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Le Boycott du nouveau livre de Thierry Meyssan


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Depuis plusieurs semaines, le nouveau manuscrit de Thierry Meyssan circule dans les maisons d’édition parisiennes. Le précédent ouvrage de l’auteur était un best seller, vendu à 200 000 exemplaires et traduit en 20 langues. Pourtant, il ne trouve pas preneur. Trop risqué. Les quelques éditeurs néanmoins prêts à publier cette voix dissonnante ont fait face à un refus de leur diffuseur-distributeur de livrer l’ouvrage aux librairies. Une chape de plomb dont je ne connais aucun précédent. Pourquoi ce boycott ? Le débat n’est-il plus possible en France ?


Henri.1@no-log.org
Vendredi 13 Avril 2007

Le Boycott du nouveau livre de Thierry Meyssan
Le milieu français de l’édition possède plus de points communs avec celui du football qu’on ne pourrait le croire au premier abord.
Il s’agit d’un groupe très fermé, régit par des règles et des modes de sélection qui lui sont propres. Il possède ses stars (peu nombreuses et classées en première et deuxième division, pour employer une nomenclature désuète) et ses amateurs (publiant ou rapportant peu) ; il organise ses championnats (le Goncourt correspondrait sans aucune discussion possible à la coupe de la Ligue quand le prix de l’Académie française pourrait bien ressembler à la coupe de France) ; Il possède ses arbitres, ses commentateurs et, suivant les points de vue, ses hooligans.
Autre point commun, les transferts - où les grands clubs que sont Gallimard, Grasset, et autres Flammarion s’arrachent les hommes de l’art pour des sommes aujourd’hui prodigieuses.
Pour ne pas trahir le secret des discussions en cours, je me concentrerai sur un seul éditeur et rappellerai les déjà anciens transferts de Michel Houellebecq (l’homme) et San Antonio (la marque) à Fayard. Sans omettre de remarquer que, comme dans les clubs de foot, la greffe ne prend pas toujours...
Les échos des matchs enragés entre éditeurs, des tacles et des coups peu francs - rarement sanctionnés par des cartons rouges - laissent penser aux lecteurs que les maisons seront nombreuses à courtiser un auteur ayant par le passé écrit un best seller.
On entendra ici un ouvrage ayant été vendu à plus de, disons, 50 000 exemplaires et dont les droits auront été cédés dans une dizaine de langues (ce qui représente une centaine de titres dans l’année sur environ 50 000 nouveautés).
Cela est vrai pour Dan Brown, Benoîte Groult ou Jonathan Littell.
Mais il existe également une catégorie méconnue du public. Celle des livres qu’on ne PEUT pas publier.
A vrai dire, on n’en parle que de manière malaisée dans le petit milieu parisien de l’édition.
A demi-mots.
Arguant de la diversité des lignes éditoriales.
S’appuyant sur la multitude de maisons d’éditions.
S’arc-boutant sur la liberté supposée d’opinion.
Et pourtant.
J’en discutais encore hier avec un collègue, responsable de collection dans une prestigieuse maison, que je sentais de plus en plus gêné au fur et à mesure de mon développement.
Il est vrai que j’avais par-devers moi un exemple encore chaud : depuis le mois de janvier, un auteur de best seller cherchait un éditeur français.
Son précédent livre s’était vendu à 200 000 exemplaires, il avait fait parler de lui dans tous les journaux, avait fait le tour des plateaux de télévision, son texte avait été traduit dans une vingtaine de langues. C’était un « bon client » comme disent les journalistes.
Le monde de l’édition est restreint et depuis des semaines cet auteur revenait par allusion dans nos discussions. En deux mois, j’appris que plusieurs éditeurs prestigieux avaient - après lecture - donné leur accord de principe à l’auteur. J’appris aussi qu’ils avaient tous repris leur parole devant les difficultés. On me parla de menaces de rétorsion mettant en jeu la pérennité de leurs sociétés. On me révéla aussi que les deux plus grands diffuseurs-distributeurs de France (qui présentent le texte à paraître aux libraires puis le lui livrent) refusaient de prendre en charge cet ouvrage, au risque même de rompre leur contrat avec les éditeurs. Ce manuscrit était brûlant.
Il s’agit du nouvel essai de Thierry Meyssan. Je ne l’ai pas lu et, l’aurais-je lu, je n’aurais pas plus que les autres pu le publier.
D’après les éléments que j’ai recueillis, il traite du Proche-Orient, des méthodes de désinformation et des enjeux géopolitiques à venir.
Pour être honnête, je n’avais pas vraiment apprécié son Effroyable imposture sur le 11 Septembre. Mais le matraquage médiatique contre l’homme m’avait gêné.
J’aimais encore à croire qu’un désaccord intellectuel pouvait se trancher dans le débat et non dans la vindicte.
Et que cela faisait partie du rôle d’un éditeur que de faire entendre la parole discordante.
A tout le moins, son livre avait-il pu atteindre les librairies.
Je constate aujourd’hui que son nouvel opus n’est pas sûr d’avoir cette chance.
Il serait peut-être temps de se rappeler cette phrase attribuée à Voltaire :
« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »

Henri T.


Vendredi 13 Avril 2007

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