Géopolitique et stratégie

Le Piège dans 'l'Offre Généreuse' à Jéricho


Par Jeff Halper
Jeff Halper est le Coordinateur du Comité Israélien Contre les Démolitions de Maisons (ICAHD).


Jeff Halper
Vendredi 10 Août 2007

 Le Piège dans 'l'Offre Généreuse' à Jéricho

Sur le papier, les titres semblent prometteurs, même excitants.
Le premier ministre Ehud Olmert a dit au Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, lors de leur réunion à Jéricho, qu'il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour la création d'un Etat palestinien "aussi vite que possible" sur "l'équivalent de 100% des territoires conquis en 1967."

Les Palestiniens, selon le rapport, céderaient seulement 5% de la Cisjordanie dans un échange de territoire. En d'autres termes, Israel se retirerait de 95.6 % de l'ensemble de la Cisjordanie et de Gaza -- bien qu'on ne sache pas si Olmert a inclus Jérusalem-Est dans ce calcul.

Cela ressemble à une autre "offre généreuse", une offre que les Palestiniens ne pourraient pas probablement refuser. "Le but est d'accomplir la vision du Président américain, George Bush, de deux pays pour deux peuples, vivant côte à côte en sécurité et en paix" sur la base de la Feuille de Route, a déclaré Olmert, en ajoutant "nous voulons réaliser cela aussi vite que possible."

Qu'y a-t'il de mal dans ce plan ? He bien, le mal, comme nous le savons tous, se trouve dans les détails.

Ce qui pose problème, ce n'est pas un Etat palestinien sur l'équivalent de 100% des territoires occupés (c'est-à-dire, comme nous devrions le noter, sur seulement 22% de la Palestine Historique), mais, comme le précise la Feuille de Route, c'est un Etat palestinien viable et véritablement souverain – plus, devrions-nous ajouter, la résolution de la question des réfugiés qui ne peut pas être balayée sous la table.

Et là, quel est l'éventuel "piège" ?

Quels sont les détails de souveraineté et de viabilité auxquels nous devrions prêter attention avant d'accueillir à bras ouverts cette nouvelle offre généreuse ?


Souveraineté

La base pour des négociations, dit Olmert, "continuera à être la feuille de Route, qui semble acceptable pour les deux camps." C'est vrai en général mais avec quelques risques majeurs.

La phase II de la Feuille de Route est le cauchemar des Palestiniens, et ils ont constamment insisté pour qu'elle soit retirée.
Cette phase prévoit la création d'un Etat palestinien "transitoire" avec "des frontières temporaires".

Si tout est calme, craignent-ils, et qu'Israel soit capable d'affirmer qu'un Etat palestinien existe et que l'occupation est terminée, ce qui pourrait garantir que le processus de la Feuille de Route entame la phase III où les détails épineux de statut final doivent être négociés, est-ce qu'un véritable Etat palestinien émergera ?

Leurs craintes sont justifiées -- et cela peut être le "piège".

Israel considère ses "14 réserves" comme partie intégrale de la Feuille de Route.

La Réserve n° 5 déclare :
"L’Etat provisoire aura des frontières provisoires et certains aspects de souveraineté, il sera complètement démilitarisé sans forces militaires, mais seulement avec une police et des forces de sécurité interne d’envergure et d’armements limités, il sera sans autorité pour engager des alliances de défense et de coopération militaire. Israel controlera toutes les entrées et sorties des personnes et des marchandises, tout comme son espace aérien et son spectre électromagnétique."

Relisez cela et essayez de concilier cette réserve avec la notion de souveraineté palestinienne. Tzipi Livni a travaillé pendant des mois sur ce qu'elle appelle "L'Initiative Israélienne pour une Solution à Deux Etats" basée précisément sur le remplacement de la Phase I de la Feuille de Route (qui exige le gel de la construction des colonies israéliennes) par cette problématique phase II.
Rice a déclaré que l'Administration Bush travaillera en direction d'un Etat palestinien provisoire, laissant "les détails" à la prochaine administration

Un Etat qui n'a aucune souveraineté et pas de frontières. En plus du problème posé par le côté provisoire, Olmert a-t'il l'intention d'accorder aux Palestiniens une frontière non surveillée avec la Jordanie ?

Si Israel insiste pour contrôler les frontières, ou si le fleuve du Jourdain fait partie des 5% que les Palestiniens doivent céder, il n'y aura pas d'Etat palestinien même s'ils obtiennent l'ensemble du territoire


Viabilité

Israel peut, en effet, abandonner 95% de la Cisjordanie mais toujours garder un contrôle total sur un Bantustan palestinien sans'économie viable.

S'il insiste pour contrôler les frontières, en refusant aux Palestiniens la libre circulation des marchandises et des personnes, l'Etat palestinien n'est pas viable.

Si les 5% que les Palestiniens doivent céder inclut un couloir à travers la Cisjordanie, ou si Israel insiste pour garder la colonie de Maaleh Adumim avec son couloir "E-1" en direction de Jérusalem, détruisant ainsi la continuité territoriale d'un Etat palestinien, il n'est pas viable.

S'il inclut un contrôle israélien sur toutes les toutes ressources en eau, il n'est pas viable

Si Jérusalem n'est pas entièrement intégré politiquement, géographiquement et économiquement dans l'Etat palestinien -- et je parierais que le coeur de Jérusalem-Est se retrouve en dehors des 95% -- alors il n'y aura pas d'Etat palestinien viable.

Selon la Banque Mondiale, Jérusalem représente jusqu'à 40% de l'économie palestinienne en raison du tourisme, leur plus importante industrie potentielle.

La différence entre un Etat palestinien véritablement souverain et viable et un Bantustan tient dans quelques points de pourcentage de territoire stratégique. Israel a établi sa domination sur les territoires dans des "faits sur le terrain", une matrice complexe de contrôle.

En prêtant une attention particulière aux détails, nous serons capables d'empêcher Olmert et Rice, soutenus par Bush et Blair, de concocter un régime d'Apartheid permanent sous couvert d'une solution à deux Etats

Il serait extrêmement utile que l'Autorité Palestinienne soulève publiquement ses inquiétudes sur les questions de la souveraineté et de la viabilité au lieu de donner champ libre à Olmert dans lequel il peut présenter ses initiatives et faire ses effets de relations publiques qui ne font que mettre les Palestiniens sur la défensive

L'absence d'une voix palestinienne forte et officielle n'est pas seulement incompréhensible, mais elle réduit la capacité de nous tous, les non-Palestiniens de préconiser efficacement une paix juste.
Israel mise sur le refus des Palestiniens de ce qu'il présente, en effet, comme des offres très généreuses.

Les Palestiniens rejettent ces projets pour de bonnes et solides raisons mais ils ne les expriment jamais, laissant le public avec l'impression qu'Israel n'a vraiment pas "de partenaire pour la paix". Cela doit changer, et de toute urgence.

Serait-il trop demander, en même temps, que l'Autorité Palestinienne s'engage d'elle-même dans un projet proactif, mettant ainsi Israel sur la défensive ?

En attendant, nous, les défenseurs israéliens d'une paix juste, ainsi que nos différents partenaires des sociétés civiles palestiniennes et internationales, continuerons à observer avec attention ce mal dans les détails



Vendredi 10 Août 2007

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