Palestine occupée

Le Plan de Convergence d'Israel avait commencé avec Rabin


Jonathan Cook est un écrivain et un journaliste vivant à Nazareth, Israel. Il est l'auteur de : Sang et Religion : Démasquer l'Etat Juif et Démocratique, est édité par Pluton Press. Son site internet est à l'adresse suivante : http://www.jkcook.net


Dimanche 14 Mai 2006


Par Jonathan Cook


Avec ses partenaires de coalition à bord, le premier ministre israélien Ehud Olmert prépare sa prochaine initiative : un retrait partiel de la Cisjordanie dans les années à venir que lui et son gouvernement déclareront comme la fin de l'occupation et donc aussi celle de toutes les causes légitimes du mécontentement des Palestiniens.
Pour cela, Israel se dépeindra comme le pourvoyeur bienveillant d'un Etat palestinien sur ce qu'il restera après que la plupart des colonies israéliennes de Cisjordanie aient été sauvées et que la terre palestinienne sur laquelle elles sont établies soit annexée à Israel.

Si les Palestiniens rejettent ce deal -- une offre, nous dira-t'on sans aucun doute, aussi "généreuse" que la dernière -- puis, selon les directives du nouveau gouvernement, ils seront rejetés par Israel et vraisemblablement également par la communauté internationale.

Etant donné les standards misérables normaux du double jeu israélien dans le "processus de paix", c'est une triste période pour être un politicien palestinien.

Le plan de "Convergence" d'Olmert, sa version du désengagement pour la Cisjordanie (sauf que cette fois seuls environ 15% des 420.000 colons seront retirés du territoire) a apaisé la conscience de l'Occident tout comme l'avait fait le retrait de Gaza de son prédécesseur, Sharon, l'année dernière.

Les détracteurs seront écartés, car ils sont alors, des mauvais joueurs, des antisémites ou des apologistes de la terreur.

Olmert n'est pas un nouveau venu dans cette histoire. En fait, tout montre qu'il a joué un rôle formateur en aidant Sharon à se transformer de "Bulldozer" en un "Conciliateur Unilatéral".

En novembre 2003, Olmert, l'adjoint de Sharon, avait annoncé le futur Plan de Désengagement de Gaza avant même qu'il soit baptisé de son nom officiel.
Quelques semaines avant que Sharon révèle qu'il se retirerait de Gaza, Olmert avait décrit au journal israélien Ha'aretz le plus sérieux problème affronté par Israel. C'était, disait-il, comment, quand les Palestiniens étaient à la veille de devenir une majorité dans la région, les empêcher de lancer une lutte semblable à celle contre l'Apartheid lancée par les Sud-Africains Noirs.

Le souci d'Olmert était que, si la majorité palestinienne renonçait à la violence et commençait à combattre pour Un homme, Un vote, Israel serait face à "une lutte bien plus propre, une lutte bien plus populaire -- et finalement beaucoup plus puissante."

La résistance pacifique palestinienne devait donc être anticipée par Israel.

La logique de la solution d'Olmert, comme il l'a expliquée à l'époque, ressemble infiniment au raisonnement derrière le désengagement et maintenant le Pla de Convergence : "(La) formule pour les paramètres d'une solution unilatérale est : Maximiser le nombre de juifs ; réduire au minimum le nombre de Palestiniens."
Ou, comme il l'a indiqué la semaine dernière, la "division de la terre, avec l'objectif de garantir une majorité juive, est la ligne de sauvegarde du Sionisme."

Mais bien qu'Olmert ait prétendu que le Plan de Convergence soit de lui, sa provenance dans le courant principal israélien remonte à plus d'une décennie.

Loin d'être une réponse à la terreur palestinienne pendant cet Intifada, que les responsables du gouvernement maintiennent, beaucoup parmi l'establishment militaire et politique israélien avaient poussé pour "une séparation unilatérale" -- un retrait, partiel ou autre des territoires occupés, rendu concret et irréversible par la construction d'une barrière -- depuis le début des années 90.

Cependant, les apôtres de la séparation ne sont pas arrivés jusqu'ici à leurs fins en raison de deux obstacles : les rêves chéris mais conflictuels du parti Travailliste et du Likud, qui ont préféré remettre à plus tard, probablement indéfiniment, la fin implicite du conflit dans une séparation imposée par Israel.

En signant à Oslo, Yitzhak Rabin et son parti Travailliste ont cru qu'ils pourraient réaliser une séparation effective par d'autres moyens, par le consentement fabriqué des Palestiniens.

Rabin espérait sous-traiter la sécurité d'Israel aux dirigeants palestiniens sous la forme d'un régime en grande partie dépendant de l'Autorité Palestinienne, sous Yasser Arafat.

Les Palestiniens résistant à l'occupation seraient effrayés par leurs propres forces de sécurité qui effectueraient les requêtes d'Israel, alors qu'Israel continuerait de piller les ressources – la terre et l'eau -- en Cisjordanie et à Gaza et établirait un réseau des zones industrielles dans lesquelles les employeurs israéliens pourraient exploiter la main-d'oeuvre palestinienne également captive.

Sharon, Binyamin Netanyahu et le parti du Likud ont refusé tout au long des années 90 d'encourager une séparation qui contrecarrerait leurs ambitions d'annexion de tous les territoires occupés et de la création due Grand Israel.

Sharon a notoirement dit à ses disciples les colons "d'aller prendre les sommets des collines" en 1998 afin d'essayer de contrecarrer les petits gains territoriaux obtenus par les Palestiniens aux termes des accords d'Oslo.

Dans la tradition de Vladimir Jabotinsky, le Likud a rejeté la vision optimiste des Travaillistes que les Palestiniens pourraient vouloir être complices de leur dépossession.

Dans cette optique, parce qu'ils lutteraient toujours pour leur liberté, les Palestiniens devaient être soumis de façon impitoyable ou expulsés. Le choix entre ces deux routes à suivre a été le dilemme paralysant affronté par le Likud depuis.

Donc depuis une décennie, la séparation a été la plupart du temps forcée de mijoter.

Mais pas totalement. Rabin, semble-t'il, se rendait bien compte que l'arnaque d'Oslo ne pourrait pas marcher comme Israel le prévoyait. Dans ce cas, pour éviter la menace de la comparaison avec l'Apartheid, Rabin a pensé qu'il fallait revenir en arrière sur un mur pour imposer une séparation entre les habitants Juifs et Palestiniens de la terre.

Il l'a expliqué clairement à Dennis Ross, l'envoyé au Moyen-Orient de Clinton pendant la période d'Oslo.
Ross l'a admis en 2004 quand il a dit à Thomas Friedman du New York Times que peu avant le meurtre de Rabin en 1995, le premier ministre israélien avait commencé à examiner la construction d'un mur comme moyen de contenir la menace démographique constituée par l'occupation continue de la Cisjordanie et de Gaza par Israel.

"[Rabin] a dit, nous allons devoir nous séparer -- il va devoir y avoir une séparation ici, parce que nous ne serons pas Juifs et démocratiques si nous n'avons pas de séparation.
Maintenant, sa préférence était de négocier la séparation pacifiquement pour produire deux Etats. Mais si cela ne marchait pas, il voulait, comme vous l'avez dit, une barrière de séparation ou une barrière pour créer ce qui serait deux Etats, ou au moins pour préserver Israel en tant qu'Etat."

En vérité, Rabin était plus persuadé du besoin d'un mur que Ross veuille bien s'en souvenir.

Àu moment où l'encre sur les accords d'Oslo était à peine sèche, Rabin confiait le projet du Mur à un comité dirigé par son Ministre de la Sécurité Publique, Moshe Shahal.

Bien que le projet ait été abandonné par ses deux successeurs, Shimon Peres et Binyamin Netanyahu, il est revenu au goût du jour avec Ehud Barak, un sceptique depuis longtemps d'Oslo, qui est arrivé au gouvernement en préconisant la séparation unilatérale.

En mai 2000, il a mis ses idées en pratique en retirant unilatéralement ses troupes de la "zone de sécurité" israélienne du Sud Liban.

Et deux mois plus tard, une quinzaine de jours avant de partir pour les discussions de Camp David, il a expliqué sa vision de la séparation d'avec les Palestiniens : "Israel insitera sur la création d'une séparation physique entre lui et l'entité palestinienne indépendante en tant que résultat de l'accord. Je suis convaincu qu'une séparation de cette sorte est nécessaire pour les deux côtés."

En fait, Barak avait secrètement conçu un plan pour "se séparer physiquement" des Palestiniens pendant un certain temps.

Uzi Dayan, le chef d'Etat-Major de l'armée de l'époque, dit qu'il avait persuadé Barak du besoin d'un désengagement unilatéral "comme filet de sécurité de Camp David".

Ephraim Sneh, l'adjoint au Ministre de la Défense de Barak confirme les dires de Dayan, en expliquant qu'on lui avait demandé de préparer les plans pour la séparation au cas où Camp David échouerait. "J'ai dessiné la carte. Je peux parler à son sujet avec autorité. Le plan signifiait l'annexion de fait de 30% de la Cisjordanie, la moitié de la Vallée du Jourdain, qu'on devait garder s'il n'y avait pas d'accord, et la moitié des blocs de colonies."

Shlomo Ben Ami, le ministre des Affaires Etrangères de Barak, a obtenu une avant-première de la carte : "[Barak] était fier du fait que sa carte prenait environ un tiers du territoire [de la Cisjordanie]. Ehud était convaincu que la carte était extrêmement logique. Il avait une sorte d'approche condescendante, rêveuse et naïve, en me disant avec enthousiasme :"Regarde, c'est un Etat ; dans tous les aspects, cela ressemble à un Etat."

Il semble que Barak espérait obliger les Palestiniens à accepter les termes de cette carte ou bien de l'imposer par la force. Mais, suite à l'échec des discussions de Camp David, Barak n'a jamais eu la chance de commencer à construire son mur.

Quelques mois plus tard, il serait évincé du bureau, et Ariel Sharon s'y installerait en tant que nouveau Premier Ministre.

Gardant ses ambitions du Grand Israel, Sharon était au début sceptique au sujet de la séparation et de la construction un mur.

Quand il a approuvé les premières étapes de la barrière près de Jénine lors de l'été 2002, il était sous la pression du parti Travailliste, qui étayait la légitimité du gouvernement d'unité national alors que les blindés de son armée se déchainaient dans les Territoires Occupés.

De nombreuses hauts responsables Travaillistes avaient été convertis à l'idée d'un mur par Barak, qui faisait la promotion sans relache d'une séparation unilatérale alors qu'il était à l'extérieur du gouvernement.

En juin 2002, dans un commentaire typique, soit environ 18 mois avant que les propres propositions de Sharon pour le désengagement soient révélées, Barak écrivait :
"Le désengagement sera mis en application graduellement sur plusieurs années.
La barrière devrait inclure les sept grands blocs de colonies qui sont répartis sur 12 à 13% du secteur et contiennent 80% des colons.
Israel aura besoin également d'une zone de sécurité le long du fleuve du Jourdain et de quelques sites de détection précoce qui couvriront en tout 12 autres pour cent, s'ajoutant aux plus de 25% de la Cisjordanie."
(voir la carte)

Et qu'en est-il de Jérusalem-Est, où Israel essaye de prendre le contrôle aux Palestiniens ?
"À Jérusalem, il devrait y avoir deux barrières physiques," conseillait Barak.
"La première tracerait la frontière politique et serait placée autour de la ville, y compris autour des blocs de colonies à côté de Jérusalem.
La seconde serait une barrière dictée par la sécurité, avec des portes et des passages contrôlés, séparerait la plupart des quartiers palestiniens des quartiers Juifs et des lieux Saints, y compris la Vieille Ville."

En d'autres termes, la vision publique du désengagement de Barak d'il y a quatre ans est presque identique au Plan de Convergence apparemment tout neuf d'Olmert pour la Cisjordanie.

Le prédécesseur d'Olmert, Sharon, n'a pas été converti du premier coup aux avantages des idées de Barak sur la séparation.

Bien qu'il avait besoin de garder dans sa poche le parti Travailliste, les progrès sur les premières sections du mur étaient péniblement lents.

Uzi Dayan, le Général derrière les plans de séparation de Barak, se plaignait que Sharon et son Ministre de la Défense, Shaul Mofaz, essayaient de saboter le mur. Ils "ne travaillent pas sur la barrière", disait-il. "Ils essayent de ne pas la faire."

Tout a changé début 2003, quand Sharon a commencé à parler d'un Etat palestinien pour la première fois.

En mai 2003, il disait lors d'une réunion du parti du Likud : "L'idée qu'il est possible de continuer à garder 3.5 millions de Palestiniens sous occupation : oui, c'est une occupation, vous pouvez ne pas aimer le mot, mais ce qui se produit est une occupation. C'est mauvais pour Israel, et c'est mauvais pour les Palestiniens, et c'est mauvais pour l'économie israélienne. Le contrôle de 3.5 millions de Palestiniens ne peut pas continuer pour toujours."

La raison du changement de position de Sharon était reliée principalement à une compréhension tardive de sa part que les menaces démographiques affrontées par Israel ne pourraient plus être niées. La domination d'Israel sur une majorité de Palestiniens provoquerait inévitablement la comparaison avec l'Apartheid et représenterait la fin de la légitimité de l'Etat Juif.

En outre, Sharon avait été mis dans une situation inconfortable par la Feuille de Route, une initiative de paix américaine dévoilée fin 2002 qui, exceptionnellement, exigeait des concessions majeures de la part d'Israel ainsi que des Palestiniens, promettait à la fin un Etat palestinien et devait être surveillé par les Européens, les Russes et les Nations Unies ainsi que par les Américains.

Un an après, Olmert ferait voler son ballon d'essai pour une séparation de type Likud à des conditions bien meilleures pour Israel que la Feuille de Route.
Et peu de temps après cela, le désengagement était officiellement né. Il était destiné, disait Dov Weisglass, le conseiller de Sharon, "à mettre dans le formol" la Feuille de Route.

Il est clair que le désengagement de Gaza de Sharon n'était que la première étape de ses plans de séparation.

Ses fonctionnaires ont à plusieurs reprises averti que d'autres désengagements, de Cisjordanie, suivraient, basés sur le tracé du mur, cependant Sharon -- prudent envers les électeur de Droite avant les élections à venir -- était plus bouche cousue.

Mais quand Sharon a finalement réalisé qu'il ne pourrait pas apprivoiser les jusqu'aux-boutistes du Grand Israel de son parti du Likud, et après qu'ils aient menacé de faire échouer ses projets pour la Cisjordanie, il a créé Kadima, un nouveau parti "Centriste" qui a attiré des fugitifs des Travaillistes et du Likud.

Son succès rapide provenait de sa capacité à dépasser les différences persistantes entre les Israéliens de Gauche et de Droite ou, plutôt, à consolider les deux traditions.

Comme le Likud, Kadima admettait que les Palestiniens n'abandonneraient jamais leurs rêves de nationalité, mais comme les Travaillistes, il pensait qu'on pourrait concevoir une stratégie dans laquelle les Palestiniens, même s'ils n'acceptaient pas les termes de la séparation, ne pourraient pas résister aux diktats israéliens.

Kadima a ajusté le cercle par une politique qui maintenait l'insistance du Likud sur 'l'unilatéralisme" tout en maintenant la revendication des Travaillistes d'une "séparation" bienveillante d'avec les Palestiniens.

Avant sa conversion, Sharon était le dernier et le plus grand obstacle à la séparation unilatérale.

Pendant les années 90, son opposition était telle qu'elle bloquait ceux dans l'establishment de sécurité -- probablement une majorité -- qui poussaient pour cette politique. Quand il a cédé, rien ne pouvait plus se mettre en travers du chemin de la mise en application de la séparation.

La leçon du désengagement de Gaza est que les retraits (partiels ou complets) du territoire occupé sont insuffisants en eux-mêmes pour annoncer la fin de l'occupation.

L'absence des colons et des soldats israéliens dans les régions de Cisjordanie qui seront remises aux Palestiniens ne garantira pas que les Palestiniens seront souverains dans le territoire qu'il leur restera.

L'occupation continuera tant qu'Israel contrôlera les frontières et le commerce de la Cisjordanie réduite, ses ressources et son espace aérien, ses connections avec Gaza et la Diaspora palestinienne, et tant qu'Israel bloquera l'apparition d'une armée palestinienne et appréciera le droit de tirer sur des cibles palestiniennes, militaires ou autres.

Olmert et l'establishment de sécurité israélien comprennent tout cela trop bien. Malheureusement, une Europe et une Amérique molles apparaissent toutes trop prêtes à s'associer à la déception.


Source : http://www.counterpunch.org/
Traduction : MG pour ISM


Dimanche 14 Mai 2006

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