Conflits et guerres actuelles

Le Caucase convoité


Une muraille de 1000 Km de long s’élevant à plus de 5000 m et qui ne peut être franchie qu’en son centre et à ses deux extrémités, Est et Ouest, tel est le Caucase. Cette muraille sépare deux mondes. Au Nord le monde de l’immensité russe : plaine, steppe et forêt, et qui se prolonge presque sans obstacle (l’Oural qui culmine à 1900m est facile à franchir) jusqu’à la Mongolie et au Kamchatka. Au Sud, des reliefs moins accusés et la douceur des rivages les plus chauds de la Mer Noire oû poussent le thé et la vigne.


Lundi 7 Février 2005

Le Caucase convoité

Cette coupure géographique résulte elle-même d’une rupture géologique : l’émergence du Caucase est le contrecoup de la rencontre des plaques tectoniques asiatique et européenne mais surtout elle oppose deux histoires très différentes. Au Nord des empires nomades à la vie brève, construits à la hâte par des cavaliers intrépides qui parcourent d’est en Ouest des milliers de kilomètres et qui viennent achever leurs derniers galops aux confins de l’Europe et au Nord Caucase. Les plus connus sont Attila, Gengis Khan, Tamerlan, mais il y en eut d’autres.

Au Sud, des pays, on pourrait même dire des nations si le terme n’était pas anachronique vu leur ancienneté, comme la Georgie et l’Arménie, ayant donné naissance de longue date à des langues originales ,à des cultures spécifiques, voire dans le cas de l’Arménie à une religion propre ( église chrétienne « autocéphale » qui s’administre elle-même) mais pas assez grands ni assez puissants pour échapper à la tutelle des grands empires voisins qui se succéderont en Méditerranée et en Mer Noire : empire romain, puis empire byzantin et empire ottoman, c’est-à-dire du début de l’ère chrétienne jusqu’en 1918.

Ce double mouvement : invasion nomade orientale au Nord, colonisation impériale au Sud est progressivement contrarié par la croissance russe qui va progressivement et pendant 4 siècles s’étendre jusqu’au Nord Caucase qui sera la limite de l’empire du dernier tsar. D’autres hommes à cheval, les Cosaques seront les défenseurs farouches des frontières sud de l’empire russe. La croissance russe vers le Sud et l’Est se poursuivra à la faveur de la dynamique révolutionnaire et l’URSS qui se constitue en 1923 englobe les trois républiques du Sud Caucase : Georgie, Arménie et Azerbaïdjan.

Ce rassemblement historique du Nord et du Sud Caucase dans un seul ensemble politique disparaît en même temps que l’URSS et depuis le pays candidat à l’empire mondial et ses stratèges nourrissent l’ambition de ne lui laisser aucune chance de reconstitution.

Il est bon de se souvenir que dans la construction de l’URSS le problème du rassemblement dans un seul ensemble politique de populations très diverses a été affronté avec beaucoup de détermination. Les Dirigeants révolutionnaires n’ignoraient rien de l’extrême diversité des populations de la nouvelle Union et à la suite des débats de la Conférence des peuples d’Orient tenu à Bakou en 1920 qui réunissait les partis communistes de tous les pays de la future Union, la Constitution initiale en tenait largement compte à travers le respect des langues nationales, les divers niveaux de décentralisation au sein de le République Socialiste fédérative de Russie et le regroupement des républiques socialistes dans l’union. Que cette construction institutionnelle complexe ait été étouffée par le centralisme stalinien est un phénomène connu mais la compréhension de cet étouffement est encore de nos jours incomplète car la géopolitique de l’Eurasie entre 1918 et 1939 ne s’est pas jouée qu’au Kremlin.

Il n’est d’ailleurs pas sans intérêt de comparer la construction des deux grands ensembles rivaux du XX° siècle : Etats-Unis d’Amérique et URSS. D’un côté un laminage des populations locales et un découpage prédateur du territoire au seul avantage de l’envahisseur qui, à part sur les premiers Etats de la côte Est, donne une carte d’états fédérés tracée au cordeau comme un plan de lotissement immobilier avec des parcelles de taille assez voisine, de l’autre une mosaïque extraordinairement complexe assemblant des unités allant du simple au centuple. Au moment du bilan il faut bien constater qu’Il n’y a pas aux Etats-Unis de république Apache, Hopi ou Cheyenne qui enverrait à Washington deux sénateurs bilingues parlant l’anglais et leur langue propre alors qu’en 1993 quand Eltsine, « le démocrate », faisait tirer au canon sur le parlement russe, c’est un tchétchène, Rousslan Khasboulatov, qui présidait le Parlement russe et s’opposait à la démolition de la Russie par les « libéraux » et qu’il existe au Tadjikistan comme en Arménie ou en Estonie des citoyens qui ont conservé leur langue. Dans ce travail de sape patient et systématique de démolition de l’empire déchu qui occupe « l’occident » et ses multinationales depuis 1991, le patchwork caucasien est l’endroit idéal pour créer autant d’abcès politiques qu’il y existe de langues, des caucasiennes par dizaines, le turc , le persan, le géorgien,l’arménien, de religions : chrétienne, musulmane sous toutes ses formes (sunnite, chiite et soufie), juive, sans oublier de fortes réminiscences des cultes de la steppe ( chamanisme) et pour rouvrir par ce moyen les nombreuses vieilles plaies que cette histoire régionale chaotique a inévitablement laissées. Ainsi c’est un général de l’armée soviétique, Doudaev, qui proclamera l’indépendance de la Tchétchénie et organisera un violente chasse aux russes qui fera partir en quelques jours, manu militari, de son pays environ 300000 de ses concitoyens russes de la veille.

Dans ce démembrement, les trois républiques du Sud Caucase ont retrouvé très vite leur indépendance mais s’avèrent incapables d’organiser un avenir commun et se trouvent donc soumises, comme le plus souvent dans leur longue histoire à des jeux d’influence des puissances extérieures. Ces jeux sont d’autant plus intenses que pour acheminer le pétrole et le gaz naturel extraits de la Mer Caspienne (que ce soit en Azerbaïdjan, au Turkménistan ou au Kazakhstan) vers les marchés occidentaux il faut passer soit au Nord, sur le territoire de la Russie, soit au Sud du Caucase. Cette guerre du pétrole régionale nous ramène aux tous débuts de l’aventure pétrolière mondiale. En effet, la zone de Bakou est, après les Etats-Unis, la seconde du monde où débutent vers 1880 l’extraction et l’exploitation industrielle du pétrole. Elle est entre les mains de bourgeois arméniens, des frères Nobel (norvégiens) et des Rothschild.

L’Azerbaïdjan sera même en 1900 le premier producteur mondial de pétrole. La création de l’URSS empêchera les multinationales US (Rockefeller et sa Standard Oil) de prendre pied en Caspienne. Elles pensent désormais tenir leur revanche mais il leur faut s’assurer le contrôle des pays producteurs et des pays de transit. Leurs affaires avancent en Georgie où le nouveau Président, juriste formé aux Etats-Unis, sponsorisé par le milliardaire US SOROS, défend leurs intérêts, ce qui permet à la construction du fameux pipeline Bakou, Tbilissi, Ceyhan de progresser sur le territoire géorgien. L’Azerbaïdjan s’affiche moins ouvertement pro-américain car dans le grand jeu pétrolier caspien l’acteur russe continue à peser lourd, contrôle tout le réseau de pipelines vers le Nord Ouest et a renoué des relations très confiantes avec le Kazakhstan qui s’affirme comme un producteur de grande importance. Cette prudence s’est manifestée récemment lorsque l’Azerbaïdjan a annulé sa participation à des manœuvres militaires avec l’armée US. Les multinationales occidentales du pétrole ont d’ailleurs changé nettement de discours sur le pétrole caspien. Alors que l’effondrement de l’URSS avait conduit, au milieu des années 90, à l’élaboration d’un discours triomphant sur les énormes promesses pétrolières de cette région, discours qui accompagnait l’arrivée en rangs serrés sur le terrain, chéquiers en mains et géologues en patrouille, des dites multinationales, le relatif ressaisissement de la Russie, qui défend ses intérêts, s’est traduit par une minimisation du potentiel pétrolier de la région qui serait , si l’on en croit le discours qui est aujourd’hui servi par les « experts », beaucoup moins important que celui de l’Irak.

En fait, il était évidemment plus facile d’envahir l’Irak que le Kazakhstan ou l’Azerbaïdjan, sans parler de la Sibérie, et donc on nous ressert la fable du Renard et des raisins : « Ils sont trop verts et bons pour les goujats »


Source:
http://comaguermarseille.free.fr/


Lundi 7 Février 2005


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