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Le Département d'État étasunienne a discrètement déclaré la guerre à la Russie et à la Chine


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Andrey Afanasyev
Lundi 11 Juin 2018






    Selon Wess Mitchell, Secrétaire d'État adjoint aux affaires européennes et eurasiennes, la Russie, l'Iran et la Chine sont des ennemis et les membres de l'Union européenne sont des États débiteurs.



    Lors de son exposé dans la grande salle de l’influent cercle de réflexion Heritage Foundation, Wess Mitchell a décrit en grandes lignes les principaux facteurs de la politique étrangère étasunienne, désigné les ennemis, effrayé les amis et reconnu l’échec du mondialisme.



    Il n’est pas possible de prendre ce genre de discours pour de simples opinions personnelles de personnages influents. Wess Mitchell a succédé à Viktoria Nuland, qui a été remarquée pour sa forte russophobie. Mitchell sort du même tonneau.



    Il a dirigé pendant longtemps le centre spécialisé sur l’étude de l’Europe de l'Est et de l’Eurasie, dont tous les documents d’analyse se résument à des déclarations sur la nécessité de « contenir la Russie » en Europe. Son discours actuel s'inscrit encore dans la logique de confrontation géopolitique entre la terre et la mer, concept formulé par le scientifique britannique Helford Mackinder, géopoliticien et professeur à l'université d'Oxford.



    Au cours de son exposé, Wess Mitchell a rappelé aux Européens leur situation actuelle : « Contrairement à 1919, en 1945, n’ayant pas quitté l'Europe, nous avons créé une base permanente pour l'armée étasunienne, développé le plan Marshall, organisé l'OTAN et soutenu la création de l'Union européenne. »



    Mitchell a aussi constaté qu’il y a eu dernièrement une certaine émancipation européenne de l'hégémonie sans équivoque des États-Unis. En d'autres termes, il a reconnu qu’en ce moment, la lutte pour la domination dans cette région est repartie :






    Le point de départ de la stratégie de défense et de sécurité nationale, devrait découler de la compréhension que nous entrons dans une ère de lutte pour le pouvoir à long terme, lutte pour laquelle l'Occident n'est pas préparé. S'adapter à cette nouvelle ère est la tâche principale de la politique étrangère des États-Unis aujourd'hui… La protection de l'Occident est impossible sans l'Europe…



    Par « protection de l'Occident », Mitchell entend poursuite de la rigide domination militaire et politique de Washington sur les pays de l'Union européenne, et il rappelle qu'« il y a 35 000 militaires étasuniens en Allemagne, 12 000 en Italie et des relations particulières avec la Grande-Bretagne et la France.



    L'un des points les plus importants du discours de Mitchell est la déclaration selon laquelle l'Europe a encore de l’importance géopolitique. En d'autres termes, il reconnaît que les États-Unis ne contrôlent pas entièrement la situation.



    D’ailleurs, la victoire dans la guerre froide ne s'est pas avérée définitive, et au cours du quart de siècle suivant, une masse critique de contradictions se sont accumulées sur la scène internationale, principalement sur la structure de l'ordre mondial : monde unipolaire ou multipolaire.



    Selon l'analyste, en 2017, l'administration actuelle a hérité d'une remise à zéro ratée des relations avec la Russie, d’un conflit en Ukraine qui avait déjà fait 10 000 morts, d’un fiasco politique en Syrie, de la plus grande vague migratoire de l'histoire de l'Union européenne, du Brexit et d’un accord inconsistant avec l'Iran, qui a contribué l’expansion de ce pays dans la région du Golfe Persique et jusqu’aux frontières d’Israël.



Le gros problème



    L’autre rival des États-Unis, ouvertement déclarée par le haut fonctionnaire du Département d'État, c’est la Russie. Wess Mitchell est préoccupé avant tout par les macro-projets gaziers qui peuvent détourner l'Europe des États-Unis, c’est-à-dire de Nord Stream-2 en particulier. Ce gazoduc rendra le flanc oriental de l'OTAN plus vulnérable aux pressions russes, réduira la sécurité de l'Ukraine en tant qu'État de transit, le rendra plus sensible à l'agression russe, et l'Europe sera plus dépendante des monopoles russes.



    La Chine est déclarée principal concurrent économique. Elle est dite chercher à évincer les États-Unis de tous les marchés possibles, y compris ceux d’Europe. La pression de la Chine et « l'agression russe » mettent les États-Unis face à un dilemme. Mitchell admet que dans un proche avenir, la tâche principale des États-Unis sera de tenter à tout prix de repousser la Russie hors d'Europe.



    L’un des leviers de pression sur la Russie sera l'Ukraine et la Géorgie, pays avec lesquels l'administration actuelle a considérablement renforcé sa coopération dans la sphère militaro-politique : « Nous avons levé l'interdiction de fourniture d’armes létales imposée par l'administration précédente, et aidé ces pays à se procurer des armes défensives indispensables. »



Méditerranée orientale – nouvelle frontière maritime



    Un autre facteur externe important pour les États-Unis, sera la Méditerranée orientale où, à cause de l’activité de l'armée de l'air russe en Syrie, Washington a aussi perdu beaucoup d’influence. Mitchell a dit qu’en dépit des divergences dans les relations avec Ankara, Washington a l'intention de poursuivre le dialogue avec la Turquie. La fragilisation de ces relations entraînerait des pertes à long terme pour la sécurité nationale des États-Unis. La Turquie est le seul pays de la région capable de contrebalancer durablement l'Iran. En d'autres termes, les États-Unis ont l'intention de faire de la Turquie un contrepoids contre l'Iran, tout en continuant en même temps à faire pression.



    L’analyse de l’exposé politique du haut fonctionnaire du Département d'État, nous permet de conclure que l'Europe doit rester à tout prix dans la zone d'influence de Washington et que la Turquie sera aussi sous forte pression pour avoir tenté de suivre sa politique indépendante et critiqué Israël. Il est possible que les prochaines interventions de Washington fasse s'aggraver la situation en Afghanistan. Ensemble, tout cela fait penser que le monde unipolaire et le mondialisme ont échoué, que les États-Unis n'ont pu subvertir le monde entier et le réorganiser à leur botte. Et cela implique que la géopolitique n'a nulle part disparu, que la lutte entre les puissances insulaires et les puissances continentales n'est nullement révolue. À nouveau, le champ de bataille sera le Rimland [en gros, les bandes côtières de l’Eurasie, NdT].



Katehon, Andrey Afanasyev, 7 juin 2018


Original : katehon.com/article/us-state-department-quietly-declared-war-russia-and-china

Traduction Petrus Lombard







Lundi 11 Juin 2018


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