Conflits et guerres actuelles

Le Pentagone développe ses bases en Amérique du Sud


Au moment où la classe ouvrière et le mouvement progressiste virent rapidement à gauche en Amérique Latine, fortifiant le sentiment anti-impérialiste dans le monde, Washington militarise les Amériques, tranquillement et de façon inquiétante. De la frontière USA – Mexique à de nombreuses autres régions, l’impérialisme US installe de plus en plus de bases dans cette zone et envoie discrètement de plus en plus de troupes et de mercenaires en Amérique Latine.


Christian.mac1@free.fr
Jeudi 9 Mars 2006

Sous couvert de mener la soit-disant « guerre de la drogue » ou de chercher des « cellules terroristes d’Al Qaeda », l’intention réelle de Washington est de se préparer à vaincre les mouvements s’élevant contre l’impérialisme US et qui balayent la région. L’escalade intense de force militaire de Washington est extrêmement dangereuse pour les peuples opprimés des Amériques et devrait être combattue énergiquement par le mouvement anti-guerre aux USA. Comme Conn Hallinan l’écrivait en novembre dernier dans Foreign Policy in Focus, « en effet, cela ressemble un peu à l’escalade des années 60-70, quand des dictatures militaires appuyées par Washington régissaient l’essentiel du continent, et quand des armées (secrètes) dominaient la nuit.

L’essor de la menace militaire US.
Bien que cela ait été révélé seulement récemment, l’an dernier l’administration Bush a envoyé de 400 à 500 soldats au Paraguay, alarmant de nombreux Latino-américains. Ce déploiement prend place dans le contexte d’une augmentation du nombre de bases militaires US construites dans la région ces dernières années, et dans le contexte du Plan Colombie, une initiative militaire de plus de 3 milliards de $ qui fut passée sous l’administration Clinton. Le Plan Colombie est l’aile militaire du Free Trade Agreement of the Americas (FTAA), en perte de vitesse. Ce qui ne peut être arraché aux peuples d’Amérique Latine par ses opérateurs en costumes trois-pièces, Washington entend clairement le voler par ses agents en treillis militaires. Il y a environ 25 bases militaires US connues ou stations radar basées à terre en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Ceci comprend les bases militaires de Guantanamo, Cuba; Comalapa, El Salvador; Reina Beatriz, Aruba; Fort Buchanan et Roosevelt Roads, Puerto Rico; Hato Rey, Curacao; Manta, Ecuador et Soto Cano, Honduras.?En janvier 2006, Radio Havana de Cuba révélait que le secrétaire de la défense Donald Rumsfeld avait autorisé le développement de bases militaires US à l’été 2005. Ces bases militaires développées étaient appelées CSL (Cooperative Security Locations) et installées à la base aérienne de Mariscal Estigarribia au Paraguay, et ailleurs. D’après Radio Havana ces bases, bien que pourvues d’un relativement faible nombre de soldats, « ont la capacité de mettre en place des opérations militaires sous faible délai ».

Les développements au Paraguay alarment les progressistes de l’autre côté des frontières de ce pays au Brésil, en Argentine et en Bolivie, où le leader paysan indigène Evo Morales a pris récemment les fonctions de président. D’après un article du Political Affairs de janvier, en décembre 2004, l’administration Bush a annulé 330 millions de $ d’aide à différents pays d’Amérique du Sud parce qu’ils avaient refusé de garantir l’immunité de poursuites aux soldats US pour des crimes commis dans ces pays. Le Paraguay avait signé l’accord d’immunité lors d’une session secrète de son parlement le 26 mai 2005, autorisant un séjour de 18 mois aux soldats US, avec reconduction répétée.

Les troupes US qui sont arrivées au Paraguay en juillet dernier sont seulement à 120 miles de la Bolivie à une base près de Mariscal Estigarribia, Paraguay.
La base a une piste assez longue pour accueillir de gros avions militaires comme les bombardiers B-52 et les avions cargos C-5 Galaxy. Elle a aussi de la place pour des casernes pouvant accueillir 16000 soldats, un immense système de radar, et de vastes hangars. Alfredo Boccia Paz, un journaliste paraguayen en vue et activiste des droits de l’homme, affirmait récemment que « l’immunité de poursuites pour les soldats US, l’extension de leur séjour et des exercices militaires communs fournissaient tous le travail préparatoire pour l’installation éventuelle d’une base US au Paraguay ». De plus, en juillet dernier, des officiels de haut rang de l’administration Bush (Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Robert Noriega) ont rencontré le vice-président du Paraguay Luis Castiglioni et ont conclu que « des experts iraient bientôt au Paraguay pour développer un planning de séminaires sur des systèmes pour la sécurité nationale ». Le FBI a aussi annoncé qu’en 2006 il ouvrirait un bureau au Paraguay. Les troupes US stationnées au Paraguay ne laissent déjà présager rien de bon. Le Southern Command d’après différentes sources dont Radio Havana, annonçait qu’ un exercice militaire de « bruits de sabres » allait se dérouler au Paraguay sous le nom de « Fuerzas Comando 06 (Operation Commando Force 06) ».?Stan Goff, ancien sergent des forces spéciales US, remarque souvent dans ses dénonciations des interventions US que cela peut induire en erreur de juger de l’impact d’un intervention par le nombre de soldats US impliqués. Si ces troupes sont des forces spéciales, par exemple, elles peuvent entraîner des mercenaires locaux ou paver le chemin pour des milliers de soldats de troupes terrestres. Les officiels de l’administration Bush nient que Mariscal Estigarribia deviendra ou est une base militaire US.

Manta, Equateur.?En 2001, le Pentagone a subi des critiques pour avoir ouvert une base militaire à Manta, Equateur. La base est située à 20 minutes des frontières de la Colombie déchirée par la guerre. Ceux qui résistent à la domination néocoloniale en Colombie considèrent l’ouverture de cette base comme un acte de guerre. De nombreux membres du Congrès US se sont aussi opposés à Manta et ont essayé de bloquer le projet Manta. Les premiers éléments abrités par la base de Manta ont été des avions de surveillance E-3 AWACS. D’après le Washington Post (25 janvier 2001) avec les troupes et les avions, « Manta deviendra le pivot principal pour les vols de surveillance US au-dessus des vastes région d’Amérique Latine productrices de cocaïne ». Les USA ne payent pas de loyer à Manta. Ils ont signé le contrat avec un ex-président équatorien, Jamil Mahuad, qui a fui en exil aux USA et était accusé d’abus de pouvoir. Un an avant que l’Equateur ait ouvert la base de Manta, il adoptait le dollar US comme monnaie nationale.

Une rose est une rose.
Dans le double langage habituel au Pentagone et à Washington, les officiels du gouvernement se sont mis à arranger le langage de la militarisation de l’Amérique Latine pour le rendre acceptable pour le public US. Dans les deux cas de Manta, Equateur en 2001 et de Mariscal Estigarribia, Paraguay maintenant, les officiels du gouvernement appellent les bases "Forward Operating Locations" ou "Cooperative Security Locations" pour éviter de les appeler bases. ?Washington a mal étiqueté la militarisation de l’Amérique Latine comme partie de la « lutte contre la drogue », juste comme certains des médias ont mal étiqueté les Minutemen qui militarisent la frontière USA-Mexique comme des « combattants de la liberté ». En réalité, le renforcement des bases militaires et l’envoi de troupes US a pour but de renverser les mouvements révolutionnaires en essor en Amérique Latine. Cela vise les présidents Hugo Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie et Fidel Castro à Cuba. Mais la marée de la fin de la domination coloniale et impérialiste a tourné en faveur des opprimés, et aucune base militaire ne pourra lui faire rebrousser chemin.

Workers World - Feb 23, 2006 issue

http://www.workers.org/2006/world/pentagon-0223/


Jeudi 9 Mars 2006

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