Propagande médiatique, politique, idéologique

Le Marocain et la jeune fille



Un jeune homme de vingt ans et une toute jeune fille qui a en douze. Lui est Marocain ; elle est « belle, très belle », comme les candidates à l'élection de Miss Italie et c'est là « son unique faute », hurle la mère aux journalistes : « Ils nous font chier, ils nous font chier, ce sont des monstres ! »


Mariuccia Ciotta
Mardi 26 Septembre 2006

Image de titre : publicité gratuite pour Dolce & Gabbana
Image de titre : publicité gratuite pour Dolce & Gabbana



Mariuccia Ciotta


Traduit par Marcel Charbonnier


Comment pourra-t-elle vivre sa vie après l'horrible violence subie ? Extérieur jour. Le décor est un parc public d'Azola Emilia, près de Bologne, la « bande » attend la victime, le violeur « extra-communautaire » porte un T-shirt noir très classe, Dolce & Gabbana. Il se fera immédiatement arrêter et sera accusé de viol aggravé. Rien ne manque afin de faire croire aux adultes que tout est vrai, pour le faire croire aussi aux journaux, à la télé, aux flics. C'est « la diffusion » du remake d'une histoire déjà entendue, déjà vue, qui fait l'ordinaire des quotidiens et passe en boucle sur le petit écran. Le code est toujours le même : « derrière un buisson », « dans le parking », « les amis se contentent de regarder », « personne n'appelle à l'aide », « Marocain ». et les propos du chroniqueur servent de « témoignage ». Tout un répertoire de mots clés viennent étayer le récit de la fillette violée, avec un discours « en direct » des plus suggestifs.

Voilà la « petite victime » humiliée, violentée, le monstre sort le rasoir, il lui rase le pubis, les autres se marrent. Flash-back sur d'autres immeubles semblables, d'où des Maghrébins émergent de partout. Pas difficile de mentir, quand tout le monde est prêt à y croire. La fille de douze ans a tout inventé, elle l'a avoué, hier au procureur, et elle l'a fait à cause de sa honte, si jamais sa mère avait fini par apprendre qu'elle avait été vue par des amis en position compromettante avec son petit ami. Pas plus de viol que de beurre en branche. La fille affabulatrice, qui a accusé injustement le garçon originaire du Maroc, s'est simplement appropriée une violence qui empoisonne l'atmosphère, et qui fait d'elle une double victime. La violence masculine, omniprésente dans les domiciles et dans les rues, doit porter la marque de l'immigré, si on veut qu'elle soit « vraie ». Le « Marocain », libéré hier, après sa déposition, a déclaré : « Si je rencontrais cette fille, j'aurais une seule question à lui poser : pourquoi tu as dit que c'était moi ? »

La réponse est peut-être que personne d'autre n'est considéré comme un sous-homme, un sans nom, un « clandestin », un danger à la fois réel et imaginaire ?





Original : Il Manifesto


Traduit de l'italien par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau
de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette
traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition
d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.



Mardi 26 Septembre 2006

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires