Sciences et croyances

Le Protocole de Kyoto et les caprices du climat



Deux années se sont écoulées depuis l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto. Nous voudrions encore une fois mettre en relief la teneur de ce document international hors du commun, qui a été ratifié par 150 pays. Il pourrait être qualifié de démarche pragmatique de l'humanité, visant à abaisser l'action anthropogène exercée sur la biosphère, sur le climat.


Viktor Danilov-Danilian
Lundi 19 Février 2007



Par Viktor Danilov-Danilian, membre correspondant de l'Académie des sciences de Russie, pour RIA Novosti


L'étape préparatoire prend fin cette année, le contrôle de l'application des engagements de Kyoto commencera à partir de 2008. Les Etats industrialisés se sont engagés, à réduire ensemble de 5% les émissions de gaz de serre par rapport à 1990, et il ne fait aucun doute que cet objectif sera atteint. En ce qui concerne l'Europe, le Canada et le Japon, ces pays se préparent activement à la réalisation des tâches fixées à Kyoto. En Russie, nous avons longtemps hésité, mais finalement nous avons pris des mesures qui donnent déjà des résultats: des progrès ont été enregistrés dans la préparation du registre des sources d'émissions et de celui de la réduction des rejets. Le ministère du Développement économique et du Commerce s'est enfin sérieusement attelé à ce problème et nous pensons que cette année sera celle de l'adoption des textes normatifs et réglementaires et de l'agencement du système des registres et du cadastre.

La Russie est sereine pour ce qui est de ses engagements du moment qu'en raison de la chute de la production observée dans les années 90 du siècle dernier elle dispose d'une substantielle réserve de quotas d'émissions. En dépit de l'accélération de la croissance économique, d'ici à 2012 il sera impossible au pays de dépasser le niveau des rejets anthropogènes enregistrés en 1990, l'année de base pour l'attribution des quotas.

En Russie c'est à la fin du XXe siècle que les premières mesures en matière d'économie d'énergie ont été prises dans le secteur réel de l'économie. Des mesures spontanées, imposées exclusivement par la conjoncture des prix prévalant sur le marché. A ce facteur prix s'ajoutait une autre réalité, celle des nouveaux paramètres du rendement énergétique. Les technologies commercialisées sur le marché mondial appartiennent à une autre génération (Le four Martin, détenteur de tous les records en terme de consommation d'énergie pour la production d'acier, n'a plus droit de cité).

Quoi qu'il en soit, l'intensité énergétique du produit intérieur brut de la Russie est encore 3,1 fois plus élevée que dans l'Union européenne (avant l'entrée des nouveaux membres). Evidemment, ce chiffre peut être revu à la baisse en raison de la rigueur du climat, mais pas au-delà de 25-30% par rapport au niveau européen. Malheureusement, nous continuons de chauffer l'atmosphère mondiale. Et étant donné que 75% de l'énergie est fabriquée au moyen d'hydrocarbures, plus grand est le rendement énergétique et moins élevée est l'intensité énergétique. Ce qui se traduit par une diminution des émissions de gaz carbonique dans l'atmosphère.

Les mesures envisagées par le Protocole de Kyoto sont prometteuses du point de vue du bilan énergétique. Les projets conjoints prévus par le Protocole de Kyoto pourraient favoriser le remplacement des équipements désuets par des technologies moins énergivores et plus propres. Ils sont prometteurs d'investissements directs dans la modernisation de la production, investissements qui seront remboursés avec les émissions économisées. Sans investissements financiers (où à moindres frais) les projets conjoints pourraient assurer la modernisation dont notre industrie a tellement besoin. Cependant, leur réalisation est freinée par l'absence d'une base législative. Cela nous est fortement reproché par les partenaires occidentaux souhaitant cette coopération. La Russie est pour eux un marché proche, suffisamment connu et très porteur, mais nous leur en interdisons l'accès.

Pour tout économiste ou analyste sensé, optimiser les dépenses pour parvenir aux objectifs que la communauté mondiale s'est fixés, c'est faire oeuvre utile. L'idéologie, le sens du Protocole de Kyoto consistent justement à mettre en place des mécanismes permettant de rentabiliser au maximum les moyens financiers. Un exemple. Si la réduction des émissions est extrêmement coûteuse au Danemark, en Grande-Bretagne et en Allemagne, ces pays peuvent dépenser leur argent pour réduire les rejets de gaz à effet de serre dans les Etats où cela coûte bien moins cher et promet un rendement écologique élevé.

Etant donné que les désagréments causés par le réchauffement global augmentent au fil des années, la portée du Protocole de Kyoto dont l'objectif est au moins de ralentir ce phénomène croît proportionnellement. Dans ses rapports annuels le Groupe d'experts intergouvernemental de l'ONU sur l'évolution du climat met en exergue l'implication grandissante du facteur anthropogène dans les changements climatiques. Sa part qui était de 60% il y a cinq ans était de 90% en janvier dernier. Les pronostics concernant le réchauffement au XXIe siècle eux aussi sont à la hausse. Dans un premier temps on avait parlé de 1 degré, puis de 1,5 degré, mais maintenant on envisage une augmentation de 2 à 6,5 degrés de la température d'ici à la fin du siècle.

Evidemment, ils sont encore assez nombreux ceux qui doutent des retombées écologiques des mesures fixées dans le Protocole de Kyoto. A l'heure qu'il est la concentration dans l'atmosphère des gaz à effet de serre est d'environ 370 ppm (parts per million). En 2012, cette concentration augmentera de 18 ppm si les mesures de Kyoto ne sont pas réalisées et de 16-17 ppm si elles le sont. Par conséquent, le résultat écologique ne serait que de 1-2 ppm. Cependant, pour les spécialistes une baisse même de 1 ppm est déjà appréciable. En progressant ainsi on finira bien par stabiliser la pression anthropogène exercée sur le climat.


Lundi 19 Février 2007

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