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Le Judaïsme est- il la religion du peuple juif ou des Juifs


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Lundi 19 Avril 2010 - 08:44 « CE SONT LES MASSES QUI FONT L'HISTOIRE »


«Si les Arabes imaginent qu’ils peuvent nous provoquer à faire la guerre et que parce que nous sommes peu nombreux, ils gagneront facilement, ils commettent une lourde erreur. Notre campagne englobera les 13 millions de Juifs de tous les pays du monde. Et chacun sait combien de chefs d’État, combien de décideurs politiques, combien de personnes de grande sagesse, de grande richesse et de grande influence nous avons en Europe et aux États-Unis.»
Joseph Klaunser dans Ha’aretz: Propos rapportés par Tom Segev (2001),


vdida2003@yahoo.fr
Vendredi 14 Mars 2008


Prof. C.E. Chitur
Depuis quelque temps, les dirigeants israéliens multiplient les pressions et déclarations visant à faire d’Israël la patrie du peuple juif. Ce vocable d’Etat du peuple juif commence à faire son chemin dans l’imaginaire occidental qui n’a pas de réticence à l’admettre au nom de la dette éternelle. Pour Tom Segev historien et politologue et une des plumes les plus libres d’Israël qui rapporte une étude du professeur Sand: «La Déclaration d’indépendance d’Israël dit que le peuple juif est né sur la terre d’Israël et a été exilé de son pays natal. Chaque écolier israélien apprend que cela s’est passé pendant la période de domination romaine, en 70 après J-C.. La nation est restée fidèle à sa terre, à laquelle elle a commencé à revenir après deux millénaires d’exil. Faux, dit l’historien Shlomo Sand, dans l’un des livres les plus fascinants et stimulants publiés ici depuis longtemps. Il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive, et l’exil non plus n’a jamais eu lieu - il n’y a donc pas eu de retour. Sand rejette la plupart des histoires de la formation de l’identité nationale dans la Bible, y compris l’exode d’Égypte et, de façon plus satisfaisante, les horreurs de la conquête sous Josué. Tout cela est de la fiction et un mythe qui a servi d’excuse à la création de l’État d’Israël, affirme-t-il.»(1)
«Selon le professeur Sand, les Romains n’ont généralement pas exilé des nations entières, et la plupart des Juifs ont été autorisés à rester dans le pays. Le nombre de ces exilés a été tout au plus de quelques dizaines de milliers. Lorsque le pays a été conquis par les Arabes, beaucoup de Juifs se sont convertis à l’Islam et ont été assimilés parmi les conquérants. Il s’ensuit que les ancêtres des Arabes palestiniens étaient des Juifs. Sand n’a pas inventé cette thèse, 30 ans avant la Déclaration d’indépendance, celle-ci a été endossée par David Ben Gourion, Yitzhak Ben-Zvi et d’autres».
«Si la majorité des Juifs ne se sont pas exilés, comment se fait-il qu’un si grand nombre d’entre eux a atteint presque tous les pays sur la terre? Sand affirme qu’ils ont émigré de leur propre gré, ou, s’ils étaient parmi ceux exilés à Babylone, ils y sont restés par choix. Contrairement à une croyance conventionnelle, la religion juive a tenté d’inciter les membres d’autres confessions à devenir Juifs, ce qui explique comment on en est venu à compter des millions de juifs de par le monde. Comme le Livre d’Esther, par exemple, le note: «Et la plupart des gens du pays sont devenus Juifs, par crainte que les Juifs ne les attaquent.»
Sand cite de nombreuses études existantes, dont certaines ont été écrites en Israël, mais évacuées du discours central. Il décrit également en détail le royaume juif de Himyar, dans le sud de la péninsule arabique et les juifs berbères en Afrique du Nord. La communauté des Juifs d’Espagne était issue d’Arabes devenus juifs et arrivés avec les forces qui conquirent l’Espagne des Chrétiens, et d’individus nés en Europe qui étaient aussi devenus juifs.(1)
Les premiers Juifs d’Ashkenaz (l’Allemagne) ne provenaient pas de la terre d’Israël et ne sont pas parvenus en Europe de l’Est d’Allemagne, mais étaient devenus des juifs dans le royaume khazar dans le Caucase. Sand explique les origines de la culture yiddish: ce n’était pas une importation juive d’Allemagne, mais le résultat de la connexion entre la lignée des Kuzari et des Allemands ayant voyagé vers l’Est, dont certains en tant que marchands. Nous constatons donc que les membres d’une variété de peuples et de races, blonds et noirs, bruns et jaunes, sont devenus des juifs en grand nombre. Selon Sand, le besoin des sionistes de s’inventer une ethnicité partage et une continuité historique a produit une longue série d’inventions et de fictions, ainsi que le recours à des thèses racistes. Certaines ont été conçues dans l’esprit de ceux qui ont conçu le mouvement sioniste". (2)
Le Professeur Zand enseigne à l’Université de Tel Aviv. Son ouvrage «Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé?» (When and How was the Jewish People Invented?) (publié par les éditions Resling, en hébreu), vise à promouvoir l’idée qu’Israël devrait être un «Etat de tous ses citoyens» -Juifs, Arabes et autres- par opposition à son identité proclamée de «pays juif et démocratique». Des histoires personnelles, une discussion théorique profuse et des saillies sarcastiques nombreuses ne servent pas l’ouvrage, mais ses chapitres historiques sont bien écrits, et ils citent de nombreux faits et analyses que beaucoup d’Israéliens seront étonnés de lire pour la toute première fois.(2)
«Dans leur majorité, les Juifs dits de la "diaspora" n’ont aucune attache ancestrale avec la Palestine et que les Palestiniens ne sont pas autre chose que les autochtones de la Palestine: tour à tour polythéistes, Juifs puis Chrétiens et/ou Musulmans. C’est que l’histoire de la Palestine ne diffère pas fondamentalement de celle d’autres contrées que nous incluons dans ce que nous appelons actuellement le monde arabe. Les Arabes n’ont pas supplanté les peuples autochtones, que ce soit en Palestine, en Syrie, en Egypte ou en Algérie. Partout très minoritaires, ils ont obtenu, en général lentement, contrairement aux idées reçues, la conversion à l’Islam de franges plus ou moins larges de la population des nations qu’ils dominaient. Le mouvement d’islamisation ne cessant d’ailleurs pas avec la fin de la domination politique arabe».(3)
«Cet article sera surtout utile pour ceux qui persistent à voir dans le conflit palestino-sioniste un différend de nature religieuse, et entre deux légitimités dont l’une se fonde sur un droit au retour après un exil bimillénaire. Comme on le savait, mais c’est bien de l’entendre dire par un historien, ce long exil est une fiction. Et la tragédie palestinienne n’est que le résultat d’une oeuvre coloniale tout ce qu’il y a de classique, à quelques nuances près.
On observe alors que des membres de différents peuples et races, blonds et noirs, bruns et jaunes, devinrent juifs en grand nombre. D’après Zand, le besoin pour le sionisme d’imaginer pour eux une ethnicité partagée et une continuité historique a conduit à une longue série d’inventions et de fictions à côté de l’invocation de thèses racistes. Certaines ont été concoctées dans le cerveau de ceux qui ont conçu le mouvement sioniste tandis que d’autres viennent des découvertes "d’études génétiques réalisées" en Israël. Il n’y a pas de diaspora juive».(3)
Comment l’Etat d’Israël a-t-il été créé? Il faut remonter à ce fameux Congrès de Bâle où Théodore Herzl, le père du sionisme, écrivait en septembre 1897: «Si je devais résumer le Congrès de Bâle en un mot ce serait celui-ci: à Bâle, j’ai fondé l’État des Juifs». L’Etat d’Israel n’a jamais cessé de se vouloir occidental. «Là-bas [ au Moyen-Orient] nous établirions un mur contre la Barbarie», tel était leur credo incanté constamment pour convaincre l’Occident. Pourtant peut-on parler de peuples juifs quand on voit la mosaïque des Juifs venus de différents horizons et avec des statuts différentiés en Israël? Il est connu par exemple que les Juifs nord- africains qui ont vécu au Maghreb depuis deux mille ans, les Séfarades sont autrement moins bien considérés que les Ashkénazes venus d’Europe centrale. L’une des plus anciennes synagogue juive - Lalla Ghriba- se trouve à Djerba. Se pose alors la question: Qu’est ce qu’un sémite? Il est généralement admis que les Arabes sont aussi des sémites. Quand Finkielkraut parle d’antisémitisme, désigne-t-il une religion ou un peuple, les blonds d’Europe centrale ou les Séfarades cousins des Arabes? Pourtant, le mot antisémitisme est devenu une marque déposée qui ne concerne que le peuple juif ou plus exactement les Juifs
Cette discrimination qui ne veut pas dire son nom est une forme de racisme. Nous nous souvenons tous des Falashas, ces Juifs éthiopiens qui font leur «alya» vers Israël (émigration). Leur sort nous dit l’historien Tom Segev, n’est pas enviable, il n’hésite pas à comparer leur situation à celle des Noirs de La Nouvelle-Orléans. Ecoutons le: «Vingt ans après leur arrivée en Israël, les Juifs éthiopiens restent victimes d’ostracisme». «C’est parce que j’ai moi-même grandi dans un ghetto culturel que je ne veux pas voir un nouveau ghetto culturel se former ici», affirme Yitzhak Bokhobza, maire d’Or Yehuda, originaire de Libye, une ville de la banlieue sud-est de Tel-Aviv, pour justifier son refus initial d’autoriser plusieurs dizaines d’enfants d’origine éthiopienne à s’inscrire dans le réseau d’enseignement élémentaire de sa ville...Début septembre, des hurlements se faisaient entendre dans le bureau du maire Bokhobza. Tout à coup, le délégué d’une association d’insertion pour enfants éthiopiens quitta le bureau du maire en hurlant: «Maintenant, je comprends pourquoi on vous traite de raciste!
«Par une des ruses de l’Histoire, Yossef Sprinzak fut le premier président de la Knesset. Né en Russie, il était arrivé en Palestine en 1910 et avait joué un rôle central dans l’immigration des Juifs yéménites en Israël. Ce qui ne l’empêchait pas, comme la plupart des pères fondateurs de l’Etat, de caresser le rêve de voir Israël rester dans le giron culturel occidental et de s’inquiéter, dès les années 1950, de l’avenir d’une société israélienne influencée par la culture des Juifs originaires des pays arabes. Quand on écoute Bokhobza, on croirait entendre ces Israéliens ashkénazes des années 1950 qui avaient peur non seulement des Marocains, mais de tous les Orientaux, y compris les Libyens comme lui. Bokhobza n’est pas, loin s’en faut, le seul maire à vouloir réduire de façon draconienne le nombre d’Ethiopiens dans sa ville».(4)
S’agissant de la méthode à appliquer aux Arabes palestiniens, là c’est carrément le «nettoyage religieux». Les massacres qui jalonnent la création de l’Etat d’Israël sont nombreux. Mais tout est fait pour nier la réalité par groupe de pression interposé. Israël Shamir, éminent journaliste écrit: «Deïr Yassin, c’est ce paisible village que les groupes juifs terroristes Etzel et Lehi avaient attaqué, le 9 avril 1948, en massacrant toute la population: hommes, femmes et enfants. Je ne rappellerai pas ici l’histoire sanglante des oreilles tranchées, des entrailles répandues, des femmes violées, des hommes brûlés vifs, des corps jetés dans une carrière, ni la parade triomphale des meurtriers. D’un point de vue existentiel, tous les massacres sont semblables, de Babi Yar à Chain Gang en passant par Deïr Yassin. Les révisionnistes de la ZOA (Zionist Organization of America) ont utilisé toutes les méthodes de leurs adversaires, les «dénégateurs»: ils rejettent les récits des témoins oculaires survivants, de la Croix-Rouge, de la police britannique, des scouts israélites et des autres observateurs juifs, qui ont assisté à toute la scène.(5)
Un autre exemple plus récent nous est donné par Robert Fisk qui témoigne: ...Le 18 avril 1996, alors que les troupes israéliennes occupaient le Sud Liban, Shimon Pères était Premier ministre. En plein milieu d’une campagne pour se faire réélire Premier ministre, et pour changer son image politique de "colombe", Peres a pris une décision à l’origine du massacre de Qana. Il a donné l’ordre de lancer "l’Opération Grapes of Wrath" - Opération Raisins de la Colère. Cette opération a provoqué la fuite de 400.000 civils libanais du Sud Liban, dont presque 800 se sont réfugiés dans la base de l’ONU à Qana. Après avoir auparavant détruit des dizaines de villages libanais, provoquant la mort de civils enfouis sous les décombres, l’armée israélienne, sur ordre de Shimon Peres, a bombardé le 18 avril 1996 l’abri de l’ONU, tuant 102 civils principalement des enfants, des femmes et des personnes âgées, et faisant de nombreux blessés. «Le sang coulait à flots depuis les portes de l’enceinte des Nations unies, dans laquelle ces pauvres gens avaient trouvé refuge. C’était les portes de l’enfer. Il y avait des bébés sans tête, des femmes sans bras. Je n’oublierai jamais ce que j’ai vu».(6)
«En quarante ans, écrit Meron Rapoport, Israël est passé des kibboutzim collectivistes à une économie capitaliste mondialisée, et d’une société relativement égalitaire à l’une des plus inégalitaires de l’Occident...A partir de la guerre des Six jours, Israël fut considéré comme une superpuissance militaire régionale, voire internationale. Israël n’a toujours pas clos le septième jour de sa guerre des six jours. Le général Moshe Dayan, le responsable politique le plus éminent de l’époque, prononça, après le triomphe de 1967, cette phrase célèbre: "Nous attendons un appel téléphonique des Arabes." Il voulait faire croire qu’après cet appel, Israël se retirerait des territoires occupés -du Sinaï, de la Bande de Gaza, de la Cisjordanie et du Golan- en échange d’accords de paix avec le monde arabe». Si Israël a gagné cette place privilégiée en Occident, c’est parce que l’Etat hébreu est considéré comme une ligne de front sanglante entre l’Occident et l’Orient, entre la civilisation «judéo-chrétienne» - étrange invention, quand on connaît l’histoire des deux religions...- et la civilisation musulmane. Après les attentats du 11 Septembre, cette vision s’est largement répandue en Israël, bien au-delà de la droite religieuse pour qui, depuis 1967, la colonisation en terre d’Israël obéit à la volonté divine. Cela a transformé le conflit israélo-arabe, d’abord territorial et donc politique, en affrontement culturel et religieux. Le vice-Premier ministre et chef du parti Israël Beitenou («Israël, notre maison»), qui prône le «transfert» de zones arabes d’Israël aux territoires occupés, a déclaré récemment au journal Haaretz qu’Israël était un «avant-poste du monde libre».(7)
Cette affirmation de peuple juif, outre le fait qu’elle est infondée, est redoutable en ce sens qu’elle exclut d’emblée ceux qui ne le sont pas, entendons par là les Arabes israéliens musulmans et chrétiens, qui n’auront plus vocation à rester sur la terre du peuple juif. Il en sera de même des Palestiniens apatrides qui ne pourront plus revendiquer le «droit au retour» dans la Palestine historique, le seul choix qui leur restera est de venir surcharger le Bantoustan palestinien à Ghaza ou Naplouse. C’est là tout le piège de «deux Etats vivant côte à côte», slogan qui à la cote en Occident et qu’on présente comme une immense concession d’Israël, et qu’on veut appliquer aux Palestiniens par «autorité palestinienne interposée»


1.Tom Segev: Le «peuple juif»: une invention, traduit par Fausto Giudice Alterinfo.net le 10 mars. Haaretz Article original publié le 1er Mars 2008
2.Tom Segev: Une invention appelée «le peuple juif» traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier. in Ha’Aretz, 1er mars 2008 http://www.haaretz.com/hasen/spages/959229.html
3.Les descendants des Juifs de Palestine sont...les Palestiniens. Site Alterinfo.netVendredi 07 Mars 2008
4.Tom Segev: Ha’aretz: Des enfants noirs dans nos écoles? Non merci! Vendredi 24 août 2007.
5 Israël Shamir: Les chasseurs de vampires Jaffa, le 14 mars 2001
6.Robert Fisk 18 Avril 1996: Massacre à Qana...Article du Palestine Times de 1997
7.Meron Rapoport: Comment l’occupation a transformé Israël? Le Monde Diplomatique juin 2007

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique


Vendredi 14 Mars 2008

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