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Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir


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Esther Benbassa
Jeudi 18 Février 2010

Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir
Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir

Tribune publiée dans Libération le 17 février 2010.
Par ESTHER BENBASSA, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études (Sorbonne) Clermont-Tonnerre déclarait, le 24 décembre 1789, à la tribune de la Constituante, qu'«il faut refuser tout aux juifs comme nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux juifs comme individus…» Catégorique, il rejetait alors tout «communautarisme». Lorsqu'on se gargarise aujourd'hui en haut lieu ou dans les médias de communautarisme, on ne pense guère qu'aux Arabo-musulmans. Loin de toute langue de bois, disons clairement que ce mot est devenu synonyme de «musulmans». C'est vers eux que, du voile à la burqa en passant par l'identité nationale, tous les regards sont tournés, dans un pays pourtant laïque comme la France. Objet de cristallisation, comme les juifs l'ont été dans le passé, la nationalité française de nombre d'entre eux passe au second plan après leur religion.En revanche, lorsque le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) organise son dîner annuel et qu'il lance des fatwas contre les uns et les autres, quand les politiciens de tout bord, y compris le Président et le Premier ministre, y accourent, personne n'ose parler de communautarisme. François Fillon est allé jusqu'à dénoncer ledit communautarisme lors de ce même dîner, au prétexte qu’il «refuse l'égalité et la fraternité». Il faisait bien sûr référence au communautarisme musulman. Et pourtant, tous les ingrédients sont réunis pour parler aussi de communautarisme juif. Cette année, comme l'an passé, les mesures d'ostracisme ont visé le PCF et les Verts, au motif de leur campagne de boycott des produits israéliens. Comble de l'horreur, certaines municipalités communistes auraient fait citoyen d'honneur Marwan Barghouti, l'un des responsables du Fatah, en geôle à vie en Israël. On en vient à se demander si le Crif n'est pas plutôt le porte-parole d'Israël en France, comme une seconde ambassade de ce pays. Il y a un siècle, ce qui aurait passé pour de la double allégeance s'appelle aujourd'hui soutien à Israël. Parce que les juifs de France collent, paraît-il, à la ligne politique d'Israël, qu'elle soit de gauche ou de droite, leurs institutions, dont le Crif, ne feraient que suivre le mouvement. Les voilà tous légitimistes. Après la victoire d'un Nétanyahou et de ses alliés en Israël, on ne s'étonnera donc pas de la forte droitisation du Crif, concrétisée entre autres par l'entrée dans son comité directeur de personnalités aux opinions radicales.Mais qui représente véritablement le Crif et combien sont-ils en son sein ? On ne le saura jamais. Ce qui compte, c'est qu'il est perçu comme un lobby (mot horripilant en France) par les politiciens. Et considéré comme tel, il l'est bien, un lobby, en fait. Ceux qui s'agglutinent à son dîner croient vraiment qu'il joue un rôle important dans la machine électorale. On y vient à la pêche aux voix juives, et pour être adoubé par des juifs dont l'influence serait déterminante, en raison de la place qu'ils occupent, ou sont censés occuper, dans la société française. De cet appui ne bénéficieront bien sûr que ceux qui soutiennent le plus Israël et qui donnent des gages clairs dans le combat contre l'antisémitisme. Un combat certes indispensable, mais qui mériterait de n'être pas instrumentalisé pour faire accepter toute politique israélienne, y compris la plus blâmable. Projetant sur la scène française ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens au Proche-Orient, le Crif ne manque aucune occasion pour appuyer la politique antimusulmane du gouvernement. En revanche, il a ses bons musulmans, comme Israël a ses bons Palestiniens, les seuls avec qui il daigne «dialoguer».Aussi peu représentatif qu'il soit, le Crif est sans doute au diapason des positions de bien des juifs français, de plus en plus conservateurs politiquement, supporteurs inconditionnels d'Israël en toute circonstance et se réfugiant dans la mémoire de la Shoah et dans la dénonciation de l'antisémitisme, qui vont de pair. Celles-ci, forces rassembleuses indéniables, contribuent surtout à la survie d'un judaïsme qui le plus souvent s'y résume, ayant par ailleurs grandement perdu sa pratique et la conscience de ses valeurs essentielles. Qu'est-ce que le Crif sinon un groupuscule endogamique qui se donne des airs de petit Etat indépendant, agissant à sa guise, faisant plier les uns et les autres, tant par le biais de l'autocensure, sensible chez bien des journalistes, craignant à juste titre d'être soupçonnés d'antisémiti sme dès qu'ils oseront critiquer la politique israélienne, que par l'instrumentalisation de la culpabilité de la Shoah intériorisée par la classe politique ? Le pouvoir imaginé que cette minuscule institution a su se fabriquer se retourne hélas contre les juifs eux-mêmes, et d'abord contre ceux qui ne se reconnaissent nullement en elle. Il génère à son tour de l'antisémitisme et offre des arguments, certes fallacieux, à ceux qu'obsèdent les vieux thèmes bien rôdés du pouvoir juif, du complot juif. La «servilité» de circonstance des professionnels de la politique face au Crif vient renforcer les anciens préjugés.

Cette foi trop partagée dans la puissance des juifs et de leurs instances représentatives n'augure rien de positif. Le dîner du Crif enfin déserté, ses menaces ramenées à leur juste proportion de dangerosité réelle, voilà des mesures prophylactiques qui seraient susceptibles d'enrayer en partie une hostilité antijuive se nourrissant de fantasmes.


Vous pouvez retrouver ce texte sur le site de Libération en cliqant ici .





Désormais en poche (1ère éd., Fayard, 2007, 2e éd., Hachette, coll. « Pluriel », 2010) et en traduction anglaise (Verso, 2010).

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Jeudi 18 Février 2010


Commentaires

1.Posté par Dominique Muselet le 18/02/2010 12:16 | Alerter
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merci pour cet article. Nous les Goys de France nous n’avons plus le droit de critiquer la politique sioniste du gouvernement ni Israel, car nous tombont sous le coup de la loi Gayssot grâce à l’amalgame que font les groupes d’influence sionistes entre la critique d’Israel et l’antisémitisme, amalgame validé par beaucoup d’élites et une grande partie des représentants des pouvoirs publics. Nous les Goys de France pourtant largement majoritaires et principalement concernés (car nous ne pourrons pas fuir en Israel s’il y a un problème), nous n’avons plus le droit dénoncer le danger que représente pour notre pays un alignement sur Israel, sans craindre pour notre liberté. Dans cette situation critique où une minorité impose à la majorité une sorte d’omerta, il ne nous reste plus qu’à espérer en la minorité de Juifs qui comme vous et l’UJFP sont hostiles à la politique belliciste d’Israel, à la colonisation de la Palestine, à la diabolisation de l’Iran, à l’islamophobie généralisée et ont le courage de dénoncer les conséquences néfastes et dangereuses d’une politique pro-israelienne pour notre pays. Car désormais,semble-t-il,seuls des Juifs peuvent encore critiquer Israel sans crainte d’être traînés devant les tribunaux ... Alors merci et bon courage... D

2.Posté par illu sion le 18/02/2010 22:14 | Alerter
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L'antisémitisme n'existe pas ! seule la haine envers les goyims est inscrite en lettres de feu dans le talmud depuis plus de 2000 ans et appliquée à la lettre par toutes les générations de ceux qui croient en ces livres. les sionistes n'ont absolument rien inventé, ils n'ont fait que rendre visible ce qui était plus ou moins caché.



tout le reste c'est de la littérature et de la propagande.

Modération : votre second paragraphe a été supprimé.

3.Posté par Virginie le 18/02/2010 22:32 | Alerter
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illu sion@ L'"Anti-Goyisme" est bien une réalité, mais je ne trouve pas que l'anti judaisme soit pour autant une bonne réponse, car rien dans le vrai judaisme ne valide le sionisme. C'est l'interpretation Talmudique qui tente de valider cette idéologie raciste, haineuse et dangereuse pour l'humanité entière.

4.Posté par Virginie le 18/02/2010 22:35 | Alerter
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Par ailleurs l'Anti goyisme et l'Anti sémitisme sont deux concepts développés par les Talmudo sionistes,et non par les vrais juifs de la torah.

5.Posté par dik le 18/02/2010 23:52 | Alerter
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Les français ne sont pas des américains, ni même des anglais, et je crois qu'ils ne le seront jamais. C'est quand même le peuple qui a donné naissance à la charte des droits de l'homme. Quand bien même il eut fait des violences à d'autres peuples attestées par l'Histoire, le peuple français finit par s'unir pour défendre corps et âme ce qui est juste.

Le CRIF n'est qu'un abcès sur la terre de France où il ne manque pas de médecins courageux pour le crever!

6.Posté par Hijack le 23/02/2010 01:26 | Alerter
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Tout faire pour Israël, tout taire sur ses crimes.

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