Palestine occupée

Le Hezbollah est-il une organisation terroriste ? (suite et fin)


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Les pressions américaines et israéliennes réitérées pour que l’Union européenne inscrive le Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes se sont jusqu’à présent soldées par un échec. Bien que le Parlement européen se soit prononcé le 10 mars 2005 en faveur de mesures destinées à mettre fin aux activités présumées terroristes du Hezbollah, le nom de ce mouvement libanais ne figure pas (encore) sur la liste officielle des « groupes et entités auxquels s’appliquent des mesures restrictives dans le cadre de la lutte contre le terrorisme » [1], que le Conseil de l’Union européenne a pourtant actualisé quelques jours plus tard.


Jeudi 23 Juin 2005

Le Hezbollah est-il une organisation terroriste ? (suite et fin)



Cette volonté d’inscrire le Hezbollah sur une telle liste est-elle justifiée ? Les accusations d’activités terroristes à l’encontre du parti chiite libanais sont-elles fondées ? Tentative de réponse en reprenant le livre que Walid Charara et Frédéric Domont consacrent au parti de Dieu. [2]

Les clivages communautaires et la guerre civile
Depuis sa période de formation entre 1982 et 1985 - phase qui coïncidait avec une exacerbation des tensions intercommunautaires au Liban due à l’invasion israélienne -, le Hezbollah s’est toujours pacifiquement opposé au confessionnalisme politique libanais, réservant la lutte armée à la résistance contre les forces d’occupation israéliennes. De plus, même s’ils critiquaient les accords de Taëf auxquels ils reprochaient justement d’avoir contribué à « une institutionnalisation du communautarisme » (p. 132), lorsque ceux-ci ont scellé, par leur mise en oeuvre en 1990, la fin d’une guerre civile longue de quinze années, les dirigeants du Hezbollah les ont finalement acceptés - preuve de ce qu’ils étaient déjà convaincus à l’époque de la nécessité « de restaurer la paix civile dans ce pays et d’oeuvrer au changement par l’action politique pacifique » (p. 121).

C’est en grande partie parce que l’accession au pouvoir de la famille Gemayel, qui assurait la domination des Chrétiens sur les autres communautés du pays des cèdres, était « une conséquence directe de l’invasion israélienne » (p. 121) que le Hezbollah s’est lancé dans un combat armé, lorsqu’Amine Gemayel a succédé à la tête de l’État à son frère Bachir, assassiné le 14 septembre 1982. De même, c’est surtout l’« inféodation » du gouvernement Gemayel « à Israël et aux États-Unis » (p. 121) qui a motivé la participation ouverte des membres du parti de Dieu, jusque-là confinés dans la clandestinité, à l’insurrection du 6 février 1984 menée avec succès contre l’armée libanaise fidèle au régime. Sur la scène intérieure libanaise, où le Hezbollah adoptait généralement une position défensive, son attitude vis-à-vis des différents protagonistes de la guerre civile a toujours « dépendu principalement de leur positionnement par rapport à l’occupant » (p. 120). Et de fait, à l’exception du conflit inter-chiite très sanglant qui l’a opposé, sur la question de ses actions militaires dirigées contre Israël, entre 1988 et 1990, au mouvement Amal, le Hezbollah est toujours resté avantageusement à l’écart des guerres fratricides et sauvages (guerre des camps et massacres de Sabra et Chatila compris) qui ont éclaté à Beyrouth entre 1982 et 1988. Ce qui lui a permis d’engranger au passage un surcroît de popularité auprès de la population locale et quelques affiliations supplémentaires « parmi les éléments les plus religieux du mouvement Amal » (p. 123). Aujourd’hui, les clivages communautaires qui déchirent la société libanaise n’ont pas disparu : le conservateur chrétien Amine Gemayel et le chef druze de « gauche » Walid Joumblatt - « figures naguère férocement antagonistes », aujourd’hui réunies dans l’opposition - conviennent tous les deux « que le pays du Cèdre devrait rapidement se débarrasser d’un système politique basé sur l’affiliation confessionnelle somme toute peu démocratique ». (Le Soir, 29/4/05, p. 10)

Les difficultés socio-économiques
Nettement plus élevé que celui de l’« opération Litani » menée quatre ans plus tôt au Sud-Liban, le bilan humain de l’opération « Paix en Galilée » - l’invasion israélienne du Liban en 1982 qui a accéléré et conduit à son terme le processus de formation du Hezbollah - s’est officiellement soldé par quelque « 19 085 morts, 31 915 blessés, 2 206 handicapés physiques, et le déplacement d’environ 500 000 personnes » (p. 46). Selon une source non officielle, la facture financière de cette guerre s’élevait à près de deux milliards de dollars, répartis dans l’ensemble des secteurs clés de l’économie libanaise. Plus de douze mille logements ont été en tout ou en partie détruits et un salarié sur trois a été licencié. Ces deux chiffres mesurent l’ampleur des dégâts qui ont encore détérioré une situation socio-économique qui n’était déjà guère brillante.

L’occupation militaire israélienne qui s’ensuivit avait pour but initial la réduction économique du Sud-Liban à un marché à sens unique destiné à l’écoulement des produits israéliens : c’était « un véritable projet de satellisation stratégique et économique du Liban, à tout le moins dans sa partie sud » (p. 56). Quant aux accords de Taëf, ils n’ont d’aucune manière amélioré les conditions d’existence de la majorité des Libanais, surtout pas dans le Sud, terre d’élection du Hezbollah et région la plus meurtrie par l’occupation souffrant d’un chômage endémique. Entrés en application à la fin de la guerre civile en 1990, ces accords ne prévoyaient effectivement pas « de réelles réformes politiques, économiques et sociales au Liban » (p. 132).

Illustration de la fin des « illusions du nationalisme arabe », de l’émergence d’une classe de « princes marchands », de l’emprise croissante du néo-libéralisme et de l’espoir que suscitent encore, au début des années 1990, les négociations israélo-arabes, la nomination en novembre 1992 du milliardaire Rafic Hariri au poste de Premier ministre d’« un pays exsangue » constitue aussi « un défi de taille pour le Hezbollah » (p. 135). De fait, les orientations politiques et économiques d’Hariri sont incompatibles avec « la défense des déshérités et de leurs intérêts » (p. 135). Ses « projets pharaoniques » (p. 137) à Beyrouth et ses erreurs stratégiques en matière d’investissements étrangers - sans parler de la « confusion des intérêts publics et privés » (p. 140) ni des problèmes de corruption - alourdiront considérablement la dette publique du Liban, la faisant passer « de 2 milliards de dollars en 1992 (...) à 38 milliards en 2004 » (p. 137) - soit « trois fois son produit intérieur brut » (Le Soir, 30/3/05, p. 8). En outre, l’« inexistence », dans un pays sortant d’une guerre civile de quinze ans et d’une occupation étrangère encore plus longue, « d’une véritable politique sociale » (p. 138) prolétarisera quant à elle de larges couches de la population. Dans son rapport, publié en 1996, sur la pauvreté au Liban, les Nations unies estiment effectivement « qu’environ un million de Libanais, soit 28% de la population vivent au-dessous du seuil de la pauvreté » (p. 139) - dont un quart dans une situation d’extrême pauvreté.

L’absence de politique sociale est compensée par les divers projets sociaux que le Hezbollah développe depuis sa fondation, grâce à des dons et une aide officielle de l’Iran, tant en matière de santé, d’éducation et d’information (on pense naturellement à sa chaîne satellitaire Al-Manar) qu’en matière d’action sociale, comme « la prise en charge des familles des “martyrs” et la réinsertion des combattants blessés » (p. 161). Ces activités sociales visent non seulement à aider la population civile à supporter le coût humain et matériel de l’occupation et des attaques israéliennes mais aussi à « élargir la base sociale de la Résistance islamique » (p. 161), la branche armée du parti de Dieu. A Nabatiyé, grande ville du Sud-Liban, le directeur d’un établissement hospitalier relevant de l’antenne médicale du Hezbollah explique : « Nous avons ouvert cet hôpital en 1994 pour répondre aux besoins sanitaires de la population alors que l’État était complètement absent » [3].

Organisation terroriste ou parti politique intégré ?
Impossible d’examiner la caractérisation du parti de Dieu comme terroriste sans évoquer la célèbre prise d’otages français parce que « c’est probablement à l’occasion de ces enlèvements qu’une large majorité de l’opinion publique française [et occidentale] découvre l’existence du Hezbollah. » (p. 125) L’inscription de ce mouvement chiite sur la liste américaine des organisations terroristes est pourtant toute récente. Ce n’est qu’en 2001, quelques mois après les attentats du 11 Septembre que les États-Unis, cédant aux pressions répétées du gouvernement Sharon, après avoir longtemps hésité, inscriront le nom du parti de Dieu sur leur liste. Or, la prise d’otages français remonte au printemps 1985. C’est la raison pour laquelle - quel qu’ait été le degré d’implication de membres du Hezbollah, de transfuges du mouvement Amal et, partant, de Téhéran dans ces enlèvements : les avis sont partagés à ce sujet -, Alain Chouet [4], bien qu’il soit convaincu que le parti de Dieu y ait joué un rôle central, souligne dans un entretien qu’il a accordé aux auteurs que « l’affaire des otages, “si douloureuse soit-elle, est à traiter au passé” » parce que - et c’est essentiel -, « pour lui, “l’Iran et le Hezbollah d’aujourd’hui ne sont pas ceux des années 80.” » (p. 130)

En raison de leur double formation militaire et religieuse, les combattants de la Résistance islamique - le bras armé du Hezbollah - accordent dans leurs croyances une place centrale à la figure des martyrs auxquels ils s’identifient dans leurs attentats-suicides. Même si cette prédisposition au sacrifice vaut au parti de Dieu d’être répertorié comme organisation terroriste, sans que l’on tienne compte de la tentative de « légitimation politique de cet acte [qui] se réfère au rapport de forces extrêmement déséquilibré entre la résistance et l’occupant » (p. 116), cette tendance « n’entraîne pas un recours systématique aux opérations kamikazes » (p. 156). Dotés d’effectifs qu’Israël estime à quelque quatre cents guérilleros professionnels et que les dirigeants du Hezbollah évaluent à plusieurs milliers de combattants mobilisables en quelques heures, les militants du parti de Dieu accordent effectivement la priorité aux actions de guérilla classique.

Comme tout mouvement politique prônant un changement radical de la société, le Hezbollah a très vite été confronté à la question cruciale de son intégration dans le système politique libanais. Fruits de ces débats internes, le parti de Dieu a enregistré un certain nombre de défections dont quelques dirigeants historiques, sans doute parmi les plus radicaux. Constatant aussi bien pour des raisons internes (clivages confessionnels) qu’externes (abandon « de la stratégie d’exportation de la révolution » (p. 133) khoméniste après la guerre Iran-Irak) l’impossibilité d’imposer un État islamique au Liban, le Hezbollah n’a toutefois pas renoncé à toute forme de « participation institutionnelle » (p. 145). Preuve de son pragmatisme politique croissant, le parti de Dieu est, par exemple, un des rares partis libanais à avoir proposé un programme politique digne de ce nom aux élections législatives de 1992. Diamétralement opposé au « capitalisme sauvage incarné par le néo-libéralisme » de Rafic Hariri et n’hésitant pas à réclamer « un plus grand rôle de l’État dans la protection des classes défavorisées », le programme du Hezbollah s’articule, comme ceux d’autres organisations laïques et de gauche, autour d’« une réforme du système politique afin qu’il devienne plus juste et plus représentatif, ce qui passe par l’abolition du communautarisme » libanais. (p. 142)

La double résistance aux visées sionistes sur le Liban
En donnant un coup d’accélérateur décisif au processus de formation du Hezbollah, la guerrière opération “Paix en Galilée”, déclenchée en dépit des recommandations de la résolution 425 du Conseil de sécurité des Nations unies dans le but initial de « chasser les combattants palestiniens du Sud du pays » (p. 55), a favorisé l’éruption d’un mouvement de résistance armée à la vocation diamétralement opposée, visant à chasser les soldats israéliens et leur milice supplétive du Liban. Bien qu’il entérinait, au lendemain de cette vaste invasion violemment orchestrée par le ministre de la Défense Ariel Sharon, « le départ des troupes de l’OLP de la capitale », « l’arrivée au pouvoir du parti phalangiste dirigé par Bachir Gemayel » (p. 47) et l’occupation d’une grande partie du territoire libanais, l’accord de paix israélo-libanais du 17 mai 1983 n’a pas recueilli « l’adhésion d’un pan significatif de l’opinion publique israélienne qui réclam[ait], après la guerre et les massacres de Sabra et Chatila, un retrait de Tsahal du Liban » (p. 60). L’écho de la société civile israélienne ne se concrétisera sur le terrain que par un timide redéploiement de l’armée israélienne « de manière à renforcer son emprise sur le pays, en particulier sur le Sud » (p. 56) - pour un premier retrait significatif du Sud-Liban, il faudra attendre 1985. Comme il s’agit d’un fait majeur, on saura gré aux auteurs d’avoir attiré l’attention sur l’émergence d’une opposition interne à Israël à la présence de Tsahal au Liban, dès le début de l’occupation.

Face au délabrement de sa milice supplétive au Sud-Liban qui ployait toujours davantage sous le feu nourri de la résistance armée, Israël sera contraint de revenir sur le territoire du pays des cèdres. Dans le but de « retourner les populations civiles et l’État libanais contre la Résistance islamique » (p. 149) - c’est-à-dire contre la branche armée du Hezbollah qui a progressivement supplanté tous les autres groupes de résistance dans la lutte contre l’occupant -, Tsahal lancera deux nouvelles attaques de grande envergure contre les « infrastructures économiques, urbaines et routières » du pays, tout « en recourant fréquemment à des armes dites “intelligentes” » (p. 149). Soldées par un échec au niveau militaire, les opérations “Règlements de comptes” (1993) et “Raisins de la colère” (1996) provoqueront les effets opposés à ceux escomptés, à savoir un regain de popularité de la Résistance islamique auprès de la population, ainsi que l’ébauche d’« une coopération discrète mais efficace (...) entre l’armée libanaise et le Hezbollah sur les plans militaire et policier » (p. 149).

De plus en plus empêtrés dans un conflit asymétrique et prolongé, les dirigeants israéliens commencent alors sérieusement à envisager le retrait définitif de leurs troupes du Liban. Même si ce retrait - objet d’« une promesse électorale faite en mai 1999 par [le Premier ministre] Ehud Barak » (p. 202) - est réalisé le 24 mai 2000, le Hezbollah maintient toujours sa pression militaire sur l’État hébreu entre autres parce qu’il considère qu’Israël occupe toujours « une partie du territoire libanais : la zone des hameaux de Chebaa » (p. 239). Selon les différentes lectures de la résolution 425, cette portion de territoire reviendrait en fait soit au Liban, soit à la Syrie, mais en aucun cas à Israël. Qualifié de “débâcle” dans la presse israélienne, le retrait de Tsahal du Sud-Liban n’est pas seulement la conséquence des attaques de la résistance armée libanaise - Hezbollah en tête, il est aussi - et peut-être même surtout - le fruit d’une évolution « dans une société où le rapport à la guerre a profondément changé en l’espace de vingt ans » (p. 198), comme l’a très vite souligné Alain Dieckhoff dans Le Monde, ainsi que « le révélateur de logiques travaillant en profondeur la société israélienne, dont une logique individualiste qui prend nettement le pas sur celle, collective, qui prédominait au départ de l’entreprise de construction nationale au début des années cinquante » (pp. 198-199). [5]

Évolution des contextes international et régional
Le Hezbollah s’est développé dans une région du monde qui, en raison de ses énormes richesses énergétiques mais aussi de ses frontières communes avec l’ancienne URSS, revêt une importance stratégique cruciale aux yeux des grandes puissances à vocation impériale. Pour s’assurer le contrôle des flux énergétiques et de nouvelles zones d’influence, ces puissances impérialistes - aux premiers rangs desquelles on compte non seulement la France (en raison de ses liens historiques et de sa mainmise économique et financière sur le Liban) et la Russie, mais aussi et surtout les États-Unis avec leur fameux plan de remodelage du Moyen Orient, sans oublier « la symbiose israélo-américaine » qui, après les attentats du 11 Septembre, « a atteint un niveau difficilement imaginable auparavant » (p. 253) - sont effectivement prêtes à s’affronter, voire à en découdre directement ou par pays interposé. Au terme d’un bras de fer mémorable qui avait déjà opposé les diplomaties française et américaine « sur les modalités de la lutte antiterroriste » (p. 184), l’« accord d’avril » 1996 a repris « à 80% les idées énoncées par la France » (p. 192) dont les investissements étaient en forte augmentation. Bien que Washington ait souhaité au cours de cette joute diplomatique « interdire au Hezbollah toutes activités, y compris dans la zone occupée au Sud-Liban » (p. 190), l’accord d’avril, « en reconnaissant le droit du Hezbollah à combattre l’occupation israélienne », lui a offert « une légitimation internationale à son action de résistance » (p. 194).

Les clivages qui évoluent en permanence entre les grandes puissances en influencent bien entendu d’autres - et c’est réciproque - qui, à l’échelle régionale, connaissent également une évolution permanente. Aussi, le célèbre « marchandage syro-américain » (p. 132) qui a instantanément mis fin au conflit interlibanais (participation de Damas à la coalition internationale de la première guerre du Golfe contre autorisation pour la Syrie de chasser les troupes chrétiennes du général Michel Aoun [6] de Beyrouth) illustre-t-il parfaitement « à quel point l’inscription dans la durée de la guerre civile libanaise avait été le résultat d’interventions étrangères » (p. 132). Mais les temps ont bien changé : aujourd’hui, Washington accuse régulièrement la Syrie d’abriter des terroristes. Fin observateur des luttes qui se livrent au Moyen Orient, le responsable des relations internationales du Hezbollah synthétise parfaitement l’autre facette de ce jeu d’influences. Il en a même tiré une équation infaillible : « chaque fois que les Israéliens sont capables de remporter une victoire militaire, l’unilatéralisme américain gagne du terrain. Par contre, à chaque fois qu’un pays arabe est capable de faire contre-poids aux Israéliens, le rôle de la France au Moyen Orient gagne en ampleur. » (p. 193)

A mille lieues de la description d’une organisation terroriste, Walid Charara et Frédéric Domont nous dépeignent par le menu le processus de formation et l’évolution ultérieure d’un mouvement politico-militaire né en 1982 de la fédération de différents groupes se réclamant d’un islam révolutionnaire khoméniste, dans le but de chasser l’occupant israélien du Liban. Une fois sorti de la clandestinité et débarrassé de ses éléments les plus radicaux, ce mouvement islamo-nationaliste s’est progressivement positionné sur l’échiquier politique, où il occupe désormais une place toujours plus importante, comme une formation que l’on pourrait qualifier, à l’aune des critères occidentaux, de réformiste religieux de gauche très préoccupée par le sort des nombreux pauvres du Liban.

La transformation de ce mouvement politico-militaire, auteur, comme bon nombre d’organisations de résistance, de quelques prises d’otages et attentats-suicides, en mouvement islamo-nationaliste semble avoir eu lieu entre 1988 et 1990, à la faveur de la fin de la guerre Iran-Irak et des espoirs que faisaient naître à l’époque les prémices du processus de paix au Moyen Orient. L’acceptation des accords de Taëf par le Hezbollah scelle de fait l’existence d’un parti beaucoup moins radical. Poursuivant sa mutation, le Hezbollah proposera par la suite un programme politique aux élections de 1992 et obtiendra même une double reconnaissance, intérieure et extérieure, de sa résistance armée contre l’occupation israélienne. Mais parallèlement à ce processus de “déradicalisation” politique, le parcours du Hezbollah est également jalonné d’objectifs permanents, comme la lutte armée contre l’État hébreu et le souci des déshérités.

Faut-il donc, en dernière analyse, inscrire sur la liste européenne des organisations terroristes, un mouvement islamo-nationaliste de tendance réformiste de gauche au moment où, franchissant une nouvelle étape de son processus de transformation en parti politique respectueux du jeu parlementaire, il vient d’accorder sa confiance, pour la première fois depuis que ses représentants sont entrés au Parlement libanais en 1996, à une équipe ministérielle : celle du nouveau Premier ministre Nagib Miqati (Le Soir, 28/4/05, p. 8) ?

Patrick Gillard Bruxelles

source


[1] Conseil de l’Union européenne, Lutte contre le terrorisme, Bruxelles, 16/3/05, 6199/05 (Presse 27)

[2] W. Charara et Fr. Domont, Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, Fayard, Paris, 2004, 306 p.

[3] Émilie Sueur, « La face cachée du Hezbollah », dans « La Libre Belgique », Ma 24/8/04, pp. 28-29.

[4] Ancien chef du renseignement de sécurité à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure et ancien chef de poste des services extérieurs français à Beyrouth pendant la guerre civile.

[5] Cette grille d’analyse s’applique aussi au récent retrait des troupes syriennes du territoire libanais.

[6] Après environ quinze années d’exil passées en France, Michel Aoun vient de rentrer au Liban en vue des prochaines élections législatives.



Jeudi 23 Juin 2005


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