux qui optent pour une vision strictement restreinte au territoire national. Et ces derniers ne pourraient trouver de raison valable à leur posture du point de vue de la Charia et de l’école malikite que si l’information de l’apparition du croissant de Lune quelque part dans le monde n’est pas fiable.

Il faut aussi ajouter à ce débat que l’Académie interétatique de Fiqh a entériné depuis 1986 si ce n’est avant, la résolution selon laquelle « lâ ‘ibrata bikhtilâfil matâli ‘ » (l’argument de la multiplicité des levants n’est pas pertinent). Il en découle que cette Académie où se rencontrent des oulémas du monde entier établit que l’apparition du croissant de Lune quelque part dans le monde vaut pour tous les musulmans. Eu égard à cette résolution, le Sénégal se marginalise par son option vision-pays. Toutefois, pour rendre justice au Sénégal sur cette question, il faut noter qu’à part les pays à majorité musulmane ou non qui recourent au calcul astronomique, tout le reste y compris l’Arabie saoudite, pratique l’option vision-pays. Dans ce cadre, même l’Arabie saoudite qui se réclame de l’école hanbalite n’est pas en phase avec celle-ci ni avec la résolution de l’Académie mondiale de Fiqh sauf quand elle prend en compte le calcul astronomique pour ce qui est de l’instant de la conjonction. Elle aussi ne pourrait se justifier qu’à travers la question de la fiabilité de l’information venant du dehors de ses frontières.
Toujours pour rendre justice au Sénégal sur cette question, il faut mentionner que la CONACOC a essayé de mettre en œuvre la vision-monde qui est celle de l’école malikite voire la vision-pays et pays voisins de l’école chafiite à travers une rencontre entre des pays de l’Afrique de l’ouest et du Maghreb en 1999. Hélas, les autorités politiques n’ont pas suivi. Depuis, on observe un certain durcissement sur l’option vision-territoire national qui pourrait se comprendre par la non résolution de la problématique de la collecte et de la validation à l’échelle de toute la Oumma de l’information sur le mois lunaire.
Revenons à ce qui fonde l’option vision-pays pour dire qu’un éminent ouléma de l’école chafiite comme An-nawawi déduit de hadithou Kourayb que chaque pays doit se limiter à sa « propre vision » tout en considérant que la vision d’un pays donné vaut pour les pays proches et pas pour les éloignés. A bien y réfléchir, on ne peut quand même pas nier qu’Ibn Abbas a fait référence à « nous » dans et on ne voit pas à quoi ce pronom personnel pourrait faire référence si ce n’est la communauté musulmane de Médine. Donc, selon l’interprétation qui prévaut dans l’école chafiite, il y a dans les propos d’Ibn Abbas l’idée d’une apparition du croissant de Lune dans un lieu notamment la Syrie de l’époque qui n’engage pas les musulmans d’un autre endroit en l’occurrence Médine. Selon ce point de vue, alors, c’est parce-que Médine est tellement éloignée de Damas, qu’Ibn Abbas considère que l’apparition du croissant de Lune là-bas n’engage pas Médine.
En toute logique, les tenants de cette compréhension se disent que ces deux localités ne peuvent pas être engagées par la même détermination du mois lunaire vu qu’ils n’appartiennent pas au même « levant ». Ici, « Levant/Horizon » (matâli ‘) s’entend au sens de première apparition du croissant de Lune. Et puisque le croissant de Lune se lève et apparait à l’horizon au-dessus de nos têtes en tant qu’observateurs sur Terre, le problème de la projection de cette première apparition dans un espace géographique se pose nécessairement pour ne pas se perdre dans un « débat aérien » pour lequel le Fiqh n’aura pas matière pour trancher. Alors, il devient tout à fait fondé de se dire que Damas peut représenter un point tellement éloigné qu’il n’appartient pas au même « Levant » que Médine.
Dans ce cadre, il suffit de voir une carte pour se rendre compte qu’entre Médine et Damas, il faut compter au moins 1000Km.
Si on pose l’hypothèse pertinente, selon l’interprétation de l’école chafiite, qu’Ibn Abbas avait en tête que deux localités séparées par environ 1000Km n’appartiennent pas au même « Levant » tout en rappelant que cette notion n’est nullement mentionnée dans ce dialogue, alors il faut en déduire que la question suivante devient incontournable : « Quelle est la distance minimale pour considérer que deux localités appartiennent à la même unité d’apparition du croissant de Lune appelée « Levant » et sont concernées par une détermination commune du mois lunaire? » Or, personne parmi ceux qui déduisent de hadithou Kourayb l’option vision-pays n’a jamais tiré de ce dialogue la moindre indication en termes de distance (ou de nombre de jours de marche comme cela se faisait à l’époque) à laquelle correspond un même « Levant » ou « Horizon » A noter qu’il serait embarrassant qu’Ibn Abbas aie en vue une détermination du mois de Ramadan reposant sur un critère de « Levant » et de localité sans dire, pour un culte aussi important, par quel moyen le musulman pourra-t-il reconnaitre à quoi correspond un « Levant ».
Tous les principologues « usûliyyûn » vous diront que la Charia donne toujours un mode de détermination de la cause légale « as-sabab ach-char ‘iy » de ses prescriptions. Par exemple, la cause légale de la réduction des unités de prière est le voyage qui se détermine par une distance entre un lieu de départ et un autre d’arrivée. Nous verrons que cette absence de référence pour l’unité de mesure géographique du « Levant » dans ce dialogue montre très vraisemblablement que ce n’est pas la variable distance qui est en jeu.
En tout cas, ni le terme « Levant », ni les autres qu’on trouve dans les écrits sur ce sujet et qui mentionnent, balad (pays), iqlîm, qatar (contrée, région) entres autres traductions ne sont sortis de la bouche d’Ibn Abbas. Cela veut dire que ce sont des interprétations notamment de l’école chafiite qui ont fait le reste lesquelles ont été sacralisées par la suite quand le suivisme aveugle a pris le pas sur les analyses dignes du Fiqh dans son sens originel de compréhension des principes, finalités et modes de déduction de la règle de droit islamique. Récapitulons pour dire que contrairement à ce que d’aucuns croient et véhiculent, il n’y a pas une relation directe entre hadithou Kourayb notamment les propos de Ibn Abbas et la théorie des « Levants/Horizons » uniques ou multiples. Et pour être complet sur cette théorie, il faut mentionner que deux localités sont considérées appartenir à des Levants différents quand elles ne sont pas dans la même zone où se fait la première apparition du croissant de Lune. Dire cela ne nous avance en rien tant que n’est pas définie l’unité géographique dans laquelle se traduit un « Levant » ou un « Horizon »

Si l’on retient l’interprétation selon laquelle hadithou Kurayb assure une justification à un jeûne par localités appartenant à un même « Levant » et par extrapolation à une détermination du mois lunaire sur la base du même critère, il faudrait alors pour les défenseurs d’une telle option, avoir une délimitation géographique qui puisse servir valablement de référence. Or, parler d’une distance de moins de 1000km (On échappe difficilement au calcul) pour engager deux localités ne nous avance en rien puisque cela concerne une fourchette de 1000 à 0. Dans ce cas de figure, et pour être conséquent avec cette option, ses défenseurs devraient plaider pour une même détermination du mois lunaire (début et fin) pour toutes les localités du monde où se trouvent des musulmans et qui soient éloignées de moins de 1000Km. Or, au sein de l’école chafiite elle-même, il n’y a pas accord sur l’unité de mesure d’un « Levant ». Certains oulémas de cette école parlent de pays proches ou éloignés sans plus de détails.
D’autres font une analogie avec la distance requise pour réduire les unités de prière sans plus de détails (vu qu’il n’y a pas accord là non plus même si une moyenne de 100km est souvent donnée, 85 pour l’école malikite), et d’autres encore donnent des indications comme la distance entre le Hedjaz et l’Irak. Si on prend ce dernier cas, on voit bien que la distance entre Médine et Bagdad fait 1000Km et quelques. Pour les trois écoles sunnites, le problème de l’unité de distance qui correspond à un même « Levant » ne se pose pas en raison de leur option pour une détermination mondialement fondée du mois lunaire alors que pour l’école chafiite qui défend une vision-pays et pays proches, il se pose l’épineux problème de la définition du périmètre correspondant au « Levant »

A bien réfléchir au dialogue en question, on note que Kourayb revient de Syrie en fin de Ramadan et lorsqu’il s’étonne de l’attitude de Ibn Abbas, ce qui laisse aussi comprendre que le premier (Kourayb) ne se posait pas la question de la distance, Ibn Abbas répond qu’il continuera à compter à partir du samedi où lui et les musulmans de Médine ont commencé à jeûner. On déduit bien de la réponse d’Ibn Abbas qu’il ne veut pas remettre en cause son comptage en prenant en considération le jour où le jeûne a commencé à Damas. Quand Ibn Abbas insiste pour dire qu’ils vont compter jusqu’à 30 ou ne s’arrêter de jeûner que si le nouveau croissant est aperçu à Médine, il ne fait référence ni à la notion de « Levant » ni de distance mais au nombre de jours. D’ailleurs, un érudit comme An-Nawawi considère étrangement que c’est pour raison de témoignage solitaire de la part de Kourayb qu’Ibn Abbas a réagi de cette sorte et que cela n’a rien à voir avec la multiplicité des « levants ».
De son côté le grand ouléma Ach-chawkâni fait un commentaire fort instructif de hadithou Kurayb et en conclut que la fameuse expression "C'est ainsi que le Prophète nous a ordonné de faire" renvoie à ces propos d’Ibn Abbas : « Nous n'arrêterons donc pas de jeûner jusqu'à ce que nous complétions trente jours ou voyions le croissant (du nouveau mois). » Il en découle qu’Ibn Abbas voulait faire comprendre à Kourayb qu’il n’envisageait pas du tout de tenir compte du premier jour de jeûne à Damas. C’est tout cela qui a fait dire à certains oulémas que hadithou Kurayb soulève le problème de l’information tardive sur le début du mois qui parvient à des musulmans qui avaient commencé leur jeûne sur une autre base et rien d’autre. Selon hadithou Kurayb, ces musulmans informés tardivement continuent leur propre décompte et arrêtent de jeûner s’ils voient le croissant de Lune ou s’ils comptent jusqu’à 30 jours. Aussi, il serait étrange que pour un culte aussi important que le jeûne, Ibn Abbas réponde sans faire mention de distance ou de «Levant » si tant est-il que ces variables étaient en cause. A noter que pour être considéré comme voyageur et bénéficier de la permission de réduire les unités de prières obligatoires, ce même Ibn Abbas prenait pour référence la distance entre la Mecque et Taif qui est d’environ 100Km.

Si le Sénégal appliquait la position de l’école malikite, il gagnerait déjà en harmonie et cohérence en ce que les frontières géographiques ne seraient pas un prétexte à la discorde, au désordre et autres incohérences relativement à la détermination du mois lunaire et pas seulement du mois de Ramadan. La situation est plus complexe que cela puisque le Sénégal à l’instar de beaucoup d’Etats du monde musulman privilégie la vision-territoire national. Or, cette position n’est ni celle de l’école malikite ni celle des autres écoles sunnites ni une interprétation univoque et tranchée de hadithou Kourayb. L’option pour une vision-pays dans la détermination du mois lunaire relève d’un choix à soubassement nationaliste et marque aussi l’absence de leadership légitime et éclairé dans le monde musulman pour régler ce genre de problème. C’est instructif de noter aussi que le Sénégal se met en dehors des résolutions de l’Académie mondiale de Fiqh qui s’est prononcée pour la validation du témoignage visuel en s’assurant qu’il ne contredit pas des données astronomiques fiables. Il faut rappeler que l’option vision-territoire national privilégiée au Sénégal depuis quelques années est en déphasage avec la position de l’école malikite et qu’il n’en fut pas toujours ainsi. Il fut des temps où des chefs religieux prenaient en compte l’information venant des pays voisins, d’ailleurs certains continuent de le faire, et en cela ils ne sont pas en contradiction avec l’école malikite !
Il découle de ce qui précède que pour être vraiment fidèle à l’école malikite, le Sénégal devrait accepter de déterminer le mois lunaire sur la base de toute information fiable et précise venant du monde entier. Mais, les données astronomiques qui sont les seules à pouvoir garantir cette fiabilité et cette précision sont, hélas, rejetées par la majorité des oulémas de l’école malikite. Toutefois, des oulémas malikites comme Mazri ouvrent une perspective au calcul astronomique lorsqu’il affirme que c’est pour soulager les musulmans que ce moyen leur a été interdit. Etant entendu que le contexte actuel de la Oumma rend cet argument anachronique. A noter que dans les pays du Maghreb d’où nous est venue l’école malikite, il se passe de nos jours que « ce sont les Muwaqqitîn qui ont les moyens de nos jours de faire les calculs pour les temps de la prière, ils envoient ensuite l’information aux mosquées et aux autorités religieuses pour diffusion. » (Cf. http://www.doctrine-malikite.fr/Les-temps-des-prieres_a108.html)
Pourtant, prendre en compte les données astronomiques auraient au moins un triple avantage : i) être en phase avec les résolutions de l’Académie mondiale de Fiqh sur cette question ; ii) écarter des témoignages visuels infondés comme ceux qui seraient en contradiction avec la prédiction rigoureuse de l’instant de la conjonction prédictible à la seconde près, ii) savoir où se trouve le Sénégal selon le zonage de la planète fait sur la base des prédictions de première visibilité. Une telle option serait une approche scientifique plus rigoureuse de l’ancienne théorie des « levants » dont nous avons montré les limites en termes de traduction géographique. A cette fin, le calcul des éphémérides permet de dessiner des zones (qui changent suivant les modalités de la conjonction) de première visibilité du croissant de Lune pour toute la planète avec beaucoup plus de fiabilité et de précision.

Conclusion

Si le Sénégal reste fidèle à l’option vison-monde de l’école malikite et considère avec toute le sérieux requis les données astronomiques modernes, alors l’attente d’une détermination à l’unisson du mois de Ramadan et du mois lunaire tout court sera satisfaite. Mais, au-delà du Sénégal, toutes les conditions sont réunies pour que la Oumma actuelle sorte de ses malaises de Lune. En effet, comme pour l’hégire qui a été consacrée référence de base pour les musulmans au temps du Calife ‘Umar, et comme pour les temps légaux des prières qui sont élaborés de nos jours par le calcul astronomique, il est tout à fait possible de construire un calendrier lunaire musulman sur la base de seulement deux critères :
i) l’instant de la conjonction « Terre – Lune – Soleil »,
ii) la convention musulmane selon laquelle le jour commence au coucher du Soleil.

A cette fin, il reviendra alors aux spécialistes de l’astronomie, de la géographie, de la cartographie et des sciences connexes, de faire le travail technique nécessaire. Ma conviction est que la Oumma peut y arriver dans les meilleurs délais à condition d’avoir une bonne connaissance de l’astronomie moderne et des sciences connexes ainsi que des fondements, principes et finalités de la Charia. Doit s’y ajouter, l’abandon de toute posture nationaliste et sectaire au sens d’un attachement fanatique à des écoles de pensées théologico-juridiques dont les chefs de file n’ont jamais voulu que les résultats de leurs effort de recherche si louables soient sacralisés.
Fait à Dakar, mai 2017/1438
Imam Ahmadou M. Kanté, écrivain et conférencier



Jeudi 25 Mai 2017


Commentaires

1.Posté par Yusuff le 25/05/2017 19:25 | Alerter
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Voila ca nous donne un apercu de monde reel des musulmans.
Nous sont deja dans le 1438 hejire et nous faisons des grandes acrobacie pour la lune pour le Ramadhan.
Mais pourtant c'est simple. Si vous trouverez la lune vous commencez a jeuner et si vous me le trouvez pas compter le jour.
Maintenant pour ce qui ne vois pas la lune (des pays Europe et autres) alors suivent un pays tous pres pour commencer le jeune.
Et voila se comme ca qu'on gaspille notre temps quand nous avons des problems plus pressant a parler comme cet monde a l'ere de anti christ, comme comment nos leaders vendent leur foi pour l'argent ou comment des musulamans detruire les pays de leur propre frere musulmans ou comment des musulmans vende leur pays ou autres, ou comment etc etc.

C'est pas jeuner 30 ou 29 qui est meilleur aupres de Allah SWT mais la qualite et la frayeur et est qu'on vive Islam 24/7.

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