Politique Nationale/Internationale

Le Hamas : avant et après La Mecque


L'important accord de réconciliation nationale entre le Fatah et le Hamas à La Mecque marque-t-il une certaine transformation dans les conceptions politiques du Hamas ?
Le Hamas est-il en train de devenir plus pragmatique, quel qu'en soit le sens en réalité ?
Le mouvement avance-t-il lentement vers une reconnaissance d'Israël, de fait, sinon de droit ?


Par Khaled Amayreh


Khaled Amayreh
Mardi 13 Février 2007

Mahmoud Abbas, Khaled Meshaal et Ismail Haniyeh à La Mecque
Mahmoud Abbas, Khaled Meshaal et Ismail Haniyeh à La Mecque
Le Hamas a nié l'incidence de tout changement important de sa "pensée stratégique" vis-à-vis d'Israël résultant de l'accord de La Mecque. Les porte-paroles du mouvement, en particulier à Gaza, se sont empressés de réaffirmer le refus ancien du Hamas de reconnaître Israël, disant que la question de la reconnaissance d'Israël n'a jamais été soulevée pendant les délibérations de La Mecque.

"Nous n'avons pas reconnu, nous ne reconnaissons pas et nous ne reconnaîtrons pas que les Juifs sionistes se soient arrogés notre patrie. Israël est un Etat basé sur le vol, la dépossession et l'usurpation de la terre et des droits palestiniens", a dit Ismael Radwan, porte-parole du Hamas à Gaza.

Radwan a décrit les suggestions médiatiques et les "insinuations" sur un supposé "changement d'esprit" ou "changement d'avis" de la part du Hamas comme une "distorsion de la réalité".

Toutefois, la perception de la réalité de Radwan ne nie pas que le Hamas ait fait un long chemin depuis sa rigidité idéologique telle qu'exprimée dans sa charte de 1988, dont les étudiants du Hamas, tel Azzam Tamimi, chef de l'Institut de la Pensée Arabe à Londres, pensent qu'elle est anachronique et un programme politique.

Il est vrai que l'accord de La Mecque ne mentionne pas explicitement "reconnaissance d'Israël" ni ne stipule la fin de la résistance armée contre l'occupation israélienne, ce qui pourrait être vu comme un succès du Hamas.

De plus, sur ce point, l'agrément semble avoir donné au Hamas une "légitimité arabe" très nécessaire pour passer la porte saoudienne, la plus importante et probablement la plus sûre de toutes les portes arabes.

Cependant, il serait trompeur de proclamer que le Hamas a obtenu tous ces gains politiques sans faire aucune concession, au moins à l'intérieur de la sphère tactique.

Bien sûr, le fait que le Hamas ait accepté de "respecter" et d'"honorer" les accords antérieurs entre Israël et l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), ainsi que les déclarations au sommet arabe de Beyrouth en 2002, représentent une certaine évolution dans la phraséologie politique du mouvement.

Ceci, dit l'analyste politique palestinien Hani al Masri, montre que le Hamas est en train de changer, "même si c'est lentement et à contre cœur".

"Je ne pense pas que le Hamas soit en train de s'éloigner de ses constantes idéologiques originelles, et je ne suis pas sûr qu'il devrait le faire. Toutefois, il est évident qu'on ne voit pas la politique de la même manière quand on est au gouvernement et qu'on est dans l'opposition."

Masri a reconnu que l'accord de La Mecque pourrait finalement être "un atout" plutôt qu'"un handicap pour la Hamas" parce que le peuple palestinien voulait "mettre fin à l'effusion de sang et devancer à tous prix les perspectives d'une guerre civile."

L'analyste politique de Naplouse pense que le Hamas pourrait perdre un minimum de popularité et de soutien, en particulier parmi ses supporters les plus orientés idéologiquement, et surtout à court terme. Toutefois, il a ajouté que ce "recul" devrait être de courte durée car les masses palestiniennes réaliseront finalement que l'absence de paix est plus à imputer à l'intransigeance israélienne qu'à ce qui est perçu comme la rigidité du Hamas.

Cela ne veut pas dire que le Hamas acceptera, à un certain moment dans l'avenir, d'accorder à Israël une reconnaissance claire, explicite et inconditionnelle, comme constamment demandé par les gardiens-alliés d'Israël, les Etats-Unis et quelques Etats européens qui languissent sous les pressions sionistes, comme l'Allemagne.

La principale raison en est la prise de conscience universelle à l'intérieur du Hamas et des Musulmans religieux que reconnaître Israël est "haram" (inadmissible d'un point de vue religieux) puisque la Palestine dans sa totalité est considérée comme du domaine islamique (Islamic Waqf domain).

Cependant, il est clair depuis de nombreuses années maintenant, en particulier depuis l'explosion de l'Intifada al-Aqsa, que les dirigeants du Hamas en sont arrivés à la conclusion que l'absolutisme idéologique religieux ne doit pas paralyser la flexibilité tactique du mouvement, ni sa pensée politique.

C'est dans ce contexte que des déclarations récentes du chef du bureau politique, Khalid Masha'al, doivent être comprises. On a cité Masha'al disant que "le Hamas reconnaît Israël en tant que réalité géopolitique" et que le mouvement "souhaitait coexister en paix avec Israël si ce dernier accepte de se retirer de tous les territoires occupés, y compris de tout Jérusalem Est, et permette le rapatriement et l'indemnisation des réfugiés."

Cette position, qui est répétée de temps en temps par les dirigeants du Hamas, même de façon parcimonieuse, est très similaire en substance à la posture du Fatah.

Evidemment, jusqu'à maintenant, aucun dirigeant Fatah ne s'est départi des constantes anciennes, auxquelles l'ancien Président Arafat a adhéré jusqu'à son dernier souffle.

En définitive, il est peu risqué de conclure que le Fatah et le Hamas se rapprochent l'un de l'autre dans leurs pensées politiques respectives, le Hamas devenant moins idéologique et plus politique, alors que le Fatah montre de la détermination à soutenir les constantes palestiniennes.

Le Hamas n'est pas réellement en train d'abandonner ses rêves idéologique mais se rend compte que ce n'est pas le bon moment pour les mettre en avant, ni pour les projeter comme posture politique à la lumière de la carte politique internationale.

Et alors qu'il est trop tôt pour parler en termes de "Fatahisation du Hamas" et de "Hamasisation du Fatah", on peut noter que les deux parties réalisent qu'ils doivent s'adapter et négocier avec réalisme, avec des calculs politiques froids, de manière à sauvegarder les intérêts primordiaux de la nation palestinienne ainsi que les leurs.

Le Fatah a compris que pour obtenir le soutien stable du peuple palestinien, il doit mettre l'accent sur la fin totale et complète de l'occupation israélienne qui a débuté en 1967, ainsi qu'à une solution juste à la détresse des réfugiés selon la résolution 149 des Nations Unies.

De la même manière, le Hamas doit avoir compris qu'il est futile de demander au peuple palestinien d'attendre l'apparition d'un nouveau Sallahuddin.

Entre-temps, certains dirigeants du Hamas choisissent une nouvelle phraséologie sur la question de la reconnaissance d'Israël, une phraséologie qui n'aliène ni ne provoque la communauté internationale.

Ceci peut prendre la forme d'une volonté prononcée de la part du Hamas de reconnaître Israël de fait, mais pas de droit, sous la forme d'une "reconnaissance" de la "légitimité politique" d'Israël, mais "pas d'une légitimité morale". Mais ceci ne pourrait se produire que si, et quand, Israël acceptera de mettre fin à l'occupation et permettra aux réfugiés de rentrer chez eux.

La semaine dernière, alors que les dirigeants Hamas et Fatah se rencontraient à La Mecque, un responsable Hamas haut placé a dit à l'auteur de cet article que "nous reconnaissons l'existence d'Israël, c'est une réalité, nous serions aveugles si nous disons qu'il n'existe pas. Mais je ne pense pas qu'Israël ait le droit d'exister parce qu'il a été créé sur le vol et le nettoyage ethnique... en conséquence, il n'a pas le droit d'exister."

Cette tonalité pourrait identifier la posture du Hamas dans les semaines et les mois à venir, ne serait-ce que pour prouver à la communauté internationale que c'est Israël, et non le Hamas, le principal obstacle à la paix au Moyen Orient.

Hamas pourrait également permettre l'Autorité Palestinienne de conduire le "travail du processus de paix" pour un laps de temps fixé, comme Masha'al l'a souligné il y a quelques mois, tout en sachant qu'une nouvelle tournée de pourparlers de paix futiles n'apporterait aucun résultat conséquent.

Source : Palestine Info
Traduction : MR pour ISM


Mardi 13 Février 2007

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